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vendredi 4 novembre 2011

Aline et Robert Crumb, Parle-moi d'amour!

un gars / une fille
Icône des comics et de la contre-culture américaine, Robert Crumb gribouille depuis plus de 40 ans des personnages aux formes arrondies et aux mœurs débridées. Fritz the cat, Mr Natural, Mr Snoïd, c’est lui. Ce qui fascine dès les premières planches c’est la liberté de ton avec laquelle il bâtit ses histoires. Des récits bourrés d’autodérision, de fantasmes sexuels, de  nostalgie, mais surtout d’un regard très critique envers son pays, dont les valeurs sont, selon lui, décadentes.
Après avoir laissé le LSD guidé son crayon pendant les sixties, Crumb s’éloigne de la culture hippie qu’il exècre et adopte une plus vie posée, accompagné de sa femme, Aline, qu’il rencontre en 1971. Car si ses travaux renvoient l'image d’un éternel misanthrope grognon, Crumb n'en reste pas moins un parfait monsieur-tout-le-monde à la ville. Au début des années 2000, le couple décide même de s’installer à Sauve, un petit village rustique du Languedoc-Roussillon qu'ils vont marquer de leur empreinte.
Aline et Robert à Sauve
Aline Crumb est elle aussi dessinatrice de comics. Elle a par exemple contribué à la revue Wimmen’s Comix ou encore à Weirdo. Dès le début de leur relation, le couple tient un journal intime sous forme de bande dessinée où ils mettent en scène leur quotidien ; chacun dessinant, dans une même case, son propre personnage. Ces planches sont d’abord éditées dans un comic au nom évocateur, Dirty Laundry (linge sale), puis relayées dans divers journaux et revues. Cet automne les éditions Denoël publient un beau livre, de près de 300 pages, qui compile certaines de ces fameuses planches. Dans Parle-moi d’amour ! on retrouve un couple qui n’hésite donc pas à laver son linge sale en public. Les dialogues foisonnants racontent aussi bien les névroses de ces amoureux improbables (Crumb le réservé VS Aline l’ex new-yorkaise extravertie) que des problèmes de réfrigérateur ou de déco. Les dessins, crées à quatre mains, peuvent déstabiliser au premier abord. Mais ils créent vite un ton atypique, avec le trait expressif et précis de Robert contrebalancé par celui plus fougueux de sa femme. Au final, ce qui lie cet ensemble chaotique c’est l'humour cinglant et déviant, qui laisse transparaître à la fois la douce folie des protagonistes et leur histoire d'amour passionnée.
Evénements :
Parallèlement à cette sortie, la Galerie Martel (Paris, 10eme) propose une brève exposition de planches originelles que l’on retrouve dans Parle-moi d’amour !. Ca commence dès aujourd’hui, vendredi 4, jusqu’au 12 novembre. Un amuse-gueule en attendant la grande exposition Crumb au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris du 13 avril au 19 août 2012.

lundi 31 octobre 2011

Hors Satan

Réalisé par Bruno Dumont (sorti le 19 octobre 2011)

Depuis son  premier film, La Vie de Jésus, sorti en 95, Bruno Dumont reste un réalisateur à part dans le paysage cinématographique français. En marge de la « grande famille du cinéma » il préfère les acteurs amateurs, les petits budgets et tourner dans des décors naturels. Rarement là où on l’attend, il aime bousculer le spectateur, le mettre mal à l’aise. Ceci  passe souvent par un traitement frontal de la bestialité humaine, comme avec le très réussit mais très éprouvant Flandres. Pourtant avec Hadewijch, sorti en 2009, il opérait un virage vers un cinéma plus posé, plus méditatif. Hors Satan synthétise toutes ses expérimentations et lui permet de passer un cap en puisant toute la force de sa mise en scène dans la nature, rien de plus.
L’action se déroule en bord de Manche, sur la côte d’Opale, dans un petit hameau désert. Un ermite mystérieux (David Dewaele) vivote sur une plage en passant ses journées à chasser, prier et trainer avec une jeune fille du village (Alexandra Lemâtre). Bruno Dumont propose ici une réflexion sur les notions de Bien et de Mal, non pas dans ce qu’elles ont d’antinomique mais plutôt dans leur expression conjointe à l’intérieur d’un même être, d’une même situation. Si le réalisateur traîne avec lui un passé de prof de philo il ne faut pas voir le film comme un « essai filmique » ou une sorte de réflexion métaphysique. Au contraire, toujours très attaché à l’expressivité de l’image, Hors Satan est avant tout un brillant exercice de cinéma et de mise en scène.
Cette expressivité il va la chercher dans ce qui se donne en premier lieu, la Nature. Rares sont les cinéastes capables de filmer la peur dans un paysage (on peut penser à Boorman avec Délivrance). Jamais cette côte nordique, constamment balayée par les vents, n’aura semblé à la fois si majestueuse et si inquiétante. Pourtant Dumont n’utilise quasiment aucun artifice ; il va même jusqu’à réduire sa mise en scène à des plans fixes rudimentaires, soit larges, soit rapprochés, et toujours assez courts. Son travail sur le son est également époustouflant. Tous les sons sont directs, en mono, ce qui confère à l’image une plénitude troublante. Par exemple, l’utilisation astucieuse des micros-cravates lors de plans larges, qui permettent de  rester dans l’intimité du souffle, du battement de cœur, du personnage, et ce malgré la distance. Un procédé narratif en soi irréaliste mais qui contribue à rendre, par opposion, les moments de silence d’autant plus pesants, et de nous faire ressentir une tension malsaine.

