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vendredi 12 juillet 2013

Beaches-She Beats

Chapter Music 2/2

Après la chronique du deuxième album de Dick Diver, on continue notre petit focus sur le label australien Chapter Music avec les cinq filles de Beaches, auteurs de She Beats, un puissant disque aux réverbérations shoegaze et psychédéliques.

Beaches était déjà apparu sur les radars indie en 2008 avec son premier LP. Le petit engouement qui a suivi la sortie a permis au groupe d’aller jouer aux Etats-Unis et notamment de se faire inviter aux All Tomorrows Parties et à l’Austin Psych Fest. En souvenir elles enregistrent même un 4 titres (Eternal Sphere) pour le label new yorkais Mexican Summer. S’en suit une période plus calme pendant laquelle Beaches peaufine à Melbourne ce She Beats. Un  disque qu’elles ont imaginé comme une œuvre collective et qu’elles ont pu travailler sereinement au Transient Studio, l’antre de Jack Farley.


She Beats est un album assez curieux qui, sous ses faux airs d’énième manifeste indie/noisy lambda, se révèle être une œuvre ambitieuse et grandement maîtrisée. Sur 11 titres, on ne trouve finalement que deux chansons répondant au format pop classique : la sautillante "Send them away", parfait single, et "Runaway" qui clôt le disque avec ses guitares catchy et son refrain léger. Pour le reste Beaches fait front, construisant des chansons où la puissance est de rigueur. Une partie de l’album est sous le signe d’un shoegaze qui, à la manière de leurs compatriotes the Laurels, convoque les vapeurs assourdissantes de Ride ("Out Of Mind", "Dune", "Weather"). Si la production est impeccable (joli travail sur les voix, basse monumentale), le disque ne se repose pas sur ce son et va chercher des compositions toujours plus sinueuses. "Distance" fait dans la transe tranquille avec ses cinq minutes de kraut-indie non sans rappeler Yo La Tengo. She beats comporte également quelques pistes instrumentales, et notamment "Granite Snake", énorme morceaux défoncé qui s’envole très haut. La deuxième partie du disque investit d’ailleurs des contrées plus psychédéliques. On retient par exemple la suante "Veda" avec ses tambours tropicaux et une guitare tout droit sortie de White Light/White Heat. Captivant et enivrant, She beats bat aux rythmes fracassés de ses aventurières soniques dont on attend déjà avec impatience le prochain LP.
Punching Joe


♦ Lire la première partie du focus sur le label Chapter Music.
♦ Ecouter le premier LP de Beaches sorti en 2008 sur le label Mistletone records.

lundi 10 juin 2013

Maria False-Death/Mary 7”


Il y a quelques jours on parlait du premier EP de future, un duo parisien adepte des sonorités shoegaze. Le groupe fait partie de l’excellent collectif Nøthing, qui rassemble d’autres formations au goût prononcé pour les mélodies noires et les ambiances vaporeuses. On y retrouve également : The Name Of The Band, Venera 4, Saintes, DEAD et Maria False. Aujourd’hui on s’intéresse à ces derniers qui viennent tout juste de sortir un 45 tours chez le Turc Mécanique.


Maria False n’en est pas à son coup d’essai puisqu’ils avaient déjà enregistré un EP l’année dernière, Artefact, caractérisé par un shoegaze violent et puriste, qui réhabilitait les guitares nucléaires. Sur ce 45 tours la formule n’a pas changé et le quatuor s’applique une nouvelle fois à tout raser sur son passage. Complémentaires, les deux chansons "Death" et "Mary" ne font presque qu’une, déployant ce fameux mur du son où seules les voix surnagent.

A noter que le Turc Mécanique a apporté un soin tout particulier à cette sortie au tirage très limité. Les titres de Maria False sont en effet gravés sur un superbe vinyle transparent. Une autre édition, malheureusement déjà épuisée, avait même été agrémentée d’une pochette psychédélique cousue main. Une jolie manière de militer pour ce format si attachant.
Punching Joe



mardi 14 mai 2013

future-Abyss EP

Si le garage français se porte on ne peut mieux ces temps-ci, les amateurs de saturations vaporeuses ne sont pas en reste grâce à une belle scène noise/shoegaze qui s’étoffe de jour en jour. On discutait il y a peu avec les Dead Mantra, mais on peut citer également des groupes comme Venera  4, Maria False, Dead Horse One, ou même feu Mountebank. Ici on s’intéresse au duo future, qui vient de sortir son premier EP : Abyss.


