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samedi 21 décembre 2013

Kevin Morby-Harlem River


C’est une bonne surprise de cette fin d’année, le New-Yorkais Kevin Morby livre son premier album solo, Harlem River, publié chez Woodsist. D’abord connu comme le bassiste de Woods, Kevin Morby a ensuite trusté le devant de la scène indie avec the Babies, groupe formé avec Cassie Ramone des Vivian Girls. Il y a un an les Babies sortaient d’ailleurs leur deuxième album Our House On The Hill où Kevin Morby s’affirmait un peu plus à travers des chansons à la mélancolie rock’n’roll irrésistible.



On est ainsi peu étonné de le voir se lancer en solitaire, armé d’un premier disque délicat et assez ambitieux. Il y a quelques semaines on croisait le chemin de Cassie Ramone à l’Espace B (elle aussi s’est lancée sous son propre nom), venue chantonner quelques unes de ses compositions, sympathiques mais un poil trop inoffensives. Kevin Morby évite lui l’écueil du gratouillage mignon en enrobant son Harlem River d’une production joliment travaillée. Les chansons  ne sont pas de simples ballades mais de belles pièces savamment pensées. "Harlem River" notamment qui, à l’aune d’un simple gimmick de guitare et d’une rythmique tâtonnante, déploie sur près de neuf minutes une ambiance lugubre. Le début de l’album est d’ailleurs parfait : "Miles, Miles, Miles" promène un arpège cristallin tout en pudeur, sur lequel la voix de Morby, d’une tristesse naturelle toujours bouleversante, plane sereinement. "Wild Side (On the Places You’ll Go)" est elle une des plus belles chansons entendues cette année, confirmant les talents de compositeur du New-Yorkais.

La suite du disque n’atteindra pas le niveau de ces trois premiers titres mais s’avère d’une qualité tout à fait respectable (si l’on excepte la plombante "Slow Train" en duo avec Cate Le Bon). Que ce soit dans un minimalisme folk ("If You Leave And If You Marry") ou dans la country western ("Reign"), Morby avance avec assurance. Si les chansons gardent cette fraîcheur qui caractérise son songwriting, on est assez loin de la spontanéité fougueuse du premier LP des Babies. L'écriture de Kevin Morby est aujourd'hui animée d’une sagesse tout aussi touchante, incarnée dans un Harlem River, lent et enchanteur, qui en fait un très beau disque de canapé.
Punching Joe

vendredi 18 octobre 2013

The Fresh & Onlys-Soothsayer EP


Au même titre que Thee Oh Sees et Ty Segall, les Fresh & Onlys étaient présents dans l’épicentre du séisme sonique survenu autour de la Baie de San Francisco. Pourtant ils se sont rapidement mis à l’écart de ce fracas, contrairement à leurs collègues qui, eux, plus que jamais, surfent sur le raz-de-marée rock’n’roll. Il est vrai que la troupe de Tim Cohen a toujours préféré les mélodies bien troussées aux riffs sanguinolents. Au point de signer l’an passé Long Slow Dance, un disque lorgnant clairement vers la pop 80s, édité par le label new-yorkais Mexican Summer, figure de proue de l’indie actuel. Et si l’album était encore une fois porté par un songwriting irréprochable et une classe à toute épreuve, il a définitivement expédié les Fresh & Onlys sur une autre orbite, puisqu’au même moment Ty Segall sortait l’explosif Slaughterhouse et Thee Oh Sees préparait le rutilant Floating Coffin. Quel avenir alors pour les Fresh & Onlys ? Vont-ils devenir un fabuleux groupe pop qui serait enfin récompensé pour son génie, ou au contraire une formation indie lambda, au son pépère et aux chansons rassurantes ?


Ce nouvel EP, toujours chez Mexican Summer, donne quelques éléments de réponse. Soothsayer est clairement dans la lignée de Long Slow Dance. La chanson titre ouvre le disque dans un nuage de reverb étiquetée années 80, où la voix de Tim Cohen résonne magnifiquement. Et si des synthés viennent aérer un peu plus la composition, on reconnait la patte Fresh & Onlys grâce à une rythmique atypique et marquée. Ensuite "God of Suez" susurre un riff jangly à tomber par terre, prolongeant la longue liste des grands morceaux écrits par le groupe. Le reste de Soothsayer est malheureusement bien en dessous des attentes. "Glass Bottom Boat" sonne vaguement comme du Gun Club de la fin des années 80, mais au moment où la chanson devrait décoller (ce que sait très bien faire le groupe d’habitude), seules des trompettes mollassonnes viennent étirer le tout. "Deluge of War" souffre d’un mal encore plus grave, celui de ces titres à la production gonflée qui sonnent fatalement creux. En ce sens elle se rapproche de la vacuité romantique exposée par Wymond Miles sur son nouvel album Cut Yourself Free. "Forest Down Annie" ne fait guère mieux avec ses six minutes de pop étrange mais ronronnante, non sans rappeler Magic Trick, la magie en moins. Enfin, "Drugs" sauve un peu la mise, sans être pour autant mémorable.

Les Fresh & Onlys sont donc à un carrefour important de leur carrière : toujours à l’aise pour composer des chansons sublimes, ils sont aussi capables de s’enfoncer tête baissée dans une pop maniérée sans grande inspiration. Et, pour la première fois, des doutes s’installent en vue du prochain album. En attendant, Magic Trick semblerait être de retour et ça c’est une excellente nouvelle.
Punching Joe

mercredi 2 octobre 2013

The Everywheres-s/t LP + Slow Friends K7

The Everywheres sont arrivés ici par une porte dérobée. Après une première écoute, leur musique m’apparaissait comme l’archétype d’une certaine pop psychédélique, joliment enrobée dans un son analogique et lo-fi, mais finalement sans sève. Ils ont été sauvés par une pulsion d’exotisme, lorsque j’ai découvert leur ville d’origine, Halifax en Nouvelle-Ecosse. Quelques clics plus tard je me promenais sur cette péninsule canadienne inconnue pour moi, porté par le son de leur premier LP. La balade sur StreetView, dans des paysages intrigants où l’océan côtoie la forêt, s’est terminée dans un cul-de-sac, quelque part au nord, avec la magique "What It Grow" qui semblait faire onduler l’eau à l’horizon. J’ai alors pris toute la mesure de la musique des Everywheres, taillée pour l’errance.


