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lundi 23 juin 2014

Voyage dans l'espace avec Still Charon


Le duo limougeaud Still Charon compte déjà deux EP, HΩME (sorti l’année dernière) et Paved & With Good Intentions qu’ils viennent de partager gratuitement sur bandcamp. Leur musique mêle des mélodies aussi pop que psychédéliques, un son tantôt rugueux, tantôt gracile, le tout magnifié par la voix magnétique de Camille (ex Mountebank). Au petit jeu des références on peut tout aussi bien déceler certaines égratignures lo-fi propre au garage-rock moderne, qu'une décontraction façon indie-rock nineties ou encore un savoir-faire pop ancestral. Pourtant leur musique semble irréductible à ces simples étiquettes. En fait Still Charon ne fait rien d’autre qu’écrire de belles chansons et c’est déjà beaucoup.

On vous rappelle également que vous pouvez les retrouver sur l'excellente compilation Songs Of Nothing 2 du collectif Nothing.

   

Inspirés par leur nom qui fait référence à Charon, la lune de Pluton, on a demandé à Camille et Florian de concocter une playlist qui soit un vrai voyage intergalactique :

"L'espace, comme la nature, est un lieu infini et inconnu, propice à la contemplation et à la rêverie, une source intarissable d'inspiration pour les expérimentations musicales en tout genre. À un tel point, que le rock psychédélique ne va pas sans son petit frère le Space Rock.

L'image est vraiment bien choisie, puisqu’à l'évocation du genre on imagine déjà la reverbe infinie rouler-bouler dans l'espace comme Sandra Bullock dans Gravity; une sorte de Great Gig In The Sky qu'ils disaient, avec des technologies et des civilisations extraterrestres."

Spacemen 3 "Starship"
Tout est dans leur nom, un esprit qu'on pourrait résumer ainsi : taking drugs to make music about space to take drugs



Spiritualized "Ladies and Gentlemen We're Floating Into Space"
Jason Pierce, variation sur le thème.



Warlocks "He Looks Good in Space"
Depressing space song



Hawkwind "Space Is Deep"
Hawkwind inventeur de la space épopée avant George Lucas.



Robert Wyatt "Alien"
Prends ton ticket pour Venus



Slowdive "Soulvaki Space Station"
We are travelling at warp speed



Pink Floyd "Astronomy Domine"
Shiny Diamond synesthésique de Syd Barret gravitant autour de Jupiter Saturne Oberon, Miranda, Titania, Neptune Titan.



Yo La Tengo "Superstar Watcher"
Contemplation melody



Galaxie 500 "Leaving The Planet" 
You said that I could bring my guitar, you said it's time to leave the planet [...] time to leave the capsule if you can ?


Propos recueillis par Punching Joe  

mardi 29 octobre 2013

Introduction to Kelley Stoltz


Après trois albums chez Sub Pop, le résident de San Francisco Kelley Stoltz signe Double Exposure sur Third Man Records, label avec lequel il partage une même origine, le Michigan. Dans le circuit depuis près de 15 ans il n’en reste pas moins un éternel outsider, injustement méconnu de ce côté de l’Atlantique, alors que sa discographie regorge de grandes chansons pop. Multi-instrumentiste génial, orfèvre du son analogique et producteur inspiré (the Mantles, Sonny & the Sunsets…), il était là avant que la scène de San Francisco ne prenne la fière allure qu’on lui connaît aujourd’hui. Pour tous ces musiciens il reste d’ailleurs une figure tutélaire, souvent cité comme influence, notamment pour sa manière de penser la musique et de magnifier le Do It Yourself, gage de liberté créatrice. 

Grand fan du songwriting immatriculé années 60, de Brian Wilson aux Beatles, en passant par Syd Barrett, les Zombies ou Nick Drake, Kelley Stoltz en a gardé le savoir-faire dans l’approche de la pop-song, tout en mettant en avant sa sensibilité à travers des arrangements fouillés, remplis de bidouillages et de boucles étranges. 

