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samedi 20 septembre 2014

Eastlink-S/T


Suivre l’actualité de la mirifique scène indépendante australienne étant un boulot à plein temps, on se contente d’attraper quelques albums à la volée. Aujourd’hui on revient sur cet excellent disque d’Eastlink, passé un peu inaperçu malgré une sortie, il y a quelques mois, chez les incontournables In The Red.


Premier point notable, la présence du petit génie de Melbourne, Al Montfort, dont le CV est de plus en plus vertigineux : UV Race, Dick Diver, Straightjacket Nation, Lower Plenty, Total Control, Snake... Pour la petite histoire, cette hyperactivité lui a même valu d’être embrigadé dans la course au titre de l’Australien de l’année 2013. Le deuxième élément qui a titillé notre curiosité c’est la formation atypique d’Eastlink : quatre guitares et une batterie, soit la recette parfaite pour produire une musique flinguée jusqu’à la moelle.

Et c’est le cas, puisque le quintette fait dans le rock psychédélique lo-fi, ambiance six cordes possédées et chant désabusé. La fabuleuse "Spring St", par exemple, qui engloutit un riff façon the Black Angels sous des couches de saturations acides, des chœurs terrifiants et autres solos sans queue ni tête. De la pure musique de groupe, au songwriting volontairement limité mais à l’assise et la puissance de frappe assourdissantes. On retient également la démoniaque "Overtime", l’instrumentale "Dinnerchat", parfaitement anxiogène, ou encore "What A Silly Day (Australia Day)", passage à tabac introductif totalement jouissif. Sans oublier le rouleau compresseur "Gina" qui nous conforte dans l’idée qu’Eastlink serait une sorte de réponse australienne aux Cosmonauts. À ceci près que les Américains, même s’ils ont d’autres qualités, ne pourront jamais atteindre ce second degré, ce détachement total, qui donnent une saveur si particulière à la musique d’Eastlink.
Punching Joe


vendredi 13 septembre 2013

Scott & Charlene’s Wedding-Any Port in a Storm


Craig Dermody a formé Scott & Charlene’s Wedding à Melbourne, avant de déménager pour New York, ville qu'il a toujours fantasmée. Après quelques galères, le temps de trouver un nouveau groupe et de se familiariser avec la grosse pomme, il enregistre Any Port in a Storm, qui succède à l’excellent Para Vista Social Club. Désormais moins saturé, son indie-rock se pare de contours plus pop à travers 11 chansons habitées par la personnalité sensible de leur auteur.

La musique de Scott & Charlene’s Wedding a quelque chose de fondamentalement ordinaire et spontanée. Graig Dermody ne s’en cache pas d’ailleurs, il écrit et chante comme ça vient; sur la vie, ses pensées, ses angoisses. C’est un songwriter dans l’âme, qui pense d’abord à ses chansons, avant d’en imaginer le son. Sur Para Vista Social Club il cachait néanmoins son jeu de guitare, qu’il jugeait approximatif, derrière des distorsions qui donnaient une tonalité velvetienne à sa musique. Avec Any Port in a Storm il a confié l’enregistrement à Jarvis Taveniere de Woods, qui a clarifié tout ça et donné une patine indie-pop à ces titres délicats.


Il n’a pas pour autant perdu sa nonchalance indie-rock. Un détachement qui n'est pas sans rappeler celui de Pavement et de leurs mélodies universelles. Car Craig Dermody est un pur produit des années 90 et ne manque pas de le souligner. Il intitule même une des ses chansons "1993" pour y conter la folie des playoffs NBA cette année là. La base de toutes les compositions est élémentaire : raconter des histoires, et souvent son histoire, à l’aide de trois accords convaincus et d’une voix bavarde. La formule est simple, efficace,  et semble pouvoir être répétée à l’infini, sans lasser.

Même s’il est très homogène, Any Port In a Storm alterne habilement les passages accrocheurs ("Jackie Boy", "Downtown", "Charlie’s in the gutter") et ceux plus aériens ("Lesbian Wife", "Junk Shop", ou la belle balade "Spring St"). On retiendra l’excellent travail de Michael Caterer à la guitare solo qui tapisse le disque des ses riffs indie-pop scintillants. Une élégance seyant parfaitement aux compositions de Dermody qui trouvent ici un écrin idéal pour se déployer. Sans fard, la musique de l’Australien brille dans sa fragilité, toujours tiraillée entre insouciance et désenchantement.
Punching Joe

vendredi 12 juillet 2013

Beaches-She Beats

Chapter Music 2/2

Après la chronique du deuxième album de Dick Diver, on continue notre petit focus sur le label australien Chapter Music avec les cinq filles de Beaches, auteurs de She Beats, un puissant disque aux réverbérations shoegaze et psychédéliques.

Beaches était déjà apparu sur les radars indie en 2008 avec son premier LP. Le petit engouement qui a suivi la sortie a permis au groupe d’aller jouer aux Etats-Unis et notamment de se faire inviter aux All Tomorrows Parties et à l’Austin Psych Fest. En souvenir elles enregistrent même un 4 titres (Eternal Sphere) pour le label new yorkais Mexican Summer. S’en suit une période plus calme pendant laquelle Beaches peaufine à Melbourne ce She Beats. Un  disque qu’elles ont imaginé comme une œuvre collective et qu’elles ont pu travailler sereinement au Transient Studio, l’antre de Jack Farley.