Ce premier LP a été pressé en nombre limité par le label US Father / Daughter. Les huit chansons qui le composent s’inscrivent dans la lignée sonique de plusieurs groupes actuels, comme White Fence, Blackfeet Mystic Braves ou les Young Sinclairs ; ceux-là même qui aiment manipuler la pop psychédélique avec la plus grande délicatesse. Si des titres comme "Other State", "Watch it Grow" ou "Strangers Below the Wire" se détachent, le disque fait tout de même preuve d’une certaine linéarité, tissant des ambiances qui devraient laisser de côté les plus hargneux, insensibles aux mélodies cristallines envoûtantes. Pour les autres, il n’y a qu’à s’abandonner dans ces nappes de guitares gavées de reverb, extraites d’un rêve étrange et nébuleux.


Je vous conseille également leur première cassette, Slow Friends, d’une volupté égale, mais où le son des Everywheres prend une tournure plus folk et indie-pop, quelque part entre Real Estate et Campfires. On y retrouve quelques superbes chansons comme "Slow Friends", "Tripping", "Frightened Face" ou encore "Breeze Friends", jouées avec une décontraction tellement communicative qu’elles se transforment en ode à la glande.
Punching Joe

vendredi 13 septembre 2013

Scott & Charlene’s Wedding-Any Port in a Storm


Craig Dermody a formé Scott & Charlene’s Wedding à Melbourne, avant de déménager pour New York, ville qu'il a toujours fantasmée. Après quelques galères, le temps de trouver un nouveau groupe et de se familiariser avec la grosse pomme, il enregistre Any Port in a Storm, qui succède à l’excellent Para Vista Social Club. Désormais moins saturé, son indie-rock se pare de contours plus pop à travers 11 chansons habitées par la personnalité sensible de leur auteur.

La musique de Scott & Charlene’s Wedding a quelque chose de fondamentalement ordinaire et spontanée. Graig Dermody ne s’en cache pas d’ailleurs, il écrit et chante comme ça vient; sur la vie, ses pensées, ses angoisses. C’est un songwriter dans l’âme, qui pense d’abord à ses chansons, avant d’en imaginer le son. Sur Para Vista Social Club il cachait néanmoins son jeu de guitare, qu’il jugeait approximatif, derrière des distorsions qui donnaient une tonalité velvetienne à sa musique. Avec Any Port in a Storm il a confié l’enregistrement à Jarvis Taveniere de Woods, qui a clarifié tout ça et donné une patine indie-pop à ces titres délicats.


Il n’a pas pour autant perdu sa nonchalance indie-rock. Un détachement qui n'est pas sans rappeler celui de Pavement et de leurs mélodies universelles. Car Craig Dermody est un pur produit des années 90 et ne manque pas de le souligner. Il intitule même une des ses chansons "1993" pour y conter la folie des playoffs NBA cette année là. La base de toutes les compositions est élémentaire : raconter des histoires, et souvent son histoire, à l’aide de trois accords convaincus et d’une voix bavarde. La formule est simple, efficace,  et semble pouvoir être répétée à l’infini, sans lasser.

Même s’il est très homogène, Any Port In a Storm alterne habilement les passages accrocheurs ("Jackie Boy", "Downtown", "Charlie’s in the gutter") et ceux plus aériens ("Lesbian Wife", "Junk Shop", ou la belle balade "Spring St"). On retiendra l’excellent travail de Michael Caterer à la guitare solo qui tapisse le disque des ses riffs indie-pop scintillants. Une élégance seyant parfaitement aux compositions de Dermody qui trouvent ici un écrin idéal pour se déployer. Sans fard, la musique de l’Australien brille dans sa fragilité, toujours tiraillée entre insouciance et désenchantement.
Punching Joe

vendredi 12 juillet 2013

Beaches-She Beats

Chapter Music 2/2

Après la chronique du deuxième album de Dick Diver, on continue notre petit focus sur le label australien Chapter Music avec les cinq filles de Beaches, auteurs de She Beats, un puissant disque aux réverbérations shoegaze et psychédéliques.

Beaches était déjà apparu sur les radars indie en 2008 avec son premier LP. Le petit engouement qui a suivi la sortie a permis au groupe d’aller jouer aux Etats-Unis et notamment de se faire inviter aux All Tomorrows Parties et à l’Austin Psych Fest. En souvenir elles enregistrent même un 4 titres (Eternal Sphere) pour le label new yorkais Mexican Summer. S’en suit une période plus calme pendant laquelle Beaches peaufine à Melbourne ce She Beats. Un  disque qu’elles ont imaginé comme une œuvre collective et qu’elles ont pu travailler sereinement au Transient Studio, l’antre de Jack Farley.


She Beats est un album assez curieux qui, sous ses faux airs d’énième manifeste indie/noisy lambda, se révèle être une œuvre ambitieuse et grandement maîtrisée. Sur 11 titres, on ne trouve finalement que deux chansons répondant au format pop classique : la sautillante "Send them away", parfait single, et "Runaway" qui clôt le disque avec ses guitares catchy et son refrain léger. Pour le reste Beaches fait front, construisant des chansons où la puissance est de rigueur. Une partie de l’album est sous le signe d’un shoegaze qui, à la manière de leurs compatriotes the Laurels, convoque les vapeurs assourdissantes de Ride ("Out Of Mind", "Dune", "Weather"). Si la production est impeccable (joli travail sur les voix, basse monumentale), le disque ne se repose pas sur ce son et va chercher des compositions toujours plus sinueuses. "Distance" fait dans la transe tranquille avec ses cinq minutes de kraut-indie non sans rappeler Yo La Tengo. She beats comporte également quelques pistes instrumentales, et notamment "Granite Snake", énorme morceaux défoncé qui s’envole très haut. La deuxième partie du disque investit d’ailleurs des contrées plus psychédéliques. On retient par exemple la suante "Veda" avec ses tambours tropicaux et une guitare tout droit sortie de White Light/White Heat. Captivant et enivrant, She beats bat aux rythmes fracassés de ses aventurières soniques dont on attend déjà avec impatience le prochain LP.
Punching Joe


Lire la première partie du focus sur le label Chapter Music.
 Ecouter le premier LP de Beaches sorti en 2008 sur le label Mistletone records.

