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samedi 20 septembre 2014

Eastlink-S/T


Suivre l’actualité de la mirifique scène indépendante australienne étant un boulot à plein temps, on se contente d’attraper quelques albums à la volée. Aujourd’hui on revient sur cet excellent disque d’Eastlink, passé un peu inaperçu malgré une sortie, il y a quelques mois, chez les incontournables In The Red.


Premier point notable, la présence du petit génie de Melbourne, Al Montfort, dont le CV est de plus en plus vertigineux : UV Race, Dick Diver, Straightjacket Nation, Lower Plenty, Total Control, Snake... Pour la petite histoire, cette hyperactivité lui a même valu d’être embrigadé dans la course au titre de l’Australien de l’année 2013. Le deuxième élément qui a titillé notre curiosité c’est la formation atypique d’Eastlink : quatre guitares et une batterie, soit la recette parfaite pour produire une musique flinguée jusqu’à la moelle.

Et c’est le cas, puisque le quintette fait dans le rock psychédélique lo-fi, ambiance six cordes possédées et chant désabusé. La fabuleuse "Spring St", par exemple, qui engloutit un riff façon the Black Angels sous des couches de saturations acides, des chœurs terrifiants et autres solos sans queue ni tête. De la pure musique de groupe, au songwriting volontairement limité mais à l’assise et la puissance de frappe assourdissantes. On retient également la démoniaque "Overtime", l’instrumentale "Dinnerchat", parfaitement anxiogène, ou encore "What A Silly Day (Australia Day)", passage à tabac introductif totalement jouissif. Sans oublier le rouleau compresseur "Gina" qui nous conforte dans l’idée qu’Eastlink serait une sorte de réponse australienne aux Cosmonauts. À ceci près que les Américains, même s’ils ont d’autres qualités, ne pourront jamais atteindre ce second degré, ce détachement total, qui donnent une saveur si particulière à la musique d’Eastlink.
Punching Joe


jeudi 10 juillet 2014

Playlist : The Revelator fanzine




Alors qu’une adresse mail suffit pour créer un espace d’expression personnalisé (blog, tumblr, etc.), quelques irréductibles continuent à mettre les mains dans la colle UHU, les photocopieuses capricieuses et les agrafes. Et oui, le fanzine n’est pas mort et c’est tant mieux. Il n’y a qu’à faire un tour à l’excellent Salon du Fanzine, qui se tient chaque année à la Bibliothèque Marguerite Duras à Paris, pour se rendre compte que les passionnés de contre-cultures s’expriment toujours avec vivacité à l’intérieur des ces petites publications aux formes aléatoires.

Récemment, on a rencontré deux jeunes bricoleurs rouennais qui se sont lancés dans cette aventure DIY, créant le fanzine musical The Revelator, spécialisé, entre autres, dans le garage et le rock psychédélique. Constatant que l’on avait à peu près les mêmes goûts, on a demandé à Suzy et Julian de nous cuisiner une playlist avec pour thème la révélation, eux, les deux illuminés, qui ont décidé, en 2014, de passer leurs nuits à assembler de jolis bouts de papier au lieu de végéter devant leur ordinateur.

Pour se procurer un numéro de the Revelator il suffit de les contacter ici ou de se déplacer à Rouen du côté de chez De Bruit et d'Encre ou aux Mondes Perdus. Les fanzines devraient débarquer à Paris à la rentrée.


"Il y a dix ou quinze ans, nous pensions que la vraie musique c'était Corneille, Britney Spears et Nuttea. Heureusement, en grandissant, nous nous sommes rendus compte que la vérité était peut-être ailleurs. Beethoven (le compositeur, pas le chien) a dit : La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. C'est ce qui s'est passé pour nous, et nous avons laissé tomber Nuttea (enfin peut-être pas complètement quand même...). Après l'écoute de cette playlist, nul doute que vous saurez ce que Dieu a fait de mieux sur terre..." Suzy & Julian


Blind Willie Johnson "John the Revelator" 
Le re-noi qui nous a révélé le nom de notre fanzine



Blind Blake & the Victoria Royal Hotel Calypsos "Love, Love Alone"
L'aveugle qui nous a révélé qu'en fait Gilbert montagné à coté, c'était de la merde. Et que le calypso était un genre vraiment cool.



The Groupies "Primitive"
La chanson qui nous a révélé que les nuggets ce n'était pas que du poulet reconstitué, mais un truc bien meilleur.



Blue Cheer "Summertime Blues"
Le groupe qui nous a révélé qu'on pouvait faire de la musique couillue de malade mental même avec des cheveux longs



Ty Segall "Oh Mary"
Le mec qui nous a révélé la qualité du garage actuel...et il n'est pas le seul.



Spacemen 3 "Big City (Everybody I Know Can Be Found Here)"
Toutes leurs chansons sont une révélation cosmique.



Les Agamemnonz "Tristes Tropiques" 
Le héros grec qui nous a révélé le meilleur groupe de Rouen



The Capitols "We Got a Thing That's in the Groove" 
La chanson qui a révélé nos talents de danseurs un soir d'Halloween.



Sudden Death of Stars "Inside Out" 
Le groupe qui nous a révélé le tube de l'année.



The Myrrors "Warpainting"
La chanson qui nous a révélé à nous-mêmes (y a un jeu de mot avec miroir / Myrrors, tellement naze que nous nous sommes sentis obligés de l'expliquer...)


Propos recueillis par Punching Joe

lundi 23 juin 2014

Voyage dans l'espace avec Still Charon


Le duo limougeaud Still Charon compte déjà deux EP, HΩME (sorti l’année dernière) et Paved & With Good Intentions qu’ils viennent de partager gratuitement sur bandcamp. Leur musique mêle des mélodies aussi pop que psychédéliques, un son tantôt rugueux, tantôt gracile, le tout magnifié par la voix magnétique de Camille (ex Mountebank). Au petit jeu des références on peut tout aussi bien déceler certaines égratignures lo-fi propre au garage-rock moderne, qu'une décontraction façon indie-rock nineties ou encore un savoir-faire pop ancestral. Pourtant leur musique semble irréductible à ces simples étiquettes. En fait Still Charon ne fait rien d’autre qu’écrire de belles chansons et c’est déjà beaucoup.