Bruno Dumont à la projection du film au cinéma
George Méliès de Montreuil, le 19 octobre 2011
Les personnages, quant à eux,  semblent impuissants et leur humanité ne s’exprime que par touches maladroites (le personnage du garde forestier par exemple). Comme dans Flandres, le réalisateur crée un monde complètement asocial, anti-intellectuel, où l’individu est réduit à de simples mécanismes. Ce n’est pas l’humanité des personnages qui crée directement l’émotion mais leur interaction avec l’environnement. Comme si un roseau était au même niveau d’Etre que l’humain (ainsi il y a presque autant d’effroi qui se dégage de la vision en contre plongée d’une dune que d’un meurtre). Une approche perturbante mais fascinante. Dans ce nihilisme ambiant seul l’ermite semble faire le lien entre la « société » et la Nature menaçante. Agenouillé devant les pâtures il prie on ne sait quoi. Des prières païennes qui semblent pourtant lui conférer une sorte de stabilité, de paix, en contraste avec l’état des autres individus. Tout le génie de Dumont est de faire apparaitre du surnaturel, du démoniaque, à partir de cette matière sensible, et cela avec une fluidité cinématographique confondante (si l’on excepte la fin du film, ratée car trop démonstrative). Invisible mais pourtant toujours présent, ce Satan surgit lors de scènes éphémères (avec la routarde, la gamine) pour mieux retourner se cacher et infecter notre manière de percevoir le réel.
Au-delà des diverses interprétations qui n’appartiennent qu’aux spectateurs, Hors Satan est avant tout un film sensoriel comme on en voit peu. Réduit au strict minimum, la mise en scène de Dumont n’en est pas moins intense, voire magique. A nous d’accepter d’être plongés dans un cinéma où nos certitudes et nos repères sont à coup sûr malmenés, et peut-être même balayés.
Punching Joe

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samedi 22 octobre 2011

Portrait d'une enfant déchue

Réalisé en 1970 par Jason Schatzberg

En mai dernier la silhouette glaciale de l’actrice américaine Faye Dunaway sublimait l’affiche du 64e festival de Cannes. La photo utilisée date de 1970 et est signée par un certain Jerry Schatzberg, photographe célèbre pour son travail dans la mode et pour ses collaborations avec de nombreux artistes (la pochette de Blonde on Blonde de Dylan, c’est lui). Un hommage à son travail doublé par la présence exceptionnelle de son premier film, Portrait d’une enfant déchue (Puzzle of a downfall child). Une œuvre décriée à sa sortie en 1970 aux Etats-Unis (et ce malgré la présence de Faye Dunaway, une des actrices les plus en vue à l’époque) qui a peu à peu disparu de la circulation. A tel point que Schatzberg lui-même pensait qu’il n’existait plus de copie originale du film. C’est sous l’impulsion de Thierry Frémaux, directeur général du festival, qu’une bobine a pu être retrouvée, et restaurée, afin d’être projetée sur la croisette, puis en salles cet l’automne (dès le 28 septembre).
Du Schatzberg cinéaste on connait surtout deux films cultes : le brutal Panique à Needle Park (71) avec un Al Pacino grimé en junky et le palmé l’Epouvantail (72), chef d’œuvre méconnu du cinéma indie, avec ce même Al Pacino, accompagné de Gene Hackman. Mais avant ces succès d’estime il y a eu Portrait d’une enfant déchue. Pour cette première tentative Schatzberg pose sa caméra dans un milieu qu’il connait par cœur, celui de la mode. Il met en scène le top model Lou Andreas Sand (Faye Dunaway) qui, isolé dans une maison de bord de mer, se raconte à son ami Aaron Reinhardt (Barry Primus) venu l’interroger en vue d’écrire un film. Un personnage partiellement inspiré par le mannequin Ann Saint Marie qui fascinait Schazberg lorsque celui-ci était encore un jeune photographe.