mercredi 3 juillet 2013

Dick Diver-Calendar Days

Chapter Music 1/2

L’histoire est finalement assez banale dans le petit monde du rock alternatif : celle d’un gamin (Guy Blackman) qui s’emmerde dans une ville isolée (Perth, Australie) et qui décide d’éditer lui-même son propre fanzine musical pour partager sa passion. Le paquet de photocopies agrafées avec amour s’appelle alors Chapter 24, en hommage à Syd Barrett. Guy Blackman trouve aussi que Perth regorge de super groupes, mais comme tout le monde s’en fout, il crée un label et commence par vendre des compilations cassettes faites maison (dont un tribute à Sonic Youth). Chapter Music est en train de naître, nous sommes en 1992 et Guy Blackman s’apprête à écrire un nouveau chapitre dans l’histoire des labels DIY, celui d’une structure qui va traverser deux décennies en toute humilité, sans autre motivation que de donner sa chance à des groupes. Délocalisé ensuite à Melbourne, Chapter Music va suivre les envies de son fondateur et bâtir un catalogue varié et pointu, regroupant entre autres : The Cannanes, the Crayon Fields, Primitive Calculators, Tenniscoats, Sleepy Township (son groupe) ou encore Molasses. Aujourd’hui Chapter Music reste une valeur sûre, la preuve avec les sorties récentes des deuxièmes albums de Dick Diver (Calendar Days) et Beaches (She Beats).

Dick Diver est un quatuor de Melbourne qui colle parfaitement à l’esprit de Chapter Music: humble, discret mais qui frappe toujours juste. Sur Calendar Days ils atteignent un raffinement pop rare et signent un des disques de l’année.

Il est essentiellement question d’équilibre dans la pop, d’une harmonie parfaite enveloppant voix et instruments dans une même respiration. Tout en délicatesse et en minimalisme, Dick Diver a su capter en l’espace de 11 titres cet équilibre ultime. Pourtant, loin d’eux l’idée de courir après une innocence, une naïveté, souvent garants de la fameuse "fraîcheur", si rassurante, qu’on aime retrouver dans une pop-song. Leur musique fait au contraire preuve d’une sagesse moins immédiate, mais révèle des chansons intelligentes et précieuses.


"Blue and That" ouvre avec un clavier soyeux faisant flotter une voix Lou Reedienne. Une caresse langoureuse stoppée par "Alice" et ses guitares scintillantes. Dans la foulée "Calendar Days" persiste : quelques accords de guitare claire et un duo de voix mixte en osmose ponctué par un harmonica céleste ; on sait d’ores et déjà que le disque sera sublime. Économe comme du Field Mice, pudique comme du Go-Between, la musique de Dick Diver est autant habitée par ces illustres aînés que par sa propre grâce. ""Boys et "Two Year Lease" se réfugient ensuite dans une chambre lugubre, susurrant quelques notes tombées du ciel entre deux silences béats. "Lime Green Shirt" et "Bondi 98’" gambadent elles sereinement, toujours portées par ce son limpide, tout en retenue, qu’on voudrait entendre plus souvent chez les poppeux. Une production tellement juste que la musique de Dick Diver en devient presque irréelle, des étincelles enivrantes de "Gap Life", à la berceuse lunaire "Amber" qu’on aimerait prolonger pour toujours. Calendar Days n’est pas un rafraîchissement éphémère, mais un grand disque pop sincère dont seules de très nombreuses écoutes feront accepter la réalité.

Punching Joe

♦ La deuxième partie du focus sur Chapter Music avec Beaches.
♦ A noter que des membres de Dick Diver sont aussi dans les rangs d'excellents groupes australiens comme UV Race, Total ControlBoomgates ou encore Lower Plenty

jeudi 31 janvier 2013

The Great Unwashed-Clean Out Of Our Minds


L’année 2012 a gâté les amoureux de la galaxie Kilgour puisque ont été réédités Oddities de the Clean, le premier solo de David Kilgour, Here Come The Cars, et Clean Out Of Our Minds des Great Unwashed. Initialement sorti en 1983 sur Flyning Nun, ce dernier est le seul LP de the Great Unwashed, groupe que Hamish et David Kilgour ont formé après la première séparation de the Clean. Il a donc fallu attendre plus de trente ans pour qu’un label, en l’occurrence les américains Exiled, s’intéresse au sort de l’œuvre la plus intime et la plus étrange du duo.
"Obscurity Blues"

L’histoire des Great Unwashed débute par un déménagement, celui de Hamish quittant Dunedin, la ville d’origine de the Clean, pour s’installer seul à Christchurch avec son enregistreur quatre-pistes et quelques chansons en tête. Il est vite rejoint par son frère David et à deux, ils vont mettre en boîte ce qui deviendra Clean Out Of Our Minds.

Là où the Clean bâtissait les fondations de trente ans d’indie-rock à venir, la démarche des Great Unwashed s’assimile plus à une déconstruction. Insaisissables, les chansons se présentent sous forme de post-it pop, d’apparitions éphémères, d’idées musicales géniales, passés à la moulinette d’une production lo-fi faite maison. "Meanwhile", "Yesterday was", "Hold onto the rail", surgissent ainsi de nulle part et disparaissent aussitôt entre deux soupirs et des crépitements de cordes. Clean Out Of Our Minds est un pur disque de bedroom pop, aussi autiste et impénétrable que lumineux et fulgurant. Toujours hantés par le Velvet  Underground ("Quickstep") les frères Kilgour invitent également Syd Barrett pour quelques moments d’angoisse musicale obsédants ("Obscurity Blues"). Et comme lui, ils ont cette capacité à insinuer au milieu du désordre des moments de grâce suspendue où règne la perfection ("What you should be now", "Toadstool blues"). Au final, ce qui résume le mieux cette collection de chansons égratignées, ce sont sûrement ces paroles répétitives déclamées par Hamish : "It’s a day for staying inside".

Toadstool Blues- The Great Unwashed

Par la suite Great Unwashed publiera un double single qui, marqué par le retour de Peter Gutteridge (membre originel de the Clean) et l’arrivée Ross Humphries à la basse, sonnera plus clean. En 1984 le groupe se sépare, les deux frères s’impliquent dans de nouveaux projets, et laissent derrière eux ce disque qui trente ans plus tard bouleverse toujours.
Punching Joe

dimanche 2 décembre 2012

The Babies-Our House on the Hill



"On peut dire que les étoiles étaient alignées. De l’enregistrement jusqu’à la sortie avec Woodsist, tout s’est enchaîné parfaitement, c’était magique." Voici ce que dit Kevin Morby à propos du second disque des Babies, Our House on the Hill. Et on peut dire que la magie est aussi là à l’écoute, tant ce LP dégage instantanément une force de caractère bluffante. 