On vous rappelle également que vous pouvez les retrouver sur l'excellente compilation Songs Of Nothing 2 du collectif Nothing.

   

Inspirés par leur nom qui fait référence à Charon, la lune de Pluton, on a demandé à Camille et Florian de concocter une playlist qui soit un vrai voyage intergalactique :

"L'espace, comme la nature, est un lieu infini et inconnu, propice à la contemplation et à la rêverie, une source intarissable d'inspiration pour les expérimentations musicales en tout genre. À un tel point, que le rock psychédélique ne va pas sans son petit frère le Space Rock.

L'image est vraiment bien choisie, puisqu’à l'évocation du genre on imagine déjà la reverbe infinie rouler-bouler dans l'espace comme Sandra Bullock dans Gravity; une sorte de Great Gig In The Sky qu'ils disaient, avec des technologies et des civilisations extraterrestres."

Spacemen 3 "Starship"
Tout est dans leur nom, un esprit qu'on pourrait résumer ainsi : taking drugs to make music about space to take drugs



Spiritualized "Ladies and Gentlemen We're Floating Into Space"
Jason Pierce, variation sur le thème.



Warlocks "He Looks Good in Space"
Depressing space song



Hawkwind "Space Is Deep"
Hawkwind inventeur de la space épopée avant George Lucas.



Robert Wyatt "Alien"
Prends ton ticket pour Venus



Slowdive "Soulvaki Space Station"
We are travelling at warp speed



Pink Floyd "Astronomy Domine"
Shiny Diamond synesthésique de Syd Barret gravitant autour de Jupiter Saturne Oberon, Miranda, Titania, Neptune Titan.



Yo La Tengo "Superstar Watcher"
Contemplation melody



Galaxie 500 "Leaving The Planet" 
You said that I could bring my guitar, you said it's time to leave the planet [...] time to leave the capsule if you can ?


Propos recueillis par Punching Joe  

mardi 25 février 2014

Dusty Mush chez les dingos

Maxime Verret



Il y a presque un an, nous vous parlions des Dusty Mush ici même. À l’époque les fripouilles de Melun commençaient à peine à ramener leur fraise du côté de la capitale. Aujourd’hui le trio passe à la vitesse supérieure : leurs concerts sont désormais de vraies expériences hypnotiques et ils s’apprêtent à sortir leur première galette (après deux k7). Un EP chez Howlin’ Banana qui va servir de rampe de lancement pour le LP prévu au cours de l’année. Histoire de fêter dignement cette sortie, on leur a demandé de réaliser une playlist "les chansons pour se faire interner", sur le thème, vous l’aurez compris, de la folie, de la maladie mentale. Thème sur mesure, pour un groupe qui, au-delà des sonorités garage et punk, nous transmet une énergie indéniablement tourmentée et hallucinée. Voici ce qu’ils nous ont concocté :


Bienvenu dans notre programme d’aide à l’internement forcé. Toute résistance aux différentes phases du processus serait futile


Phase initiale : diffusion de fréquences produites par des patients présentant déjà un désordre mental prononcé.

Patient #1: GG Allin
Le patient semble être atteint du syndrome de la Tourette et de troubles mentaux complexes entraînant des périodes de nudité, d’automutilation et de déviance sexuelle.


Patient #2: Darby Crash
Chanteur du groupe The Germs. Incapacité à monter sur scène sans prise excessive de substances illicites afin de ne pas sentir les violences physiques reçues lors de ses prestations.


Patient #3: Nick Blinko
Leader du groupe Rudimentary Peni, hospitalisé pour trouble schizo-affectif.



Résultats de la phase initiale :
Vous semblez bien réagir au programme, les premiers signes apparaissent : hyperactivité, trouble de la répétition.





Phase intermédiaire : injection au patient de substances inconnues.

Substance #1 : Drogue électrique
Le sujet répond positivement à l’injection, ce dernier pense avoir un troisième œil.


Substance #2: Robitussin
Perte de cohérence du patient, il ne semble plus être en mesure de jouer correctement de la guitare de type électrique.



Résultats de la phase intermédiaire :
Vous semblez reconnaître votre folie naissante. Encourageant.





Phase finale : séances intensives d’électrochocs.

Séance #1: Fuzz hallucinée en intraveineuse.
Le patient prend peur. Augmentation de la dose. Acidité de la fuzz à son maximum.


Séance #2: Batterie sur-vitaminée.
Le sujet éprouve tour à tour excitation et sommeil profond.




Toutes mes félicitations, vous avez survécu au programme. Vous êtes prêt à être interné.

Profitez de votre nouvel état mental :


Propos recueillis par Punching Joe

mercredi 4 septembre 2013

Interview : Theo Verney


En avril dernier, le label londonien Italian Beach Babes a sorti le premier E.P de Theo Verney sous format cassette. Sobrement nommé T.V E.P, celui-ci n’a rien pour déplaire. Par doses exquises et bien mesurées vous pourrez goûter des notes psyché et indie suaves, des riffs garage enjoués, des poussées grunges charnues, peut-être même quelques intonations prog et stoner capiteuses. Bref un breuvage incroyablement doux et percutant à la fois. Quand, en traînant sur le site du label, j’ai appris que le jeune homme (22 ans), résident de Brighton, avait tout enregistré seul chez lui, j’ai été d’autant plus bluffée. J’ai voulu en savoir plus.


  Explique-moi comment tu travailles et quelle est la genèse de T.V E.P ?
T.V E.P est le résultat de mon projet solo après mon départ du groupe dans lequel je jouais avant (dont il ne tient pas à parler). J’enregistre et je joue tous les instruments moi-même. Je commence avec quelques idées à la guitare et puis je construis la chanson en y ajoutant des couches successives. 

  Qu'est-ce que tes paroles racontent ?
Généralement elles reflètent mes sentiments et mes pensées au moment où j’écris. Certaines peuvent être très abstraites.




  Comment ta collaboration avec Italian Beach Babes Records a démarré ?
Mes potes Boneyards ont sorti un de leurs EP avec eux, alors je leur ai envoyé un email, tout simplement.

  T.V E.P est disponible seulement sur cassette, qu’est-ce que tu penses de ce support ?
Les cassettes c’est génial. C’est peu cher à produire et en même temps ça permet d’avoir quelque chose de physique à posséder.