Ce portrait est une plongée vertigineuse dans les méandres d’une âme à la dérive. Le réalisateur adopte une mise en scène discontinue, sans réelle chronologie, dont les images suivent les réminiscences de Lou. Parfois les souvenirs sont précis, parfois au contraire ils sont morcelés, soumis à la contingence d’une mémoire altérée par un séjour en hôpital psychiatrique. Schatzberg étant sûrement plus intéressé par l’expérience de cinéma que par la réalisation d’un produit bien emballé. En ce sens il fait un film presque expérimental,  pas très éloigné parfois de notre Nouvelle Vague (ce qui fait comprendre pourquoi le film a été renié lors de sa sortie américaine). Mais pour autant cette mise en scène ne doit pas réduire le film à un projet arty ou à un simple « film de photographe ». Si la première demi-heure paraît un peu obscure, l’œuvre de Schatzberg devient ensuite plus expressive, et on est alors happé par l’être de Lou qui est tout entier marqué par une profonde mélancolie.
D’une nature réservée, Lou est propulsée dans un milieu impitoyable et hypocrite, la réduisant à l’état de simple femme-objet, sur les plateaux comme en dehors. Elle est aussi naïve parfois, notamment avec les hommes qui tour à tour vont l’amputer de sa vitalité. La folie qu’elle développe alors va s’immiscer jusque dans les traits de son visage et pénétrer son corps. Instable, elle peut tout aussi bien s’émouvoir devant sa télé pour Anna May Wong et son triste personnage dans Shangaï Express, que se fantasmer en Marlene Dietrich étincelante. On imagine mal une autre actrice que Faye Dunaway pour incarner cette beauté sombre et insaisissable. Schatzberg la scrute, ne la lâche pas, pour ne jamais rater ce regard si troublant, qui à lui seul peut synthétiser tout une séquence. De plus en plus contemplatif le film se termine de manière somptueuse, d’abord par une rencontre avec un pêcheur solitaire, puis par un dialogue cathartique avec Aaron. La séance nous laisse déboussolés, et même un peu effrayés d’avoir pu aller si loin à l’intérieur d’une âme humaine.
Punching Joe

Bande Annonce

Le lien vers le site de Jerry Schatzberg, pour découvrir, entre autres, ses photos.

vendredi 30 septembre 2011

Los Herederos

(réalisé par Eugenio Polgovsky, 2008 et actuellement en salles)

A l’heure où les deux remakes pitoyables de la Guerre des boutons nous montrent des gamins lisses et mielleux à souhait, Los Herederos (Les héritiers) préfère s’immiscer, avec une sobriété toute autre, dans le quotidien d’enfants qui ont reçu un héritage dont ils se seraient bien passés : la misère. Eugenio Polgovsky, jeune documentariste, pose sa caméra aux quatre coins de la campagne mexicaine et filme, durant une journée, la vie de ces jeunes, âgés pour la plupart de 3 à 10 ans. Leur seule activité : travailler pour survivre (découpe de bois en pleine montagne, maçonnerie, récolte de tomates, etc.). Achevé en 2008 le film a vécu de festivals en festivals avant de sortir enfin sur les écrans français le 21 septembre dernier. Très peu distribué (à peine 7 salles sur tout le territoire en première semaine) il n’en reste pas moins un documentaire exemplaire, comme on aimerait en voir plus souvent.
Avec ce film Polgovsky s’impose comme un cinéaste, et a fortiori un journaliste, très talentueux. Il s’en remet à la seule expressivité du réel et ne charge le récit d’aucun commentaire en voix off. Un pari qui semble osé mais qu’il tient d’un bout à l’autre grâce à une science du cinéma vraiment impressionnante. A la manière d’un Raymond Depardon, sans rien dire, il dit tout ; car, par ailleurs, les niveaux de lecture sont multiples (travail des enfants, dérives du capitalisme, société de consommation, etc.) mais ils ne viennent pas polluer l’œuvre en elle-même, avant tout artistique. Pour ne pas tomber dans un misérabilisme dégoulinant, ce qui serait pourtant très facile avec un tel sujet, le réalisateur utilise une mise en scène subtile et un montage minutieux. Les enfants sont filmés, caméra à l’épaule, comme des petits aventuriers qui doivent surmonter divers épreuves (cf. les scènes dans la montagne). Ainsi le film oscille entre une réalité d’une violence parfois insoutenable et ce regard attendrissant qui créé une émotion sincère. Le montage cyclique des scènes de labeur finit par mécaniser les gestes des enfants, à tel point qu’on les perçoit parfois comme des petits adultes, évoluant dans un microcosme bien à eux, un peu comme si on se trouvait dans le monde de Peter Pan ou sur l’île de Sa Majesté des mouches.
En effet on ne voit presque aucun adulte, seulement des silhouettes ou des ombres fuyantes. Selon Polgovsky ce n’est pas un choix de sa part mais bien une réalité. Les parents, notamment les pères, partent souvent gagner de l’argent en ville. Reste donc les enfants…et les vieux. La vieillesse n’a ici rien à voir avec la sagesse, elle est au contraire montrée comme une décrépitude, le fardeau d’une existence écrasée par la pauvreté. Polgovsky n’hésite pas à faire des parallèles entre ces deux générations (des dos courbés, des regards vagues) ce qui renforce le côté tragique de ces vies.
C’est donc un Mexique à mille lieux des trafics de drogue et de l’immigration clandestine que l’on découvre. Le travail des enfants y est depuis longtemps dénoncé par les organisations internationales mais il reste un véritable tabou pour la population.
Los Herederos est définitivement un film à voir. Un exemple de travail journalistique, jamais complaisant, jamais putassier, soutenu par un cinéma inventif et léger. Une légèreté que l’on retrouve parfois chez les gosses, comme un sursaut d’innocence éphémère, au détour de chamailleries, de rires, ou de la magnifique scène de danse qui clôt le film.
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Punching Joe