On a découvert les Babies il y a environ un an et demi, à la sortie de leur fabuleux premier disque. A l’époque, beaucoup les rangeait dans la catégorie «side-project cool», avec d’un côté Cassie Ramone des Vivian Girls et de l’autre Kevin Morby de Woods. Mais difficile de ne croire qu’à un one-shot quand une telle alchimie se dégage. D’ailleurs le groupe lui-même a très vite refusé cette catégorisation abusive. On a donc attendu avec impatience la suite, craignant un peu la perte de cette fabuleuse candeur rock’n’roll, même si on pouvait se rassurer grâce à quelques 45 tours distillés régulièrement.

"Alligator" jouée il y a un an à l'Espace B à Paris


Our House on the Hill est heureusement à la hauteur, et s’il n’atteint pas la fulgurance brute de son prédécesseur, il gagne au contraire en épaisseur et en assurance. Douze titres et rien à jeter. Côté tubes on retiendra "Moonlight Mile", urbaine et rayonnante, ou "Get Lost", sur le fil du rasoir. Deux chansons où les Babies se parent d’un son plus travaillé qu’à l’accoutumé mais qui ne gâche en rien la spontanéité réjouissante des compos. Côté excellentes chansons on appréciera…tout le reste. Certaines possèdent la « patte Morby » avec une écriture abrupte et à fleur de peau. On pense à "Alligator" ou encore "Mean" et "That Boy", faites de pas grand-chose mais terriblement touchantes. Une frontalité qui est souvent adoucie par les touches indie-surf apportées par Ramone, comme sur "See the Country" ou "Baby" (initialement écrite pour son album solo, finalement reporté).

Our House on the Hill regorge d’ambiances et de sonorités multiples mais reste d’un bout à l’autre cohérent grâce à cette personnalité propre au groupe, ce sentiment d’écouter des éternels enfants qui jouent au rock’n’roll "comme les grands", s'éloignant de la posture, des apparats, pour ne capter que l’immédiateté de cette musique. Mais si les Babies ont gardé cette fraîcheur, leur innocence elle s’est envolée au profit d’une lucidité (voire d’un pessimisme) qui se ressent dans la plupart des textes. "There’s no job to pay the rent, there no love to make it better […] life is funny, life’s laught, life is lonely, yeah it’s a drag", c’est ainsi, d’une voix éraillée, que Morby clame ces paroles désabusées qui ouvrent l’album. Finie l’insouciance fofolle donc, reste une musique éclatante et de plus en plus belle, à l’image de "Wandering" qui clôt Our House on the Hill dans une ambiance envoûtante.
Punching Joe
"Moonlight Mile"

jeudi 15 novembre 2012

Bad Indians-Sun People EP



Découverts du côté de chez Requiem pour un Twister, les américains de Bad Indians nous avaient convaincu avec leur précédant 45 tours, the Path Home. Ils y jouaient une pop-psyché foutraque juste comme il faut, parcourue d’effluves garage, voire indie-pop. Sur ce nouveau EP, sorti au printemps 2012 sur Urinal Cake Records, ils affirment un peu plus leur son.

La face A, excellente, débute par un joli arpège, celui de "Sun People", une chanson pop un brin étrange mais au refrain accrocheur. "If I had a chance" enquille dans une vaine très indie-pop avec quelques relents psyché succulents. Deux chansons où l’on retrouve donc ce son typique des Bad Indians, mêlant des influences a priori hétéroclites, mais qu’ils savent marier astucieusement.

La face B s’aventure elle dans un rock-pysché plus velu. Moins grelottant, le clavier s’affirme sur "Hate" et pose les bases d’un morceau à la rythmique lourde et aux guitares décomplexées. Sur "The Other Side", ils enfoncent le clou et balancent un titre enlevé, dans un pur style "Austin", avec notamment un riff dont le groove rappelle fortement les 13th Floor Elevators.

Sun People confirme donc tout le bien qu’on pensait des Bad Indians. Ils s’imposent un peu plus comme un groupe à la personnalité musicale forte, capable de varier son style avec intelligence et panache. On attend le premier LP avec impatience.
Punching Joe

l'EP en écoute :

vendredi 19 octobre 2012

Boomgates-Double Natural



Le terme « super-groupe » désigne souvent des projets un peu foireux où des musiciens pleins de bonnes intentions sont incapables de trouver une alchimie une fois ensemble. Je n’ai donc pas envie d’assimiler Boomgates à cette catégorie. Car si le groupe se fonde sur plusieurs membres d’excellentes formations basées à Melbourne (dont Brendan Huntley, frontman d’Eddy Current Suppression Ring, Steph Hughes de Dick Diver ou Rick Milovanovic de Twerps) je vois plutôt leur projet comme la réunion naturelle de potes d’une même ville, ayant simplement envie de faire de la musique. Et c’est probablement grâce à cet humble désir que leur premier LP, Double Natural, est une belle réussite.


On associe toujours assez facilement les disques australiens avec l’été et le surf. Boomgates s’éloigne radicalement de ces clichés et livre un album à la douceur automnale, où une indie-pop légère et parfumée aux feuilles mortes se déploie avec aisance. Dès la magnifique "Flood Plains" inaugurale le décor est planté : deux guitares pudiques s’entremêlent et ouvrent sur une chanson simple et prenante, portée par un duo de voix féminin/masculin complémentaire. L’alliance est d’ailleurs un point fort du disque. D’un côté Steph Hughes dans un style très Sarah Records et de l’autre Brendan Huntley, connu pour son rôle de chanteur possédé et intenable chez ECSR, qui ici se canalise, sans perdre sa gouaille cependant, et offre une prestation tout à fait touchante ("Hold me now"). Un duo improbable mais au sein duquel, tel la Belle et la Bête, la magie opère. 

