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mardi 28 juin 2011

Le Fils

(réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2002)

Le dernier film des frères Dardenne, Le Gamin au vélo, est actuellement en salle, après avoir été récompensé au dernier festival de Cannes (Grand prix). Une actualité qui me donne envie de parler de leur meilleur film d’après moi, Le Fils, sorti en 2002.
D’abord documentaristes dans les années 70 et 80, les deux belges se sont ensuite tournés vers la fiction à l’aube des années 90. Dans la lignée du réalisme social à l’anglaise, ils ont développé un cinéma austère et rugueux qui traite de la société contemporaine et met en scène des personnages tragiques. Depuis La Promesse en 1996 ils n’ont cessé de s’imposer, auprès de la critique et du public, comme des cinéastes incontournables. En témoigne, chose rare, leur double palme d’or : en 1999 pour Rosetta et en 2004 pour L’Enfant.
La Promesse, Rosetta et Le Fils sont, je pense, leurs trois vraies réussites. Leur  cinéma y est intense et très noir. Ils mettent en avant des sentiments complexes et troublants à travers des sujets universels comme l’amour, la vengeance, la précarité, etc. Leur grande force c’est d’utiliser à merveille la pure puissance expressive de la caméra et non d’essayer de créer l’émotion par un jeu d’acteur grandiloquent ou par un scénario à grosses ficelles. En ce sens ils me font beaucoup penser à un autre esthète de l’épuration, le cinéaste français Bruno Dumont (La vie de Jésus, Flandres). Le problème avec les films qui ont suivi (L’Enfant, Le Silence de Lorna) c’est qu'ils vont perdre la force de la simplicité de leurs premières œuvres, pour crouler sous une mise en scène lourde, au service d’œuvres misérabilistes et caricaturales.
Venant-on donc plutôt à ce film de 2002, Le Fils. Olivier est professeur de menuiserie, il est divorcé. Un jour un jeune apprenti, Francis, se présente au centre de formation. Si ce dernier ignore qui est Olivier, lui sait très bien à qui il à faire. C’est ce garçon qui a tué son propre fils il y a 6 ans. Il vient de sortir de maison de redressement.
Certes le scénario tient en deux lignes mais ce qu’il exprime pourrait faire l’objet de dissertations et d’analyses filmiques interminables. Le film va se construire comme un chassé-croisé permanent entre ces deux êtres. Francis est un adolescent paumé qui agit comme un animal terrorisé et faible. Il cherche du réconfort et une présence humaine. Il n’a qu’Olivier et tente donc de se rapprocher de lui. Olivier est plus impressionnant, notamment physiquement. Mais il semble tout aussi fragile. La mort de son fils lui pèse. Son mal de dos permanent, celui qui le pousse à porter une grosse ceinture de maintient le scindant en deux, devient l’empreinte corporelle de ce fardeau inhérent à son âme. Que veut-il vraiment à Francis ? On ne le sait pas, mais il semble entièrement aimanté par cette nouvelle présence.
Cette relation ambiguë et abstraite, que l’on peine à cerner, va être captée par la caméra. Olivier et Francis ne partageront presque jamais le même cadre, symbole flagrant de la scission qui existe entre eux. On pense notamment à la séquence où Olivier rencontre pour la première fois Francis dans les vestiaires du centre. On le voit d’abord longer lentement l’épais mur de parpaings qui les sépare. La caméra est distante, puis s’approche brusquement de son visage grâce à un travelling à l’épaule instable. Elle scrute alors lentement cette face apeurée. Olivier a du mal à regarder dans la pièce voisine. Puis il y a Francis, assoupi sur un banc, frêle et vulnérable. Un champ/contre-champ nous ramène sur Olivier, qui semble aussi fasciné que terrorisé. Il lui faudra quelques instants pour le réveiller. Les paroles ici sont futiles, tout est dans les regards,  des regards profonds et fuyants, qui ne se croisent jamais.
Le film n’arrive pas à être clair et limpide, et c’est peut être pour cela qu’il est très réussi. Les Dardenne explorent un terrain où peu de cinéastes osent s’aventurer. Ils mettent en avant la toute puissance de l’indicible via un cinéma réaliste. Plus les intentions d’Oliver envers ce jeune homme qui gravite autour de lui deviennent abstraites, plus le film est perturbant. Dans cette réalité trouble on se raccroche alors aux gestes, à la mécanique des corps. Et encore une fois la magie de la caméra opère. Les mains sont scrutées à l’atelier, la  nuque d’Olivier devient un moyen d’expression, etc.

