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vendredi 27 décembre 2013

Tomorrows Tulips-Experimental Jelly


Manifeste à la gloire de la paresse, Experimental Jelly aura bercé nos plus beaux moments de glande cette année. Dépourvu du moindre dynamisme, constamment à l’agonie, ce deuxième disque des Californiens Tomorrows Tulips a imposé petit à petit son romantisme déglingué, au point de devenir un indispensable disque de chevet.



Pour comprendre l’origine de ce romantisme illuminé, il convient de rappeler que Tomorows Tulips est le projet musical d’un certain Alex Knost, surfeur professionnel. Mais Alex Knost n’est pas de ces riders stéréotypés buveurs de redbull, loin de là. C’est un mec à l’ancienne, flottant les bras ballants sur sa longboard ; un mystique qui entretient un rapport presque religieux à l’océan, qu’il considère comme "une source d’illumination sur terre." Une philosophie de vie qui déteint forcément sur sa musique comme il le précise toujours dans la même interview : "Pour moi surfer et jouer de la musique sont des pratiques artistiques à mettre sur le même plan. C’est un peu comme être amoureux de deux filles en même temps."

Ces deux arts, il les aborde avec une décontraction presque indécente pour le commun des mortels. Mais la jalousie fait vite place à l’émerveillement quand on saisit la quiétude qu’il dégage et qui anime ce Experimental Jelly. Une sérénité ensoleillée qui prend pourtant place dans des pop-songs bordéliques, jouées au ralenti. Les premières écoutes du disque peuvent ainsi laisser dubitatif tant les repères manquent. Rappelons que Tomorrows Tulips fait dans la pop à trois accords, amatrice et lo-fi, pas accrocheuse pour un sou, encore moins efficace. Et si Alex Knost fait du surf de manière anachronique, la façon d'écouter sa musique l’est tout autant.


Experimental Jelly débute son voyage au cœur de la fatigue avec la magnifique "Flowers On The Wall", lancinante et traversée par des solos de guitare sans queue ni tête. Les influences sont à aller chercher chez des héros DIY comme Beat Happening ou Guided By Voices ("Dream Through", "A Waste"), parfois déclinées à la sauce californienne ("Vacation" ou "Wake Up", soit les Beach Boys sous sédatifs). La voix de Knost y est aussi pour beaucoup, épuisée et suppliante, non sans rappeler celle de Lou Reed comme sur "He Quits", monument de paresse avec son violoncelle ronronnant. Si l’on excepte la jam noisy "Misses Hash", l’album s’apparente à une collection de complaintes, recroquevillées sur elles-mêmes, qui trouvent leur beauté dans une constante instabilité. La fin d’Experimental Jelly est ainsi une chute libre : "Free" et "Mr. Sun" larguent définitivement les amarres, jouant une pop en perdition qui échoue finalement dans un rêve nommé "Internal Perm". Cette berceuse presque irréelle conclut parfaitement un disque sublime, car souvent insaisissable.
Punching Joe

Pour le plaisir (on appréciera à chaque fois la bande-son)



samedi 16 mars 2013

45 tours : The Young Sinclairs / Travel Check

Quelques semaines après avoir parlé du single des rustres Bikini Gorge chez Kizmiaz, on continue à  se pencher sur des nouveaux 45 tours que l’on doit à des labels français.

Il y a presque un an on consacrait un article aux premières sorties du label Croque Macadam. Depuis, le microsillon continue de fleurir du côté de Montrouge, avec toujours cette envie de défrichage mêlée à une indépendance fièrement brandie. En résulte des disques confectionnés avec amour ; on citera notamment le dernier single des Triptides, la galette des Superets ou encore le diptyque des Spadassins. Mais la sortie qui retient aujourd’hui notre attention est un autre double 45 tours, celui des américains Young Sinclairs.