  Peux-tu me dire quelques mots sur l’artwork de T.V E.P ?
Le dessin est de Tatiana Kartomten. Je voulais que ça représente l’ennui, la frustration et je trouve qu’elle sait capturer ces sentiments d’une très belle façon. Les chansons de l’E.P tournent autour de ces sujets.




  Les dessins de Tatiana Kartomten sont aussi sur des pochettes de projets de Ty Segall (Sloughterhouse et Fuzz). Tu te sens proche de ce qu’il est, de sa musique ?
Ty est un type super. J’ai joué avec lui l’année dernière, c’est un très bon souvenir, un des meilleurs concerts où j’ai pu aller. J’aime bien sa philosophie d’enregistrer beaucoup de musique, à tour de bras, j’essaye de faire pareil.

  Qui joue avec toi sur scène ?
Mes meilleurs amis : Joe "le Humble" et Alex "batterie saignante Murphy". 

  Comment est la scène musicale à Brighton en ce moment ?
Je trouve que la scène là-bas craint plutôt. Il n’y a pas grand monde qui va aux concerts. Mais il y a de bons groupes, comme Birdskulls que je produis et qui sont de bons amis. Le Green Door Store est probablement le meilleur endroit où aller.

  Tu produis d’autres groupes ? 
Je suis producteur, c’est mon job. C’est cool parce que je travaille souvent  avec des amis et ça me permet aussi de m’ouvrir à un large éventail de genres.

  Plus généralement qu’est-ce que tu penses de la scène rock anglaise aujourd’hui ?
Je pense que de manière générale elle va de mieux en mieux, sans aucun doute. Il y a beaucoup de petits labels qui sortent de très bonnes choses comme Art Is Hard, Italian Beach Babes, Hate Hate Hate…

  Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
En ce moment j’écoute surtout Black Sabbath qui est mon groupe préféré depuis que je suis enfant, et aussi Uncle Acid et les Deadbeats. Des trucs assez heavy en fait, des groupes comme Sleep et Electric Wizard.

  T’as écouté le dernier Black Sabbath d’ailleurs ?
Il est super cool. De toute façon un truc impliquant Rick Rubin et Sabbath ne pouvait être qu’une tuerie. 

  Est-ce que tu as des influences cachées ? Des trucs que tu aimes écouter mais qu’on n’entend pas vraiment dans ta musique.
J’adore le hip hop, Mobb Deep, Nas et M.O.P font partie des trucs que j’aime le plus écouter.

  Comment tu décrirais ton propre son ?
Du grunge garage psychédélique ?

  Quelle est la dernière œuvre que tu as vraiment aimé, qui t’a touché ? Ça peut être un album, un film, un roman, un dessin, n’importe quoi.
Je n’arrive pas vraiment à me souvenir de quelque chose qui m’ait touché…Je pense que voyager dans des endroits cool m’aide à me renouveler, à m’inspirer.

  Quels sont tes futurs projets ?
De grandes choses !



 Hanemone

mardi 20 août 2013

Thee Oh Sees-Moon Sick EP


Présenté comme les chutes de Floating Coffin, le dernier album studio de Thee Oh Sees, l’EP Moon Sick est sorti en avril dernier à l’occasion du Record Store Day .

J’avais émis quelques réserves sur Floating Coffin, un excellent disque certes, mais où la troupe de John Dwyer pêchait parfois par facilité, notamment sur quelques morceaux kraut-punk qui avaient du mal à décoller. Un style nerveux et psychédélique, désormais la marque de fabrique du groupe, que l’on retrouve ici sur "Human Be Swayed", une chanson cool mais finalement sans surprise, tant les Oh Sees semblent capables de produire ce genre de schémas en série.

Une vraie chute de studio en somme, heureusement entourée de trois autres morceaux plus aventureux. "Grown In A Graveyard" d’abord, transpercé par des bidouillages électroniques et où Mike Shoun se transforme en boite à rythmes impitoyable. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que Dwyer ait composé ce titre au moment où il préparait la réédition des maniaques La Machine chez Castle Face. "Sewer Fire" ensuite, où Lars Finberg de the Intelligence vient infecter le son des Oh Sees de touches post-punk vivifiantes. L’EP se termine avec "Candy Clock", friandise de pop-sixties agrémentée de Kelley Stoltz au clavecin et de Kristen Dylan Edrich (the Mallard) au violoncelle. Un très bon EP donc, qui élargit un peu plus la palette sonique de Thee Oh Sees.
Punching Joe

vendredi 16 août 2013

The Readymades-I’m a Man, I’m a Flower

Made in Sacramento 2/2



Après un premier épisode consacré à l’histoire de Public Nuisance, les génies sixties oubliés, on effectue un bond dans le temps pour se retrouver à l’orée des années 2000 avec the Readymades. Une plongée au-delà du lo-fi en compagnie d’une bande de gamins bien trop timbrés pour se faire une place à l’époque du "garage Converse".

C’est par une orgie rock’n’roll débridée que se conclue l’unique album des Readymades de Sacramento I’m a man I’am a flower. Une reprise apocalyptique de "Wild Thing", de plus de dix minutes, sous forme d’un jam sur-saturé qui se perd rapidement dans un brouillard de larsens, et autres sons inidentifiables, fascinant. Et forcément on pense aux Hunches, référence des années 2000 dans la catégorie "garage de l’extrême", dont la musique, trop brûlante pour cette période tiède, était animée par la même furie.


Pourtant, en bon groupe de lycée éphémère, les Readymades n’auraient jamais dû enregistrer de chansons. Le bassiste Charles Albright se souvient : "Nous étions trop jeunes pour penser à sortir un disque. En fait, les chansons ont été enregistrées après notre séparation. J’étais très attaché à ce groupe alors j’ai motivé tout le monde pour qu’on enregistre quelque chose, au cas où…j’ai bien fait finalement. On a aussi failli sortir deux 45 tours, un autoproduit et un sur le label de Scott Soriano, Moo-La-La Records, mais aucun n'a vu le jour." En effet, Charles a bien fait puisque douze ans plus tard le label de Los Angeles Mt.St.Mnt. (Mount Saint Mountain) vient d’éditer ces enregistrements inédits captés chez Chris Woodhouse, créant l’album I’m a Man, I’m a Flower, soit 13 titres garage-punk parfaitement amateurs et destructeurs.