Sans chercher l’estocade ou le coup de génie, Boomgates construit son album de manière plutôt linaire mais avec une qualité des titres qui a chaque fois fait mouche. Le groupe tisse une indie-pop pleine de personnalité, assumant un côté mature, délaissant au contraire l’imagerie naïve et béate souvent propre au genre. Ils esquissent même des rapprochements avec les Modern Lovers ("Natural Progression"), l'indie 90's ("Cows Come Home") ou le post-punk ("Whispering and Singing") sans s’égarer. Subsiste un disque modeste dans sa réalisation, mais au charme indéniable et réconfortant. Le compagnon idéal pour préparer les longues nuits d’hiver.
Punching Joe
"Natural Progression", live


Sur le web :
-Le disque est sorti sur l'excellent label Bedroom Sucks
-Vous pouvez réécouter notre mix indie-rock australien 

mardi 2 octobre 2012

Blackfeet Braves, s/t LP


Cela faisait deux ans qu’on se contentait de leurs fameuses démos, lâchées nonchalamment sur une page Bandcamp. Un peu énervés devant le manque de mises à jour, on s’est résolu à les ranger dans la catégorie des gros branleurs bourrés de talent mais incapables de s’assumer. Erreur. Durant l’été tout s’est accéléré et les Blackfeet Braves ont refait surface, annonçant la sortie de leur premier album. Mis en écoute gratuite, ce LP, qui devrait bientôt se matérialiser sur du vinyle*, est à la hauteur des espoirs qu’on avait placés sur leurs tronches de californiens je-m’en-foutiste.
"Oh So Fine"

Redécouvert par les Growlers et leur autoproclamé son « beach goth », le mysticisme dans la pop trouve avec les Blackfeet Braves son expression la plus envoûtante. Trop souvent monopolisées par les psyché, les mélodies vaudou sont pourtant tout aussi prenantes lorsqu’elles s’expriment à travers des guitares aigrelettes. Car pas besoin de paluches rugueuses pour manipuler ces sonorités et conduire vers le tant convoité « trip » ; les Blackfeet Braves et leur doigté sensible y arrivent tout aussi bien.

Ce premier LP est ainsi parcouru par une espèce de fragilité qui confine au merveilleux. Sans renier les démos, les Blackfeet Braves ont néanmoins voulu affiner leur son. Ils n’ont cependant pas complètement renoncé à leur patine lo-fi si charmante. Si le tube "Trippin’ like I do" perturbe d’abord par sa rythmique plus rentre-dedans,  il n’en reste pas moins, au fil des écoutes, une chanson au riff absorbant complètement fascinant. Ces gars sont des orfèvres pop comme on en croise peu souvent. Sur une compo, la sublime « Oh So Fine » par exemple, ils sont ainsi capables de reléguer des groupes comme Real Estate au rôle de simples figurants.
L’imaginaire californien est évidemment au cœur du débat ici. Mais loin des clichés, il est peint avec une sorte de lassitude et de mélancolie qui fait presque passer les plages de LA pour des plaines fantomatiques du Montana. Comme avec les Growlers, on est face à des jeunes plus désœuvrés et lascifs qu’enthousiastes et naïfs. On se met alors à barboter dans leur surf-pop aux accents western avec une nonchalance prononcée, bercés par des couplets langoureux et fouettés par des refrains écumant légèrement sur la nuque. 

On pourrait parler plus précisément des chansons : dire à quel point "Cloud 9", "Mystic Rabbit" ou "Misery Loves Compagny", sont géniales, dire à quel point les tremolos dans la guitare nous font fondre, ou décrire en détail les effets sur le métabolisme de ce petit clavier sifflotant et de ces voix chevrotantes, mais ce serait entrer impudiquement dans une expérience qui n’appartient qu’à l’auditeur. A l’aube ou au crépuscule, la musique des Blackfeet Braves brille avec un même éclat noir qu’il est difficile de décrire.
Punching Joe

L'album est en écoute intégrale ci dessous, vous pouvez également faire un tour sur le site du groupe et commander le LP, *disponible depuis février 2013 chez Lolipop Records.

mardi 25 septembre 2012

Henry's Dress, Bust'em Green


Amy Linton I love You

Si la découverte ne date que de quelques mois, ma passion et ma fascination pour les travaux d’Amy Linton en sont déjà à leur paroxysme. D’abord connue par l’intermédiaire de son deuxième groupe the Aislers Set (dont on reparlera), c’est surtout avec Henry’s Dress que le coup de foudre a opéré. Leur seul LP, Bust’em Green, a été une révélation, à tel point qu’envisager de l’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre du rock paraît désormais tout à fait raisonnable. Mais plus qu’un coup de cœur personnel, c’est un disque passionnant qui rapproche avec une facilité déconcertante trois courants musicaux particulièrement appréciés en ces lieux, à savoir l’indie-pop, le shoegaze et le garage

Henry's Dress- "All This Time For Nothing"

Henry’s Dress naît du côté d’Albuquerque au début des années 90 mais déménage rapidement vers San Francisco pour s’y établir définitivement. Le groupe se compose d’Amy Linton donc, mais aussi de Hayim Sanchez et Matt Hartman (The How, Sic Alps, Coachwhips). Leur histoire est intimement liée à celle d’un label local aujourd’hui vénéré par beaucoup (et par nous) : Slumberland. C’est en effet vers cette maison, fondée par l’ex-Black Tambourine Michael Schulman, que Linton va se tourner pour proposer les premiers enregistrements de Henry’s Dress. Deux 45 tours sortent d’abord en 1993 et 1994 (dont un split avec Tiger Trap) avant que le trio ne s’essaye au EP, toujours sur Slumberland, avec un self-titled magnifique, parcouru de noise-pop vénéneuse et de shoegaze déglingué (la traumatisante "Sally Wants"). On y retrouve déjà leur envie de composer des chansons concises, qui vont à l’essentiel, portées aussi bien par une urgence punk que par des complaintes lancinantes. 

Un 45 tours en compagnie du très bon Rocketship plus tard, Henry’s Dress accouche en 1996 de son joyau, Bust’em Green. Douze chansons allant d’1 minute 30 à 2 minutes 30, pour un disque absolument parfait. Sa force principale : mêler une guitare aux riffs rudimentaires et des rythmiques tout aussi efficaces, avec un chant aux mélodies pop, que ce soit par la voix douce-amère d’Amy Linton ou celle désabusée de Matt Hartman, qui évoquent chacune des intonations propres à l’indie-pop ou au shoegaze. Le mélange des genres est prégnant sur le triptyque qui ouvre le disque. "The way she goes", "Winter 94" et l’immense "Target Practice", où un garage rêche, presque aussi basique que du Gories et saillant comme du Ty Segall, verse plus dans l’émotion pudique que dans l’éclatage de neurones. Car, si Bust’em Green est un album profondément insouciant et immédiat, il n’en est pas moins parcouru par des teintes mélancoliques et désenchantées. 