mardi 20 septembre 2011

NEDS

(réalisé par Peter Mullan, 2011)


C’est avec un certain enthousiasme que j’ai accueilli la sortie du nouveau film de Peter Mullan. Il faut dire que son précédant, the Magdalene Sisters (2001), m’avait laissé un très bon souvenir. Dans cette œuvre il s’attaquait aux dérives oppressantes de la religion en suivant des jeunes filles en quête d’émancipation face au catholicisme arriéré des couvents. Il préfère cette fois traiter de la construction, ou plutôt de la déconstruction, des individus dans une société à la dérive, où le mérite compte bien moins que les liens du sang. Il pose alors sa caméra dans un espace et un temps qu’il connait bien : l’Ecosse pauvre des seventies.
John McGill (Gregg Forest puis Conor McCarron) est un enfant brillant qui se réfugie dans la lecture et les études pour fuir le quotidien morose et l’ambiance familiale pesante générée son père alcoolique (Peter Mullan himself). Or son entrée au collège marque une rupture : malgré ses airs et ses résultats de petit premier de la classe, il se voit rétrogradé dans une section de niveau inférieur à cause des antécédents de son rebelle de grand frère (Joe Szula). Cependant si ce dernier prive, sans le savoir, le petit John de la place qui lui revient, il lui est d’un grand secours lorsque celui-ci est menacé par une petite frappe « qui n’aime pas les intellos dans son genre ». Un bon passage à tabac par le bien connu Benny et l’affaire est réglée ; on n’embêtera plus le cadet de la famille McGill. Las des obstacles à surmonter et attiré par l’apparente facilité d’une vie de crapule, John va délaisser ses brillantes études et s’immiscer avec panache dans le monde des Non Educational Delinquents (NEDS), jusqu’à en devenir une figure de proue, tout comme son frère.
John enfant (Gregg Forest)
Sans forcément révolutionner le film-social à l’anglaise, Peter Mullan propose ici un cinéma plus rugueux qui parle de lui-même, presque à la manière du réalisme américain des années 70. Et en ce sens il s’éloigne, avec bon sens, du cinéma à thèses de Ken Loach, qui finit en fait par lasser. La première partie de NEDS est ainsi marquée par des scènes très réussies, où la violence est filmée avec une objectivité et une froideur perturbante. Mullan n’en rajoute pas et c’est tant mieux. Tout en utilisant avec malice des codes éculés (comme la bande-son glam-rock ou les tronches très marquées « made in scotland ») il  arrive à rendre compte avec brio de la tension qui anime ces gosses, entre fougue adolescente et brutalité d’adultes (Cf la scène du pont). Et c’est au milieu de cet univers étouffant que le réalisateur propose un discours sociologique tout en nuances.
Mullan nous parle évidemment du déterminisme social. Les possibilités pour John de sortir de ce marasme sont déjà bien minces (pauvreté, chômage, instabilité familiale), mais lorsqu’on constate que l’éducation, seul moyen d’ascenseur social à ce niveau, est elle-même pourrie dans sa constitution (profs qui stigmatisent la réussite, organisation discriminante, etc.) on ne peut que partager la rage de John, qui hurle alors « Vous voulez un NED, vous allez avoir un putain de NED ! ». C’est d’ailleurs dans une classe, lors d’une confrontation très intense avec son professeur, que John va basculer du côté de la rébellion totale. Cependant, une des grandes forces du film, c’est d’arriver à relativiser et de remettre en avant la dimension purement humaine et arbitraire des actes de John. Car le déterminisme qui pèse sur le personnage ne devient pas la seule explication et n’excuse pas tout, surtout le pire (Cf la fameuse scène du cimetière). Il n’y a aucune espèce de complaisance pour ce garçon, certes attachant mais aussi parfois détestable.
John le NED (Conor McCarron)
On regrette pourtant une fin plus poussive, où Mullan délaisse l’épuration et la sobriété de sa mise en scène, si efficace jusque là, pour sombrer dans un sentimentalisme bouffi, centré sur le personnage paternel, dont l’accumulation des scènes lourdingues ralentit considérablement le rythme du film. Mullan, dont l’histoire personnelle a de nombreuses similitudes avec celle de John, essaye sûrement de se confronter à ses vieux démons, mais ses redondances ennuient vite. Dommage, avec trente minutes en moins on tenait un film d’une puissance rare.
On notera pour finir la performance magistrale et magnétique de Conor McCarron, dont c’est a priori le premier film, et qui justifie presque à lui seul le déplacement. Un début à la manière des plus grands !

