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dimanche 16 juin 2013

EPs : Ross de Chene Hurricanes / Sic Alps

Pour ce nouveau billet on reste dans les formats courts avec la sortie récente de deux EPs très recommandables. D’un côté les fougueux et prometteurs Ross de Chene Hurricanes, de l’autre les tauliers californiens Sic Alps.

Ross de Chene Hurricanes est un duo australien basé à Melbourne. Ils viennent tout juste de publier leur premier 45 tours chez Anti Fade Records (Chook Race, The Living Eyes, Useless Eaters). Suivant la tradition d’excellence musicale de la ville (Eddy Current Suppression Ring, Woollen Kits,  Royal Headache, The UV Race, Frowning Clounds, etc.), Ross de Chene Hurricanes se démarque en 3 titres seulement grâce à un garage réverbé à l’extrême et une nonchalance bien de chez eux. On retient notamment "the Jailbird" avec sa guitare en morceaux et "Dirty Floor", paresseuse à souhait.


De l’autre côté du Pacifique, à San Francisco, les Sic Alps continuent de tracer seuls, et dans une relative indifférence, leur route alors que les collègues Ty Segall et autres Oh Sees bénéficient d’un petit moment de gloire. Il est vrai que la troupe de Mike Donovan n’a jamais eu le bon timing : arrivé un peu avant tout le monde, le groupe s’est enfermé au moment de l’explosion de la scène de Frisco dans une musique difficile d’accès, bien que passionnante à déchiffrer (US EZ en 2008 puis le génial Napa Asylum). Pourtant, fin 2012, Sic Alps prend tout le monde de court avec un LP loin de leurs habituels standards lo-fi…mais cela ne suffit toujours pas à les faire reconnaître. Sur l’EP She’s on Top, édité par Drag City, ils s’aventurent dans de nouvelles contrées et confirment leur statut de groupe insaisissable.

En effet Sic Alps sort les grosses guitares avec leur ribambelle de riffs nineties et solos décomplexés. "Biz Bag" galope avec ardeur sur une pédale big muff inarrêtable, tandis que "Carrie Jean", bien que plus cabossée avec sa rythmique saccadée, fait preuve d’une virulence tout aussi accrocheuse. Le tout est complété par une "She’s on top" méchamment tubesque. Ils seront à Paris le 1er juillet à l'Espace B.
Punching Joe

vendredi 4 janvier 2013

Woollen Kits-Four Girls


En privilégiant les sorties parcimonieuses et le défrichage de nouveaux talents, le label américain Trouble In Mind est en train de se construire un catalogue de grande qualité. On y trouve notamment Ty Segall, Night Beats, the Resonars, les Limiñanas, Mikal Cronin ou, leur dernier coup de maître, Jacco Gardner. Chacune de leur parution étant désormais guettée, c’est avec une joie non dissimulée que l’on a accueilli l’arrivée dans l’écurie des australiens Woollen Kits, accompagnés de leur deuxième disque, Four Girls. Remarqué à la sortie du premier LP, magnifique ode à l’indie rock débraillé et adolescent, le trio originaire de Melbourne prouve avec cette signature chez un ponte américain du rock alternatif que les espoirs qu'on avait mis sur eux n’étaient pas si irraisonnés.
Four Girls donc, pour quatre filles : "Sandra", "Cheryl", "Susannah" et "Shelley", qui correspondent à quatre chansons du LP. Un angle d’attaque pas si anodin quand on sait que Tom Hardisty, Tom Ridgewell et Leon Appelbee se sont rencontrés par l’intermédiaire de leurs copines. Quoi qu’il en soit, ces quatre titres servent de piliers (deux sur chaque face) à un disque où il est encore question d’indie-rock lascif. Dès "Back yo you" on retrouve ce son limpide à la Woollen Kits : une guitare sans le moindre effet qui, entraînée par le tempo d’une batterie minimale, cavale avec insouciance sur les ondulations boudinées de la basse. Woollen Kits ne se réinvente pas mais affine sa palette et gagne en pertinence (Mikey Young est toujours derrière les manettes). Sur des chansons comme "Sandra", faussement pantouflarde et vraiment obsédante, ou sur la jolie "So Cold", ils laissent se déployer leurs compos et s’affirment. Le reste de Four Girls fait étalage de tout le potentiel tubesque du groupe. "Susannah" est imparable et l’ajout d’un saxophone donne une dimension inattendue à la chanson. De même, "Shelley" est un pur moment de chill à l’australienne tandis que "All Sorts" cristallise toute la coolitude de l’indie-rock à la Beat Happening, Pavement, the Clean & Co.

