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mardi 31 juillet 2012

Interview : The Space Padlocks

Les Space Padlocks font partie de ces bonnes surprises qu’on a parfois en jetant un œil nonchalant dans les bacs des disquaires. Avec une pochette à l’esthétique Serie B, badigeonnée d’un violet dégoulinant, il a été difficile de résister à soulever la galette pour essayer d’en apprendre plus. Si à ce stade-purement visuel-l’achat était assuré à presque 70%, la vue de la mention « Close Up »  au dos a fini de convaincre. Close up est en effet un excellent  label français à qui on doit notamment  la sortie du très balèze premier LP des Sudden Death Of Stars et divers 45 tours tout aussi indispensables, des Rivals au Dalaï Lama Rama Fa Fa Fa en passant par Périphérique Est, pour ne citer qu’eux. Et cet EP des Space Padlocks est une nouvelle réussite pour Close Up. En quatre chansons les Toulousains imposent un son garage plutôt atypique. "Automatic Waterloo" allie spontanéité crade à la Back From the Grave avec une écriture pop super efficace. D’ailleurs la suivante, "Guru’s Not Dead", fait dans la power-pop lo-fi et vicelarde gavée au LSD. L’autre face est par contre plus planante. "A Question Of Degree" met en avant un chant désabusé sur une instru garage-psyché parcourue de distorsions. Distorsions que reprend la noisy "Sound Of Thunder", qui achève l’EP par des crachats purulents de guitare à l’agonie. On a donc demandé à Thibaut, l’homme à l'origine du groupe, de nous en dire un peu plus sur ce projet.



          Qui sont les Space Padlocks ?
Le groupe existe depuis l'été 2010. Nous sommes actuellement quatre. Il y a moi au chant et à la guitare, Jimmy à la basse et aux chœurs, Aurore à la batterie (elle remplace depuis peu Guitoune qui joue sur l'EP et a quitté le groupe il y a quelques mois) et Thomas au tambourin, guitare et orgue (il est arrivé tout récemment). Nous jouons tous dans différents groupes (The Existentialists, Les Cagettes, Moscow Driver, The Deserteurs). On a vraiment beaucoup d’influences mais je dirais qu'on s'est surtout enfilé des groupes 60s (plus précisément la période '66-'68), mais aussi des trucs punk, de la powerpop et pas mal de choses 80s, que ce soit du garage revival, du post-punk ou du pré-shoegaze.

          Comment vous définissez votre son ?
Je pense qu'on doit avoir un côté punk, un côté pop bricolée et une tendance à l'impro psyché sur un accord. En fait on doit être assez proche de l’esprit des groupes 80's revivalistes sur les bords qui écoutaient la même chose que nous. Par exemple un type comme David Roback, (Rain Parade, Opal, Mazzy Star), tout comme les Jesus & Mary Chain, Steve Wynn, Daniel Treacy, Nikki Sudden ou encore Spacemen 3. D'après moi, beaucoup de ces gens faisaient le pont, par exemple, entre les Byrds et le Velvet Underground, mais aussi le punk, le post-punk, etc. Ce n’est pas forcément conscient mais je pense qu'on se revendique de cet esprit là.

          Dans quelles conditions a été enregistré cet EP ?
On l'a enregistré en deux jours et demi avec Lo'Spider aux manettes à la fin de l'été 2011. C'était vraiment cool et très stimulant de faire ça avec lui. On s'est concentré sur peu de morceaux en fin de compte. Je me souviens qu'il faisait hyper chaud et qu'on buvait des bières à longueur de temps sans jamais parvenir réellement à se saouler. En tout cas on s'est bien marré.

La cover du EP

          Quel est votre rapport à la culture garage, le lo-fi ou même l’esthétique DIY ?
En ce qui me concerne j'ai dû m'intéresser à ce qu'on appelle la culture garage il y a un peu plus de dix ans, quand j’avais 17-18 piges, grâce à des trucs comme l'émission de radio Dig It ! découverte par hasard sur une radio locale que je recevais à Muret (20km de Toulouse) ! Quand tu écoutes ça tu trouves un écho au rejet du mainstream. J'avais déjà une culture très globale de la zic' qui m'intéressait et ça m'a vraiment impressionné de prendre conscience de pas mal de trucs. L'idée avec sa propre culture musicale c'est de savoir où creuser, même quand tu n'as qu'une vague idée. Je fais parti des malades qui ont toujours regardé les crédits sur les disques, et qui ont un besoin maniaque de savoir l'année de sortie. Dans ma ville, parmi mes potes, je ne connaissais personne qui écoutait les mêmes trucs que moi. C'était chiant. Quand j'ai eu le permis, puis la caisse, c'est devenu cool pour les concerts et j’ai pu envisager des choses. En fait j'ai fréquenté les concerts sur le tard.