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Punching Joe

dimanche 24 juillet 2011

Marc Bolan, T-Rex : Born to Boogie

(réalisé par Ringo Starr, 1972)

Some people like to rock
Some people like to roll
But movin’ and a-groovin’s gonna satisfy my soul

Que se soit clair, si vous n’aimez ni la sublime extravagance des 70’s,  ni vous déhancher en chantant très fort et très faux les tubes ravageurs de T-Rex, ni même la bouille on ne peut plus sexy de Marc Bolan, alors ne vous lancez pas dans Born To Boogie car il n’est question que de ça !

Marc Bolan, après une brève carrière de mannequin, quelques singles solo et un essai avec le groupe John’s Children, fonde le duo Tyrannosaurus Rex avec Steve Peregrin Took en 1968. Admiratif de Bob Dylan, dont il tire son nom de scène (son vrai nom étant Mark Feld), il compose des morceaux folks aux textes poétiques, inspirés par l’univers féérique des écrits de Tolkien. Il rencontre alors un succès mineur. Mais Bolan voit plus grand et rêve de devenir une véritable rock star à la Presley, à la Chuck Berry, à la manière de tous les pionniers de la musique rock auxquels il voue un véritable culte. En 1970, il décide de passer à l’électrique et Tyrannosorus Rex devient le plus clinquant T-Rex. Il s’entoure de Mickey Finn, à qui il avait déjà donné la place de Steve Peregrin Took depuis un an, du bassite Steve Currie et du batteur Bill Legend. L’album T-Rex marque le début de l’ère électrique du groupe, un an avant le succès du fabuleux Electric Warrior.

Marc Bolan et Mickey Finn, 1972 (Keith Morris)

Et c’est donc en 1971, en pleine "T-Rextasy" que Marc Bolan, personnalité à tendance mégalomane, songe à faire de lui-même et de son groupe dont il est si fier, le sujet d’un film. Il entraîne  le beatle Ringo Starr avec lui qui accepte de produire le projet avec sa maison Apple Film Production.

L’idée du documentaire est d’intercaler des séquences de live tournées lors de deux concerts à Wembley en 1972, avec des scènes surréalistes dans lesquelles apparaissent, entre autres, Bolan et le groupe. Le film comporte aussi une scène de bêtisier directement intégrée dans le montage final et des séquences tournées en studio avec Sir Elton John, où tous sont déguisés ou maquillés et jouent entourés d’animaux empaillés.

A la fois influencés par le surréalisme ambiant des seventies et le baroque des films de Fellini dont ils sont fans, Marc Bolan et Ringo Starr décident donc d’entrecouper le documentaire de certaines séquences à caractère absurde qui, on peut le dire, ne sont rien d’autre que du grand n’importe quoi ! Pour vous donnez une idée, la toute première scène bizaroïde du genre consiste en l’arrivée au loin d’une cadillac, roulant sur une piste d’attérissage, avec à son bord, Bolan coiffé d’un haut de forme façon Chapelier Fou et Ringo Starr sous un costume de souris. Une fois la voiture à l’arrêt, un téléphone sonne, Bolan décroche, part dans un dialogue qui n’a absolument aucun sens tandis que la souris géante se met à couiner, et qu’au loin derrière, un Marc Bolan en carton se déplace dans l’herbe. La scène atteint le paroxysme du non sens quand soudain un nain en cape de super héros apparaît. Bolan le frappe avec une tapette à mouche et alors pour se venger il se jette comme un demeuré sur le rétro de la cadillac et se met à s’empiffrer du dit rétro qui s’avère être en chocolat. N’importe quoi je vous dis. Et ce n’est pas tout, je vous laisse découvrir par vous-même la scène de tea party en plein air avec la nonne travestie, ses bombasses de consœurs et un major dom moitié fou.