Dès "Skylights", future définit un périmètre d’action bien précis : ambiance glaciale, guitares brumeuses, boite à rythme martiale et chant lancinant. Le terrain est familier, un peu trop d’ailleurs et le morceau peine à se détacher de la filiation évidente qu’il entretient avec le son des New-Yorkais d’A Place To Bury Strangers…au point d’en devenir prévisible voire inoffensif.

Les trois autres chansons sont autrement plus cramées et dévoilent tout le potentiel de future. "Citizen" d’abord, sorte de transe rythmique transpercée par des nappes noise nocives. "Now", ensuite, qui  balance une grosse ligne de basse façon Pixies, idéale pour bâtir un mur des lamentations sonique où quelques esprits torturés viennent se recueillir. C’est clairement dans l’obscurité que future trouve le mieux ses marques et, malgré son titre mensonger, le dernier morceau "Colors" ne fait que confirmer les penchants dark du duo. Rencontre entre la répétitivité aliénante de Kraftwerk et l’électro droguée de Spectrum, ce final est un joli moment d’abandon sensoriel. Face au vide, il reste future.
Punching Joe

vendredi 8 mars 2013

Interview : The Dead Mantra

Il y a un mois tout pile nous étions à la Maroquinerie pour la Gonzaï Party et nous avons vu le set des Dead Mantra. Les quatre garçons originaires du Mans ont signé chez Cranes Records, prometteur label de la même ville, pour y sortir en 2012 un premier EP Path of Confusion et un split avec le groupe Dead Horse One. Leur musique aux accents nineties, forteresse de guitares renfermant des mélodies mystiques, a su nous conquérir. Nous avons donc voulu en savoir plus. Paul, chanteur/guitariste, a répondu à nos questions.


The Dead Mantra

     Présente moi un peu le groupe, comment tout ça est arrivé, qui fait quoi…
On est trois à s'être rencontrés au Mans à l'époque du collège, avant de devenir amis au lycée. On a monté le groupe ensemble, Pierre, Henri, moi et Edouard, qui a quitté le groupe en 2011. A ce moment là ça paraissait être une meilleure idée que de ne rien faire, comme une réponse évidente à la lassitude que génère une ville comme la notre. On s'est tous très rapidement impliqués dans le groupe, et depuis l'arrivée de Louis en 2011 les choses se passent de manière très naturelle et instinctive entre nous.

     Tu peux expliquer ce nom "Dead Mantra" ? J’ai remarqué que l’un d’entre vous arborait un t-shirt des Dead Skeletons durant votre concert à la Maroquinerie, n’y aurait-il pas là un lien direct ?
Notre premier nom craignait vachement. Quand on est rentré en studio pour la première fois, on a beaucoup écouté cette chanson. On a trouvé que ce serait un bon nom, sans réfléchir plus que ça. Cela dit, le lien avec les Dead Skeletons a entraîné beaucoup de gens à faire des raccourcis un peu trop rapides entre nous et le mouvement néo-psychédélique, alors qu'on se reconnaît concrètement assez peu là dedans. "Dead Mantra" c'était plus parce qu'on aimait le texte du morceau et son message.

     Qu’est-ce que racontent vos paroles ?
Je n’aime pas trop m'étendre là dessus. Mais globalement d'émotions, de pureté, de guerres intérieures, de notre ville. Promis on mettra les paroles avec le prochain disque.

   Comment êtes-vous entrés en contact avec Cranes Records ? Comment s’est passée la collaboration avec le label, leur implication etc. ?
A la base ce sont des amis, ils nous suivent depuis longtemps. Ils étaient là quand on faisait des concerts pourris dans des bars sportifs, ils nous faisaient des bootlegs et tout. Personne n’entendra jamais ça ! Ils voulaient vraiment sortir nos disques parce qu'ils sont un peu addict au support vinyle. Ils sont aussi très impliqués dans l'aspect visuel du disque, c'est sérieux pour eux. On aime ce qu'ils font, ils sont toujours hyper à l'écoute de nos envies. C'est vraiment bien de les avoir à nos côtés.

