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lundi 7 janvier 2013

The Museum of Everything, Exhibition #1

La génialissime expo itinérante du Museum of Everything, exhibition #1, installée en ce moment boulevard Raspail à Paris grâce à Chalet Society, prolonge son séjour jusqu’au 24 février*. 
Si vous n’avez pas encore tenté l’expérience...diantre courez-y !


Les amateurs d’art brut que nous sommes en sont restés bouche bée : 1000 m2 d’un bâtiment désaffecté dédiés à des œuvres hors normes. Des sculptures, peintures, dessins qui se répartissent dans les pièces, les couloirs, les escaliers, les sanitaires ! Prévoyez un large créneau horaire pour votre visite parce que l’exposition est foisonnante. The Museum of Everything, c’est le projet lancé par James Brett en 2009. Son but, énoncé dès l’entrée de l’exposition, est de mettre en avant l’art ignoré voire involontaire, celui qui n’a pas d’école, pas de marché. 
Impossible de vous décrire en détails toutes les merveilles/bizarreries/ingéniosités que contient le Museum of Everything mais histoire de vous donner un aperçu, revenons succinctement sur cinq artistes qui nous ont particulièrement marqués.

Henry Darger d’abord, bien connu en ces pages et c’est pourquoi nous avons été comblés de tomber, dès la première salle, sur plusieurs de ses vastes planches. Toutes sont extraites de l’épopée des Vivian Girls, ce conte glauque et obsessionnel où se mêlent les brides d’une enfance tourmentée et l’imagerie des livres de jeunesse.

Henry Darger

Le monde parallèle de Calvin et Ruby Black : Possum Trot. Le couple, installé dans le désert, avait bâti un véritable village d’automates chantant. L’expo montre plusieurs de ces poupées, mais aussi un petit film dans lequel on contemple cet univers en action. C’est Calvin Black qui assurait les enregistrements des voix claironnantes de ces personnages étranges…effet lo-fi garanti.

Calvin Black et ses automates




L’égo d’Aleksander Pavlovich Lobanov et son ostentatoire passion pour les armes à feu. Ce russe, sourd et muet, n’a eu de cesse de se mettre en scène à travers des montages photographiques le glorifiant à la manière d’un héros révolutionnaire. L’exposition dévoile aussi plusieurs de ses superbes représentations de scènes de chasse.

Montages photographiques d'Aleksander Pavlovich Lobanov

Les intrigants calendriers catastrophiques de Georges Widener et son système numérique complexe, détaillé sur de grandes nappes en papier, teintes avec du thé.

Georges Widener

Enfin nous avons particulièrement été fascinés par les dessins au crayon du polonais Edmund Monsiel, des chefs d’œuvres minutieux à en perdre la vue.


Edmund Monsiel

Depuis cette exhibition # 1 qui a débuté son voyage à Londres il y a quatre ans, le Museum of Everything a mis en place plusieurs expositions. Pour la dernière en date, exhibition # 5, les organisateurs se sont baladés cet été à travers la Russie, à la recherche d’artistes inconnus et non traditionnels…Une vaste quête débutée à Yekateringbourg…le résultat final sera présenté à Moscou en avril 2013.

The Yekaterinbourg Movie of Everything :



Hanemone


* Note du 10/03/2013 : l'exposition est finalement prolongée jusqu'au 31 mars 2013

mardi 27 septembre 2011

Teen Spirit

Malgré ce titre évocateur, il ne sera pas question ici de célébrer l’œuvre de Nirvana à l’occasion du vingtième anniversaire de Nevermind (oui c’est dommage je vous l’accorde) ni même de parler de Gus Van Sant, de Twilight ou encore de WOW. Mais vous voyez bien où je veux en venir, le point commun de tout ça c’est les d’jeuns, les ados quoi. Et c’est justement le thème qu’a choisi Arts Factory à l’occasion de ses quinze ans pour réunir des travaux d’artistes confirmés ou émergents.

Commençons par le commencement pour ceux qui ne sont pas encore au courant. Arts Factory c’est un projet qui débute en 1996 sous forme d’une galerie dans le quartier des Abbesses à Paris. Les deux fondateurs, Effi Mild et Laurent Zorzin se spécialisent rapidement dans le dessin alternatif et deviennent alors un vrai soutien pour un milieu dont certains artistes sont aujourd’hui connus et reconnus (Pierre la police, Jean Lecointre…). Arts Factory se lance aussi dans l’édition en proposant, entre autres, la géniale collection "dans la marge" avec une idée fabuleusement simple : abandonner un élémentaire petit cahier d’écolier aux mains d’un dessinateur talentueux et attendre le résultat. Le premier volume de la collection est signé par notre ô combien vénéré en ces pages, le papa de l’anti-folk Daniel Johnston. Arts Factory, après un déménagement à Montreuil devient aussi "galerie nomade" en faisant voyager les artistes qu’elle affectionne de lieux en lieux et de villes en villes.