Pour l’occasion Alexandre de Croque Macadam s’est associé à son frère Etienne, qui a repris le nom de leur blog commun : Requiem pour un twister. C’est donc sous le double macaron Croque Macadam / Requiem pour un twister que les deux singles des Young Sinclairs sont désormais disponibles à des tirages limités. Le groupe, originaire de Virginie, demeure méconnu (voire inconnu) en France alors qu’il est actif depuis 2005. A sa tête un certain Sam Lunsford, brillant compositeur à l’aise dans de nombreux domaines, comme le spécifie cette interview. Avec les Young Sinclairs il s’amuse à ressusciter notamment le folk-rock des Byrds, guitare jangly à l’appui, tout en garnissant sa palette de touches garage et pop. Porté par des guitares délicatement rêches, l’EP Hurt my pride télescope ainsi Nuggets et BJM* pour un résultat imparable. Sur le second 45, New Day, c’est une indie-pop en apesanteur qui vient nous cueillir en faisant planer l’esprit des Field Mice. Espérons que cette double sortie irréprochable incitera plus de monde à se pencher sur ce groupe talentueux.
*Les Young Sinclairs ont d'ailleurs déjà ouvert pour le groupe d'Anton Newcombe et font partie du Committee to keep music evil.


L’autre disque que l'on retient vient de chez Howlin Banana. Organisateur émérite de concerts à Paris, Howlin Banana sort aussi de temps à autre des 45 tours. Sa dernière pioche, les Parisiens Travel Check, qui débarquent avec un trois titres au nom alléchant : Wild Tropics. Grands admirateurs des Black Lips, le groupe en a gardé une écriture aussi évidente que joliment bancale au service d’un garage cotonneux et rêveur. "Pokayoké" et "Trippin Waves" impriment des gimmicks surf qui peuvent vite devenir obsessionnels.




Punching Joe

mardi 2 octobre 2012

Blackfeet Braves, s/t LP


Cela faisait deux ans qu’on se contentait de leurs fameuses démos, lâchées nonchalamment sur une page Bandcamp. Un peu énervés devant le manque de mises à jour, on s’est résolu à les ranger dans la catégorie des gros branleurs bourrés de talent mais incapables de s’assumer. Erreur. Durant l’été tout s’est accéléré et les Blackfeet Braves ont refait surface, annonçant la sortie de leur premier album. Mis en écoute gratuite, ce LP, qui devrait bientôt se matérialiser sur du vinyle*, est à la hauteur des espoirs qu’on avait placés sur leurs tronches de californiens je-m’en-foutiste.
"Oh So Fine"

Redécouvert par les Growlers et leur autoproclamé son « beach goth », le mysticisme dans la pop trouve avec les Blackfeet Braves son expression la plus envoûtante. Trop souvent monopolisées par les psyché, les mélodies vaudou sont pourtant tout aussi prenantes lorsqu’elles s’expriment à travers des guitares aigrelettes. Car pas besoin de paluches rugueuses pour manipuler ces sonorités et conduire vers le tant convoité « trip » ; les Blackfeet Braves et leur doigté sensible y arrivent tout aussi bien.

Ce premier LP est ainsi parcouru par une espèce de fragilité qui confine au merveilleux. Sans renier les démos, les Blackfeet Braves ont néanmoins voulu affiner leur son. Ils n’ont cependant pas complètement renoncé à leur patine lo-fi si charmante. Si le tube "Trippin’ like I do" perturbe d’abord par sa rythmique plus rentre-dedans,  il n’en reste pas moins, au fil des écoutes, une chanson au riff absorbant complètement fascinant. Ces gars sont des orfèvres pop comme on en croise peu souvent. Sur une compo, la sublime « Oh So Fine » par exemple, ils sont ainsi capables de reléguer des groupes comme Real Estate au rôle de simples figurants.
L’imaginaire californien est évidemment au cœur du débat ici. Mais loin des clichés, il est peint avec une sorte de lassitude et de mélancolie qui fait presque passer les plages de LA pour des plaines fantomatiques du Montana. Comme avec les Growlers, on est face à des jeunes plus désœuvrés et lascifs qu’enthousiastes et naïfs. On se met alors à barboter dans leur surf-pop aux accents western avec une nonchalance prononcée, bercés par des couplets langoureux et fouettés par des refrains écumant légèrement sur la nuque. 

On pourrait parler plus précisément des chansons : dire à quel point "Cloud 9", "Mystic Rabbit" ou "Misery Loves Compagny", sont géniales, dire à quel point les tremolos dans la guitare nous font fondre, ou décrire en détail les effets sur le métabolisme de ce petit clavier sifflotant et de ces voix chevrotantes, mais ce serait entrer impudiquement dans une expérience qui n’appartient qu’à l’auditeur. A l’aube ou au crépuscule, la musique des Blackfeet Braves brille avec un même éclat noir qu’il est difficile de décrire.
Punching Joe

L'album est en écoute intégrale ci dessous, vous pouvez également faire un tour sur le site du groupe et commander le LP, *disponible depuis février 2013 chez Lolipop Records.

lundi 16 juillet 2012

The Growlers, Uncle Sam’s A Dick / Drinking Song For Kids, 7"


Si la plupart des groupes ricains qu’on adore en ce moment nous alimentent en sorties très régulièrement (Tim Cohen, Ty Segall, Thee Oh Sees, etc.), the Growlers, eux, sont plus paresseux. L’excellent EP Hot Tropics, date déjà de 2010, et en 2011 ils n’ont sorti qu’un seul single, néanmoins très bon, Gay Thoughts.