Aussi pour finir il est nécessaire ici de rendre hommage aux deux acteurs qui participent grandement à l’expressivité du film. Morgan Marinne d’une part, qui incarne Francis avec charisme et traverse l’œuvre telle une ombre insaisissable. Et puis Olivier Gourmet. Que dire d’Olivier Gourmet ?! C’est l’acteur fétiche des Dardenne, il a joué dans presque tous leurs films. Ici il transcende véritablement ce personnage opaque. La moindre partie de son corps bouillonne d’intensité, comme son regard, qui malgré d’épaisses lunettes, brille par sa noirceur. Son prix d’interprétation à Cannes est amplement mérité. Je vous conseille d’explorer un peu plus sa filmographie : La Promesse donc, mais aussi Home d’Ursula Meier, ou encore la Venus Noire d’Abdellatif Kéchiche, chef d’œuvre injustement passé inaperçu l’année dernière.
Punching Joe

Bande annonce

vendredi 24 juin 2011

Jon Carling


Au programme aujourd’hui : une immersion dans les étranges et fascinants petits dessins de Jon Carling.
L’artiste a 35 ans et vit aux Etats-Unis, à Oakland. Son matériel d’artiste se résume à un stylo, de l’encre et ce qui semble être du vieux papier. Un minimalisme qui a deux avantages non négligeables pour lui : ne pas trop dépenser en fournitures et pouvoir travailler dans son lit (sic).

Les dessins de Jon Carling allient une forme de naïveté enfantine à un caractère plutôt inquiétant. Il oscille entre rêves et cauchemars. En effet, au premier coup d’œil on songe à de tendres illustrations pour albums jeunesse mais bien souvent en y regardant de plus près certains éléments bizarres et surprenants surgissent de manière évidente et ajoutent alors à l’image une dimension angoissante et fantastique.





  
Aussi l’artiste cultive une affection particulière pour les créatures hybrides et a façonné un véritable bestiaire où s’entremêlent animaux et humains. Certaines figures sont récurrentes dans ses dessins, c’est le cas du lapin qui bien souvent se retrouve pourvu d’ailes ou encore du diable, des êtres sous-marins…







Jon Carling, s’il n’est pas dépourvu de talent, ne semble pas moins démuni en matière de goûts musicaux. Aussi il lui arrive de croquer quelques bons groupes sur papier. On donnera pour exemple les Spacemen 3 à qui il offre alors le diable pour batteur, ou encore Thee Oh Sees pour lesquels l’artiste a bien cerné le port de guitare de John Dwyer, façon port de flingue.


 

Jon Carling s’adonne d’ailleurs lui-même à la musique puisque quelques titres de sa création sont à écouter sur myspace. Des morceaux à l’image de ses œuvres sur papier, empreints de candeur et parfois d’une certaine étrangeté.
Il semble que l’artiste n’expose pas beaucoup en dehors de son pays, si ce n’est à ma connaissance une venue en Italie en 2010. Alors en attendant de pouvoir admirer ses drôles de petits dessins en vrai, vous pouvez vous rendre sur son site internet, sa page facebook ou carrément vous procurez une reproduction signée de sa main via sa boutique sur etsy.
Hanemone


      


jeudi 23 juin 2011

Joe Gideon and the Shark, You Don’t Look At A Tidal Wave, A Tidal Wave Looks At You, 7"