Ringo Starr et Marc Bolan sur le tournage de Born To Boogie

Mais rassurez-vous, ces scènes un peu déroutantes, bien qu’amusantes, ne constituent pas la majeure partie de Born to Boogie. L’intérêt du film reste les images des deux concerts à Wembley. Ringo Starr et son équipe, avec leurs cinq caméras et l’enregistrement live sur seize pistes ont réussi à en retranscrire l’ambiance complètement survoltée. De vrais shows au sens le plus significatif du terme. Non pas que le groupe s’était entouré de décors ou d’accessoires qui en foutaient plein la vue, pas besoin. L’attitude scénique de Bolan, en perpétuelle démonstration, accompagné du sautillant Mickey Finn, suffisait à combler l’œil et à aliéner le public ; et puis, la solide et irrésistible session rythmique formée par Steve Currie et Bill Legend ne pouvait qu’électriser la foule et la faire se déchaîner. Les nombreux plans sur les fans du premier rang en sont la preuve : aucun qui n’est pas en transe. T-Rex souffre d’ailleurs un peu du syndrome hystérie propre au Beatles : parfois l’intensité des hurlements des groupies arrive à couvrir la musique, surtout sur les ballades acoustiques comme la sublime "Cosmic Dancer". Et Bolan ne fait rien pour que ça s’arrête, au contraire, il ne peut pas s’empêcher de faire ses habituelles mimiques et gémissements suggestifs qui ne font que doubler le volume sonore des cris des filles. C’est que le chanteur a furieusement tendance à l’outrance et aussi très certainement à l’adoration de lui-même (il porte un t-shirt à sa propre effigie), je conçois parfaitement que ça puisse énerver.

D’ailleurs je conçois aussi que tout ce truc Glam Rock à paillettes peut vous sembler un peu ringard. Et pourtant je ne crois pas que Born to Boogie puisse n’intéresser que les fans de mon espèce. Non vraiment. Parce que s’il y a bien une chose qui ne pourra jamais, mais alors jamais perdre de son éclat, c’est le son de T-Rex. Un son jouissif et efficace. Oui pour moi, T-Rex c’est tout simplement ça : de la joie dans ce qu’elle a de plus primaire. Ne me dîtes pas que vous pouvez rester assis, complètement immobiles en écoutant les riffs chantant et le rythme bondissant de "Get it on (bang a gong)", de "Hot Love", de "Jeepster", de "Telegram Sam"…c’est tout bonnement impossible ! Même les roadies qu’on aperçoit sur les côtés de la scène ne peuvent s’empêcher de chanter et de se dandiner.


Sur le dvd du film, sorti en 2006, on trouve un documentaire complémentaire avec encore plus de ces séquences live. Rolan Bolan, le fils que Marc Bolan a eu avec la chanteuse Gloria Jones, est aussi filmé dans des entretiens avec des proches de son père (le survivant du groupe Bill Legend, le producteur Tony Visconti, le photographe Keith Morris…) qui racontent l’histoire de Born to Boogie, et plus généralement celle du chanteur mort prématurément en 1977, dans un accident de voiture, un mois après le décès du King. Tous s’accordent sur le professionnalisme de Marc Bolan et à la fois sur son envie irrépressible de s’amuser, de jouir de tout, tout le temps. Tous insistent sur cette vraie générosité d’artiste qui, même pour un ingénieur du son et trois amis en studio, se donne comme s’il était face à deux mille personnes. Un sens inné de la scène, du spectacle. C'est l'image de Bolan qui demeure : celle d’une vraie rock star comme on n’en voit plus, une figure éblouissante, arrogante, sans limite dans l’amour de sa réussite et du son parfait, toujours prête à en faire plus pour briller encore.
Hanemone

"Jeepster", live Wembley 1972


Scène bêtisier


"Telegram Sam", live Wembley


"Children of the Revolution", en studio avec Elton John

mardi 28 juin 2011

Le Fils

(réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2002)