She Beats est un album assez curieux qui, sous ses faux airs d’énième manifeste indie/noisy lambda, se révèle être une œuvre ambitieuse et grandement maîtrisée. Sur 11 titres, on ne trouve finalement que deux chansons répondant au format pop classique : la sautillante "Send them away", parfait single, et "Runaway" qui clôt le disque avec ses guitares catchy et son refrain léger. Pour le reste Beaches fait front, construisant des chansons où la puissance est de rigueur. Une partie de l’album est sous le signe d’un shoegaze qui, à la manière de leurs compatriotes the Laurels, convoque les vapeurs assourdissantes de Ride ("Out Of Mind", "Dune", "Weather"). Si la production est impeccable (joli travail sur les voix, basse monumentale), le disque ne se repose pas sur ce son et va chercher des compositions toujours plus sinueuses. "Distance" fait dans la transe tranquille avec ses cinq minutes de kraut-indie non sans rappeler Yo La Tengo. She beats comporte également quelques pistes instrumentales, et notamment "Granite Snake", énorme morceaux défoncé qui s’envole très haut. La deuxième partie du disque investit d’ailleurs des contrées plus psychédéliques. On retient par exemple la suante "Veda" avec ses tambours tropicaux et une guitare tout droit sortie de White Light/White Heat. Captivant et enivrant, She beats bat aux rythmes fracassés de ses aventurières soniques dont on attend déjà avec impatience le prochain LP.
Punching Joe


♦ Lire la première partie du focus sur le label Chapter Music.
♦ Ecouter le premier LP de Beaches sorti en 2008 sur le label Mistletone records.

mercredi 3 juillet 2013

Dick Diver-Calendar Days

Chapter Music 1/2

L’histoire est finalement assez banale dans le petit monde du rock alternatif : celle d’un gamin (Guy Blackman) qui s’emmerde dans une ville isolée (Perth, Australie) et qui décide d’éditer lui-même son propre fanzine musical pour partager sa passion. Le paquet de photocopies agrafées avec amour s’appelle alors Chapter 24, en hommage à Syd Barrett. Guy Blackman trouve aussi que Perth regorge de super groupes, mais comme tout le monde s’en fout, il crée un label et commence par vendre des compilations cassettes faites maison (dont un tribute à Sonic Youth). Chapter Music est en train de naître, nous sommes en 1992 et Guy Blackman s’apprête à écrire un nouveau chapitre dans l’histoire des labels DIY, celui d’une structure qui va traverser deux décennies en toute humilité, sans autre motivation que de donner sa chance à des groupes. Délocalisé ensuite à Melbourne, Chapter Music va suivre les envies de son fondateur et bâtir un catalogue varié et pointu, regroupant entre autres : The Cannanes, the Crayon Fields, Primitive Calculators, Tenniscoats, Sleepy Township (son groupe) ou encore Molasses. Aujourd’hui Chapter Music reste une valeur sûre, la preuve avec les sorties récentes des deuxièmes albums de Dick Diver (Calendar Days) et Beaches (She Beats).

Dick Diver est un quatuor de Melbourne qui colle parfaitement à l’esprit de Chapter Music: humble, discret mais qui frappe toujours juste. Sur Calendar Days ils atteignent un raffinement pop rare et signent un des disques de l’année.

Il est essentiellement question d’équilibre dans la pop, d’une harmonie parfaite enveloppant voix et instruments dans une même respiration. Tout en délicatesse et en minimalisme, Dick Diver a su capter en l’espace de 11 titres cet équilibre ultime. Pourtant, loin d’eux l’idée de courir après une innocence, une naïveté, souvent garants de la fameuse "fraîcheur", si rassurante, qu’on aime retrouver dans une pop-song. Leur musique fait au contraire preuve d’une sagesse moins immédiate, mais révèle des chansons intelligentes et précieuses.


"Blue and That" ouvre avec un clavier soyeux faisant flotter une voix Lou Reedienne. Une caresse langoureuse stoppée par "Alice" et ses guitares scintillantes. Dans la foulée "Calendar Days" persiste : quelques accords de guitare claire et un duo de voix mixte en osmose ponctué par un harmonica céleste ; on sait d’ores et déjà que le disque sera sublime. Économe comme du Field Mice, pudique comme du Go-Between, la musique de Dick Diver est autant habitée par ces illustres aînés que par sa propre grâce. ""Boys et "Two Year Lease" se réfugient ensuite dans une chambre lugubre, susurrant quelques notes tombées du ciel entre deux silences béats. "Lime Green Shirt" et "Bondi 98’" gambadent elles sereinement, toujours portées par ce son limpide, tout en retenue, qu’on voudrait entendre plus souvent chez les poppeux. Une production tellement juste que la musique de Dick Diver en devient presque irréelle, des étincelles enivrantes de "Gap Life", à la berceuse lunaire "Amber" qu’on aimerait prolonger pour toujours. Calendar Days n’est pas un rafraîchissement éphémère, mais un grand disque pop sincère dont seules de très nombreuses écoutes feront accepter la réalité.

Punching Joe

♦ La deuxième partie du focus sur Chapter Music avec Beaches.
♦ A noter que des membres de Dick Diver sont aussi dans les rangs d'excellents groupes australiens comme UV Race, Total Control, Boomgates ou encore Lower Plenty

dimanche 16 juin 2013

EPs : Ross de Chene Hurricanes / Sic Alps

Pour ce nouveau billet on reste dans les formats courts avec la sortie récente de deux EPs très recommandables. D’un côté les fougueux et prometteurs Ross de Chene Hurricanes, de l’autre les tauliers californiens Sic Alps.

Ross de Chene Hurricanes est un duo australien basé à Melbourne. Ils viennent tout juste de publier leur premier 45 tours chez Anti Fade Records (Chook Race, The Living Eyes, Useless Eaters). Suivant la tradition d’excellence musicale de la ville (Eddy Current Suppression Ring, Woollen Kits,  Royal Headache, The UV Race, Frowning Clounds, etc.), Ross de Chene Hurricanes se démarque en 3 titres seulement grâce à un garage réverbé à l’extrême et une nonchalance bien de chez eux. On retient notamment "the Jailbird" avec sa guitare en morceaux et "Dirty Floor", paresseuse à souhait.


De l’autre côté du Pacifique, à San Francisco, les Sic Alps continuent de tracer seuls, et dans une relative indifférence, leur route alors que les collègues Ty Segall et autres Oh Sees bénéficient d’un petit moment de gloire. Il est vrai que la troupe de Mike Donovan n’a jamais eu le bon timing : arrivé un peu avant tout le monde, le groupe s’est enfermé au moment de l’explosion de la scène de Frisco dans une musique difficile d’accès, bien que passionnante à déchiffrer (US EZ en 2008 puis le génial Napa Asylum). Pourtant, fin 2012, Sic Alps prend tout le monde de court avec un LP loin de leurs habituels standards lo-fi…mais cela ne suffit toujours pas à les faire reconnaître. Sur l’EP She’s on Top, édité par Drag City, ils s’aventurent dans de nouvelles contrées et confirment leur statut de groupe insaisissable.