Le Retour
Live à la Garden Nef Party d'Angoulême, 2009

Joe Gideon et sa sœur Viva (aka The Shark) viennent de Londres. Ils ont débarqué il y a trois ans avec un premier album, Harum Scarum, qui est malheureusement resté assez confidentiel. Pourtant en l’espace de neuf chansons ils redonnaient foi en un rock-indé inventif, se foutant des codes en vigueur. Viva, batteuse gymnaste qui tâte bien d’une demi-douzaine d’instruments, sécurise le périmètre pour permettre à son frangin de déblatérer des histoires surréalistes avec sa voix monocorde, lors de chansons épiques qui ne renient pas les digressions. Du rock tantôt bluesy et répétitif, tantôt doux et voluptueux, mais toujours très personnel.
Puis plus rien. On les croyait même disparus. Mais il y a quelques semaines, leur label Bronze Rat Records (Heavy Trash, Gemma Ray…) a mis en vente, exclusivement au format vinyle, You Don’t Look At A Tidal Wave, A Tidal Wave Looks At You, que l’on peut écouter ici. Constat : leur mojo n’a pas été atténué par les années ! Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il est également précisé qu’un album est prévu pour la fin de l’année, de quoi égayer l’automne prochain.
Punching Joe
En attendant on se replonge un peu dans le fabuleux Harum Scarum avec quelques vidéos réalisées par leurs potes d’Archie Bronson Outfit, maîtres en matière de clips délirants :

"Civilisation"

"DOL (daughter of a loony)"

"Kathy Ray" live

mardi 14 juin 2011

Découvertes

All we need is summertime


Avec l'été qui approche on est tous à la recherche de la bande son idéale pour accompagner ses longues journées de glande, vautré au soleil ou (et) dans l'eau. Quoi de plus logique alors que de se tourner vers la Californie, terre sainte en terme de musique de plage. Et puis tant qu'on y est, autant essayer de découvrir de nouveaux groupes.




Tijuana Panthers
Dans le genre cliché ambulant mais qui fait quand même du bien, on a les Tijuana Panthers, from Long Beach. Du surf garage qui ne s'emmerde pas trop à être original mais qui doit faire son petit effet en état d'ébriété un soir d'août (voir le clip ci-dessous). C'est régressif comme du Black Lips accouplé avec the Offsprings ! Ils ont sorti un premier album, Max baker. 





Dans la catégorie supérieure on a My Pet Saddle de Fullerton. Ils sont potes avec les Growlers que l'on a déjà évoqués ici, ça met tout de suite en confiance. Ils font de la très bonne pop qui mélange  l'évidence mélodique des Beatles avec le manque de sérieux de la surf-music californienne. C'est super bien gaulé, on prend sans hésiter. Ils ont sorti un album l'année dernière, Laughing at me, que l'on peut écouter entièrement sur leur myspace.





Et pour ceux qui n'aiment pas les jeunes, j'ai aussi pensé à vous. Je vous propose ainsi l'écoute de The West Coast Pop Art Experimental Band, from Los Angeles. Un groupe de pop-psychédélique qui saura enivrer vos errements nocturnes. L'histoire du groupe est complètement improbable. Il est en effet le fruit de l'imagination du mégalomane (voir le nom du groupe) Bob Markley, un arriviste qui voulait seulement faire de l'argent et coucher avec des groupies. Foirant sa carrière d'acteur il a voulu former un groupe pouvant rivaliser avec les pointures des sixties. Il n'y est pas arrivé. Il aura cependant  pondu quelques albums de très bonne qualité (enfin son groupe, parce que Markley ne savait rien faire), qui sont devenus cultes au fil des décennies.




Tijuana Panther "Summer Fun"

My Pet Saddle "Shoe Shaker"

My pet Saddle "Il fait beau"


West Coast Pop Art Experimental Band "Shifting Sands"
 