Une frustration d’autant plus intense quand on sait que le groupe a enregistré son nouveau disque à l’automne dernier mais que la date de sortie est toujours inconnue. L’histoire promettait pourtant d’être belle : conviés à Nashville par un fan un peu particulier en la personne de Dan Auerbach des Black Keys, les Growlers avaient une sacrée opportunité pour pondre une pépite dont ils ont le secret. Et si l’enregistrement avec Auerbach s’est bien passé selon leurs dires, c’est l’étape de la postproduction qui a posé problème. Terrés dans leur hangar pourri de Costa Mesa, les Growlers font tout eux même depuis près de six ans, alors quand on essaye de les brider et de les faire entrer dans le moule, ces esthètes de la glande s’énervent ; plutôt crever que de renoncer à leur manière de fonctionner, comme le confesse Brooks Nielsen (chant) au LA Weekly : « On a toujours eu une quantité folle de chansons, on en enregistre tout le temps chez nous. Alors ça nous fait chier quand on nous dit qu’on ne devrait en mettre que 13 sur celui-là. Comme si j’en avais quelque chose à foutre que les gens s’emmerdent avec mes 20 morceaux. »

Heureusement il y a quelques jours l’espoir renait. Nielsen avoue dans une nouvelle interview que les choses avancent plutôt bien, qu’il a a priori mis du tabac dans son oinj et que le disque, composé de 15 chansons, parait-il plus joyeuses, pourrait sortir à l’automne. Dans la foulée de cette annonce, à prendre quand même avec des pincettes, le groupe a même sorti un 45 tours à l’occasion de leur tournée US.

Si les deux pistes ne sont pas mémorables pour du Growlers, le plaisir de les retrouver prédomine sur la qualité intrinsèque des chansons. "Drinking song for kids", beach goth à souhait avec sa guitare crépusculaire et la voix, toujours plus sublime, de Nielsen déclenche quelques mouvements d’épaule chaloupés. Et on excuse même "Uncle Sam’s a Dick" d’être un peu poussive, bien rattrapée par un joli refrain et des rythmiques toujours aussi chill. Alors, on se revoit bientôt les gars, sans faute ?

Punching Joe

>Ci-dessous les deux titres en écoute. Et je conseille vivement la lecture de l'excellent reportage du LA Weekly cité plus haut + une vidéo qui illustre bien l'article
>Chronique de Are You in or Out ?

mercredi 13 juin 2012

Thee Holy Ghosts EP


C’est la crise, des gens mangent le visage d’autres, les araignées géantes attaquent, et même les zicos de la plage sont désabusés. Sale temps. Terminé l’imaginaire du shorty et de la crinière gominée, la Danelectro soigneusement polishée en mains; fini le booty-shake désuet en monokini à froufrou. Aujourd’hui le rocker de plage se baigne, blasé, dans une flotte verte, vêtu d’un slim noir et poisseux, en chantant son blues couleurs Instagram à travers une haleine souffreteuse de fumeur de nems frelatés. The Growlers, Triptides, Wavves, BlackFeet Braves, Beach Fossils et maintenant thee Holy Ghosts, autant de groupes pour qui la surf-music ne peut se détacher de la mélancolie océanique, du fantasme, ou d’un certain second degré qui semble masquer certaines angoisses.

Les 3 membres de thee Holy Ghosts sont originaires de Gainesville, petite cité américaine située dans les terres de Floride, surtout (seulement) connue pour son club de basket universitaire (les Gators), où Joakim Noah a fait des siennes pendant quelques années. Leur premier EP, tout juste mis à disposition en téléchargement gratuit, a fait frétiller mes conduits auditifs.