En effet Sic Alps sort les grosses guitares avec leur ribambelle de riffs nineties et solos décomplexés. "Biz Bag" galope avec ardeur sur une pédale big muff inarrêtable, tandis que "Carrie Jean", bien que plus cabossée avec sa rythmique saccadée, fait preuve d’une virulence tout aussi accrocheuse. Le tout est complété par une "She’s on top" méchamment tubesque. Ils seront à Paris le 1er juillet à l'Espace B.
Punching Joe

vendredi 4 janvier 2013

Woollen Kits-Four Girls


En privilégiant les sorties parcimonieuses et le défrichage de nouveaux talents, le label américain Trouble In Mind est en train de se construire un catalogue de grande qualité. On y trouve notamment Ty Segall, Night Beats, the Resonars, les Limiñanas, Mikal Cronin ou, leur dernier coup de maître, Jacco Gardner. Chacune de leur parution étant désormais guettée, c’est avec une joie non dissimulée que l’on a accueilli l’arrivée dans l’écurie des australiens Woollen Kits, accompagnés de leur deuxième disque, Four Girls. Remarqué à la sortie du premier LP, magnifique ode à l’indie rock débraillé et adolescent, le trio originaire de Melbourne prouve avec cette signature chez un ponte américain du rock alternatif que les espoirs qu'on avait mis sur eux n’étaient pas si irraisonnés.
Four Girls donc, pour quatre filles : "Sandra", "Cheryl", "Susannah" et "Shelley", qui correspondent à quatre chansons du LP. Un angle d’attaque pas si anodin quand on sait que Tom Hardisty, Tom Ridgewell et Leon Appelbee se sont rencontrés par l’intermédiaire de leurs copines. Quoi qu’il en soit, ces quatre titres servent de piliers (deux sur chaque face) à un disque où il est encore question d’indie-rock lascif. Dès "Back yo you" on retrouve ce son limpide à la Woollen Kits : une guitare sans le moindre effet qui, entraînée par le tempo d’une batterie minimale, cavale avec insouciance sur les ondulations boudinées de la basse. Woollen Kits ne se réinvente pas mais affine sa palette et gagne en pertinence (Mikey Young est toujours derrière les manettes). Sur des chansons comme "Sandra", faussement pantouflarde et vraiment obsédante, ou sur la jolie "So Cold", ils laissent se déployer leurs compos et s’affirment. Le reste de Four Girls fait étalage de tout le potentiel tubesque du groupe. "Susannah" est imparable et l’ajout d’un saxophone donne une dimension inattendue à la chanson. De même, "Shelley" est un pur moment de chill à l’australienne tandis que "All Sorts" cristallise toute la coolitude de l’indie-rock à la Beat Happening, Pavement, the Clean & Co.

Le clip de "Shelley"


En apposant le macaron Trouble in Mind sur sa galette Woollen Kits n’a pas tremblé. Moins bancal, le son du groupe continue de s’épaissir et si le charme boiteux du premier LP s’efface quelque peu, la maturité affichée par les Australiens fait plaisir à entendre, tout comme leur capacité à écrire des chansons toujours aussi efficaces et enivrantes.
Punching Joe

-A noter qu'en Australie Four Girls a été édité sur l'excellent label RIP Society, qui avait déjà sorti le premier LP de Woollen Kits ou encore celui de Royal Headache. 

dimanche 23 décembre 2012

Interview : Mesa Cosa

Pour leur dernière sortie les français de Casbah Records sont allés jusqu’aux Antipodes pour dénicher le groupe australien Mesa Cosa. Un choix cohérent puisque le son dévastateur du sextette basé à Melbourne est en parfaite adéquation avec le label qui arbore comme logo un rhinocéros à la charge. Sur Infernal Cakewalk les Mesa Cosa n’y vont pas par quatre chemins : poussées dans leurs retranchements, les guitares posent d'emblée les bases d’une orgie sonique qu’on imagine, dès l’intro de "666", bien salasse. Mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un saxo diabolique, hurlant à la mort, et, cerise sur le gâteau, d’un chant en espagnol totalement possédé. En l’espace de dix titres Mesa Cosa éructe des hymnes garage-punk à la gloire du diable et de la mort, avec tout le détachement et le fun hérités de leurs ancêtres sud-américains (d’ailleurs Infernal Cakewalk se clôt sur une reprise de Los Saicos). Pour saluer l’excellente initiative de Casbah qui a réédité en vinyle ce disque dingo, on a posé quelques questions à Pablo, le leader d’origine mexicaine de Mesa Cosa.

   
     Comment est né Mesa Cosa ?
J’étais dans un festival et je suis allé voir une diseuse de bonne aventure qui m’a dit de faire un groupe, alors je l’ai écoutée. On a commencé à former le groupe autour de Stewart (tambourins), un ami de longue date, et moi. On a tout de suite adoré le truc organique qui s’est dégagé. Une fois le line-up en place, un saxophoniste est venu se greffer (Llod), il se pointait à pas mal de nos concerts, jouait même avec nous, alors il est devenu un membre officiel. On est basés à Melbourne mais en fait personne n’est vraiment originaire de la ville, on s’est juste rencontrés là bas.

     Quelle est l’histoire de ce Infernal Cakewalk ?
C’est assez basique, on voulait faire des chansons fun et qui font du bruit, histoire d'avoir une excuse pour gueuler tout le temps. On a la chance d’avoir une maison où l’on peut jouer jusqu’à très tard dans la nuit, alors on a commencé à jammer et des chansons sont nées. Ensuite on a économisé de l’argent et on a enregistré tout ça dans le salon, en une journée.