Henry's Dress - "Winter '94" 
Le groupe aime également brouiller la frontière entre garage lo-fi et noise-rock nihiliste, comme sur "Get Yourself Together" ou "Not Today", compactes et brûlantes à souhait. En dignes héritiers du shoegaze ils proposent un travail millimétré sur le bruit et les distorsions, ne sombrant jamais dans l’accumulation de nappes saturées mais préférant au contraire distiller quelques saillies bien pensées ("Hey Allison"). 

Au-delà de sa justesse de ton, Bust’em Green est un grand album car il suinte la fougue rock’n’roll à chaque seconde. Certes la musique de Henry’s Dress est référencée, mais elle est avant tout expressive dans sa spontanéité. Bien plus que des techniciens, Linton, Hartman et Sanchez sont avant tout de grands ados qui jouent comme ils respirent...et ce avec un talent et un caractère hors du commun, à tel point qu’il est difficile de les classer.


"Target Practice" jouée en 2010 lors de la fête d'anniversaire des 20 ans de Slumberland


L’aventure se terminera vite, Linton mettant toute son énergie dans les Aislers Set (elle ira aussi taper sur les fûts chez Go Sailor). Une existence éphémère et une discographie fulgurante qui contribue un peu plus à rendre culte les travaux de Henry’s Dress, d’autant que ni le EP, ni Bust’em Green n’ont été réédités à ce jour, et sont donc quasiment introuvables en format physique*. On espère donc qu'un jour Slumberland fera un petit effort pour rendre gloire à une de ses plus belles signatures. 
Punching Joe

*On le trouve facilement sur la toile cependant

Aussi sur le web :
Des articles sur Henry's Dress dans l'incontournable Blog du mouvement shoegaze
Le site de Slumberland
Le bandcamp de The Aislers Set, le deuxième groupe d'Amy Linton

mardi 24 avril 2012

Australian Indie-rock mixtape

Vous l'avez peut-être remarqué, on aime bien l'Australie sur Walking with the beast. Récemment les chroniques sur des groupes Aussies se sont enchaînées, et à raison, puisque la qualité des disques écoutés nous a complètement enthousiasmés. Indie-pop, post-punk, punk-rock, garage sixties : l'indie-rock est bien roi aux antipodes !

C'est pour ça que l'idée nous est venue de faire une petite mixtape, histoire de partager les trucs cool qu'on aime écouter depuis quelques temps. Evidemment rien d'exhaustif, au contraire, une vision très subjective, alors n'hésitez pas à évoquer vos autres coups de coeurs.

Voici donc 9 chansons, pour 9 groupes différents, avec du groove, des riffs qui piquent les oreilles, des synthés qui dégoulinent, des rythmiques renversantes et plus encore... Et comme on est des coquins on a mis en bonus un pseudo "hidden track".

Enjoy !




Track list :

1.Royal Headache "Never again" (RIP Society)
3.UV Race "Inner north" (In the Red)
4.Total Control "One more tonight" (Iron Lung records)
5.Pond "Fantastic explosion of time" (Modular)
7.Twerps "Dreamin" (Underwater People)
8.Frowning Clouds "Time Wastin' Woman" (Saturno records)
9.Straight Arrows "Bad Temper" (Rice is nice)


Punching Joe

lundi 23 avril 2012

Animal Collective, Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished



J’ai cherché mais je n’ai pas trouvé. Non, Animal Collective n’a jamais était si beau que dans ce Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished, leur premier album sorti en 2000.

Pourtant l’accueil, tout en dithyrambes, qu’a reçu Merriweather Post Pavilion, leur dernier disque à ce jour (2009), aurait pu nous faire croire qu’on tenait là le sommet de leur discographie (10 LPs à ce jour). On parlait même de sauveurs de la pop moderne, de quintessence de la création musicale 2.0. Et pour tout vous avouer, je n’étais pas loin de penser ce genre de conneries. Pourtant, après 3 ans de maturation je suis revenu sur mon jugement : Merriweather Post Pavilion est certes un bon album mais il manque parfois de relief, pour ne pas dire d’âme. Et si, par ailleurs, j’ai beaucoup d’affection pour  Feels ou Strawberry Jams, je ne peux pas m’empêcher de penser que le groupe n’atteindra jamais ce qui a été accompli sur Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished.

Enfin, le groupe, c’est vite dit, puisqu’à l’époque Animal Collective n’est pas un quatuor mais le projet d’un seul homme, David Portner (aka Avey Tare) compositeur et chanteur, qui pour l’occasion s’est adjoint les services Noah Lennox (aka Panda Bear), venu apporter ses folles percussions. Autoproduit sur leur label Animal (futur Paw Tracks), le disque a fait l’objet d’une réédition Cd chez Fat Cat, accompagné de deuxième opus du groupe, l’obscure Danse Manatee

Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished n’est pas seulement l’album du commencement d’un groupe; ici les enjeux sont plus grands. Il semble même au contraire être une conclusion. La conclusion de l’enfance, que les vieux ados Avey Tare et Panda Bear mettent en musique dans une chambre lugubre. Pour cela le duo de Brooklyn malmène la pop en 11 chansons insouciances, noires et totalement fascinantes. Avey Tare étale ses tripes fraîches sur bande et entame une descente abrupte dans les tréfonds de son esprit. Jusqu’à un point de non retour, comme le répète cet enregistrement d’une voix d’enfant qui clôt la traversée : « My singin’ voice is gone, my singin’ voice is gone ».