Punching Joe


Spacemen 3, Playing with fire


 Vers l’infini et au-delà 

1989, Fire records
Il faut croire que c’est l’album des Spacemen 3 qui a inspiré à Buzz l’éclair sa célèbre phrase. Elle résume en tout cas parfaitement ce qu’on peut ressentir face à ce trip cosmique quasi  irréel.
Groupe assez radical dans son approche du rock, les Spacemen 3 débarquent de Rugby, Angleterre, au milieu des années 80. Leur hobby : prendre des psychotropes et écouter les Stooges, le 13th Floor Elevators et Suicide. Les blazes qu’ils se donnent pour fonder leur groupe en disent déjà long sur l’état de leurs neurones. Ainsi les deux leaders Peter Kember et Jason Pierce deviennent respectivement Sonic Boom  et Jason Spaceman , et adoptent  la devise : « Taking drugs to make music to take drug to...». Un premier album arrive en 86, Sound of confusion, après quelques années passées à faire des concerts. Et même si le son manque encore un peu de personnalité, on reste tout de même scotché par leur manière de nous hypnotiser avec des chansons brutes et répétitives.
[Je ferai ici une petite remarque pratique. Sachez qu’écouter les Spacemen 3 c’est  s’engager dans une lutte que vous ne gagnerez jamais. Leur endurance sonique, faite de mélodies répétées inlassablement, créant une musique proche de l’hypnose, sera toujours plus forte que votre capacité à résister. Alors soit vous vous laissez envoûter, soit vous déguerpissez…mais comment ne pas se soumettre devant les  magistrales 17 minutes de « Rollercoaster » des 13th Floor Elevator qu’ils reprennent sur l’EP Walking with Jesus ?]
 Seconde étape avec The Perfect Prescription en 87 (évidemment il n’est pas question de doliprane) où ils explorent des territoires toujours plus planants et malades en délaissant leur son garage des débuts. L’apogée arrive enfin avec Playing with fire. Les hommes de l’espace reprennent la formule de The Perfect Prescription  (les obsessions pour Dieu, le feu, la drogue et le cosmos ; le tout emballé dans une pochette immonde !) en allant cette fois à l’essentiel. Neuf chansons pour une odyssée jusqu’au boutiste où chaque note vient se perdre au fond de notre âme.
Ecouter Playing with fire c’est un peu comme vivre une NDE (Near Death Experience), avec tout ce que ça peut avoir de traumatisant. Les quatre premiers morceaux explorent avec douceur une phase de contemplation béate. Le clavier naïf de Kember s’accouple avec la voix tout en reverb’ de Pierce sur « Honey »  tandis que « Come down softly to my soul » et sa guitare stellaire amorce le décollage…sublime.

« Honey, won’t you take me home tonight ? The night is warm, the stars are bright. Take my hand, baby, hold me tight. Every move gonna feel so right»

“How do you feel” continue l’ascension, au dessus de la stratosphère cette fois. Mais on commence à ressentir un malaise, quelque chose se trame. « Believe it » a beau essayer de nous rassurer, l’espace devient de moins en moins accueillant. Et puis La Chose, arrive. « Revolution » qu’elle s’appelle. 6 minutes de destructions et d’apnée sonique. Sûrement la chanson la plus nihiliste qu’il m’ait été donnée d’écouter. Les poils s’hérissent lorsque les deux guitares et la basse passent en mode « réacteurs d’avion ». La batterie apparait avec parcimonie pour nous sommer de se soumettre. L’apothéose arrive avec Kember qui vient poser sa voix rauque tel Hal 9000 dans 2001 l’odyssée de l’espace.
Jason Spaceman, Pete Bassman, Sonic Boom
« Well I'm sick...I'm soooo... sick ! Of the lot of people. Who try to tell me. What I can't. Count do. In my life »
C’est bon on est passé de l’autre côté. Que voit-on ? Comme partout, du beau, du laid. « So hot (wash away all of my tears) » fait l’effet d’une injection de morphine, tandis que « Suicide » (hommage non dissimulé de 11 minutes au groupe d’Alan Vega) nous plonge dans l’enfer du larsen et de la mort. La fin est proche. Juste le temps d’un dernier appel désespéré, du fin fond des limbes. On rassemble le peu de force qu’il nous reste pour chialer un grand coup sur « Lord, can you hear me ? ». Question légitime à ce moment là…
Il y aura bien un dernier album, Recurring, mais il sera entaché de la mauvaise relation que Kember et Pierce entretiennent alors. Split dans la foulée, avec Kember qui s’en va former Spectrum et Pierce Spiritualized. Playing with fire est leur chant du cygne. Au-delà du chef d’œuvre musical, c’est une expérience unique qui veut le coup d’être tentée.
Punching Joe

"Revolution"...For all fucked up children of the world!

"Lord can you hear me?"

samedi 11 juin 2011

Black Tambourine : What kind of heaven do you want ?