Le clip de "Shelley"


En apposant le macaron Trouble in Mind sur sa galette Woollen Kits n’a pas tremblé. Moins bancal, le son du groupe continue de s’épaissir et si le charme boiteux du premier LP s’efface quelque peu, la maturité affichée par les Australiens fait plaisir à entendre, tout comme leur capacité à écrire des chansons toujours aussi efficaces et enivrantes.
Punching Joe

-A noter qu'en Australie Four Girls a été édité sur l'excellent label RIP Society, qui avait déjà sorti le premier LP de Woollen Kits ou encore celui de Royal Headache. 

mardi 25 septembre 2012

Henry's Dress, Bust'em Green


Amy Linton I love You

Si la découverte ne date que de quelques mois, ma passion et ma fascination pour les travaux d’Amy Linton en sont déjà à leur paroxysme. D’abord connue par l’intermédiaire de son deuxième groupe the Aislers Set (dont on reparlera), c’est surtout avec Henry’s Dress que le coup de foudre a opéré. Leur seul LP, Bust’em Green, a été une révélation, à tel point qu’envisager de l’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre du rock paraît désormais tout à fait raisonnable. Mais plus qu’un coup de cœur personnel, c’est un disque passionnant qui rapproche avec une facilité déconcertante trois courants musicaux particulièrement appréciés en ces lieux, à savoir l’indie-pop, le shoegaze et le garage. 

Henry's Dress- "All This Time For Nothing"

Henry’s Dress naît du côté d’Albuquerque au début des années 90 mais déménage rapidement vers San Francisco pour s’y établir définitivement. Le groupe se compose d’Amy Linton donc, mais aussi de Hayim Sanchez et Matt Hartman (The How, Sic Alps, Coachwhips). Leur histoire est intimement liée à celle d’un label local aujourd’hui vénéré par beaucoup (et par nous) : Slumberland. C’est en effet vers cette maison, fondée par l’ex-Black Tambourine Michael Schulman, que Linton va se tourner pour proposer les premiers enregistrements de Henry’s Dress. Deux 45 tours sortent d’abord en 1993 et 1994 (dont un split avec Tiger Trap) avant que le trio ne s’essaye au EP, toujours sur Slumberland, avec un self-titled magnifique, parcouru de noise-pop vénéneuse et de shoegaze déglingué (la traumatisante "Sally Wants"). On y retrouve déjà leur envie de composer des chansons concises, qui vont à l’essentiel, portées aussi bien par une urgence punk que par des complaintes lancinantes. 

Un 45 tours en compagnie du très bon Rocketship plus tard, Henry’s Dress accouche en 1996 de son joyau, Bust’em Green. Douze chansons allant d’1 minute 30 à 2 minutes 30, pour un disque absolument parfait. Sa force principale : mêler une guitare aux riffs rudimentaires et des rythmiques tout aussi efficaces, avec un chant aux mélodies pop, que ce soit par la voix douce-amère d’Amy Linton ou celle désabusée de Matt Hartman, qui évoquent chacune des intonations propres à l’indie-pop ou au shoegaze. Le mélange des genres est prégnant sur le triptyque qui ouvre le disque. "The way she goes", "Winter 94" et l’immense "Target Practice", où un garage rêche, presque aussi basique que du Gories et saillant comme du Ty Segall, verse plus dans l’émotion pudique que dans l’éclatage de neurones. Car, si Bust’em Green est un album profondément insouciant et immédiat, il n’en est pas moins parcouru par des teintes mélancoliques et désenchantées. 

Henry's Dress - "Winter '94" 
Le groupe aime également brouiller la frontière entre garage lo-fi et noise-rock nihiliste, comme sur "Get Yourself Together" ou "Not Today", compactes et brûlantes à souhait. En dignes héritiers du shoegaze ils proposent un travail millimétré sur le bruit et les distorsions, ne sombrant jamais dans l’accumulation de nappes saturées mais préférant au contraire distiller quelques saillies bien pensées ("Hey Allison"). 

Au-delà de sa justesse de ton, Bust’em Green est un grand album car il suinte la fougue rock’n’roll à chaque seconde. Certes la musique de Henry’s Dress est référencée, mais elle est avant tout expressive dans sa spontanéité. Bien plus que des techniciens, Linton, Hartman et Sanchez sont avant tout de grands ados qui jouent comme ils respirent...et ce avec un talent et un caractère hors du commun, à tel point qu’il est difficile de les classer.