EP Path of Confusion
    Je ne connais pas du tout le Mans, niveau musique comment ça se passe ? Il y a des salles, des bars dans lesquels vous aimez jouer ? Et il y a d’autres groupes du Mans avec qui vous êtes liés ?
Il n'y a pas beaucoup de groupes au Mans. C'est pour ça qu'on ne peut pas réellement parler de scène là-bas. Il y a peu d'endroits où jouer, et ce n'est pas une ville très rock. Les jeunes ne se bougent pas tellement pour aller voir des groupes jouer. Mais il y a quand même des gens qui montent des évènements de qualité comme Teriaki, Oulala, l'Excelsior, Merci Connasse, Alpa On The Rocks. On a à la fois un fort rapport d'attachement et de rejet avec cette ville. C'est un endroit important pour nous.

    Et plus largement y a-t-il des groupes français dont vous vous sentez proches sous divers aspects ?
Musicalement assez peu, mais il y a des groupes qu'on aime beaucoup un peu partout en France. La plupart sont sur la compilation sortie récemment par Cranes Records qui est gratos d'ailleurs, il faut le préciser ! On est aussi très proches de Seventeen At This Time qui sont signés sur Cranes Records. Sinon en France, on aime bien Birds In Row, Blind Digital Citizen, Kaaris et Renart.

    J’ai l’impression que le terme shoegaze est assez associé à votre nom mais il me semble aussi, surtout après avoir vu votre live, que vous avez intégré pas mal d’autres sons, nineties notamment, comme le grunge... Comment tu définirais votre musique ?
On n’écoute plus beaucoup de shoegaze. Ça reste un élément très important dans le son, mais on ne veut pas s'y limiter. Le côté grunge, c'est peut être parce qu'on assume notre amour pour Nirvana et Sonic Youth. Aussi parce qu'il y a une volonté de pouvoir basculer entre la saleté, la crasse et la pureté. C'est dur pour nous de nous définir parce qu'il n'y a jamais eu de volonté de sonner comme le reste de ce qu'on entend.



 
    Et est-ce que vous avez des influences cachées ? Je veux dire des trucs que vous adorez mais qui s’entendent moins dans les morceaux des Dead Mantra voire même pas du tout…
De plus en plus, on essaye de ne rien cacher. Pierre, notre batteur adore le disco et l'acid-house, et ça s'entend beaucoup dans nos nouveaux morceaux. Louis a amené des mélodies de guitares très asymétriques, des choses très liées au math-rock ou au post-rock. On suit attentivement tout ce qui se passe dans les musiques électroniques, et en ce moment je crois qu'on porte beaucoup plus d'intérêt à la techno et au rap américain qu'au shoegaze ou aux trucs auxquels les gens nous associent naturellement.

    Je comptais vous qualifier de "mystiques" dans ma présentation, pas seulement parce que je vous ai vus entrer sur scène avec ce qui m’a semblé être des chants religieux, mais aussi parce que je trouve que votre musique l’est…ça vous irait comme qualificatif ?
Ce que tu as entendu à la Maroquinerie, ce sont les moines de l'Abbaye de Solesmes chantant la Messe des Défunts et demandant à leur Dieu de les délivrer de la mort éternelle. Solesmes est un des très hauts lieux du chant grégorien en France. Le qualificatif de mystique nous plait, étrangement. La foi est quelque chose d'important pour moi en tout cas, sur tous les plans. A la rigueur la foi se suffit à elle même, il n'est pas réellement question de la lier à quelque chose de précis. L'aspect mystique tient au fait que jouer sur scène, ou créer de la musique de manière générale, c'est pour nous un moyen de s'élever vers quelque chose d'autre. Cela dit, on peut paraître très sérieux sur scène, distants parfois, mais notre attitude hors scène est bien moins monacale.

    Vous écoutez quoi en ce moment ?
Pierre écoute de l'acid-house, il songe à acheter des baggys. Henri écoute de la variété italienne et joue du piano pour enfant avec son chat mongolien. Louis écoute des trucs mystérieux parce que c'est un mec vachement mystérieux, mais de temps en temps il pleure en pensant au split de Mars Volta. Pour ma part j'écoute beaucoup de trucs de gangsters avec de l'auto-tune, de la techno et pas mal Coil aussi histoire de faire un peu semblant d'être un esthète.