Chocolate Girl

Mais avant d’en arriver là, l’auditeur doit se frayer un chemin au travers des ronces. Animal Collective crée son propre langage musical qui, s’il n’est pas complètement original (on aperçoit les silhouettes fantomatiques de Sonic Boom , Syd Barrett, Stephen Malkmus et bien sûr Robert Wyatt), déconcerte par sa liberté et son souffle acide. "Spirit they’ve vanished" ouvre l’oeuvre sur 5 minutes de bidouillages dronesque, d’où s’échappe une voix venue de l’au-delà. S’en suit "April and the Phantom" et son intro qui préfigure presque le Glitch (art visuel et/ou sonore qui met le bug au centre de la création), puis "Untitled" avec sa douce mélodie de piano étouffée par des interférences presque insupportables. Mais une fois ses limbes traversées, une lumière perce l’obscurité maladive. "Penny Dreadfuls" d’abord, écrite à 16 ans par Avey Tare, est une sublime balade déglinguée au piano, d’une simplicité et d’une justesse aberrante. "Chocolate Girls" enchaîne et monte encore le niveau. Chanson la plus rigoureuse formellement, elle voit pourtant deux musiciens s’en donner à cœur joie. Tare pose sa voix hantée par paroles inquiétantes sur des synthés directement sortis de Rock Bottom, tandis que Panda Bear martèle avec frénésie sa batterie poussiéreuse. A partir de là, impossible de décrocher. "Bat you’ll fly" fait une excursion magique dans le futur du groupe et "Someday I'll Grow To Be As Tall As The Giant" nous fait voir les étoiles avec sa ritournelle naïve. 

Mais il semble encore manquer quelque chose pour lier tout ça, une étincelle. Elle arrive enfin avec "Alvin Row", monument de plus de 12 minutes qui synthétise toutes les idées avancées précédemment. L’écriture est limpide, à la fois zigzagante et complètement évidente. Les rythmiques, les bidouillages, sont insensés, venant travailler sur l’os les couches de piano et de guitare acoustique. Tout est là, et ne sera jamais dépassé par la suite.

Alvin Row

En composant ce Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished, Animal Collective joue avec des sentiments enfouis, que l’on aurait jamais cru voir réapparaitre un jour. A l’aube du nouveau millénaire, ces conteurs pop indolents anticipent l’arrivée massive du mp3 et compressent sans retenue la musique qui a bercé leur enfance. La venue de nouveaux membres emmènera le groupe vers d’autres galaxies, pas complètement éloignées de cette chambre, mais où la mélancolie ne sera jamais aussi belle et prenante.

Punching Joe

vendredi 13 avril 2012

Woollen Kits, s/t LP



Les magazines ont beau essayé de nous faire croire le contraire, on le sait bien, le rock ce n’est pas du sérieux. Et les 3 membres de Woollen Kits l’ont bien compris. Sorti sur l’excellent label RIP Society (Royal Headache) et produit par Mikey Young d’Eddy Current Suppression Ring, leur premier LP séduit par un indie-rock déglingué qui sent bon la glande. 

Comme pour tous les groupes venus d’Australie on pourrait partir dans des métaphores sur le surf, l’océan et le soleil…Erreur. Les mecs de Woollen Kits doivent plutôt être du genre à garder leur jean sur la plage et à se taper des bières tièdes en se foutant de la gueule des gravures de mode qui font mumuse sur les rouleaux. Comment pourrait-il en être autrement quand on écrit une chanson aussi lascive que "I love you" ? Un seul mot d’ordre ici donc : relax.

Le clip de "Out of Whack"

Et question je m’en foutisme élevé au rang d’art, les Woollent Kits en connaissent semble-t-il  un rayon. Pavement, Modern Lovers, the Clean ou encore Beat Happening, autant d’ainés plus que respectables qui font irruption dans les compositions du trio originaire de Melbourne. Les riffs sont délicieusement basiques et noisy ("Sloan") et les refrains, cons comme la lune, à base de na na na na, restent immédiatement en tête (le fabuleux petit tube "University Narcolepsy"). En revenant à des choses simples les Woollen Kits parviennent à écrire de superbes chansons catchy et rock’n’roll, que l’on aime fredonner à longueur de journée en dandinant mollement le cou. Comme "Out of Whack" par exemple, sorte de cousin comateux de "Which way to go" de Eddy Current Suppression Ring ou encore "For You" toute de swing vêtue. Mais attention,  ils sont aussi capables de belles envolées, comme avec la pépite indie-pop "Always" qui nous scotche sous un déluge de guitares. 

Peut-être que ce disque s’adresse trop précisément à mon éternelle âme d’étudiant glandu et que je m’emballe un peu, mais n’empêche, c’est un des meilleurs trucs que j’ai entendu depuis ce début d’année et la bête n’est pas prête de quitter ma platine de si tôt…University Narcolepsy, Na na na na na

jeudi 5 avril 2012

Croque Macadam : 45 tours mon amour




Si pour les éternels amoureux du microsillon il n’a jamais disparu, le 45 tours a eu du mal à séduire les nouvelles génération. Heureusement il repointe aujourd’hui le bout de son nez, profitant de la nouvelle ferveur autour du vinyle. Il faut avouer que ces petites galettes de 17 centimètres de diamètre possèdent un capital charme assez évident : pas chères, jolies et souvent collector, il est difficile de résister.

Mais au-delà de l’aspect plastique, les 45 tours permettent aussi la découverte de véritables pépites musicales. Si les artistes déjà en place s’en servent pour balancer des raretés ou des faces Z, ils sont pour beaucoup de jeunes groupes une formidable occasion de marquer les esprits en donnant le meilleur d’eux même sur une poignée de pistes.

C’est ce qu’a bien compris le tout jeune label francilien Croque Macadam (Montrouge), crée il y a quelques mois. Mené par Alex Twist, de l’excellentissime blog Requiem pour un twister, Croque Macadam a déjà sorti quatre 45 tours, mettant en avant de jeunes musiciens prometteurs.

Les derniers en date viennent de Londres et s’appellent French Kissing. Les deux morceaux sortis sur Croque Macadam sont tout simplement exquis. Notamment "Wild woman" dont la guitare et la basse montées sur ressorts permettent quelques déhanchements syncopés exaltants. On invite fortement à suivre ce groupe qui compose de vrais bons morceaux de garage-surf détachés et cool, dans la lignée de leurs collègues d’outre atlantique, les Black Lips. 
Plus tôt dans l’année ce sont les ricains de Triptides qui ont eu droit à leur 2 titres sur Croque Macadam. Un bel objet (superbe pochette et vinyle blanc) qui reprend deux chansons extraites de l’excellent premier album du groupe que l’on n’avait pu écouter jusque là qu'en version digitale. 
Le catalogue compte aussi les Spadassins, groupe rennais dont certains membres font partis de Sudden Death of Stars, avec un 4 titres, toujours sublimé par un artwork léché. La face A, d’un charme désuet irrésistible, remet les 5 Gentlemen au goût de jour, tandis que la face B, chantée en anglais, verse avec coolitude dans le R&B et la soul.
Enfin, pour finir, nos petits préférés (également première référence du label) les magnifiques Guillotines. Voici quatre jeunes gens de la région parisienne dont les deux chansons tournent encore très régulièrement. "L’absinthe", toute de fuzz vêtue, éructe un rock’n’roll excité et suave, tandis que "L’aube" nous caresse langoureusement avec sa mélancolie psyché et ses paroles troublantes. Probablement une des meilleures chansons française entendue en 2011. 
Les Guillotines - l'absinthe (CRM001B) by Croque Macadam


Il ne vous reste plus qu’à vous procurer ces friandises. Rendez-vous donc chez les bons disquaires ou alors sur le site de Croque Macadam, en attendant la suite avec impatience.