Le dernier film des frères Dardenne, Le Gamin au vélo, est actuellement en salle, après avoir été récompensé au dernier festival de Cannes (Grand prix). Une actualité qui me donne envie de parler de leur meilleur film d’après moi, Le Fils, sorti en 2002.
D’abord documentaristes dans les années 70 et 80, les deux belges se sont ensuite tournés vers la fiction à l’aube des années 90. Dans la lignée du réalisme social à l’anglaise, ils ont développé un cinéma austère et rugueux qui traite de la société contemporaine et met en scène des personnages tragiques. Depuis La Promesse en 1996 ils n’ont cessé de s’imposer, auprès de la critique et du public, comme des cinéastes incontournables. En témoigne, chose rare, leur double palme d’or : en 1999 pour Rosetta et en 2004 pour L’Enfant.
La Promesse, Rosetta et Le Fils sont, je pense, leurs trois vraies réussites. Leur  cinéma y est intense et très noir. Ils mettent en avant des sentiments complexes et troublants à travers des sujets universels comme l’amour, la vengeance, la précarité, etc. Leur grande force c’est d’utiliser à merveille la pure puissance expressive de la caméra et non d’essayer de créer l’émotion par un jeu d’acteur grandiloquent ou par un scénario à grosses ficelles. En ce sens ils me font beaucoup penser à un autre esthète de l’épuration, le cinéaste français Bruno Dumont (La vie de Jésus, Flandres). Le problème avec les films qui ont suivi (L’Enfant, Le Silence de Lorna) c’est qu'ils vont perdre la force de la simplicité de leurs premières œuvres, pour crouler sous une mise en scène lourde, au service d’œuvres misérabilistes et caricaturales.
Venant-on donc plutôt à ce film de 2002, Le Fils. Olivier est professeur de menuiserie, il est divorcé. Un jour un jeune apprenti, Francis, se présente au centre de formation. Si ce dernier ignore qui est Olivier, lui sait très bien à qui il à faire. C’est ce garçon qui a tué son propre fils il y a 6 ans. Il vient de sortir de maison de redressement.
Certes le scénario tient en deux lignes mais ce qu’il exprime pourrait faire l’objet de dissertations et d’analyses filmiques interminables. Le film va se construire comme un chassé-croisé permanent entre ces deux êtres. Francis est un adolescent paumé qui agit comme un animal terrorisé et faible. Il cherche du réconfort et une présence humaine. Il n’a qu’Olivier et tente donc de se rapprocher de lui. Olivier est plus impressionnant, notamment physiquement. Mais il semble tout aussi fragile. La mort de son fils lui pèse. Son mal de dos permanent, celui qui le pousse à porter une grosse ceinture de maintient le scindant en deux, devient l’empreinte corporelle de ce fardeau inhérent à son âme. Que veut-il vraiment à Francis ? On ne le sait pas, mais il semble entièrement aimanté par cette nouvelle présence.
Cette relation ambiguë et abstraite, que l’on peine à cerner, va être captée par la caméra. Olivier et Francis ne partageront presque jamais le même cadre, symbole flagrant de la scission qui existe entre eux. On pense notamment à la séquence où Olivier rencontre pour la première fois Francis dans les vestiaires du centre. On le voit d’abord longer lentement l’épais mur de parpaings qui les sépare. La caméra est distante, puis s’approche brusquement de son visage grâce à un travelling à l’épaule instable. Elle scrute alors lentement cette face apeurée. Olivier a du mal à regarder dans la pièce voisine. Puis il y a Francis, assoupi sur un banc, frêle et vulnérable. Un champ/contre-champ nous ramène sur Olivier, qui semble aussi fasciné que terrorisé. Il lui faudra quelques instants pour le réveiller. Les paroles ici sont futiles, tout est dans les regards,  des regards profonds et fuyants, qui ne se croisent jamais.
Le film n’arrive pas à être clair et limpide, et c’est peut être pour cela qu’il est très réussi. Les Dardenne explorent un terrain où peu de cinéastes osent s’aventurer. Ils mettent en avant la toute puissance de l’indicible via un cinéma réaliste. Plus les intentions d’Oliver envers ce jeune homme qui gravite autour de lui deviennent abstraites, plus le film est perturbant. Dans cette réalité trouble on se raccroche alors aux gestes, à la mécanique des corps. Et encore une fois la magie de la caméra opère. Les mains sont scrutées à l’atelier, la  nuque d’Olivier devient un moyen d’expression, etc.

Aussi pour finir il est nécessaire ici de rendre hommage aux deux acteurs qui participent grandement à l’expressivité du film. Morgan Marinne d’une part, qui incarne Francis avec charisme et traverse l’œuvre telle une ombre insaisissable. Et puis Olivier Gourmet. Que dire d’Olivier Gourmet ?! C’est l’acteur fétiche des Dardenne, il a joué dans presque tous leurs films. Ici il transcende véritablement ce personnage opaque. La moindre partie de son corps bouillonne d’intensité, comme son regard, qui malgré d’épaisses lunettes, brille par sa noirceur. Son prix d’interprétation à Cannes est amplement mérité. Je vous conseille d’explorer un peu plus sa filmographie : La Promesse donc, mais aussi Home d’Ursula Meier, ou encore la Venus Noire d’Abdellatif Kéchiche, chef d’œuvre injustement passé inaperçu l’année dernière.
Punching Joe

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dimanche 5 juin 2011

Better than something : Jay Reatard

(réalisé par Alex Hammond et Ian Markiewicz, 2011)