     Pourquoi cette référence à Méliès dans le titre du disque ?
C’est marrant : une nuit je regardais des vidéos sur youtube et je suis tombé sur Infernal Cakewalk de Méliès. J’ai remarqué que le film fonctionne sur le même tempo que notre chanson "666", j’ai alors assemblé les deux et ça a donné le clip. De plus, j’adore tous les symboles, l’univers fantasmagorique et les représentations du diable chez Méliès, on s’est dit que ça serait une bonne idée d’intituler notre disque comme ça.

   
     Comment avez-vous rencontré les français de Casbah Records ?
Je crois que je leur ai envoyé un message une nuit où j’étais défoncé (peut-être la même où j’ai trouvé le film de Méliès) et puis j’ai complètement oublié. Sauf que deux mois plus tard ils m’ont répondu : "ok, on va sortir votre disque",  ça a été un choc !

     C’est important pour vous de le sortir en vinyle ?
Oui, je trouve que c’est un objet qui laisse une véritable trace. Aujourd’hui c’est trop facile de perdre, d’oublier, la musique avec les autres formats. Le Cd c’est fragile, les cassettes c’est chiant…le vinyle c’est le top. En plus on a la fierté de pouvoir dire "on a fait ce truc".

    Jay Reatard a dit un quelque chose comme : "Je peux faire des trucs pop quand je suis en studio, mais une fois sur scène c’est la guerre." Avec vous il semble que ce soit la guerre aussi bien sur scène qu’en studio, d’où vous vient toute cette puissance, cette hargne ?
On a formé ce groupe avec l’idée d’être authentiques. Je vois trop souvent des mecs qui se la pètent, qui essayent à tout prix d’être cool, je trouve ça chiant. Je me suis dit que six mecs qui hurlent dans des micros peuvent être meilleurs que tout ça, et c’est ce qu’on fait. Tu ne peux pas mentir avec l’énergie. Les gens veulent aussi de cette énergie quand ils viennent te voir. Etre capable de leur en mettre plein la gueule et de leur faire oublier un temps leur vie, leurs problèmes, en s’amusant, c’est bien. Voilà, si je devais résumer Mesa Cosa en quelques mots je dirais : de l’énergie, de l’honnêteté, de l’excitation, du bruit, du bordel, du fun.

     

     Qu’est-ce qui te plaît tant dans le garage sud-américain ?
Tout ! J’aime la langue, les symboles utilisés, le son est sale, rêche, granuleux, bref, c’est quelque chose d’unique.

     Dans ta bouche, l’espagnol résonne vraiment comme une langue taillée pour le rock’n’roll…
Oui, il n’y a rien de mieux ! C’est des sons vraiment cool, du genre "moe sta-ca-ta-ma-cha-os". C’est fun à chanter et c’est surtout très rythmique, ça me plait beaucoup.

     Vous reprenez "Alcatraz" des Saicos, pourquoi ce groupe ?
C’est un groupe vraiment incroyable, toutes les chansons sur leur disque sont géniales. Ils ont vraiment un son particulier, un peu brumeux, sale et sombre mais aussi très mélodique. Je pense que c’est un groupe indispensable qui a eu beaucoup d’influence.

     Quelles sont alors vos grandes références ?
Je réponds toujours de la même manière : The B52’s et Los Saicos. Après il y a plein d’autres groupes que l’on adore : JC Satan, Wau y Los Arrrghs, the Zoobombs, Ty Segall, thee Oh Sees, Black Sabbath, Spaceman 3, Molotov, Beastie Boys, Brian Jonestown Massacre, etc. Mais les deux incontournables ça reste B52’s et Los Saicos.

     

     Vous utilisez un saxophone alors que les cuivres sont de plus en plus rares dans le revival garage, pourquoi ce choix ?
En fait ce n’est pas trop un choix ! On a rencontré notre saxophoniste à des fêtes, on était défoncé, on prenait des acides et on faisait des concerts vraiment bruitistes. Ça tombait bien, il adore tout ce qui est noise, il adore le métal, du coup au fur et à mesure des concerts avec lui on l’a intégré au groupe. Ça fonctionne bien.

     Dans vos textes vous êtes obsédés par le diable, l’enfer, la mort …
La mort et le diable sont des concepts que j’adore manipuler, ce sont des sources inépuisables d’idées et de symboles. Par exemple si l’on se place dans la perspective mexicaine, là bas les diables sont colorés, il y en a des bons, des mauvais. Pareil pour la mort, on peut la célébrer, se moquer d’elle. On évoque aussi parfois des choses plus légères, avec Dieu, Marie, etc. Ça me plaît vraiment de parler de tous ces trucs cosmiques, tribaux, mystiques, c’est beaucoup mieux que de chanter sur les filles.

     Qu’est-ce qu’on pense de Mesa Cosa en Australie ?
Justement je pense que les gens ne savent pas trop quoi en penser pour l’instant, on est un peu insaisissables. Mais ça s’améliore de semaines en semaines j’ai l’impression, ils s’habituent à notre manière de jouer, dure et en hurlant tout le temps. Mais je comprends qu’il puisse falloir du temps à apprécier des mecs qui gueulent des trucs sur le diable en espagnol.

     Il y a une scène incroyable à Melbourne, t’aimes vivre là bas ?
La scène musicale de Melbourne est juste dingue, il y a presque trop de bons groupes, à tel point que la compétition est acharnée. Il y a quand même pas mal de branleurs aussi, qui jouent à "qui sera le plus cool" avec tout ce que ça peut avoir de cynique, parce qu’il faut dire qu’à Melbourne c’est très facile de jouer, alors il y en a qui ne se foulent pas trop. Mais bon la plupart ce sont des groupes super comme Midnight Woolf, Baptism of Uzi, The Murlocs (en écoute ci dessous), King Gizzard, Royston Vasie, Damn Terran, ScotDrakula, et beaucoup d’autres.

   
     Quelles sont les meilleures conditions pour écouter du Mesa Cosa ?
En live, je dirais : bourré, un peu défoncé, dans une petite salle tard dans la nuit, avec plein de monde et un ampli cassé.
Le disque : au casque, vraiment défoncé et les yeux fermés.

     Vous semblez appliquer le “rock’n’roll way of life”…
Haha, ouais carrément !

