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mardi 12 novembre 2013

Slumberland Records : premières années



Il y a longtemps nous vous parlions des recrues récentes de Slumberland comme Veronica Falls ou Big Troubles, pour constater que le label n’avait rien perdu de sa superbe. C’est justement cette superbe qui est à l’honneur dans ce billet ; ces sons qui ont bâti l’identité à la fois popeuse et bruitiste du label, et dont les petits nouveaux susnommés se sont joyeusement inspirés.
En 2009, Slumberland fêtait ses vingt années d’existence en concerts et certains anciens répondaient présents sur scène, comme Lorelei ou Henry’s Dress. Nous nous sommes plongés dans la discographie des premières années du label pour extraire douze merveilles, des morceaux de groupes phares et historiques comme Velocity Girl, et des pépites davantage oubliées comme celles de Jane Pow.
Longue vie à Slumberland !






1. Black Tambourine, Throw Aggi off the bridge (Complete Recordings, SLR, 1999)
2. Velocity Girl, Why should I be nice to you ? (My Forgotten Favorite, SLR, 1992)
3. Jane Pow, Shut Down (Warm Room, 1991)
4. Whorl, Maybe it’s better (Maybe It’s Better, SLR, 1992)
5. Rocketchip, I love you like the way I used to (A Certain Smile, A Certain Sadness, SLR, 1996) 
6. Lorelei, The bitter air (The Bitter Air, SLR, 1992)
7. The Ropers, Cool self (The Ropers, SLR, 1994)
8. Swirlies, Sarah Sitting (Didn’t Understand, SLR, 1992)
9. Henry’s Dress, Target Practice (Bust’Em Green, SLR, 1996)
10. Honeybunch, Mine your own business (Mine Your Own Business, SLR, 1992)
11. Stereolab, John cage bubblegum (John Cage Bubblegum, SLR, 1993)
12. Lilys, Elizabeth colour wheel (In The Presence Of Nothing, SLR, 1992)

Hanemone

mardi 25 septembre 2012

Henry's Dress, Bust'em Green


Amy Linton I love You

Si la découverte ne date que de quelques mois, ma passion et ma fascination pour les travaux d’Amy Linton en sont déjà à leur paroxysme. D’abord connue par l’intermédiaire de son deuxième groupe the Aislers Set (dont on reparlera), c’est surtout avec Henry’s Dress que le coup de foudre a opéré. Leur seul LP, Bust’em Green, a été une révélation, à tel point qu’envisager de l’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre du rock paraît désormais tout à fait raisonnable. Mais plus qu’un coup de cœur personnel, c’est un disque passionnant qui rapproche avec une facilité déconcertante trois courants musicaux particulièrement appréciés en ces lieux, à savoir l’indie-pop, le shoegaze et le garage. 

Henry's Dress- "All This Time For Nothing"

Henry’s Dress naît du côté d’Albuquerque au début des années 90 mais déménage rapidement vers San Francisco pour s’y établir définitivement. Le groupe se compose d’Amy Linton donc, mais aussi de Hayim Sanchez et Matt Hartman (The How, Sic Alps, Coachwhips). Leur histoire est intimement liée à celle d’un label local aujourd’hui vénéré par beaucoup (et par nous) : Slumberland. C’est en effet vers cette maison, fondée par l’ex-Black Tambourine Michael Schulman, que Linton va se tourner pour proposer les premiers enregistrements de Henry’s Dress. Deux 45 tours sortent d’abord en 1993 et 1994 (dont un split avec Tiger Trap) avant que le trio ne s’essaye au EP, toujours sur Slumberland, avec un self-titled magnifique, parcouru de noise-pop vénéneuse et de shoegaze déglingué (la traumatisante "Sally Wants"). On y retrouve déjà leur envie de composer des chansons concises, qui vont à l’essentiel, portées aussi bien par une urgence punk que par des complaintes lancinantes. 

Un 45 tours en compagnie du très bon Rocketship plus tard, Henry’s Dress accouche en 1996 de son joyau, Bust’em Green. Douze chansons allant d’1 minute 30 à 2 minutes 30, pour un disque absolument parfait. Sa force principale : mêler une guitare aux riffs rudimentaires et des rythmiques tout aussi efficaces, avec un chant aux mélodies pop, que ce soit par la voix douce-amère d’Amy Linton ou celle désabusée de Matt Hartman, qui évoquent chacune des intonations propres à l’indie-pop ou au shoegaze. Le mélange des genres est prégnant sur le triptyque qui ouvre le disque. "The way she goes", "Winter 94" et l’immense "Target Practice", où un garage rêche, presque aussi basique que du Gories et saillant comme du Ty Segall, verse plus dans l’émotion pudique que dans l’éclatage de neurones. Car, si Bust’em Green est un album profondément insouciant et immédiat, il n’en est pas moins parcouru par des teintes mélancoliques et désenchantées. 

Henry's Dress - "Winter '94" 
Le groupe aime également brouiller la frontière entre garage lo-fi et noise-rock nihiliste, comme sur "Get Yourself Together" ou "Not Today", compactes et brûlantes à souhait. En dignes héritiers du shoegaze ils proposent un travail millimétré sur le bruit et les distorsions, ne sombrant jamais dans l’accumulation de nappes saturées mais préférant au contraire distiller quelques saillies bien pensées ("Hey Allison"). 