Pour s’y retrouver dans cette discographie abondante, on a décidé de faire une playlist qui donne un large aperçu de sa carrière. Dès débuts lo-fi de The Past Was Faster (1999) et Antique Glow (2001) jusqu’au brillant Double Exposure (2013) en passant par la période Sub Pop (To Dreamers, Circular Sounds, Below the Branches) ou encore son album de reprises d’Echo & the Bunnymen, voici 12 chansons qui, on l’espère, serviront de porte d’entrée pour ceux peu familiers du monde merveilleux de Kelley Stoltz.





1-Popular Diseases (The Past Was Faster, Telegraph Compagny, 1999)
2-Vapour Trail (The Past Was Faster, Telegraph Compagny, 1999)
3-Underwater's Where The Action Is (Antique Glow, self-released, 2001)
4-The Sun Comes Through (Below the Branches, Sub Pop, 2006)
5-Prank Calls (Below the Branches, Sub Pop, 2006)
6-Stars Are Stars (Echo & the Bunnymen cover) (Crockodials, Beautiful Hapiness, 2006)
7-Your Reverie (Circular Sounds, Sub Pop, 2008)
8-I Nearly Lost My Mind (Circular Sounds, Sub Pop, 2008)
9-Pinecone (To Dreamers, Sub Pop, 2010)
10-I Remember, You Were Wild (To Dreamers, Sub Pop, 2010)
11-Marcy (Two Imaginary Girls, Les Disques Steak, 2012)
12-Kim Chee Taco Man (Double Exposure, Third Man, 2013)
13-Interview
Punching Joe

mercredi 3 juillet 2013

Dick Diver-Calendar Days

Chapter Music 1/2

L’histoire est finalement assez banale dans le petit monde du rock alternatif : celle d’un gamin (Guy Blackman) qui s’emmerde dans une ville isolée (Perth, Australie) et qui décide d’éditer lui-même son propre fanzine musical pour partager sa passion. Le paquet de photocopies agrafées avec amour s’appelle alors Chapter 24, en hommage à Syd Barrett. Guy Blackman trouve aussi que Perth regorge de super groupes, mais comme tout le monde s’en fout, il crée un label et commence par vendre des compilations cassettes faites maison (dont un tribute à Sonic Youth). Chapter Music est en train de naître, nous sommes en 1992 et Guy Blackman s’apprête à écrire un nouveau chapitre dans l’histoire des labels DIY, celui d’une structure qui va traverser deux décennies en toute humilité, sans autre motivation que de donner sa chance à des groupes. Délocalisé ensuite à Melbourne, Chapter Music va suivre les envies de son fondateur et bâtir un catalogue varié et pointu, regroupant entre autres : The Cannanes, the Crayon Fields, Primitive Calculators, Tenniscoats, Sleepy Township (son groupe) ou encore Molasses. Aujourd’hui Chapter Music reste une valeur sûre, la preuve avec les sorties récentes des deuxièmes albums de Dick Diver (Calendar Days) et Beaches (She Beats).

Dick Diver est un quatuor de Melbourne qui colle parfaitement à l’esprit de Chapter Music: humble, discret mais qui frappe toujours juste. Sur Calendar Days ils atteignent un raffinement pop rare et signent un des disques de l’année.

Il est essentiellement question d’équilibre dans la pop, d’une harmonie parfaite enveloppant voix et instruments dans une même respiration. Tout en délicatesse et en minimalisme, Dick Diver a su capter en l’espace de 11 titres cet équilibre ultime. Pourtant, loin d’eux l’idée de courir après une innocence, une naïveté, souvent garants de la fameuse "fraîcheur", si rassurante, qu’on aime retrouver dans une pop-song. Leur musique fait au contraire preuve d’une sagesse moins immédiate, mais révèle des chansons intelligentes et précieuses.