Punching Joe

jeudi 9 février 2012

Summer Twins, s/t




En ce début d’année frileux, le label Burger Records a eu la bonne idée de réchauffer nos miches flétries en publiant le chaleureux disque de Summer Twins. Le quatuor est axé autour des sœurs Brown, Justine et Chelsea, qui, du haut de leur vingtaine toute fraîche, aiment laisser planer leur pop candide au dessus de paysages brumeux de Californie, à Riverside plus précisément. Après un EP, the Good Thing, publié sur leur Bandcamp (et toujours en écoute gratuite), Summer Twins livre ici son premier LP.

Si leur album est empreint d’une touche west-coast reconnaissable immédiatement, les deux sœurettes prennent néanmoins leurs distances avec la sunshine pop béate, préférant jouer sur une palette de couleurs plus variée, des pastels doux de la dream-pop jusqu'au rouge plombé du rock new-yorkais.

Pourtant la tâche n’est pas aisée quand on produit une musique aussi simple et spontanée. Heureusement, les filles savent décliner leur musique innocente à merveille, dans des compos, qui, si elles ne brillent pas par leur maestria, font preuve d’une sincérité à toute épreuve. Une innocence qui rime souvent avec inoffensif, mais dont la caresse duveteuse et réconfortante ne peut être rejetée avec dédain.



Summer Twins "I will love you", live


D’emblée "I don’t care" prouve que Summer Twins peut accoucher de petits singles pop imparables et réjouissants. Le ton est donné, d’autant que dans la foulée "Got Some one to dream about" confirme, dans un registre presque plus garage, non loin des contrées empruntées par les Vivian Girls. La voix de Chelsea se dévoile petit à petit, jusqu’à se sublimer sur la dernière piste, l’ensorcelante et mélancolique "Worryhead". Le groupe se révèle, lui, plus efficace quand les rythmiques s’accélèrent, comme sur "Apple Orchards" ou "Pickin' Daisies", où Justine, derrière ses fûts, décide, à raison, de tenir un peu plus fermement ses baguettes. Si l’on n’atteint pas une alchimie digne des Veronica Falls, on découvre néanmoins un groupe aux ressources multiples. Car comme leurs cousins britanniques, Summer Twins joue juste, et dose parfaitement les éléments pop de ses compositions (pas trop de chœurs, des guitares précises, une production sans fioritures). Plus proche d’eux, géographiquement parlant, on pense également à Little Joy (le groupe de Fabrizio Moretti, batteur des Strokes) dont le premier, et seul, album avait trouvé sa voie dans une pop minimaliste, doucement éclairée par un soleil couchant.

En ne perdant pas de vue l’essentiel, jouer de la pop avec son cœur plutôt qu’avec sa tête, Summer Twins livre un premier album réussit. Simple, fun, touchante, la formule des sœurs Brown fait mouche, gommant les moments plus anodins. Reste une brise calme, aussi fraiche qu'enivrante, au souffle éphémère mais ressurant.
Punching Joe


L'album en écoute :

vendredi 23 décembre 2011

Apple Brains, Get Fruity!!

Vegetarian indie-rock



Les baby-sitters fans de Jonathan Richman en ont un jour rêvé, tout comme n’importe quel parent branché : distraire leurs marmots avec un bon album d’indie-rock parfaitement adapté, si possible composé par un végétarien californien obsédé par la bonne bouffe. C’est ce qu’a réalisé l’enthousiaste Allen Bleyle, en l’espace de 12 chansons barrées et fruitées, avec son projet Apple Brains. Car si les comptines s’adressent en premier lieu aux bambins (Bleyle fait d’ailleurs le tour des écoles primaires et des camps de vacances avec sa guitare), nul doute que n’importe quel indie-rocker de base trouvera son compte dans ces sucreries DIY parsemées de bruits bizarres. En témoigne le pressage de l’album en cassette chez Burger Records et, plus récemment, en vinyle chez  les garageux de Slovenly Records.




Si Bleyle milite ardemment pour une nutrition saine et équilibrée on se demande néanmoins si ces chansons n’ont pas été composées pendant une overdose de sucre. Prenez par exemple "Peanut butter & jelly how they met song" ou encore l’hystérique "Lots of different colors", qui auraient très bien pu résulter d’une jam sous acide entre Bob l’Eponge et Dora l’exploratrice, le tout sous l’œil pervers de Wayne Coyne des Flaming Lips. Heureusement derrière cet entassement de bruitages rigolos (aboiements, splash, grognements, et j’en passe), de toy instruments (vous trouverez des soli de kazoo) et de délires dadaïstes, se cachent quand même des mélodies diablement efficaces qui empruntent aussi bien à l’easy-listening qu’à l’indie-rock lo-fi des années 80, ou à l’anti-folk. Un mélange assez psychédélique où l’on croirait entendre les Camper Van Beethoven ("Apple x3") ou l’ami Jeffrey Lewis ("Wonder Worm"). Et notre joyeux troubadour pense aussi aux enfants plus calmes, en balançant quelques petites balades toutes jolies, comme l’irrésistible ode à la mangue "A mango is a precious egg to be cherished".

     Il est difficile de résister à l’univers d’Allen Bleyle, qui a le mérite de produire une musique inspirée et facile d’accès, sans prendre pour autant les gosses pour des débiles (l’histoire d’un ver de terre super-hero c’est quand même autre chose qu’une taupe chantante attardée). Un univers non-hermétique qui pourra aussi faire swinguer vos vieux os.
Punching Joe

NB : Ne vous étonnez pas trop quand même si, plus tard, votre enfant/petite cousine/petit frère/or whatever, vous réclame du Zappa pour ses 10 ans.
Une interview pour en savoir plus le boy


"Apples x3"