Cette énergie folle, dénuée de considération pour le son, qu’on pourrait qualifier de no-fi, est le produit de la rencontre entres quatre ados désintéressés, qui voulaient simplement faire du bruit dans leur cave : "Le groupe s’est formé à la fin des années 90, poursuit Charles Albright, et était composé de moi-même à la basse, Candice Adams au tambourin, Jeff Melendez derrière les fûts et Sir Richard M. Haley au chant et à la guitare. On s’était rencontré dans un lycée de la banlieue de Sacramento. Avec Candice et Jeff on avait un groupe de punk hardcore, Milhouse SMF tandis que Richard jouait dans Wil Sweeties, un groupe fortement influencé par Billy Childish. On n’avait aucune ambition si ce n’est d’avoir un groupe ensemble et de tenter des choses. Je n’avais jamais joué de basse et Richard voulait s’essayer au chant."


De cette formation hasardeuse se dégage une tornade de spontanéité qui redonne foi dans le mot rock’n’roll. Cette immédiateté est d’ailleurs soulignée dans le nom même du groupe, en référence à Marcel Duchamps. Essentiellement composé d’éjaculations garage-punk d’1m30, I’m a Man, I’m a Flower, est un disque fracassé où rien ne tient debout, où tout dérive. On aperçoit donc les Hunches, mais aussi l’ombre titubante des Mummies tout comme le groove déchiré des Cramps. A côté de la plaque, les Readymades l’étaient donc forcément : "A l’époque on ne se sentait proche de personne. On jouait beaucoup avec les A-Frames, un super groupe. The Wizards aussi, des potes de Sacramento mais que personne ne connait. En fait on ne se retrouvait dans aucune scène garage à la mode à l’époque. Il y avait beaucoup de poseurs, ça ne nous correspondait pas. Finalement on avait plus de choses en commun avec des groupes actuels, comme Ty Segall, Thee Oh Sees ou toute la constellation Burger Records. Enfin je ne vais pas nous comparer à eux, ils sont bien meilleurs." 

Le groupe se sépare à l’amiable, les membres étant engagés dans d’autres formations (les Duchess of Saigon pour Richard M. Haley et une carrière solo pour Albright). Reste donc un disque, témoignage d’une période éphémère qui a cependant permis aux Readymades d’écumer les petites salles de concert de la côte Ouest : "Si l’on n'a rien sorti, on a quand même fait beaucoup de concerts. Je me rappelle de premières parties des Urinals, des High Fives. On a même dû ouvrir pour les White Stripes, mais je ne suis plus sûr. On ne faisait pas l’unanimité mais on rigolait bien quand on se rendait compte qu’on faisait fuir les gens. J’ai même fait une cassette avec les rires des spectateurs qui se foutaient de notre gueule lors d’un concert à San Jose." Pourtant, aujourd’hui, on n’a plus envie de rire, bien trop triste à l’idée qu’on ne pourra jamais voir Richard Albright et sa bande jouer "Ad Reinhardt Syndrome" ou la sublime "Pink". Tout comme on ne pourra probablement pas mettre la main sur le vinyle de Mt.St.Mnt., réédité à seulement 100 exemplaires ayant déjà trouvé leur propriétaire.

Quand à Sacramento, notre fil conducteur, Richard Albright nous en livre une vision loin des stéréotypes : "Sacramento est un ville attachante, qui mêle l’esprit de la Baie de San Francisco, toute proche, avec une ambiance Midwest. La vie y est très agréable et il ne faut pas la sous-estimer. Ma famille a ses racines là bas et je fais de mon mieux pour mettre en avant ses qualités et en faire un endroit cool. C’est facile d’y lancer un groupe et de commencer à répéter, même s’il manque la cohésion et la dynamique qu’on retrouve à San Francisco par exemple."

Propos recueillis par Punching Joe


♦Rappel : l'épisode 1 de notre mini-dossier "made in Sacramento" avec Public Nuisance.
♦Une playlist concoctée par Charles Albright, et le lien vers son bandcamp.

dimanche 16 juin 2013

EPs : Ross de Chene Hurricanes / Sic Alps

Pour ce nouveau billet on reste dans les formats courts avec la sortie récente de deux EPs très recommandables. D’un côté les fougueux et prometteurs Ross de Chene Hurricanes, de l’autre les tauliers californiens Sic Alps.

Ross de Chene Hurricanes est un duo australien basé à Melbourne. Ils viennent tout juste de publier leur premier 45 tours chez Anti Fade Records (Chook Race, The Living Eyes, Useless Eaters). Suivant la tradition d’excellence musicale de la ville (Eddy Current Suppression Ring, Woollen Kits,  Royal Headache, The UV Race, Frowning Clounds, etc.), Ross de Chene Hurricanes se démarque en 3 titres seulement grâce à un garage réverbé à l’extrême et une nonchalance bien de chez eux. On retient notamment "the Jailbird" avec sa guitare en morceaux et "Dirty Floor", paresseuse à souhait.


De l’autre côté du Pacifique, à San Francisco, les Sic Alps continuent de tracer seuls, et dans une relative indifférence, leur route alors que les collègues Ty Segall et autres Oh Sees bénéficient d’un petit moment de gloire. Il est vrai que la troupe de Mike Donovan n’a jamais eu le bon timing : arrivé un peu avant tout le monde, le groupe s’est enfermé au moment de l’explosion de la scène de Frisco dans une musique difficile d’accès, bien que passionnante à déchiffrer (US EZ en 2008 puis le génial Napa Asylum). Pourtant, fin 2012, Sic Alps prend tout le monde de court avec un LP loin de leurs habituels standards lo-fi…mais cela ne suffit toujours pas à les faire reconnaître. Sur l’EP She’s on Top, édité par Drag City, ils s’aventurent dans de nouvelles contrées et confirment leur statut de groupe insaisissable.