    Il y a des concerts auxquels vous vous êtes rendus récemment qui vous ont marqués ? Et pourquoi ?
Nick Cave et les Bad Seeds au Trianon. Parce que c'est Nick Cave. C'est tout.

    Vous avez des projets à venir ou des évènements à signaler ?
On est actuellement en studio pour une durée indéterminée. On a également prévu une retraite spirituelle à l'abbaye de Solesmes et on devrait bientôt monter une équipe de foot en salle. Et puis on sera en concert à l'Inventaire au Mans le 22 mars, mais on risque d'être peu sur scène ces prochains mois.




Hanemone

mardi 25 septembre 2012

Henry's Dress, Bust'em Green


Amy Linton I love You

Si la découverte ne date que de quelques mois, ma passion et ma fascination pour les travaux d’Amy Linton en sont déjà à leur paroxysme. D’abord connue par l’intermédiaire de son deuxième groupe the Aislers Set (dont on reparlera), c’est surtout avec Henry’s Dress que le coup de foudre a opéré. Leur seul LP, Bust’em Green, a été une révélation, à tel point qu’envisager de l’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre du rock paraît désormais tout à fait raisonnable. Mais plus qu’un coup de cœur personnel, c’est un disque passionnant qui rapproche avec une facilité déconcertante trois courants musicaux particulièrement appréciés en ces lieux, à savoir l’indie-pop, le shoegaze et le garage. 

Henry's Dress- "All This Time For Nothing"

Henry’s Dress naît du côté d’Albuquerque au début des années 90 mais déménage rapidement vers San Francisco pour s’y établir définitivement. Le groupe se compose d’Amy Linton donc, mais aussi de Hayim Sanchez et Matt Hartman (The How, Sic Alps, Coachwhips). Leur histoire est intimement liée à celle d’un label local aujourd’hui vénéré par beaucoup (et par nous) : Slumberland. C’est en effet vers cette maison, fondée par l’ex-Black Tambourine Michael Schulman, que Linton va se tourner pour proposer les premiers enregistrements de Henry’s Dress. Deux 45 tours sortent d’abord en 1993 et 1994 (dont un split avec Tiger Trap) avant que le trio ne s’essaye au EP, toujours sur Slumberland, avec un self-titled magnifique, parcouru de noise-pop vénéneuse et de shoegaze déglingué (la traumatisante "Sally Wants"). On y retrouve déjà leur envie de composer des chansons concises, qui vont à l’essentiel, portées aussi bien par une urgence punk que par des complaintes lancinantes. 

Un 45 tours en compagnie du très bon Rocketship plus tard, Henry’s Dress accouche en 1996 de son joyau, Bust’em Green. Douze chansons allant d’1 minute 30 à 2 minutes 30, pour un disque absolument parfait. Sa force principale : mêler une guitare aux riffs rudimentaires et des rythmiques tout aussi efficaces, avec un chant aux mélodies pop, que ce soit par la voix douce-amère d’Amy Linton ou celle désabusée de Matt Hartman, qui évoquent chacune des intonations propres à l’indie-pop ou au shoegaze. Le mélange des genres est prégnant sur le triptyque qui ouvre le disque. "The way she goes", "Winter 94" et l’immense "Target Practice", où un garage rêche, presque aussi basique que du Gories et saillant comme du Ty Segall, verse plus dans l’émotion pudique que dans l’éclatage de neurones. Car, si Bust’em Green est un album profondément insouciant et immédiat, il n’en est pas moins parcouru par des teintes mélancoliques et désenchantées. 

Henry's Dress - "Winter '94" 
Le groupe aime également brouiller la frontière entre garage lo-fi et noise-rock nihiliste, comme sur "Get Yourself Together" ou "Not Today", compactes et brûlantes à souhait. En dignes héritiers du shoegaze ils proposent un travail millimétré sur le bruit et les distorsions, ne sombrant jamais dans l’accumulation de nappes saturées mais préférant au contraire distiller quelques saillies bien pensées ("Hey Allison"). 