     Vous allez tourner en dehors de l’Australie bientôt ?
On en a très envie ! On aime beaucoup la France et on adorerait venir et par la même occasion aller en Espagne et en Allemagne. On en a parlé avec Ben de Casbah Records, si on a assez d’argent une tournée est envisageable mi-2013 sinon il faudra attendre début 2014.
Punching Joe

Pour continuer :

-L'interview en anglais / For english readers
-Le site de Casbah Records
-Une chronique complète de Infernal Cakewalk
-A noter que la pochette de Infernal Cakewalk (ci-dessous) a été réalisée par CM Ruiz qui avait déjà travaillé avec Davila 666 et Dead Ghosts et que le disque a été masterisé par l'omniprésent Mickey Young des Eddy Current Suppression Ring.

vendredi 19 octobre 2012

Boomgates-Double Natural



Le terme « super-groupe » désigne souvent des projets un peu foireux où des musiciens pleins de bonnes intentions sont incapables de trouver une alchimie une fois ensemble. Je n’ai donc pas envie d’assimiler Boomgates à cette catégorie. Car si le groupe se fonde sur plusieurs membres d’excellentes formations basées à Melbourne (dont Brendan Huntley, frontman d’Eddy Current Suppression Ring, Steph Hughes de Dick Diver ou Rick Milovanovic de Twerps) je vois plutôt leur projet comme la réunion naturelle de potes d’une même ville, ayant simplement envie de faire de la musique. Et c’est probablement grâce à cet humble désir que leur premier LP, Double Natural, est une belle réussite.


On associe toujours assez facilement les disques australiens avec l’été et le surf. Boomgates s’éloigne radicalement de ces clichés et livre un album à la douceur automnale, où une indie-pop légère et parfumée aux feuilles mortes se déploie avec aisance. Dès la magnifique "Flood Plains" inaugurale le décor est planté : deux guitares pudiques s’entremêlent et ouvrent sur une chanson simple et prenante, portée par un duo de voix féminin/masculin complémentaire. L’alliance est d’ailleurs un point fort du disque. D’un côté Steph Hughes dans un style très Sarah Records et de l’autre Brendan Huntley, connu pour son rôle de chanteur possédé et intenable chez ECSR, qui ici se canalise, sans perdre sa gouaille cependant, et offre une prestation tout à fait touchante ("Hold me now"). Un duo improbable mais au sein duquel, tel la Belle et la Bête, la magie opère. 

Sans chercher l’estocade ou le coup de génie, Boomgates construit son album de manière plutôt linaire mais avec une qualité des titres qui a chaque fois fait mouche. Le groupe tisse une indie-pop pleine de personnalité, assumant un côté mature, délaissant au contraire l’imagerie naïve et béate souvent propre au genre. Ils esquissent même des rapprochements avec les Modern Lovers ("Natural Progression"), l'indie 90's ("Cows Come Home") ou le post-punk ("Whispering and Singing") sans s’égarer. Subsiste un disque modeste dans sa réalisation, mais au charme indéniable et réconfortant. Le compagnon idéal pour préparer les longues nuits d’hiver.
Punching Joe
"Natural Progression", live


Sur le web :
-Le disque est sorti sur l'excellent label Bedroom Sucks
-Vous pouvez réécouter notre mix indie-rock australien 

vendredi 27 juillet 2012

The Laurels, Plains LP


En posant les bases d’un rock-psyché monolithique, fortement teinté de shoegaze, the Laurels avaient frappé fort avec la sortie de Mesozoic, leur premier EP. Les revoilà fièrement armé d’un premier LP, dénommé Plains, à l’artwork alléchant. Étant passé honteusement à côté de Mesozoic à l’époque, c’est plus avec curiosité qu’avec attente qu’on a jeté une oreille à cette sortie. Et bien nous en a pris.

Si les Laurels ont bien un talent, c’est celui d’ouvrir majestueusement leurs disques. Mesozoic nous envoyait directement dans les cordes avec un "Black Cathedral" hypnotique. Ici c’est "Tidal Wave" qui vient nous fracasser. Une chanson qui porte bien son nom ("raz-de-marée"), mais qui pourrait aussi bien évoquer un décollage spatial, tant la puissance sonique mise en œuvre souffle dès les premiers riffs de guitares, transformées pour l’occasion en réacteurs. Un des meilleurs opening tracks entendu cette année qui introduit un disque où les Laurels exposent clairement leur côté shoegaze. Et attention, ici quand on dit shoegaze, ce n’est pas pour désigner de la pop un brin noisy ou un peu éthérée sur les bords. Non, quand les Laurels parlent shoegaze c’est dans le langage de My Bloody Valentine et de Ride, celui des guitares nucléaires qui crachent des riffs vénéneux, celui des basses étouffantes et de batteries assommantes.

"Tidal Wave"



"Traversing the univers" et ses guitares chaloupées à la Tame Impala ainsi que la fabuleuse "Glacier", viennent finir de bâtir cette fusée pensée pour explorer et contempler des galaxies lointaines. Et une fois leur vitesse de croisière atteinte, les Laurels se permettent des variations intéressantes qui ne cantonne pas Plains à un disque de shoegaze monolithique. "This City Is Coming Down" par exemple, portée par un chant brit-pop étonnant, fait dans la pop très classe et laisse entrevoir une facette du groupe insoupçonnée. Ou encore "One Step Forward (Two Steps Back)", pop-song bizarroïde qui se cache sous un apparat heavy surprenant, mais finalement accrocheur. Ainsi sur l’ensemble du disque l’héritage psyché du groupe n’apparait que par petites touches. Il fait néanmoins quelques percées remarquées sur "Sway Me Down Gently", où l’on aperçoit les fantômes des Warlocks.