En effet Sic Alps sort les grosses guitares avec leur ribambelle de riffs nineties et solos décomplexés. "Biz Bag" galope avec ardeur sur une pédale big muff inarrêtable, tandis que "Carrie Jean", bien que plus cabossée avec sa rythmique saccadée, fait preuve d’une virulence tout aussi accrocheuse. Le tout est complété par une "She’s on top" méchamment tubesque. Ils seront à Paris le 1er juillet à l'Espace B.
Punching Joe

mercredi 29 mai 2013

Public Nuisance, Gotta Survive

Made In Sacramento 1/2
Capitale méconnue de la Californie, Sacramento vit dans l’ombre des fabriques à fantasmes que sont Los Angeles, San Francisco ou encore San Diego. Tapie dans les terres, cette ville moyenne se résume souvent à son équipe de basket, les Kings. Une ambiance pantouflarde et morne qui semble parfaitement convenir à l’éclosion de beautiful losers telle que l’histoire du rock en raffole. La preuve avec Public Nuisance, les génies sixties oubliés.


Les compilations Nuggets, Back From the Grave et autres Pebbles ont eu beau fouiner avec assiduité dans les moindres recoins du garage, aucune d’entre elles n’a croisé la route de Public Nuisance, improbable joyau sixties qui n’a été exhumé qu’en 2002 sur CD chez Frantic par Joey D, puis en 2012 sur vinyle, par Third Man Records.

Le groupe naît donc à Sacramento en 1964 sous le nom the Jaguars avant de devenir Moss & the Rocks et de publier son premier et seul 45 tours "There she goes"/"Please come back" (qui sera néanmoins réenregistré dans une version plus courte). Ces enregistrements captés aux studios Ikon de Sacramento sont supervisés par un certain Eirik Wangberg, dit le Norvégien, qui avant de collaborer avec Paul MacCartney ou les Beach Boys se prendra d’affection pour le quatuor. Moss & the Rock laisse alors place à Public Nuisance. Un nouveau changement de patronyme qui correspond aussi à une réorientation artistique. La pop sixties un brin psychédélique est délaissée au profit d’une identité sonore plus électrique et sauvage. Côté look, les freluquets deviennent des punk avant l’heure en enfilant des frusques toutes noires, un peu à la manière des Monks de l’autre côté de l’Atlantique. Nous sommes en 1967 et David Houston, Ron McMaster, Pat Minter et Jim Mathews prennent la route de San Francisco pour enregistrer des démos dans les studios du label Fantasy. Ces sessions, qui n’ont débouché sur aucune sortie, sont aujourd’hui considérées comme perdues. Heureusement pour eux, Eirik Wangberg croit toujours en l’avenir de Public Nuisance et en 1968 il en enregistre de nouvelles dans son studio d’Hollywood. Ces démos, qui n’en ont que le nom tant la production est incroyable de justesse, seront compilées dans la fameuse édition CD de 2002 (voir fin de l'article). Entre Beatles, Small Faces, Pretty Things et teen punk sixties, Public Nuisance construit un son qui mêle évidence mélodique et rage punk.


A la fin de l’année 1968 ils tapent dans l’œil de Terry Melcher, producteur des Byrds, qui les signe chez Equinox. Avec toujours le Norvégien aux manettes, un LP est enregistré à Los Angeles, qui deviendra le Gotta Survive que Third Man Records vient de rééditer en vinyle. Pourquoi le disque n’a pas été publié à l’époque ? A cause d’un coup du sort : au même moment Terry Melcher se retrouve au cœur de l’affaire Sharon Tate, l’actrice et femme de Roman Polanski, massacrée par les disciples de Charles Manson dans la maison que Melcher venait de quitter pour laisser la place au couple. Il avait d’ailleurs rencontré plusieurs fois Manson juste avant, lorsque ce dernier s’imaginait musicien. Traumatisé, Melcher abandonne ses projets en cours, laissant le disque de Public Nuisance dans les caves d’Equinox. Quelques mois plus tard le groupe se sépare. Fin de l’histoire.

On soulignait la qualité des enregistrements des démos de 67, les 12 titres de Gotta Survive sont encore plus époustouflants. Rien à voir avec du garage à la Back From the Grave, les Public Nuisance jouent clairement dans la cour des grands. D’emblée "Magical  Music Box" et "Strawberry Man" éblouissent par un son garage-pop limpide, qu’on pourrait presque qualifier d’indie (en usant d’anachronisme), tant le mix de ces deux chansons paraît moderne. Sur cette face A absolument parfaite, le quatuor s’essaye aussi au beat à la Pretty Things avec "Love is a Feeling" où Houston impose son chant éclatant, propulsé par les ruades de McMaster aux fûts. Aussi à l’aise quand il s’agit de se la jouer psyché, le groupe balance en toute nonchalance "Holy Man", chanson tordue et inquiétante qui ne manque pas d’asséner quelques coup de massue électrique. "Ecstasy", elle, enterre sereinement une bonne partie des Nuggets les plus psychédéliques. Tout dans cette chanson est fabuleux, de l’accent anglais foireux de Houston, à cette boucle de clavier mémorable, en passant par une progression virevoltante appuyée la basse menaçante de Minter. Et comme si ça ne suffisait pas, la face se termine sur "Gotta Survive", chef-d’œuvre de 6 minutes transpercé de toute parts par des ricanements hystériques et une fuzz diabolique.


La face B est légèrement en deçà et ne possède pas de morceaux de la trempe de "Ecstasy" ou "Gotta Survive". Elle n’en reste pas moins excellente et élargit un peu plus la palette de Public Nuisance, qui semble capable de tout faire. "7 or 10" passe par la case acoustique avec brio tandis que "Small Faces" se pare d’un son garage velu (il arrivera d’ailleurs à Jack White de reprendre la chanson sur scène avec les White Stripes). Quant à "Sabor Thing" et "Thoughts", elles démontrent, s’il en est encore besoin à ce stade du disque, toute l’intelligence du groupe dans sa manière de construire ses chansons. Une intelligence et une malice qu’ils investissent entièrement dans "I am going", sorte de bluette pastiche des Beatles qu’ils sectionnent en trois parties, quasi-identiques, pour un triptyque anti-tube qui prend la forme d’un collage pop audacieux et intriguant.