Black Tambourine
Parlons sweatshirt informe et veste en jean, parlons robe en velours et jupe en cuir…parlons 90’s bon sang ! Et quoi de mieux pour ça que de divaguer sur l’emblématique et neurasthénique courant shoegaze. Attention, une écoute prolongée et répétée peut conduire à la pendaison, la défenestration ou du moins à une intense migraine (cf les voix de tête à la Miki Berenyi ou les "wall of sound" façon My Bloody Valentine). Aussi cet avertissement d’usage étant fait je vous encourage tout de même à vous en foutre plein les oreilles de temps à autres. Et c’est ce que nous allons faire dès à présent en nous penchant sur le cas Black Tambourine, un des premiers spécimens de la vague.  
Actif de 1989 à 1991 seulement, le groupe produit peu de chansons mais néanmoins assez pour influencer son monde. On peut d’ailleurs supposer que nos Vivian et Dum Dum girls d’aujourd’hui en ont pris de la graine. Alors que la majorité des groupes shoegaze de l’époque sont européens (comme la plupart des sources dont ils s’inspirent),  tout débute ici dans le Maryland à Silver Spring. Le point de départ est un projet entre des membres de Velocity Girl et de Whorl : Archie Moore, Brian Nelson et Mike Schulman, tous réunis autour de la chanteuse Pam Berry. L’histoire du groupe est fortement liée à celle du label indépendant Slumberland Records puisque le guitariste Mike Schulman en est un des fondateurs. Ils apparaissent ainsi sur la toute première compil lancée par Slumberland, What kind of heaven do you want ?, qui en plus de leur morceau "Pam’s tan" contient un titre de Velocity Girl et un autre de Powderburns. Le groupe s’inspire des productions 60’s de Phil Spector mais aussi de Jesus and Mary Chain et de toute la flopée de groupes C86 (du nom de la cassette audio éditée par le NME en 86) comme Shop Asssitants ou The Pastels (avec le titre "Throw Aggi off the bridge" hommage est d’ailleurs rendu à Annabel Wright, alias Aggi, bassiste et chanteuse de la formation écossaise).

Pam Berry
Black Tambourine ne réalise pas d’albums à proprement parler, seulement des EPs ou titres lâchés par ci par là. Et c’est pour réunir l'ensemble de ces petits bijoux que Slumberland Records sort en 2010 la compilation Black Tambourine. Celle-ci fait suite à une première Complete Recordings de 99, à laquelle ont été ajoutées six nouvelles pistes dont certaines seulement jouées en concert à l’époque et enregistrées ici pour l’occasion. Parmi ces dernières on trouve entre autres une reprise de Buddy Holly ("Heartbeat") et une autre de Suicide ("Dream Baby Dream").
Et bien qu’on reconnaisse dans les morceaux de Black Tambourine la douce évanescence et la dissonance propre au mouvement shoegaze, pas question ici de trop de lenteur. Ceux-ci ne sont absolument pas dépourvus de rythme, on pourrait même dire pour quelques uns d’un certain punch ("We can’t be friend ", "Tears of joy") ! Aussi vous ne risquez pas l’assoupissement au volant à l’écoute de Black Tambourine sur l’autoroute (pour la sécurité de tous ne tentez pas l’expérience avec un album de Slowdive).

Compilation Black Tambourine, 2010
Quand la formation se dissout en 1991, la chanteuse Pam Berry poursuit son chemin à travers de nombreux groupes comme The Shapiros, Glo-worm, Castaway Stones…et crée avec Gail O’Hara  l’influent fanzine Chickfactor (édité sur papier de 1992 à 2002). Brian Nelson embarque avec Velocity Girl pour marquer la décennie 90, alors qu’Archie Moore abandonnera ceux-ci pour fonder Heartworms, au côté de sa girlfriend Trisha Roy. Mike Schulman quant à lui, continue le bon boulot amorcé avec Slumberland et jouera également au sein de Magpies and Candleman.
Mais trêve de blablatage, à présent il est grand temps pour vous d’enfiler votre salopette, votre cardigan le plus douillet et de planer…oooooh lovely 90’s !
Hanemone

Black tambourine, "I was wrong" :


Black Tambourine, "Black car" :