"Blue and That" ouvre avec un clavier soyeux faisant flotter une voix Lou Reedienne. Une caresse langoureuse stoppée par "Alice" et ses guitares scintillantes. Dans la foulée "Calendar Days" persiste : quelques accords de guitare claire et un duo de voix mixte en osmose ponctué par un harmonica céleste ; on sait d’ores et déjà que le disque sera sublime. Économe comme du Field Mice, pudique comme du Go-Between, la musique de Dick Diver est autant habitée par ces illustres aînés que par sa propre grâce. ""Boys et "Two Year Lease" se réfugient ensuite dans une chambre lugubre, susurrant quelques notes tombées du ciel entre deux silences béats. "Lime Green Shirt" et "Bondi 98’" gambadent elles sereinement, toujours portées par ce son limpide, tout en retenue, qu’on voudrait entendre plus souvent chez les poppeux. Une production tellement juste que la musique de Dick Diver en devient presque irréelle, des étincelles enivrantes de "Gap Life", à la berceuse lunaire "Amber" qu’on aimerait prolonger pour toujours. Calendar Days n’est pas un rafraîchissement éphémère, mais un grand disque pop sincère dont seules de très nombreuses écoutes feront accepter la réalité.

Punching Joe

♦ La deuxième partie du focus sur Chapter Music avec Beaches.
♦ A noter que des membres de Dick Diver sont aussi dans les rangs d'excellents groupes australiens comme UV Race, Total ControlBoomgates ou encore Lower Plenty

jeudi 31 janvier 2013

The Great Unwashed-Clean Out Of Our Minds


L’année 2012 a gâté les amoureux de la galaxie Kilgour puisque ont été réédités Oddities de the Clean, le premier solo de David Kilgour, Here Come The Cars, et Clean Out Of Our Minds des Great Unwashed. Initialement sorti en 1983 sur Flyning Nun, ce dernier est le seul LP de the Great Unwashed, groupe que Hamish et David Kilgour ont formé après la première séparation de the Clean. Il a donc fallu attendre plus de trente ans pour qu’un label, en l’occurrence les américains Exiled, s’intéresse au sort de l’œuvre la plus intime et la plus étrange du duo.
"Obscurity Blues"

L’histoire des Great Unwashed débute par un déménagement, celui de Hamish quittant Dunedin, la ville d’origine de the Clean, pour s’installer seul à Christchurch avec son enregistreur quatre-pistes et quelques chansons en tête. Il est vite rejoint par son frère David et à deux, ils vont mettre en boîte ce qui deviendra Clean Out Of Our Minds.

Là où the Clean bâtissait les fondations de trente ans d’indie-rock à venir, la démarche des Great Unwashed s’assimile plus à une déconstruction. Insaisissables, les chansons se présentent sous forme de post-it pop, d’apparitions éphémères, d’idées musicales géniales, passés à la moulinette d’une production lo-fi faite maison. "Meanwhile", "Yesterday was", "Hold onto the rail", surgissent ainsi de nulle part et disparaissent aussitôt entre deux soupirs et des crépitements de cordes. Clean Out Of Our Minds est un pur disque de bedroom pop, aussi autiste et impénétrable que lumineux et fulgurant. Toujours hantés par le Velvet  Underground ("Quickstep") les frères Kilgour invitent également Syd Barrett pour quelques moments d’angoisse musicale obsédants ("Obscurity Blues"). Et comme lui, ils ont cette capacité à insinuer au milieu du désordre des moments de grâce suspendue où règne la perfection ("What you should be now", "Toadstool blues"). Au final, ce qui résume le mieux cette collection de chansons égratignées, ce sont sûrement ces paroles répétitives déclamées par Hamish : "It’s a day for staying inside".

Toadstool Blues- The Great Unwashed

Par la suite Great Unwashed publiera un double single qui, marqué par le retour de Peter Gutteridge (membre originel de the Clean) et l’arrivée Ross Humphries à la basse, sonnera plus clean. En 1984 le groupe se sépare, les deux frères s’impliquent dans de nouveaux projets, et laissent derrière eux ce disque qui trente ans plus tard bouleverse toujours.
Punching Joe