Bien en place et jamais à court d’idées, ces Australiens (et oui encore !) qui ont la tête dans le cosmos, réussissent avec succès le test du premier LP. Plains est un album intelligent qui sait gérer ses moments de faiblesses ("Manic Saturday" ou "Changing the timeline", moins inspirées mais placées juste après des killer-songs) et qui magnifient ces moments forts, toujours bien aidé par une production irréprochable. Ladies and gentlemen, we are floating in space.
Punching Joe

L'album, sorti sur Rice Is Nice en écoute intégrale sur bandcamp :


mercredi 27 juin 2012

Eddy Current Suppression Ring, 7'' Demon's demands / I'm Guilty



Si vous ne l’avez pas encore compris, ou si vous êtes nouveau (coucou dans ce cas là !), Eddy Current Suppression Ring est un de mes groupes actuels préférés. En trois albums indispensables et une bonne dizaine de 45 tours, ils se sont imposés comme les maîtres du punk-rock schizo et flamboyant, toujours prêt à t’arracher la mâchoire au détour d'un riff. Alors quand je suis tombé sur ce 45 tours de chez Iron Lung, je me suis jeté dessus. 

Sortie en 2008, cette galette est un bel exercice de style sur le thème du kraut-punk raide comme l’acier. Il marque d’ailleurs très bien la transition entre le fabuleux LP Primary Colours qui  m'avait traumatisé par sa densité et Rush to relax, tout aussi bon, mais plus débridé et perché. 

Sur la face A, "Demon’s demands", le duo basse / batterie nous prend à la gorge tel un pitt' enragé pour ne lâcher sa proie que six minutes plus tard. Et comme ils ne sont pas du genre à faire le boulot à moitié, la guitare de Mickey Young vient régulièrement transpercer les chaires de ses lames acérées, tandis que ce bon Brendan Huntley s'acharne sur nous avec pour seule arme ses éructations possédées. S’il vous reste encore des forces pour tourner le vinyle, ne vous attendez pas à être ménagé, au contraire. La face B, "I’m guilty", est une exécution simple et efficace, façon Ghost Dog le samouraï. Le groupe nous envoûte avec un de ses breaks dont il a le secret pour mieux venir nous cueillir une fois vulnérable. Imparable.

Un 45 indispensable pour les fans, et sur ordonnance du docteur Rock’n’Roll pour les moins préparés.

Punching Joe

(NB : Les deux chansons sont également présentes sur la compilation So many thing, récemment sortie chez Goner records)

Demon's Demands

mardi 29 mai 2012

Lower Plenty, Hard Rubbish


L’artwork de ce premier LP des Australiens de Lower Plenty a le mérite de ne pas nous tromper sur la marchandise. En représentant une cour à l’abandon, l’auteur de cette photo (Zephyr A. Pavey) a su capter l’essence de ce sublime Hard Rubbish, fait de terreur, de sentiments en jachère, et de fantômes.

Lower Plenty est un side-project de membres de plusieurs bands australiens comme UV Race, Deaf Wish ou Dick Diver. Le produit de leur collaboration est pour le moins étonnant puisqu’ils laissent de côté le garage schizo (UV Race, Deaf Wish) et la pop (Dick Diver) de leurs groupes d’origine pour jouer un folk minimaliste et sec, où un trio de voix fragiles surplombe des guitares plaintives et des percussions mourantes.

Le problème avec ce genre d’album folk mélancolico-dépressif c’est que, souvent, son auteur tombe un peu trop facilement dans les clichés d’une tristesse tellement soulignée et complaisante qu’elle en devient factice. Et si ce Hard Rubbish s’écoute de préférence recroquevillé dans le coin de sa chambre, il n’en est pas pour autant un manifeste larmoyant pour ado dark. Sa justesse de ton et d’écriture, mêlée à une prod lo-fi et intrigante en font au contraire un disque excellent, qu’il convient de s’approprier délicatement. "Walk in the morning" ouvre Hard Rubbish sur un duo de voix cassées qui soufflent leur haleine douce-amère sur une guitare sèche bancale. Et quand la chanson semble se déployer, elle s’arrête brutalement, comme pour nous prévenir qu’ici rien ne sera stable. C’est ce que confirme d’ailleurs "Dirty Flower" où Sarah Heyward (percussions) trimballe ses intonations innocentes au milieu d’un champ de ruine noisy. Ce n’est pas pour rien que les Lower Plenty se définissent eux même (non sans humour) de « post-war band ».


Heureusement le disque propose aussi des pistes plus évidentes, où le talent du groupe pour composer des folk-songs à tomber par terre saute aux yeux. Notamment "Strange Beast", qui flotte dans les limbes avec grâce, ou "Nullarbor", autre pièce maîtresse, faite d’émanations poussiéreuses de guitare électrique et de feux follets vocaux inquiétants. Et, au-delà des ambiances, des compo, l’autre force de Lower Plenty est bien sûr les trois voix, qui s’alternent et se complètent magnifiquement ; de la douceur angoissée de Sarah Heyward, aux échos rauques de Jensen Tjhung en passant par le timbre adolescent d’Al Montfort.

Album profondément déprimant, Hard Rubbish n’en est pas moins passionnant. Il met en exergue des musiciens talentueux, aventureux, qui avec des débris d’âmes composent une ode magnifiquement lugubre. L’expérience est totale et le point de non retour est atteint sur l’ultime piste, "Close Enough", qui ne laisse aucun espoir…ambiance fin du monde.
Punching Joe
Sur le web :
-Une interview pour mieux les connaître (en anglais)
-La page du Label Special Award Records pour faire vos emplettes

mardi 24 avril 2012

Australian Indie-rock mixtape

Vous l'avez peut-être remarqué, on aime bien l'Australie sur Walking with the beast. Récemment les chroniques sur des groupes Aussies se sont enchaînées, et à raison, puisque la qualité des disques écoutés nous a complètement enthousiasmés. Indie-pop, post-punk, punk-rock, garage sixties : l'indie-rock est bien roi aux antipodes !

C'est pour ça que l'idée nous est venue de faire une petite mixtape, histoire de partager les trucs cool qu'on aime écouter depuis quelques temps. Evidemment rien d'exhaustif, au contraire, une vision très subjective, alors n'hésitez pas à évoquer vos autres coups de coeurs.

Voici donc 9 chansons, pour 9 groupes différents, avec du groove, des riffs qui piquent les oreilles, des synthés qui dégoulinent, des rythmiques renversantes et plus encore... Et comme on est des coquins on a mis en bonus un pseudo "hidden track".

Enjoy !