Black Tambourine, "We can't be friend" :


Black Tambourine, "Dream baby dream" (Suicide) :

vendredi 10 juin 2011

The Mummies

Dumb'n'rockers

Fans de Brendan Frazer, calmez-vous, ici il ne sera pas question de votre acteur au regard de limace préféré et de son personnage Rick O’Connell, mais plutôt d’un génial groupe de garage. The Mummies se sont formés à San Mateo (proche banlieue de San Francisco) en 88 sous la forme d’un quatuor  qui réunit Trent Ruane (voix, orgue), Maz Kattuah (basse), Larry Winther (guitare) et Russel Quan (batterie). A l’instar de leurs ancêtres, les mythiques Monks, les momies cultivent une attitude je m’enfoustiste et débile. Les Monks avaient honoré leur nom en se faisant des tonsures. C’est donc logiquement que les Mummies arborent, lors de leurs concerts déjantés, des costumes faits de bandelettes. Pas question pour autant de parler de parodie ; The Mummies est un véritable et talentueux groupe de rock’n’roll. Selon Trent Ruane il s’agissait de se réapproprier le garage des 60’s de manière fun et stupide. Une attitude en réaction contre ses voisins de LA et sa scène Paisley Underground (Rain Parade, Dream Syndicate) dont il n’aimait pas la manière de faire sonner trop proprement le garage qu’il appréciait. Un parti pris qui a su toucher "Saint" Billy Childish (celui-ci est d’ailleurs une influence revendiquée du groupe) qui a déclaré : “The only garage group I loved were The Mummies”.
Pendant leur période d’activité (88-92) ils sont restés confinés à la Bay, à l’exception d’une petite tournée à l’Est avec les Headcoats de Childish. Si on peut stigmatiser le manque de zèle des critiques de l’époque, on peut aussi évoquer l’attitude du groupe, qui a certainement tout autant contribué à leur oubli. Rejetant toute forme de professionnalisme et préférant un Do it Yourself radical, ils enregistrent n’importe où et  n’importe comment (des guitares partiellement accordées, une batterie qui sonne comme un vieux bidon métallique, etc.). Ils  créent alors ce qu’ils appellent eux même le « Budget rock ». Ils vont même jusqu’à rejeter le format CD  pour ne sortir que des vinyles, agrémentés de la maxime « F*ck CDs ! ».

The Mummies et leur fameuse cadillac ambulance

Après le split de 92 ils se réuniront quelque fois, pour des concerts au compte goute. En 2003 ils publient un album, Death by Unga Bunga, et se mettent au CD. Seraient-ils rentrés dans le rang ? Il suffit de se balader sur leur site web pour comprendre que non :
« The Mummies were a stupid band. This is their stupid Website. You cared about them enough to get this far. Now you are stupid too. That’s the Mummies’ curse »

Pour se faire une idée du style du groupe, jetez une oreille à F*ck CDs ! It’s the Mummies (la version anglaise, amputée de quelques titres, de Never Been Caught sorti en 92, désormais presque introuvable). On y découvre un garage riche, puissant et bien sûr très crasseux. Quelques années plus tôt, du côté de Detroit, les Gories de Mick Collins proposaient eux aussi du garage lo-fi. Mais là où les Gories préféraient se tourner vers la soul et le blues, les Mummies eux avaient un penchant prononcé pour le rockabilly, le garage des compil’ Nuggets et le punk. On se retrouve donc avec des pistes foutraques mais qui n’oublient jamais de swinguer (« Justine », « Your ass (in the next line) »). Les influences sont par ailleurs maîtrisées, on a même droit à une reprise de « Shot Down » des Sonics ainsi qu’à un pastiche jouissif de « You really got me » des Kinks avec « Stronger than dirt ». Comment ne pas non plus penser aux Milkshake ou aux Mighty Caesars de Childish  avec cette guitare tranchante et même aux Stooges grâce la voix de Trent Ruane que l’iguane ne renierait pas.
Une débilité régressive au service d’un rock inspiré et ravageur, ça fait toujours du bien. Et si pour cette raison vous faites déjà tourner les Black Lips en boucle, vous pouvez dès maintenant alterner avec les Mummies !
Punching Joe