Les dix chansons mises en boite témoignent de l’amour du groupe pour le garage sixties, qu’ils mêlent au surf-rock, au doo-wop et au rock’n’roll, le tout dans un joyeux bordel lo-fi. Car la force de cet EP c’est bien son aisance à décliner avec style et précision cette bonne vieille base garage. Les Holy Ghosts font de la musique de branleurs certes, mais de la musique de branleurs qui groove, qui tient debout, et ce malgré la précarité qui se dessine au fil de chansons. Ian, Taylor et Hector savent en effet y faire quand il s’agit de balancer d’excellentes compo catchy et régressives, façon Black Lips, Dick Dale ou Los Saicos ("I can’t take it", "Sand in my beer", "Gimme Your love"). Pour autant  ils ont aussi le don de créer des morceaux titubants, empreints de mélancolie, de gueule de bois ("Saturday", "Ghetto pop song", ou le jolie slow "Standing alone"), et qui font passer le disque de la pastille rock’n’roll éphémère à une œuvre plus touchante. Car à l’image des nombreux chœurs chamaniques qui traversent les compos,  thee Holy Ghosts, jouent un garage-surf parcouru par des ombres inquiétantes, planant nonchalamment au dessus de ces garçons de plage déglingués. On attend la suite avec impatience.
Punching Joe

EP en écoute ci-dessous, et rendez-vous sur la page Bandcamp du groupe pour le téléchargement :


mardi 24 avril 2012

Australian Indie-rock mixtape

Vous l'avez peut-être remarqué, on aime bien l'Australie sur Walking with the beast. Récemment les chroniques sur des groupes Aussies se sont enchaînées, et à raison, puisque la qualité des disques écoutés nous a complètement enthousiasmés. Indie-pop, post-punk, punk-rock, garage sixties : l'indie-rock est bien roi aux antipodes !

C'est pour ça que l'idée nous est venue de faire une petite mixtape, histoire de partager les trucs cool qu'on aime écouter depuis quelques temps. Evidemment rien d'exhaustif, au contraire, une vision très subjective, alors n'hésitez pas à évoquer vos autres coups de coeurs.

Voici donc 9 chansons, pour 9 groupes différents, avec du groove, des riffs qui piquent les oreilles, des synthés qui dégoulinent, des rythmiques renversantes et plus encore... Et comme on est des coquins on a mis en bonus un pseudo "hidden track".

Enjoy !




Track list :

1.Royal Headache "Never again" (RIP Society)
3.UV Race "Inner north" (In the Red)
4.Total Control "One more tonight" (Iron Lung records)
5.Pond "Fantastic explosion of time" (Modular)
7.Twerps "Dreamin" (Underwater People)
8.Frowning Clouds "Time Wastin' Woman" (Saturno records)
9.Straight Arrows "Bad Temper" (Rice is nice)


Punching Joe

vendredi 19 août 2011

Triptides, Psychic Summer

Catch the wave

Basés à Bloominton, Indiana, Josh Manashe et Glenn Brigman forment en 2010 Triptides. Plutôt productifs ils sortent deux EPs (Triptides et Tropical Dreams) avant de pondre un album en juillet dernier, intitulé Psychic Summer, chez Beach Tapes. Manifeste psyché-surf d’une qualité affolante, Psychic Summer tourne en bouche depuis plusieurs jours chez moi, il fallait que je vous en parle.
S’il y a bien une de leurs obsessions que le duo aime partager, et la pochette, comme le titre, en en sont des indices, c’est celle de l’été. Plage, soleil, surf, cette thématique bouillonne durant les 14 chansons proposées. Un fantasme nostalgique pour eux qui ont dû quitter les côtes américaines et venir s’installer dans l’Indiana, région paysanne et froide, à des milliers de kilomètres de la première vague. Si le son du groupe est résolument tourné vers la surf-pop et le garage, la tonalité rêveuse de leur musique est apportée par de nombreuses impulsions psyché, voire shoegaze, qui constituent un mélange des genres plus que convainquant. Pas étonnant alors de retrouver dans leurs influences aussi bien des groupes des compilations Nuggets que Tame Impala ou Beach House.
Le disque commence par une petite intro exquise ("Drift away") qui se conclue par un "Let’s go surfin’" scandé, histoire qu’on comprenne où on met les pieds. Dans la foulée, le single "Going under" et sa guitare colorée nous invite à une beach party enjouée et dansante. Au fil des chansons le son prend de l’ampleur et se gorge de la fameuse touche psyché-shoegaze, permettant au compos de s’envoler et d’atteindre des sphères où l’imaginaire se perd avec délectation. J’ai vraiment l’impression d’entendre le Nowhere de Ride sur certaines pistes ("Pier", "Satin Skies", Mark Gardener sort de ce corps !), pour mon plus grand plaisir. Le groupe maîtrise ses influences, ce qui lui donne une vraie identité. Ainsi ils n’hésitent pas à revenir vers le garage sixties à coups de riffs bien sentis et accrocheurs ("Who knows") ou à se plonger dans les abysses avec douceur lors de morceaux plus calmes et éthérés, comme sur le superbe "Island". Car si le fil rouge reste l’océan, Triptides nous propose une palette d’ambiances diverses sur ce même thème, allant du réveil ensoleillé ("Psychic summer" et ses guitares qui s’entremêlent) aux soirées moites ("Catch a wave") en passant par l’après-midi surf ("Outlaw"). L’album se termine sur la parfaite "Venus is cruel" (extraite de l’EP Tiptides), captée live, qui laisse entrevoir une énergie que l’on ne soupçonnait pas et qui promet des concerts haletants !
A l’heure du bilan, je ne vois pas grand-chose à redire à cette œuvre. Une identité forte, des mélodies aussi catchy que mystérieuses et des musiciens au diapason. Cet album s’impose comme un incontournable de cette année et les Triptides comme un groupe à suivre de très près. Pour vous offrir un surf sur les nuages, écoutez Psychic Summer !
Punching Joe