Au-delà de sa justesse de ton, Bust’em Green est un grand album car il suinte la fougue rock’n’roll à chaque seconde. Certes la musique de Henry’s Dress est référencée, mais elle est avant tout expressive dans sa spontanéité. Bien plus que des techniciens, Linton, Hartman et Sanchez sont avant tout de grands ados qui jouent comme ils respirent...et ce avec un talent et un caractère hors du commun, à tel point qu’il est difficile de les classer.


"Target Practice" jouée en 2010 lors de la fête d'anniversaire des 20 ans de Slumberland


L’aventure se terminera vite, Linton mettant toute son énergie dans les Aislers Set (elle ira aussi taper sur les fûts chez Go Sailor). Une existence éphémère et une discographie fulgurante qui contribue un peu plus à rendre culte les travaux de Henry’s Dress, d’autant que ni le EP, ni Bust’em Green n’ont été réédités à ce jour, et sont donc quasiment introuvables en format physique*. On espère donc qu'un jour Slumberland fera un petit effort pour rendre gloire à une de ses plus belles signatures. 
Punching Joe

*On le trouve facilement sur la toile cependant

Aussi sur le web :
Des articles sur Henry's Dress dans l'incontournable Blog du mouvement shoegaze
Le site de Slumberland
Le bandcamp de The Aislers Set, le deuxième groupe d'Amy Linton

vendredi 27 juillet 2012

The Laurels, Plains LP


En posant les bases d’un rock-psyché monolithique, fortement teinté de shoegaze, the Laurels avaient frappé fort avec la sortie de Mesozoic, leur premier EP. Les revoilà fièrement armé d’un premier LP, dénommé Plains, à l’artwork alléchant. Étant passé honteusement à côté de Mesozoic à l’époque, c’est plus avec curiosité qu’avec attente qu’on a jeté une oreille à cette sortie. Et bien nous en a pris.

Si les Laurels ont bien un talent, c’est celui d’ouvrir majestueusement leurs disques. Mesozoic nous envoyait directement dans les cordes avec un "Black Cathedral" hypnotique. Ici c’est "Tidal Wave" qui vient nous fracasser. Une chanson qui porte bien son nom ("raz-de-marée"), mais qui pourrait aussi bien évoquer un décollage spatial, tant la puissance sonique mise en œuvre souffle dès les premiers riffs de guitares, transformées pour l’occasion en réacteurs. Un des meilleurs opening tracks entendu cette année qui introduit un disque où les Laurels exposent clairement leur côté shoegaze. Et attention, ici quand on dit shoegaze, ce n’est pas pour désigner de la pop un brin noisy ou un peu éthérée sur les bords. Non, quand les Laurels parlent shoegaze c’est dans le langage de My Bloody Valentine et de Ride, celui des guitares nucléaires qui crachent des riffs vénéneux, celui des basses étouffantes et de batteries assommantes.

"Tidal Wave"



"Traversing the univers" et ses guitares chaloupées à la Tame Impala ainsi que la fabuleuse "Glacier", viennent finir de bâtir cette fusée pensée pour explorer et contempler des galaxies lointaines. Et une fois leur vitesse de croisière atteinte, les Laurels se permettent des variations intéressantes qui ne cantonne pas Plains à un disque de shoegaze monolithique. "This City Is Coming Down" par exemple, portée par un chant brit-pop étonnant, fait dans la pop très classe et laisse entrevoir une facette du groupe insoupçonnée. Ou encore "One Step Forward (Two Steps Back)", pop-song bizarroïde qui se cache sous un apparat heavy surprenant, mais finalement accrocheur. Ainsi sur l’ensemble du disque l’héritage psyché du groupe n’apparait que par petites touches. Il fait néanmoins quelques percées remarquées sur "Sway Me Down Gently", où l’on aperçoit les fantômes des Warlocks.

Bien en place et jamais à court d’idées, ces Australiens (et oui encore !) qui ont la tête dans le cosmos, réussissent avec succès le test du premier LP. Plains est un album intelligent qui sait gérer ses moments de faiblesses ("Manic Saturday" ou "Changing the timeline", moins inspirées mais placées juste après des killer-songs) et qui magnifient ces moments forts, toujours bien aidé par une production irréprochable. Ladies and gentlemen, we are floating in space.
Punching Joe

L'album, sorti sur Rice Is Nice en écoute intégrale sur bandcamp :


samedi 11 juin 2011

Black Tambourine : What kind of heaven do you want ?