"Target Practice" jouée en 2010 lors de la fête d'anniversaire des 20 ans de Slumberland


L’aventure se terminera vite, Linton mettant toute son énergie dans les Aislers Set (elle ira aussi taper sur les fûts chez Go Sailor). Une existence éphémère et une discographie fulgurante qui contribue un peu plus à rendre culte les travaux de Henry’s Dress, d’autant que ni le EP, ni Bust’em Green n’ont été réédités à ce jour, et sont donc quasiment introuvables en format physique*. On espère donc qu'un jour Slumberland fera un petit effort pour rendre gloire à une de ses plus belles signatures. 
Punching Joe

*On le trouve facilement sur la toile cependant

Aussi sur le web :
Des articles sur Henry's Dress dans l'incontournable Blog du mouvement shoegaze
Le site de Slumberland
Le bandcamp de The Aislers Set, le deuxième groupe d'Amy Linton

samedi 11 juin 2011

Black Tambourine : What kind of heaven do you want ?

Black Tambourine
Parlons sweatshirt informe et veste en jean, parlons robe en velours et jupe en cuir…parlons 90’s bon sang ! Et quoi de mieux pour ça que de divaguer sur l’emblématique et neurasthénique courant shoegaze. Attention, une écoute prolongée et répétée peut conduire à la pendaison, la défenestration ou du moins à une intense migraine (cf les voix de tête à la Miki Berenyi ou les "wall of sound" façon My Bloody Valentine). Aussi cet avertissement d’usage étant fait je vous encourage tout de même à vous en foutre plein les oreilles de temps à autres. Et c’est ce que nous allons faire dès à présent en nous penchant sur le cas Black Tambourine, un des premiers spécimens de la vague.  
Actif de 1989 à 1991 seulement, le groupe produit peu de chansons mais néanmoins assez pour influencer son monde. On peut d’ailleurs supposer que nos Vivian et Dum Dum girls d’aujourd’hui en ont pris de la graine. Alors que la majorité des groupes shoegaze de l’époque sont européens (comme la plupart des sources dont ils s’inspirent),  tout débute ici dans le Maryland à Silver Spring. Le point de départ est un projet entre des membres de Velocity Girl et de Whorl : Archie Moore, Brian Nelson et Mike Schulman, tous réunis autour de la chanteuse Pam Berry. L’histoire du groupe est fortement liée à celle du label indépendant Slumberland Records puisque le guitariste Mike Schulman en est un des fondateurs. Ils apparaissent ainsi sur la toute première compil lancée par Slumberland, What kind of heaven do you want ?, qui en plus de leur morceau "Pam’s tan" contient un titre de Velocity Girl et un autre de Powderburns. Le groupe s’inspire des productions 60’s de Phil Spector mais aussi de Jesus and Mary Chain et de toute la flopée de groupes C86 (du nom de la cassette audio éditée par le NME en 86) comme Shop Asssitants ou The Pastels (avec le titre "Throw Aggi off the bridge" hommage est d’ailleurs rendu à Annabel Wright, alias Aggi, bassiste et chanteuse de la formation écossaise).

Pam Berry
Black Tambourine ne réalise pas d’albums à proprement parler, seulement des EPs ou titres lâchés par ci par là. Et c’est pour réunir l'ensemble de ces petits bijoux que Slumberland Records sort en 2010 la compilation Black Tambourine. Celle-ci fait suite à une première Complete Recordings de 99, à laquelle ont été ajoutées six nouvelles pistes dont certaines seulement jouées en concert à l’époque et enregistrées ici pour l’occasion. Parmi ces dernières on trouve entre autres une reprise de Buddy Holly ("Heartbeat") et une autre de Suicide ("Dream Baby Dream").
Et bien qu’on reconnaisse dans les morceaux de Black Tambourine la douce évanescence et la dissonance propre au mouvement shoegaze, pas question ici de trop de lenteur. Ceux-ci ne sont absolument pas dépourvus de rythme, on pourrait même dire pour quelques uns d’un certain punch ("We can’t be friend ", "Tears of joy") ! Aussi vous ne risquez pas l’assoupissement au volant à l’écoute de Black Tambourine sur l’autoroute (pour la sécurité de tous ne tentez pas l’expérience avec un album de Slowdive).