"The fly", live 91

"Your ass is next in line" live 08, lors d'une reformation. 

jeudi 9 juin 2011

The Warlocks

Les cadeaux de Bobby.
Selon les dires de son leader Bobby Hecksher, les maudits Warlocks seraient actuellement en pause, pour une durée indéterminée. Une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui avaient été scotchés par leur fabuleuse tournée européenne de l’automne 2010.
Mais malgré cela, Bobby, toujours très proche de ses fans, a décidé de poster en écoute gratuite sur le site du groupe des inédits jamais publiés (datant de la période du dernier album, Mirror Exploded) ainsi qu’un EP expérimental, EXP, de son propre cru (où se trouve la démo de « Standing between the lovers of hell »).
Le côté shoegaze/velvetien adopté par le groupe depuis quelques années y est à l’honneur et ce n’est pas plus mal !
Punching Joe


Pour mémoire, les Warlocks dans les meilleurs moments c'est ça :
"So Paranoid", Heavy deavy skull lover

mardi 7 juin 2011

Mr. Tambourine Man

Ode à Joel Gion


Il était tout simplement prévu de faire ici un hommage appuyé à l’irrésistible homme tambourin Joel Gion et je découvre aujourd’hui même que le délirant percussionniste a une actualité comme on dit. Un EP solo, sorti le 24 mai et logiquement intitulé Extended Play (pourquoi se faire chier ?) qui me donne donc un bon prétexte (encore en faudrait-il un) pour bêtement parler de lui comme je voulais le faire.

Joel Gion, 41 ans, est un des membres permanents du génialissime groupe néo psychédélique The Brian Jonestown Massacre. Une épopée qui démarre à San Francisco au début des années 90. Joel assure alors les chœurs, le tambourin, parfois même les maracas. Selon ses propres dires, il contribue aussi grandement à l’apport d’idées dans le processus de création.
Une chose est sûre, sans sa nonchalante mais néanmoins remarquable présence habituelle au tout devant de la scène, le groupe n’aurait pu être ce qu’il est, question de style. Ne manie pas le tambourin avec classe qui veut. Et preuve qu’il est indispensable, il est un des rares membres à faire long feu aux côtés de son ami, chanteur et leader du groupe, Anton Newcombe. Ce dernier, génie maniaque du son, véritable tyran avec ses propres musiciens, n’hésite pas à les réprimander sur scène au moindre faux pas (pour ne pas dire les insulter voire les frapper) ou carrément à les virer en plein concert.
Joel prête même sa bouille pour la pochette de l’album au nom évocateur Thank god for mental illness sorti en 1996. Et justement, c’est sans doute parce qu’il est, à sa manière, aussi taré que Newcombe (voire plus) et qu’absolument rien ne semble pouvoir perturber son monde, que Joel Gion a pu évoluer à son aise au milieu de tout ce chaos. Un chaos, entre autres généré par la personnalité destructrice de Newcombe, formidablement capté par Ondie Timoner dans son joussif documentaire Dig ! (honte à ceux qui ne l’ont toujours pas vu), dans lequel on suit durant sept ans l’itinéraire rocambolesque du Brian Jonestown Massacre et de leurs frères ennemis, les Dandy Warhols. Dans le film, le personnage Joel prend toute sa dimension, complètement allumé, ne se prenant absolument pas au sérieux et ayant même l’air de vivre dans une perpétuelle blague. La plaisanterie étant souvent sa réponse aux innombrables crises que Newcombe pique sur scène.


Joel quitte parfois le groupe pour mieux y revenir. En 2007 il s’offre par exemple une parenthèse avec la création de sa propre bande, The Dilettantes, et la sortie de 101 tambourines. Un album aux accents plus pop que les œuvres du BJM, à l’image de la vidéo colorée qui lui fait office de teaser. Un petit film qui reprend l’idée d’une pub Sony bien connue, vous savez celle où des milliers de balles de toutes les couleurs dévalent les rues de San Francisco...ben là c'est pareil mais avec des tambourins.
Notons qu’avant ça, en 2005, l’ami Joel avait déjà offert ses talents à un autre groupe…mais fictif celui-là. Dans la saison 6 de la série américaine Gilmore Girls on le voit en effet agiter son instrument fétiche pour les Hep Alien, le temps d’un épisode.