Black Tambourine
Parlons sweatshirt informe et veste en jean, parlons robe en velours et jupe en cuir…parlons 90’s bon sang ! Et quoi de mieux pour ça que de divaguer sur l’emblématique et neurasthénique courant shoegaze. Attention, une écoute prolongée et répétée peut conduire à la pendaison, la défenestration ou du moins à une intense migraine (cf les voix de tête à la Miki Berenyi ou les "wall of sound" façon My Bloody Valentine). Aussi cet avertissement d’usage étant fait je vous encourage tout de même à vous en foutre plein les oreilles de temps à autres. Et c’est ce que nous allons faire dès à présent en nous penchant sur le cas Black Tambourine, un des premiers spécimens de la vague.  
Actif de 1989 à 1991 seulement, le groupe produit peu de chansons mais néanmoins assez pour influencer son monde. On peut d’ailleurs supposer que nos Vivian et Dum Dum girls d’aujourd’hui en ont pris de la graine. Alors que la majorité des groupes shoegaze de l’époque sont européens (comme la plupart des sources dont ils s’inspirent),  tout débute ici dans le Maryland à Silver Spring. Le point de départ est un projet entre des membres de Velocity Girl et de Whorl : Archie Moore, Brian Nelson et Mike Schulman, tous réunis autour de la chanteuse Pam Berry. L’histoire du groupe est fortement liée à celle du label indépendant Slumberland Records puisque le guitariste Mike Schulman en est un des fondateurs. Ils apparaissent ainsi sur la toute première compil lancée par Slumberland, What kind of heaven do you want ?, qui en plus de leur morceau "Pam’s tan" contient un titre de Velocity Girl et un autre de Powderburns. Le groupe s’inspire des productions 60’s de Phil Spector mais aussi de Jesus and Mary Chain et de toute la flopée de groupes C86 (du nom de la cassette audio éditée par le NME en 86) comme Shop Asssitants ou The Pastels (avec le titre "Throw Aggi off the bridge" hommage est d’ailleurs rendu à Annabel Wright, alias Aggi, bassiste et chanteuse de la formation écossaise).

Pam Berry
Black Tambourine ne réalise pas d’albums à proprement parler, seulement des EPs ou titres lâchés par ci par là. Et c’est pour réunir l'ensemble de ces petits bijoux que Slumberland Records sort en 2010 la compilation Black Tambourine. Celle-ci fait suite à une première Complete Recordings de 99, à laquelle ont été ajoutées six nouvelles pistes dont certaines seulement jouées en concert à l’époque et enregistrées ici pour l’occasion. Parmi ces dernières on trouve entre autres une reprise de Buddy Holly ("Heartbeat") et une autre de Suicide ("Dream Baby Dream").
Et bien qu’on reconnaisse dans les morceaux de Black Tambourine la douce évanescence et la dissonance propre au mouvement shoegaze, pas question ici de trop de lenteur. Ceux-ci ne sont absolument pas dépourvus de rythme, on pourrait même dire pour quelques uns d’un certain punch ("We can’t be friend ", "Tears of joy") ! Aussi vous ne risquez pas l’assoupissement au volant à l’écoute de Black Tambourine sur l’autoroute (pour la sécurité de tous ne tentez pas l’expérience avec un album de Slowdive).

Compilation Black Tambourine, 2010
Quand la formation se dissout en 1991, la chanteuse Pam Berry poursuit son chemin à travers de nombreux groupes comme The Shapiros, Glo-worm, Castaway Stones…et crée avec Gail O’Hara  l’influent fanzine Chickfactor (édité sur papier de 1992 à 2002). Brian Nelson embarque avec Velocity Girl pour marquer la décennie 90, alors qu’Archie Moore abandonnera ceux-ci pour fonder Heartworms, au côté de sa girlfriend Trisha Roy. Mike Schulman quant à lui, continue le bon boulot amorcé avec Slumberland et jouera également au sein de Magpies and Candleman.
Mais trêve de blablatage, à présent il est grand temps pour vous d’enfiler votre salopette, votre cardigan le plus douillet et de planer…oooooh lovely 90’s !
Hanemone

Black tambourine, "I was wrong" :


Black Tambourine, "Black car" :


Black Tambourine, "We can't be friend" :


Black Tambourine, "Dream baby dream" (Suicide) :