Track list :

1.Royal Headache "Never again" (RIP Society)
3.UV Race "Inner north" (In the Red)
4.Total Control "One more tonight" (Iron Lung records)
5.Pond "Fantastic explosion of time" (Modular)
7.Twerps "Dreamin" (Underwater People)
8.Frowning Clouds "Time Wastin' Woman" (Saturno records)
9.Straight Arrows "Bad Temper" (Rice is nice)


Punching Joe

vendredi 13 avril 2012

Woollen Kits, s/t LP



Les magazines ont beau essayé de nous faire croire le contraire, on le sait bien, le rock ce n’est pas du sérieux. Et les 3 membres de Woollen Kits l’ont bien compris. Sorti sur l’excellent label RIP Society (Royal Headache) et produit par Mikey Young d’Eddy Current Suppression Ring, leur premier LP séduit par un indie-rock déglingué qui sent bon la glande. 

Comme pour tous les groupes venus d’Australie on pourrait partir dans des métaphores sur le surf, l’océan et le soleil…Erreur. Les mecs de Woollen Kits doivent plutôt être du genre à garder leur jean sur la plage et à se taper des bières tièdes en se foutant de la gueule des gravures de mode qui font mumuse sur les rouleaux. Comment pourrait-il en être autrement quand on écrit une chanson aussi lascive que "I love you" ? Un seul mot d’ordre ici donc : relax.

Le clip de "Out of Whack"

Et question je m’en foutisme élevé au rang d’art, les Woollent Kits en connaissent semble-t-il  un rayon. Pavement, Modern Lovers, the Clean ou encore Beat Happening, autant d’ainés plus que respectables qui font irruption dans les compositions du trio originaire de Melbourne. Les riffs sont délicieusement basiques et noisy ("Sloan") et les refrains, cons comme la lune, à base de na na na na, restent immédiatement en tête (le fabuleux petit tube "University Narcolepsy"). En revenant à des choses simples les Woollen Kits parviennent à écrire de superbes chansons catchy et rock’n’roll, que l’on aime fredonner à longueur de journée en dandinant mollement le cou. Comme "Out of Whack" par exemple, sorte de cousin comateux de "Which way to go" de Eddy Current Suppression Ring ou encore "For You" toute de swing vêtue. Mais attention,  ils sont aussi capables de belles envolées, comme avec la pépite indie-pop "Always" qui nous scotche sous un déluge de guitares. 

Peut-être que ce disque s’adresse trop précisément à mon éternelle âme d’étudiant glandu et que je m’emballe un peu, mais n’empêche, c’est un des meilleurs trucs que j’ai entendu depuis ce début d’année et la bête n’est pas prête de quitter ma platine de si tôt…University Narcolepsy, Na na na na na…

vendredi 16 mars 2012

Royal Headache, s/t LP



A l’écoute d’un disque de garage, de punk ou de tout autre sous-genre rock’n’rollesque, on ne prête pas forcément une attention démesurée au chant. Au pire c’est un accessoire, au mieux un petit plus. Pourtant quand un grand vocaliste fait irruption, on comprend que sa seule présence peut transformer un bon disque en œuvre géniale. C’est un peu le cas avec le premier LP des australiens Royal Headache. Si leurs chansons,  mélangeant power-pop et punk, sont excellentes, elles prennent une autre dimension grâce à un certain Shogun, qui bouffe le mic avec un charisme incroyable. 
Sorti en 2011 sur R.I.P Society (Woollen Kits, Straight Arrows), on a découvert récemment le disque grâce au label français XVIII Records, chargé de distribuer la bête dans nos contrées. Et sur le papier le menu est alléchant : 12 chansons, à peine 30 minutes, le tout sous l’égide de Mikey Young (Eddy Current Suppression Ring) et Owen Penglis (Straight Arrows) à la production. Banco !

Les premières écoutes peuvent laisser perplexe : ça va vite, très vite, trop vite ? Une rickenbacker virevoltante met les radars dans le rouge. Un instant, on soupçonnerait presque une réincarnation de Jay Reatard. Heureusement, quand le palpitant se calme et que le cerveau finit par comprendre ce qui lui arrive, la musique de Royal Headache se déploie dans toute sa splendeur. Aussi concises et fulgurantes soient-elles, leurs chansons sont d’une fluidité incroyable. On croirait entendre Is this It des Strokes joué en 45 tours par minute ("Surprise") avec la section rythmique des Eddy Current Suppression Ring. Solide.

"Pity" live 
(Shogun ou l'anti-hipster)

Difficile de réduire le disque à un genre unique tant les compositions dévoilent petit à petit leurs multiples facettes. La face A fait la part belle au punk qui sent bon des aisselles ("Never again") et à la power-pop qui claque ("Girls"), tandis  que la face B s’oriente vers la pop anglaise ("Distant and vague"), le garage ("Pity") ou encore le surf ("Wilson street"). Le tout sublimé par ce fameux Shogun. Son timbre singulier, quelque part entre la délicatesse râpeuse de Julian Casablancas et les intonations désuètes de Morrissey, ne fera sans doute pas l’unanimité mais tout de même, voilà un type au charisme vocal bluffant ! Libres, brutales, démodées, touchantes, chacune de ses éructations, à la sincérité incontestable, donne épaisseur et fougue à cet album déjà indomptable.

Première grosse claque de l’année ce LP de Royal Headache ne devrait pas prendre la poussière de si tôt. Rares sont les disques qui provoquent une telle sensation de plénitude et marient si facilement l’urgence punk et vrai grand chanteur. Pas évident en effet de mettre de l’âme là où l’instantané prime. En ce sens il est impossible de ne pas penser aux sublimes Undertones, desquels Royal Headache se rapproche naturellement. Ouais, la classe on vous dit.
Punching Joe

mercredi 1 février 2012

Total Control, Henge Beat




Après avoir évoqué le cas Eddy Current Suppression Ring dans la dernière chronique, on a décidé de prolonger notre séjour en Australie et de s’intéresser aux Total Control, dont le premier album Henge Beat est sorti à l’automne dernier chez Iron Lung. Super-groupe dont les membres sont issus de UV Race (In the Red) et Eddy Current Suppression Ring (forcément), Total Control livre un album schizophrène, mêlant urgence punk et new-wave mélancolique. A la fois perturbant et fascinant.