Anton Newcombe et Joel Gion dans Dig !
Aujourd’hui, c’est donc tout seul, comme un grand, qu’il présente Extended Play, uniquement disponible en vinyle (celui-ci étant tout de même livré avec un pass qui permet le téléchargement de l’ensemble des titres). Cette fois il s’est occupé de tout, de l’écriture à l’enregistrement en passant par la conception de la pochette et même du site internet, un véritable projet DIY. A en juger par les deux morceaux qu’on peut écouter sur le net, le Brian Jonestown Massacre n'est pas bien loin…
Hanemone

Hey ! Mr. Tambourine Man, play a song for me
I’m not sleepy and there is no place I’m going to
Hey ! Mr. Tambourine Man, play a song for me
In the jingle jangle morning I’ll come followin’ you


“Mr. Tambourine Man”, Bringing it all back home, Bob Dylan, 1965.


Scène bonus de Dig! :

Live du BJM, "Servo" :

Teaser 101 Tambourines :

lundi 6 juin 2011

The Growlers, Are you in or out ?


                        
A San Francisco il y a les garageux saturés (Ty Segall, Thee oh Sees), à LA les rockers désabusés (Ariel Pink, Dum Dum Girls) et si l’on descend encore un peu,  du côté  d’Orange County (Costa Mesa pour être précis), on trouve  Los Growlers, une belle bande de branleurs célestes qui font du skate avec un look de hippies modernes. Ils appartiennent à cette catégorie de gars insupportables, qui donnent l’impression que vivre à la plage une bière à la main est un métier comme un autre…enfoirés ! Si seulement ils n’avaient pas ce mojo musical capable de transformer de vulgaires popeux de vaguelettes en petits génies insolents du song writing. Ouais, leur truc à eux c’est de composer des ritournelles vaudous obsédantes au même rythme que Charlie Sheen s’envoie des mojitos/méthadone.


Le son des Growlers c’est un mélange entre la pop- psyché californienne des sixities, comme on retrouve chez leurs ainés du West Coast Pop Art Experimental Band, et une sorte de surf-blues mélancolique et lancinant. On leur a ainsi prêté le genre beach goth …ouaismais, imaginez un grand blond avec du mascara qui fait du surf en rangers…je dirai que ça fait plutôt penser à ça le beach goth ! L’influence de la musique hispanique est également très présente, à grands renforts de bongo et de guitares qui titillent les épaules. A tel point qu’en les écoutant on s’imagine déjà parti pour le Mexique, à grimper le Popocatépetl, une bouteille de mezcal dans la poche, pour finir par danser autour d’un feu avec un vautour.
18 pistes pour ce premier album qui est en fait une sorte de compilation de diverses démos réenregistrée pour l’occasion (ces démos sont regroupées sous le nom Couples et l’on peut en écouter une bonne partie en streaming sur leur site). 18 chansons où ils développent un son tout en nonchalance avec des riffs crépusculaires (« Wandering eyes »), des rythmiques d’outre-tombe (« A man with no god ») et des chœurs chamaniques (« Something someone Jr »). Mais l’atout principal du groupe reste Brooks Nielsen, le chanteur, qui avec sa voix cassée de fin d’angine porte la plupart des compos. Ce gars est clairement un esthète de la mélodie vocale.  Prenez par exemple « Old cold river » ou « Empty bones » aux superbes paroles très goth (“oh fill my empty bones-for I was a heavy stone-fill my fill my hollow bones-hear my lonesome moans”) où il fait étalage de tout son talent.  Le tour de force des Growlers c’est de tenir 18 chansons sans ennuyer, sans se répéter. Et sortir un joyau de surf-pop comme « Acid rain » sur une fin de disque, c’est quand même la classe absolue.
Un disque qui invite à la paresse, à la contemplation, qui fait fantasmer et nous fait voir des paysages où se rejoignent les ombres mystiques d’un Dead Man et l’ivresse psychédélique d’un Under the volcano.

"Someone Something Junior"



"Acid Rain" live

Punching Joe