L’album est en téléchargement pour une poignée d’euros sur leur Bandcamp, ce serait dommage de s'en passer. Vous pouvez aussi acheter la cassette, faite maison, toujours à un prix très raisonnable. Et pour prolonger ce Psychic Summer je vous invite vivement à écouter leurs EPs, notamment Tropical Dreams.


"Venus is cruel"

lundi 18 juillet 2011

The Babies, Nodzzz LP

Garage-Pop instantané

Comme j’en ai rien à foutre de Wu Lyf, Bon Iver ou tout autre groupe qui veut me faire croire qu’Arcade Fire a eu une quelconque influence et n’est pas seulement un truc inventé par des mormons québécois pour dominer le monde,  je ne déblatérerai sur aucun de ces machins comme il est d’usage en ce moment. A la place, j’ai essayé quelque chose de bien moins prise de tête : écouter des albums, qui à défaut de créer des sectes, me permettent d’oublier mes soucis. C’est comme ça que je suis tombé sur eux : The Babies et Nodzzz, deux groupes animés par la même passion pour la pop immédiate. De vrais bonbons acidulés, nécessaires dans ce monde sous prozac.
The Babies, s/t (Shrimper Records)
The Babies est le nouveau groupe de Cassie Ramone et Kevin Morby, membres respectifs des Vivian Girls et de Woods, soit deux groupes majeurs de la nouvelle scène new-yorkaise (avec Crystal Stilts, Beach Fossils, etc.) que l’on ne peut que jalouser. Un projet sous forme d’un kiff entre potes qui a donné naissance à un album simplement cool, transpirant la nostalgie de l’adolescence. On y retrouve des éléments propres aux deux groupes : le lo-fi de Woods ou les fulgurances noise des Vivian Girls ("Sick kid" en est l’exemple parfait).
Le tout enveloppé dans des chansons d’une limpidité affolante. Des mélodies qui viennent immédiatement se graver dans notre cerveau, lui qui n’en demandait pas tant ! L’obsédante "Sunset" est sa guitare surf donne envie de danser joyeusement sur une plage, tandis que "Meet me in the city" nous ramène à nos 15 ans plus rapidement que n’importe quelle Delorean tunée. Les Babies font ce qu’ils veulent : de la pop lumineuse ("Run me over") au rock indé introspectif ("Wild 2") en passant par le punk ("Personality"). Par ailleurs le chant est partagé équitablement ce qui donne au disque une originalité supplémentaire ; avec une mention spéciale pour Cassie Ramone qui entre définitivement dans mon top des voix de filles qui me font chavirer (pas loin d’Eleanor Friedberger et d’Alela Diane). Ce disque fait juste du bien, beaucoup de bien…Oh sweet sixteen ! (écoutable en intégralité ici)