Pour l'esthétique DIY, quand tu décides de faire avec les moyens du bord et que tu fais un maximum de trucs toi-même, tu touches à quelque chose d'assez grisant. La sincérité du contenu est en quelque sorte au max. Après pour le lo-fi, outre la faute de moyen, il y a le charme particulier qu’ont les sons distordus bien sales et le roulis irrégulier obtenu avec un magnétophone par exemple. C’est enregistrer vite, tant que le morceau est encore frais, en restant soi même surpris par son machin ! Inabouti ou pas, on s'en branle. Une des bases de la légitimité de l'esthétique lo-fi repose sur une réalité qui est que très régulièrement la démo d'un morceau défonce plus que sa version studio.

          Cet EP est votre première sortie physique en tant que Space Padlock, pourtant en traînant sur votre Bandcamp on trouve pas mal de musique (comme les très cool Tea Break demos). C’est quoi ces enregistrements ?
En réalité je bricole des trucs depuis aussi longtemps que j'ai pu toucher une guitare, même sans savoir en jouer. Ces morceaux je les ai enregistrés en 2008 je crois. C'est en quelque sorte le début des Space Padlocks, lorsque j'ai commencé à les faire écouter avec l'intention de monter un groupe.

Une chouette vidéo accompagnant "A Question of Degree"

         Vous êtes basés dans le Sud-Ouest, à Toulouse exactement, tu peux nous décrire l’environnement local, comment c’est de jouer du garage dans les parages ?
Le Sud-Ouest a toujours été riche en bons groupes garage. Perpignan, Bordeaux davantage que Toulouse d'ailleurs. Aujourd'hui, chez nous, dans le garage « actuel » on peut trouver les excellents Shiva & the Deadmen ou les Angry Dead Pirates. Pour ce qui est des infrastructures, c'est pas l'énergie qui manque, ni les assos, mais plutôt les lieux et parfois aussi le public, qui est certes fidèle, mais un peu restreint. Il y a toujours le Saint des Seins et la Dynamo mais tout le monde est un peu dessus. A mon avis il manquerait une ou deux salles/bars de taille modeste pour faire passer aussi les groupes plus petits, sans faire de gros fours. La situation doit ressembler aux autres grandes villes. Après au niveau de la programmation quand tu fais un bilan annuel, tu es quand même assez surpris par le nombre de bons groupes qui passent ici. On n'est pas si mal lotis.

          Comment s’est passée la rencontre avec le label Close-Up ?
On a juste envoyé ce qu'on avait enregistré à quelques labels qui nous bottaient et Close Up a vite répondu.

          Quelles sont les meilleures conditions pour écouter les Space Padlocks ?
Je n'en sais rien. Au casque en étant un peu défoncé peut-être bien.

          T’écoutes quoi en boucle en ce moment ?
Ça change d'une semaine sur l'autre. Moi là en ces temps-ci j'aime bien écouter 1er album solo de Nikki Sudden, et aussi Teengenerate. Dans ma caisse en ce moment j'écoute DMZ. Tout ça me parle.

Punching Joe
Aussi sur le net :
-Le Bandcamp des Space Padlocks pour écouter l'EP en boucle, et tout le reste
-La page Facebook du groupe et celle de Close Up, pour se tenir au jus.
-Pour acheter l'EP, rendez-vous chez un disquaire sérieux ou sur le site de Close Up

3 commentaires:

  1. Très bon EP et bonne mentalité, ça fait plaiz ! Et pis citer David Roback et Steve Wynn me donne envie de leur faire des poutous :)))
    Ce qui me fait penser que j'avais un début de chronique de ce EP dans un coin ... Sinon les Angry Dead Pirates ça avait l'air bien effectivement. Ils ont partagé un 10" avec The Movements et j'avais largement préféré les morceaux des ADP.

    Frank

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  2. quelqu'un qui cite Rain Parade peut en effet qu'être loué! :)

    et c'est bien vue d'avoir parler l'influence du Velvet des Byrds dans les 80s, peu de gens le font et pourtant c'est assez logique quand on écoute les groupes de cette époque

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  3. @Frank. Oui ça a l'air cool ADP ! je ne connais que dalle à cette "scène" toulousaine/sud-ouest, il y a l'air d'avoir du solide, je vais me pencher dessus !

    @Frank & Alex, en effet ses références 80s sont plus que classes \o/

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