James Lee Lindsey Jr. (Aka Jay Reatard) est mort en janvier 2010 à 29 ans, dans son pieu, à Memphis, les narines bardées de coke. Pas très original pour un rockeur… Il aura passé la moitié de sa courte vie à beugler et à torturer sa flying V sur scène. 15 ans de bastons, de concerts mythiques et de chansons lumineuses, que ce soit en solo ou avec ses différents groupes (The Reatards, The Lost Sounds ou Angry Angles). Compositeur hyperactif de génie, faisant s’accoupler le garage-punk le plus primitif avec l’évidence de la pop, Jay Reatard est désormais au cœur d’un documentaire.
L’histoire de ce film est un peu particulière. Alex Hammond et Ian Markiewicz ont commencé à suivre le garçon en Avril 2009 (soit quelques mois avant sa mort) dans sa ville de Memphis. Le résultat des entretiens qu’ils ont obtenus a été monté sur un mini-documentaire de 20 minutes : Waiting for Something. Mais la mort brutale de Reatard leur a donné l’envie de construire un documentaire plus long (1h30), toujours axé sur ces images et complété par les témoignages de ceux qui l’ont connu.
Better than something n’est pas encore sorti en salle. Il a commencé à être diffusé en avril dernier à l’International film & music Festival de Memphis et au Film festival de Nashville. Il a débarqué en France le 2 juin dernier pour une séance exceptionnelle au Festival Filmer la musique de la Gaité Lyrique à Paris. On pouvait craindre le film post-mortem bien pathos, sous forme d’hommage lourdingue, mais heureusement les deux réalisateurs livrent un portrait plutôt sobre et touchant. Le documentaire, bien que ponctué de séquences musicales bien rock’n’roll, ne tombe jamais dans le travers du film pseudo-déglingué finit au vomis et au sang.



« C’est vrai que je suis un branleur. C’est ma philosophie, je préfère être moyen dans cent trucs que d’être bon dans un seul…d’ailleurs la pluparts des spécialistes doivent trouver que je sais à peine jouer de la guitare. Ca me va très bien ! »

On découvre un garçon fragile et brillant, en contraste avec l’attitude provocatrice qu’il adopte volontiers sur scène. On passe des anecdotes de castagnes débiles (souvent très drôles) à des moments de réflexions lucides et touchants. Issu d’une famille pauvre vivant dans une banlieue glauque de Memphis, Jay a très tôt dû se démerder tout seul. N’allant plus à l’école dès le début de l’adolescence il préfère rester chez lui à composer et à s’occuper de sa petite sœur, et ce, même si des crackés vivent dans la maison mitoyenne. Il nourrit alors une certaine colère intérieure (un terme récurrent dans le film) qu’il ne cessera d’extérioriser sur scène.

 “All is lost there is no hope / All is lost you can’t go out / All is lost there is no hope for me”
"Ain’t gonna save", album Watch me Fall, 2009.

C’est d’ailleurs cette partie du film qui est la plus intéressante, lorsque Jay déambule dans les quartiers de son enfance (dont le Sherwood Forest et sa Friar Tuck Avenue !) et parle de ses conditions de vie. Le propos devient alors presque sociologique. On découvre une cité morne et agonisante, empêtrée dans le chômage et le crack. Jay n’aime pas beaucoup sa ville, pour lui « Elvis c’est comme Disneyland pour un mec d’Anaheim » ça n’a aucun intérêt. Mais il sait pourtant qu’elle l’a façonné. Il lui doit beaucoup et notamment son talent. Alors il reste fidèle. Il n’a de toute façon pas envie d’ailleurs.
Les témoignages des gens qui l’entourent constituent l’autre versant du documentaire (dont Alicja Trout des Lost Sounds, Eric Friedl des Oblivians ou Andrea Lyle, une journaliste). Ils permettent d’en apprendre beaucoup sur la personnalité complexe de Jay. On regrette un peu la fin du film, assez longue, qui a tendance à verser dans le larmoyant lorsqu'on rencontre la famille du défunt. Sa mère, notamment, qui nous sert un discours bien rodé, racontant des anecdotes banales noyées dans une exagération à l’américaine.
Mais rien de très grave comparé à la qualité globale de ce film qui sait se montrer à la fois profond et léger. Jay Reatard n’y est pas érigé en idole au destin tragique. Au contraire on le voit sous le trait d’un jeune gars presque comme les autres, qui a fait exploser son talent de manière trop brutale. Il était à des kilomètres de toutes postures de héros du rock’n’roll. D’ailleurs il détestait les rock-star et selon les dires de certains proches il commençait déjà à s’imaginer une vie pépère de producteur. Au final nous aussi on ressort en colère de la séance ; en colère contre lui, d’être mort si bêtement.


Punching Joe                                                                                                                      
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