Compilation Black Tambourine, 2010
Quand la formation se dissout en 1991, la chanteuse Pam Berry poursuit son chemin à travers de nombreux groupes comme The Shapiros, Glo-worm, Castaway Stones…et crée avec Gail O’Hara  l’influent fanzine Chickfactor (édité sur papier de 1992 à 2002). Brian Nelson embarque avec Velocity Girl pour marquer la décennie 90, alors qu’Archie Moore abandonnera ceux-ci pour fonder Heartworms, au côté de sa girlfriend Trisha Roy. Mike Schulman quant à lui, continue le bon boulot amorcé avec Slumberland et jouera également au sein de Magpies and Candleman.
Mais trêve de blablatage, à présent il est grand temps pour vous d’enfiler votre salopette, votre cardigan le plus douillet et de planer…oooooh lovely 90’s !
Hanemone

Black tambourine, "I was wrong" :


Black Tambourine, "Black car" :


Black Tambourine, "We can't be friend" :


Black Tambourine, "Dream baby dream" (Suicide) :

mardi 7 juin 2011

Mr. Tambourine Man

Ode à Joel Gion


Il était tout simplement prévu de faire ici un hommage appuyé à l’irrésistible homme tambourin Joel Gion et je découvre aujourd’hui même que le délirant percussionniste a une actualité comme on dit. Un EP solo, sorti le 24 mai et logiquement intitulé Extended Play (pourquoi se faire chier ?) qui me donne donc un bon prétexte (encore en faudrait-il un) pour bêtement parler de lui comme je voulais le faire.

Joel Gion, 41 ans, est un des membres permanents du génialissime groupe néo psychédélique The Brian Jonestown Massacre. Une épopée qui démarre à San Francisco au début des années 90. Joel assure alors les chœurs, le tambourin, parfois même les maracas. Selon ses propres dires, il contribue aussi grandement à l’apport d’idées dans le processus de création.
Une chose est sûre, sans sa nonchalante mais néanmoins remarquable présence habituelle au tout devant de la scène, le groupe n’aurait pu être ce qu’il est, question de style. Ne manie pas le tambourin avec classe qui veut. Et preuve qu’il est indispensable, il est un des rares membres à faire long feu aux côtés de son ami, chanteur et leader du groupe, Anton Newcombe. Ce dernier, génie maniaque du son, véritable tyran avec ses propres musiciens, n’hésite pas à les réprimander sur scène au moindre faux pas (pour ne pas dire les insulter voire les frapper) ou carrément à les virer en plein concert.
Joel prête même sa bouille pour la pochette de l’album au nom évocateur Thank god for mental illness sorti en 1996. Et justement, c’est sans doute parce qu’il est, à sa manière, aussi taré que Newcombe (voire plus) et qu’absolument rien ne semble pouvoir perturber son monde, que Joel Gion a pu évoluer à son aise au milieu de tout ce chaos. Un chaos, entre autres généré par la personnalité destructrice de Newcombe, formidablement capté par Ondie Timoner dans son joussif documentaire Dig ! (honte à ceux qui ne l’ont toujours pas vu), dans lequel on suit durant sept ans l’itinéraire rocambolesque du Brian Jonestown Massacre et de leurs frères ennemis, les Dandy Warhols. Dans le film, le personnage Joel prend toute sa dimension, complètement allumé, ne se prenant absolument pas au sérieux et ayant même l’air de vivre dans une perpétuelle blague. La plaisanterie étant souvent sa réponse aux innombrables crises que Newcombe pique sur scène.


Joel quitte parfois le groupe pour mieux y revenir. En 2007 il s’offre par exemple une parenthèse avec la création de sa propre bande, The Dilettantes, et la sortie de 101 tambourines. Un album aux accents plus pop que les œuvres du BJM, à l’image de la vidéo colorée qui lui fait office de teaser. Un petit film qui reprend l’idée d’une pub Sony bien connue, vous savez celle où des milliers de balles de toutes les couleurs dévalent les rues de San Francisco...ben là c'est pareil mais avec des tambourins.
Notons qu’avant ça, en 2005, l’ami Joel avait déjà offert ses talents à un autre groupe…mais fictif celui-là. Dans la saison 6 de la série américaine Gilmore Girls on le voit en effet agiter son instrument fétiche pour les Hep Alien, le temps d’un épisode.

Anton Newcombe et Joel Gion dans Dig !
Aujourd’hui, c’est donc tout seul, comme un grand, qu’il présente Extended Play, uniquement disponible en vinyle (celui-ci étant tout de même livré avec un pass qui permet le téléchargement de l’ensemble des titres). Cette fois il s’est occupé de tout, de l’écriture à l’enregistrement en passant par la conception de la pochette et même du site internet, un véritable projet DIY. A en juger par les deux morceaux qu’on peut écouter sur le net, le Brian Jonestown Massacre n'est pas bien loin…
Hanemone

“Hey ! Mr. Tambourine Man, play a song for me
I’m not sleepy and there is no place I’m going to
Hey ! Mr. Tambourine Man, play a song for me
In the jingle jangle morning I’ll come followin’ you
”


“Mr. Tambourine Man”, Bringing it all back home, Bob Dylan, 1965.


Scène bonus de Dig! :

Live du BJM, "Servo" :

Teaser 101 Tambourines :