Daniel Johnston

Et c’est donc sur ce même principe que mardi dernier la vagabonde a pris ses quartiers à l’Espace Beaurepaire dans le dixième arrondissement de Paris afin de fêter son anniversaire. On pourrait résumer la chose ainsi : une super expo dans un chouette endroit. Pas de boum au programme certes mais un sacré plongeon dans le monde de l’eau précieuse et des premiers émois, le tout avec humour et poésie.

Aussi ceux qui habitent ou séjournent à Paris pourront directement se rendre au 28 rue Beaurepaire (attention jusqu’au 8 Octobre seulement !), à deux pas de la place de la République pour admirer les œuvres de Nine Antico, Charles Burns, Danny Steve, Ludovic Debeurme, Véronique Dorey, Daniel Johnston, Kikifruit, Les Frères Guedin, Fanny Michaëlis, Loulou Picasso, Ragnar Persson, Tom de Pékin, Brecht Vandenbroucke… Les autres peuvent commencer à farfouiller sur le net en attendant que l’expo déménage plus près de chez eux ou qu’Arts Factory organise un truc sympatoche dans leur secteur. Notez qu’une rétrospective Daniel Johnston est prévu au Lieu Unique à Nantes début avril avec en prime un petit concert…bande de veinards ! (cela dit je crois que l’expo est itinérante, à vérifier).

Bref revenons à nos ados en crise. L’expo Teen Spirit place en exergue les grands Black Hole Teens du célèbre Charles Burns (par exemple la pochette de Brick by Brick d’Iggy Pop c’est lui), des portraits façon album photos du lycée, en noir et blanc, représentant de jeunes gens aux physiques franchement inquiétants. Touchés par un mystérieux virus, ceux-ci se retrouvent en proie à des transformations de faciès peu communes et carrément dégueux.


Charles Burns

J’ai particulièrement adoré le travail de Danny Steve qui, comme son pseudonyme ne l’indique pas, est UNE dessinatrice et artiste graphique. Elle présente, entre autres, dans le cadre de Teen Spirit des dessins constitués d’innombrables petits cercles et spirales (faits au stylo si je ne m’abuse) et qui, selon une technique quasi impressionniste, une fois le recul nécessaire pris, forment des paysages, des skateurs en pleine action et autres personnages. Un travail minutieux et lyrique.


Danny Steve

J’ai bien ri devant les planches des Frères Guedin qui, dans un ton nettement plus graveleux, nous dépeignent les bouleversements corporels des jeunes gens et la rébellion de leurs sales esprits de petits vicelards. Je vous laisse le soin de relever le nombre de phallus incrustés dans ces magnifiques dessins en noir et blanc.


Les Frères Guedin
("les garçons ne restent pas de glace quand Lucie la déguste")

L’expo Teen Spirit nous permet aussi d’admirer des planches de la bande dessinée Lucille (prix Goscinny en 2006 et Essentiel du festival d’Angoulême en 2007) de Ludovic Debeurm ; mais aussi certaines de la dessinatrice Nine Antico, avec ses héroïnes aux looks un brin rétro et leurs propos hilarants, tout en potins et considérations existentielles sur les mecs. Nine Antico signe d’ailleurs l’affiche de l’expo.


planche de Girls don't cry, Nine Antico

Au côté des dessins fulgurants de notre Daniel Johnston j’ai aussi apprécié ceux faussement naïfs et enfantins de Brecht Vandenbroucke dont l’apparence gaie et colorée cache une nature génialement glauque. Pareil pour Fanny Michaëlis avec ses dessins crayonnés qui revêtent un aspect doux et sage pour mieux révéler, eux aussi, leurs tournures inquiétantes.


Brecht Vanderbroucke

Fanny Michaëlis

Une fois que vous aurez fait le tour de cet hymne à l’âge bête (que je ne vous décris ici que partiellement), vous replongerez vous-mêmes dans vos souvenirs d’ados attardés grâce à une part de l’exposition mise en place par la revue Collection, sous forme d’une présentation « ethno/graphique ». Au milieu de leurs charmants dessins, les acteurs de la revue (Sammy Stein, Julien Kedryna, Marine le Saout, Vanessa Dziuba et Jean-Philippe Bretin) nous offrent un dédale d’objets et de bricoles qui nous rappellent tous quelque chose. Que se soient les cahiers de fans remplis soigneusement d’images découpées dans les magazines, les bijoux immondes achetés comme souvenirs de vacances, les mots échangés avec meilleures amies et autres copines hystériques, les trousses graffées au stylo bic, les vignettes de la série Beverley Hills et même un drapeau à l’effigie des 3T. Mais si les 3T souvenez-vous, les neveux du feu Mickael Jackson ! D’ailleurs c’est tellement la classe de clore un article en parlant de ces trois BG que je n’ajouterai rien…si ce n’est…allez voir l’expo Teen Spirit !
 Hanemone
(note de bas de page du 05/10/2011 pour dire qu'en fait, une boum est bien prévue au programme !!! Le flyer est à voir par là : http://pantheone.blogspot.com/ )