Entre la brutale immédiateté du punk originel et les langoureuses pulsions de mort de la new wave, Total Control a décidé de ne pas choisir. Leur Henge Beat crée des ponts improbables entre ces deux périodes, qui, si elles sont issues de la même dynamique, diffèrent souvent radicalement sur la forme. Ainsi, au premier abord, cet album parait bordélique. Evidemment, on se prosterne devant la fabuleuse rage destructrice de "Retiree" ou "Stonehenge", mais on reste par ailleurs sceptiques quant à leur place aux côtés de "Love Performance", directement échappée du tombeau de Ian Curtis, ou de "Meds II", obsédant et lent délire noise. 



Un sauna en Australie, really guys ?



Quelques écoutes plus tard, il faut avouer que cette schizophrénie fait mouche. Tout simplement parce que Henge Beat propose un niveau d’écriture très élevé. Que ce soit dans ses moments plus abstraits (l’excellente "See More Glass" qu’on aurait pu retrouver sur le Drum's not dead des Liars) ou dans ces compositions plus "classiques". On pense notamment à la transcendante "Carpet Rash", chanson pivot de l’album et incroyable leçon de post-punk aux résonnances kraut. Des compositions qui s’appuient notamment sur une section rythmique à la puissance imperturbable et un chant pesant, qui appelle à la baston. Il y a aussi ce sens du break tout à fait génial, toujours amené au bon moment, et qui permet à chaque chanson de trouver un second souffle ("One More Tonight"). La présence de Mikey Young n’y est sans doute pas pour rien, puisque on retrouve ce même talent chez Eddy Current Suppression Ring. 


Avec Henge Beat, Total Control prouve qu’il n’est pas un énième super-groupe inutile. Cet album, perturbant, inquiétant, montre au contraire que ces gars ont un tas de trucs à dire. On attend leur prochain délire avec impatience, en espérant qu’ils arrêtent de se servir de Paint pour faire leurs futures pochettes.
Punching Joe



  One More Tonight by Total Control




"Retiree", live


A noter : Tout de suite après Henge Beat, Total Control a enchaîné une autre sortie, un  split-album de 8 titres avec le crew de John Dwyer, Thee Oh Sees. 

mercredi 11 janvier 2012

Eddy Current Suppression Ring, Primary Colours


“Sunday’s come like a kick in the face, sunday’s come like a kick in the jaw” éructe Brendan Suppression, tout en résistant aux agressions soniques de ses trois copains barges qui s’agitent dans son dos. Sauf que de notre côté, frêles popeux à la peau tendre que nous sommes, le coup de savate on se le ramasse en pleine tronche. KO. Puis on revient à la charge, parce qu’on a aimé ça, faut pas croire. Le cuire endurci, on se joint à eux et on découvre qu’au-delà des coups de pied, les Eddy Current Suppression Ring sont des mecs attachants et cool, capables de pondre des chansons immenses.
Originaires de Melbourne, Australie, les quatre membres d’Eddy Current Suppression Ring se seraient rencontrés au boulot, dans une usine de pressage de vinyle. Le genre d’anecdote plutôt classe apte à créer un mythe. Après quelques 45 tours en 2004 et 2005, le groupe lâche un premier LP (Eddy Current Suppression Ring) sur Dropkick Records. Une petite bombe freak-punk imparable, aussi immédiate que décalée. Oui, car en plus d’être un cran au dessus de la concurrence en matière de songwriting, les gonz ne sont pas du genre à se prendre au sérieux (il suffit d’écouter "Cool Ice-Cream"). Puis en 2008 arrive Primary Colours, chez Aarght !, qui leur assure un certain (et improbable) succès commercial dans leurs contrées. Malheureusement le groupe reste encore aujourd’hui relativement inconnu chez nous (malgré une nouvelle livraison en 2010, Rush to Relax, tout aussi géniale), et c’est bien dommage…


Primary Colors n’est pas un énième disque de punk qu’on oublie en deux jours. Bien au contraire, il est de ceux qui ne prennent pas la poussière sur l'étagère et qui nous provoquent toujours un petit frisson dès les premières notes. Tout d’abord le groupe dégage une alchimie parfaite : une section rythmique basse/batterie qui insuffle un tempo étouffant, survolée par la guitare tranchante et précise d’Eddy Current, qui explose parfois en mille morceaux sur des solos insensés. Le tout est porté au pinacle du rock’n’roll par le chant/phrasé possédé de Brendan Suppression. Avec ses intonations monocordes, appuyées par un accent Aussie à couper au couteau, le gars s’inscrit dans la lignée de Mark E. Smith de the Fall (en sympa) ou de Gary Burger des Monks (en sobre) ; là où l’amateurisme confine au génie. La production est quant à elle parfaite : pas trop lisse pour que ça sente encore la bière et le kangourou grillé et pas trop crade pour ne pas brouiller la limpidité des compos. En découle dix titres indispensables où se croisent du punk de brute ("Sunday’s Coming"), de l’indie-garage flamboyant ("Wrapped Up", "We’ll Be Turned On") ou du post-punk décadent ("I Admit My Faults"). Et puis il y a les chefs d’œuvres : "Memory Lane" avec son riff punk joué en slow motion, "Colour Televsion", obsédante et maniaque, qui nous réduit à l’état de zombie, et enfin "Which Way To Go", tube intergalactique dans un monde idéal, ou 3 minutes 16 d’orgasme rock’n’roll.
En plus, cet émerveillement ne cesse de grandir au fil des écoutes, comme si l’usure de la galette amenait de nouveaux sons, toujours plus addictifs. Le souffle qui porte la musique d’Eddy Current Suppression Ring semble ainsi éternel, faisant de ce disque un petit classique en puissance, comme peuvent l’être Bang Bang Rock’N’Roll d’Art Brut et le premier Soft Pack, dans un registre et une époque à peu près similaires. Rendez-vous dans 30 ans...
Punching Joe




Le clip de "Which way to go"