Cet enregistrement met donc en avant un groupe à part : quatre jeunes loups malins comme des singes qui ont su prendre toute la mesure d’un enregistrement studio, pour livrer un disque d’une qualité rare, tant dans sur la forme que le fond. A la fois quintessence d’une époque et avant-gardiste, ce bijou intemporel, trop longtemps perdu dans un trou noir de l’histoire du rock, est désormais à la portée de tous, ne passez pas à côté. 
Punching Joe

-L'édition CD de Frantic Records étant difficilement trouvable à des prix raisonnables, on a mis quelques extraits à écouter ci-dessous (avec le 45t des Moss & the Rocks).
-Suite et fin de Made in Sacramento avec les Readymades

lundi 29 avril 2013

Thee Oh Sees-Floating Coffin

Quiconque a un jour croisé la route de Thee Oh Sees pourra témoigner de l’expérience incroyable que représente un de leurs concerts. Cristallisant toute leur folie au service d’une interprétation maniaque, les Californiens font partie de ces grands groupes capables de rendre une bonne chanson géniale une fois prise dans le tourbillon d’un face à face avec le public.


Ce clivage studio/live rend parfois l’écoute d’un album des Oh Sees frustrante. Les premiers enregistrements, bien qu’excellents, péchaient par manque d’homogénéité, notamment dans la production, tandis que les suivants n’arrivaient que par séquence, à restituer le climax si particulier de leurs prestations scéniques. Warm Slime en est l’exemple parfait. Si l’on met de côté les deux faux albums solo de John Dwyer que sont Putrifier II et Castlemania, la discographie de Thee Oh Sees est finalement assez bancale. Seul Carrion Crawler/The Dream (2011) a su franchir un cap. Le disque, en apparence casse-gueule (un double EP), s’est avéré être leur enregistrement le plus abouti, porteur d’un son kraut-punk unique. Une telle prestation jusqu’au-boutiste ouvrait la voie à Floating Coffin, qu’on imaginait encore plus radical et possédé.

Peu habituée à se la jouer diesel, la machine se lance dans une explosion de nitroglycérine avec "They come from the mountain". Tendue et nerveuse, la chanson reprend les choses là où Carrion Crawler les avait laissées. Cette introduction galopante est dans la foulée écrasée par le char d’assaut "Toe Cutter-Thumb Buster", qui déploie un son heavy-dark complètement inattendu. Sur Putrifier II John Dwyer laissait entrevoir son côté sombre ; ici, pris dans la démence rythmique imprimée par sa bande, cet aspect explose au grand jour, plus puissant et anxiogène. Thee Oh Sees s’enfoncent alors dans les entrailles monstrueuses d’une bête cauchemardesque avec  "Stawberries 1+2" et "Night Crawler", avant de ressortir titubant pour balancer un "Minotaur" cabossé et magnifique.


Malheureusement le reste de Floating Coffin n’est jamais à la hauteur de cette poignée de chansons vénéneuses. "Tunnel Time" tente le coup le tube régressif à base de "lalalala" et de riff carnassier, mais paraît perdue dans cette ambiance enfumée. Les autres titres qui complètent la tracklist ("Floating Coffin", "Maze Francier"…) ne sont que des ébauches kraut-psyché appelant à une orgie entre épileptiques mais, finalement, ne font voir ni chair fraîche ni giclées de bave. Une situation d’autant plus frustrante qu’on retrouve un Petey Dammit au sommet de son art, décidé à faire tout péter à l'aide de sa basse. Le cul entre deux chaises, Floating Coffin s’aventure dans des territoires inexplorés, sans oser s’y perdre. Thee Oh Sees n’en sont plus à un suicide commercial prêt, alors remplir une face avec un trip germano-psyché-intergalactique était tout à fait à leur portée.
Punching Joe

mercredi 24 avril 2013

Dusty Mush, Pain Dimension : Melun Connection

Si vous vous baladez un jour du côté de Melun, vous croiserez peut-être, au détour d’un skate park, des jeunes gens qui vous parleront reverb, Back from the grave et Thee Oh Sees. Il s’agira probablement des membres de Dusty Mush et Pain Dimension, groupes locaux qui, entre deux kickflip, explorent les routes sinueuses d’un garage-rock sale et saturé.


L’année 2013 débute en trombe pour les Dusty Mush qui viennent de sortir deux K7. La première est un split en compagnie des Sud-Africains the Future Primitive, publié par le label américain Cheap Miami. Sur leur face, les Dusty Mush envoient un garage primitif et angoissant, porté par une rage toujours contenue. La tension est déjà palpable sur "Space Cat" et "Boogie Bogger" mais c’est grâce à "Cowboy Express" qu’elle s’exprime pleinement, dans une superbe chanson flinguée qui enrhume le cerveau. Cheap Miami a également réédité la première K7 du groupe (tirée à 15 exemplaires en 2012), agrémentée de deux nouveaux titres. On retient notamment de la face A "Tom Pitt’s Acid Trip", soit quatre minutes de déglingue sous anxiolytiques. La face B, elle, met en avant une très cool reprise de "Yeah" des Alarm Clocks.


De son côté Pain Dimension célèbre sa première sortie physique, une K7 trois-titres faite maison et tirée à 30 exemplaires. L’enregistrement dévoile tout le potentiel du jeune groupe qui s’avère capable de jouer sur plusieurs registres. "I’m a dreamcatcher" plaque un gros riff façon early-Black Keys tandis que "Seven Fingers Hand" éructe un garage maladif et grinçant. Mais c’est avec "Vacuum Head" qu’ils surprennent le plus en livrant une jolie balade cauchemardesque. Tout comme leurs potes Dusty Mush, les Pain Dimension se tiennent prêts à répandre leur fougue de banlieusards enragés à qui veut bien l’entendre.


Punching Joe

-N'hésitez pas à explorer les pages bandcamp des groupes et à vous procurer leurs cassettes : Pain Dimension et Dusty Mush.
-Pour en savoir plus sur eux, une seule solution : écouter Yummy, Radio Campus Paris.

vendredi 12 avril 2013

The Funs-s/t


Duo basé à Chicago, the Funs vient de sortir son premier LP sur le label Manic Static. Dix titres comme autant de parpaings lancés sans sommation à la tronche de l’auditeur.