Nodzzz, Innings (Woodsist)
C’est le deuxième album de ces 3 gars au look nerds qui débarquent de la banlieue de San Francisco. Signés chez Woodsist (Woods, White Fence) les Nodzzz se démarquent par leur garage-pop d’éjaculateurs précoces : 14 chansons, 23 minutes, ils n’y vont pas par quatre chemins. Les guitares de Sean Paul Presley et Anthony Atlas s’invitent tour à tour sur la piste de danse et force est de constater que nos hanches ne résistent pas longtemps à les rejoindre. S’ils s’inscrivent dans la lignée des groupes de surf-pop qui bourgeonnent actuellement (Wavves & co) les Nodzzz montrent avec modestie qu’ils sont avant tout des orfèvres de la mélodie  plutôt que des petits branleurs qui se reposent sur leurs acquis.
 La spontanéité de leurs compos, faite de riffs précis, de solos concis et de voix naïves, est jouissive ("Fear of advice", "True to life", “Time (what’s going to do)"). Par moment on croirait presque entendre des démos des Feelies, avec cette même intention de faire galoper la musique avec frénésie. L’album est donc très homogène, trop diront certains. S’il ne risque pas de marquer l’histoire de la pop, louons néanmoins le plaisir éphémère qu’il procure. Un peu comme une bonne bière fraiche dans une chaude journée d’été, on n’y pense pas pendant des mois mais en l’espace de 20 minutes elle nous comble de bonheur.
Punching Joe

the Babies, "Sunset"

the Babies, "Meet me in the city" live

Nodzzz, "True to life"

Nodzzz, "Time" live

lundi 6 juin 2011

The Growlers, Are you in or out ?


                        
A San Francisco il y a les garageux saturés (Ty Segall, Thee oh Sees), à LA les rockers désabusés (Ariel Pink, Dum Dum Girls) et si l’on descend encore un peu,  du côté  d’Orange County (Costa Mesa pour être précis), on trouve  Los Growlers, une belle bande de branleurs célestes qui font du skate avec un look de hippies modernes. Ils appartiennent à cette catégorie de gars insupportables, qui donnent l’impression que vivre à la plage une bière à la main est un métier comme un autre…enfoirés ! Si seulement ils n’avaient pas ce mojo musical capable de transformer de vulgaires popeux de vaguelettes en petits génies insolents du song writing. Ouais, leur truc à eux c’est de composer des ritournelles vaudous obsédantes au même rythme que Charlie Sheen s’envoie des mojitos/méthadone.


Le son des Growlers c’est un mélange entre la pop- psyché californienne des sixities, comme on retrouve chez leurs ainés du West Coast Pop Art Experimental Band, et une sorte de surf-blues mélancolique et lancinant. On leur a ainsi prêté le genre beach goth …ouais… mais, imaginez un grand blond avec du mascara qui fait du surf en rangers…je dirai que ça fait plutôt penser à ça le beach goth ! L’influence de la musique hispanique est également très présente, à grands renforts de bongo et de guitares qui titillent les épaules. A tel point qu’en les écoutant on s’imagine déjà parti pour le Mexique, à grimper le Popocatépetl, une bouteille de mezcal dans la poche, pour finir par danser autour d’un feu avec un vautour.
18 pistes pour ce premier album qui est en fait une sorte de compilation de diverses démos réenregistrée pour l’occasion (ces démos sont regroupées sous le nom Couples et l’on peut en écouter une bonne partie en streaming sur leur site). 18 chansons où ils développent un son tout en nonchalance avec des riffs crépusculaires (« Wandering eyes »), des rythmiques d’outre-tombe (« A man with no god ») et des chœurs chamaniques (« Something someone Jr »). Mais l’atout principal du groupe reste Brooks Nielsen, le chanteur, qui avec sa voix cassée de fin d’angine porte la plupart des compos. Ce gars est clairement un esthète de la mélodie vocale.  Prenez par exemple « Old cold river » ou « Empty bones » aux superbes paroles très goth (“oh fill my empty bones-for I was a heavy stone-fill my fill my hollow bones-hear my lonesome moans”) où il fait étalage de tout son talent.  Le tour de force des Growlers c’est de tenir 18 chansons sans ennuyer, sans se répéter. Et sortir un joyau de surf-pop comme « Acid rain » sur une fin de disque, c’est quand même la classe absolue.
Un disque qui invite à la paresse, à la contemplation, qui fait fantasmer et nous fait voir des paysages où se rejoignent les ombres mystiques d’un Dead Man et l’ivresse psychédélique d’un Under the volcano.

"Someone Something Junior"



"Acid Rain" live

Punching Joe