En véritables maçons soniques négligés, the Funs construisent leurs chansons avec peu de matière et beaucoup de ciment. Dès "Screaming Eagle" la bétonneuse se met en action et plaque un riff rudimentaire sur une batterie primitive. Inébranlable, leur garage-grunge frappe fort à chaque vrombissement de la six corde. Cette dernière fait presque office de deuxième batterie tant ses attaques sont sèches et puissantes. Le son de the Funs est l’antithèse de toute musique planante : des compositions qui partent de sous terre et arrivent tout au mieux au plafond de la cave. Difficile d’extraire des titres de ce s/t : les chansons fonctionnent entre elles pour créer un disque sous forme d’un mur épais et sans faille. Un objet musical presque conceptuel, où la répétition et l’asphyxie sont reines. Les plus claustrophobes trouveront peut-être de l’air dans la voix féminine vaporeuse qui ponctue certaines chansons. Une touche indie toujours agréable, non sans rappeler les géniaux Henry’s Dress.
Punching Joe

L'album s'écoute ci-dessous :

mardi 9 avril 2013

Purling Hiss-Water on Mars

Dans quelques semaines Mikal Cronin sort son second disque, cette fois sur un gros label indie : Merge Records. D’après les premiers extraits partagés sur la toile, on découvre que le californien a enrobé ses chansons d’une production loin de l’exubérance saturée des Moonhearts ou du fait maison de son premier album solo. Ce type de virage esthétique, vers des sons plus lisses, peut créer des déceptions chez ceux pour qui la spontanéité du lo-fi est au moins aussi importante que les morceaux. Pourtant, s’il est bien pensé, c’est un exercice de style salutaire, capable d’asseoir une réputation. En 2011, les Black Lips ont ainsi prouvé qu’ils étaient un grand groupe même avec des saxo sur le dos. C’est aussi le cas de Purling Hiss, qui après avoir pris un malin plaisir à rejeter toute forme de production, vient de sortir son album le plus propre, Water on Mars : une réussite totale.


Il faut dire que le trio de Philadelphie emmené par Mike Pollize (membre des Birds of Maya) est parti de très loin. En 2009 il lâche un premier s/t LP probablement enregistré dans les chiottes d’un charter en pleines turbulences. Deux disques plus loin, le son Purling Hiss est toujours aussi dégueulasse, vomissant un rock psyché et heavy maladif. C’est sur l’EP Lounge Lizards que des airs plus indie-rock commencent à apparaître au détriment des guitares sous speed. Début 2013, Purling Hiss sort donc de sa cave et débarque chez Drag City avec un Water On Mars bourré de belles mélodies nonchalantes, et audibles.

Pourtant Water on Mars débute par une saillie heavy dont Pollize a le secret. "Lolita" dégaine un riff étiqueté space-rock, solos défoncés et chant testostéroné à l’appui. Un décollage la tête dans le guidon qui laisse place au joli single "Mercury Retrogade", au son purement nineties et son instrumentalisation puissante, cachant une pudeur adolescente touchante. C’est avant tout ces sonorités « cheveux gras et pulls informes » que Purling Hiss met en avant ici grâce à une production parfaitement équilibrée, entre section rythmique ronronnante et guitare débridée. "Rat Race" emprunte à la fraîcheur de Dinosaur Jr, tandis que "She Calms Me Down" s’envole grâce à une slide stellaire envoûtante. Pollize prouve aussi qu’il n’est pas qu’un brailleur défoncé et nous cueille avec ses "tutututu" qui ponctuent la superbe "The Harrowing wind", avant de nous bercer sur l’enchanteresse "Mary Bumble Bee". Aucune baisse de régime n’est à signaler et Water on Mars atteint même les sommets avec la sidérante chanson titre, soit 7 minutes de délires space-noise qui se finissent en apesanteur. Un claque sonique qui montre que Purling Hiss a bien fait de délaisser le lo-fi. Si sa folie est aujourd’hui canalisée, elle s’exprime avec d’autant plus de puissance et de précision. Water on Mars est un grand disque légèrement schizo, qui nous laisse enfin admirer le grand compositeur rock qu’est Mike Pollize.
Punching Joe

Pour explorer la discographie sulfureuse de Purling Hiss avant Water On Mars, rendez-vous sur leur page bandcamp (en écoute ci-dessous, une chanson extraite du premier LP)

samedi 16 mars 2013

45 tours : The Young Sinclairs / Travel Check

Quelques semaines après avoir parlé du single des rustres Bikini Gorge chez Kizmiaz, on continue à  se pencher sur des nouveaux 45 tours que l’on doit à des labels français.

Il y a presque un an on consacrait un article aux premières sorties du label Croque Macadam. Depuis, le microsillon continue de fleurir du côté de Montrouge, avec toujours cette envie de défrichage mêlée à une indépendance fièrement brandie. En résulte des disques confectionnés avec amour ; on citera notamment le dernier single des Triptides, la galette des Superets ou encore le diptyque des Spadassins. Mais la sortie qui retient aujourd’hui notre attention est un autre double 45 tours, celui des américains Young Sinclairs.


Pour l’occasion Alexandre de Croque Macadam s’est associé à son frère Etienne, qui a repris le nom de leur blog commun : Requiem pour un twister. C’est donc sous le double macaron Croque Macadam / Requiem pour un twister que les deux singles des Young Sinclairs sont désormais disponibles à des tirages limités. Le groupe, originaire de Virginie, demeure méconnu (voire inconnu) en France alors qu’il est actif depuis 2005. A sa tête un certain Sam Lunsford, brillant compositeur à l’aise dans de nombreux domaines, comme le spécifie cette interview. Avec les Young Sinclairs il s’amuse à ressusciter notamment le folk-rock des Byrds, guitare jangly à l’appui, tout en garnissant sa palette de touches garage et pop. Porté par des guitares délicatement rêches, l’EP Hurt my pride télescope ainsi Nuggets et BJM* pour un résultat imparable. Sur le second 45, New Day, c’est une indie-pop en apesanteur qui vient nous cueillir en faisant planer l’esprit des Field Mice. Espérons que cette double sortie irréprochable incitera plus de monde à se pencher sur ce groupe talentueux.
*Les Young Sinclairs ont d'ailleurs déjà ouvert pour le groupe d'Anton Newcombe et font partie du Committee to keep music evil.


L’autre disque que l'on retient vient de chez Howlin Banana. Organisateur émérite de concerts à Paris, Howlin Banana sort aussi de temps à autre des 45 tours. Sa dernière pioche, les Parisiens Travel Check, qui débarquent avec un trois titres au nom alléchant : Wild Tropics. Grands admirateurs des Black Lips, le groupe en a gardé une écriture aussi évidente que joliment bancale au service d’un garage cotonneux et rêveur. "Pokayoké" et "Trippin Waves" impriment des gimmicks surf qui peuvent vite devenir obsessionnels.




Punching Joe

lundi 4 mars 2013

The Tough Shits / Audacity

Comme il n’est jamais trop tard pour parler d’un bon disque, nous allons faire un petit retour en 2012 et évoquer deux excellentes sorties, passées un peu inaperçues, signées the Tough Shits et the Audacity. Deux groupes aux styles différents mais qui partagent, d’une part le même label (Burger Records) et d’autre part la même envie d’une musique immédiate, simple et décontractée.


Commençons par les poppeux : the Tough Shits. Arborant un nom débile et une pochette mettant en scène une bande de freaks qui foutent le boxon dans une fête foraine, the Tough Shits a en apparence tout du groupe punk bas du front. Erreur ! L’écoute de ce LP révèle une jolie collection de chansons pop grésillantes et catchy, qu’il est difficile de bouder. 

Sans rien révolutionner, le quatuor originaire de Philadelphie élève au contraire la banalité au rang d’Art. Les structures, tout comme les refrains, semblent familiers mais prennent une dimension casse-gueule délicieuse dans les mains des Tough Shits et de leurs paroles décalées. Du garage-pop ("Try not to laugh") au rock simplet ("Hombre de la Cocaina") en passant par la pop intemporelle ("Early Grave", "Security Blanket" et surtout la superbe "She’s a loner"), the Tough Shits livrent un de ces disques "mineurs" très attachants, réjouissants en toutes circonstances. 

On traverse maintenant les Etats-Unis pour trainer du côté de Fullerton, Californie, où sévit the Audacity et son punk débraillé. Repéré en 2009 grâce à leur premier LP Power Drowning, patate chaude garage-punk enregistrée dans des chiottes, le groupe repointe le bout de ses cheveux gras avec Mellow Cruisers, toujours chez Burger.


En trois ans the Audacity a étoffé son identité sonore et diversifié sa palette. Les compositions sont désormais plus sinueuses, avec des changements de rythmes bien sentis ainsi que l’ajout de gimmicks pop accrocheurs ("Garza Girls", "Extensions"). The Audacity n’a pas pour autant perdu son âme de slacker je-m’en-foutiste, ce qui permet à Mellow Cruisers de garder toute sa fougue adolescente ("Indian Chief", "Funspot"). Il ne manque qu’un gros tube.
Punching Joe

L'album Mellow Cruisers est en écoute ci-dessous. Il vient d'ailleurs d'être repressé par Burger Records.

jeudi 14 février 2013

Le Chômage-s/t LP

On sait finalement peu de choses de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, cet agglomérat hétéroclite de groupes qui, depuis près de dix ans, sillonne les ténèbres du rock’n’roll. Et c’est peut-être aussi bien d’en rester au mythe, de fantasmer sur les noms de Phil Scrotum, Seb Normal ou Thurston Mourad, et d’être hypnotisé par ce fameux totem, une croix à trois branches parce qu’"on est de Gaulle et Jésus réunis." Côté groupes, difficile de dresser une liste exhaustive, mais on citera tout de même, pour les plus connus, Feeling of Love ou Cheveu et pour les plus confidentiels, the Dreams, AH Kraken, Ventre de Biche, Delacave, 1400 point de suture et Sida. Un florilège de noms géniaux dans lequel on a pioché Le Chômage qui a sorti son premier LP à l’automne 2012.

moche by sebnormal

Le groupe se fond parfaitement dans le moule de la secte en mettant en avant un univers déviant et malsain. Un rapide coup d’œil à la tracklist met la bave aux babines avec des titres comme "Moche", "Hémorragie", "Traître" ou encore "Amour Légionelle". Le délire se confirme dans les chansons de Chômage qui joue un post-punk glacial fleurant bon les cages d’escalier d’un hôpital psychiatrique hanté. Emmené par une basse taillée dans l’acier (tenue par Seb Normal, batteur de Feeling of Love) le quatuor développe toute sa personnalité sur les titres les plus longs. "Hémorragie" lance la machine dans le sang et les hurlements, suivie par la noise "Moche", sublimée par des paroles mémorables ("une embrouille toute foireuse où tu prends un coup de surin […] une soirée d’amoureux où ta meuf baise tes copains"). "Dorniek" ligote ensuite l’auditeur dans une cave humide et noire pour l’agresser avec sa batterie hystérique. A peine le temps de retrouver son souffle que le diptyque "Fanfare/Traître", toujours plus cramé et inquisiteur, nous plonge dans l’antre de la folie où nous attend "Amour Légionelle" qui se charge de nous faire enfiler une camisole de force. Plus fucked-up tu meurs. A l’Est, le renouveau.
Punching Joe
L'album est en écoute intégrale ci-dessous.
Le site de Grande Triple Alliance Internationale de l’Est.

vendredi 25 janvier 2013

Bikini Gorge-Stranded



Découverts dans l’ambiance enfumée par les effluves de frites fraîches de l’Armony à Montreuil (le meilleur rade d’Ile de France), les Rennais de Bikini Gorge viennent de sortir un premier 45 tours chez les excellents Nantais de Kizmiaz Records.


A l’intérieur de ce duo guitare/batterie on note la présence de Charles, la moitié des fêlés Combomatix. Sans surprise, on retrouve donc cette même envie d’une musique primaire et corrosive, plus guidée par le rythme des pulsations sanguines que par les inflexions de l’esprit. Leur concert à l’Armony était d’ailleurs une belle démonstration de radicalité garage, éloignée de toute pose.

Stranded est un excellent EP qui confirme les impressions live puisque le groupe ne perd pas son côté instinctif et on ne peut s’empêcher de rapprocher leur garage rêche de celui des Gories de Mick Collins.
Punching Joe