Au-delà de sa justesse de ton, Bust’em Green est un grand album car il suinte la fougue rock’n’roll à chaque seconde. Certes la musique de Henry’s Dress est référencée, mais elle est avant tout expressive dans sa spontanéité. Bien plus que des techniciens, Linton, Hartman et Sanchez sont avant tout de grands ados qui jouent comme ils respirent...et ce avec un talent et un caractère hors du commun, à tel point qu’il est difficile de les classer.


"Target Practice" jouée en 2010 lors de la fête d'anniversaire des 20 ans de Slumberland


L’aventure se terminera vite, Linton mettant toute son énergie dans les Aislers Set (elle ira aussi taper sur les fûts chez Go Sailor). Une existence éphémère et une discographie fulgurante qui contribue un peu plus à rendre culte les travaux de Henry’s Dress, d’autant que ni le EP, ni Bust’em Green n’ont été réédités à ce jour, et sont donc quasiment introuvables en format physique*. On espère donc qu'un jour Slumberland fera un petit effort pour rendre gloire à une de ses plus belles signatures. 
Punching Joe

*On le trouve facilement sur la toile cependant

Aussi sur le web :
Des articles sur Henry's Dress dans l'incontournable Blog du mouvement shoegaze
Le site de Slumberland
Le bandcamp de The Aislers Set, le deuxième groupe d'Amy Linton

lundi 27 août 2012

The June Brides



En juin dernier, la quasi-totalité des membres de June Brides se sont réunis à nouveau pour sortir un 45 tours sur Slumberland records, 26 ans après leur dernier single. Et même si les deux chansons en question ne méritent pas vraiment qu’on s’y attarde, j’ai pensé que c’était l’occasion de réécouter leur fascinant et unique mini album, There are eight million stories, édité par Pink label en 1985, histoire de faire une virée dans une décennie chère à mon cœur. 

Les six garçons de June Brides, emmenés par Phil Wilson, ont connu le succès dans l’Angleterre des années 80 : couverture du NME, bonne place dans l’indie chart, première partie des Smiths sur invitation de Morrissey…avant de s’éclipser aussi vite qu’ils étaient arrivés et de se fondre, avec le temps, dans toute la flopée des groupes estampillés C86. A l’époque la formation a d’ailleurs refusé de figurer sur la fameuse compilation par peur de se faire cataloguer. Or pas de doute, leur son s’inscrit clairement dans l’indie pop des années 80 avec tout ce qu’elle a de magique : l’art subtile de réunir le sentiment de joie et celui de mélancolie, l’envie qu’elle donne de fredonner tout bas la délicieuse mélodie et de se planquer derrière les guitares saturées mais douillettes. La représentation la plus pure et parfaite de cette indie pop made in eighties serait d’ailleurs pour moi les morceaux des Pastels qui réjouissent mon âme chaque jour que Dieu fait (♫ take my hand and take my heart I shiver when you’re near ♫). Or les titres de June Brides, bien qu’emprunts des caractéristiques susnommées se détachent de beaucoup des productions de l’époque par leur emphase, leur suprême élégance. En clair ils sonnent moins "adolescent fragile", ils nous poussent moins à l’autisme (celui qui va trouver son paroxysme dans l'hypnotisant shoegaze, bien inspiré par ces aînés peu enclins aux hurlements et à la démonstration). Ceci est en partie du à une sublime instrumentalisation, très élaborée et foisonnante, avec notamment l’intervention du trompettiste Jon Hunter qui marque des morceaux comme "Every conversation", "Heard you whisper", mais aussi à la voix mélodieuse, assurée et puissante de Phil Wilson. Y a pas à dire ces types sont vraiment classes. Leur son n’est d’ailleurs pas sans évoquer les non moins chics stars de l’époque, les Smiths, surtout sur des titres comme "Sunday to Saturday" ou "In the rain". Les rythmiques sèches et obsédantes qui parcourent There are eight million stories nous ramènent aussi de l’autre côté de l’Atlantique, au pays des Feelies et de leur fabuleux Crazy Rhythms. 

"Sunday to Saturday"

"Heard you whisper"

"I fall" live 1986


Quand le groupe s’est séparé après des problèmes de fric et aussi, je crois, de maison de disques, Phil Wilson a entamé une carrière solo sur le mythique Creation records, tout aussi éphémère que celle des June Brides, avant de se remotiver en 2010 pour sortir un album (God bless Jim Kennedy) et de regrouper petit à petit ces potos pour les deux titres que j’évoquais au début, "A January Moon" et "Cloud" (le premier étant le plus intéressant des deux).



A noter qu’en 2010 un tribute album dédié aux June Brides et à Phil Wilson a été édité par le label irlandais Yes Boy Ice-cream. On peut y entendre, entre autres, une version du morceau "Waiting for a change" réalisée par notre petit prince de l’antifolk adoré : Jeffrey Lewis.

Hanemone

dimanche 27 novembre 2011

Slumberland records 3/3 : Spectrals, Bad Penny

Voici enfin la dernière partie de notre dossier sur les sorties récentes du label californien Slumberland Records. Après VeronicaFalls et Big Troubles on s’intéresse ici à Spectrals, le projet musical de Louis Jones qui vient de sortir son premier LP, Bad Penny. Un disque attendu car, malgré son jeune âge (21 ans), le poupon de Leeds à la chevelure carotte a déjà fait son trou dans le milieu, notamment grâce à de nombreux singles et un EP publiés sur des labels réputés (Captured Tracks, Wichita, Sex Is Disgusting).


Avec ce passage au format long, Spectrals allait-il être capable de garder l’efficacité qui faisait son charme jusque là ? La réponse est plutôt mitigée, mais cela n’enlève rien à la qualité globale de Bad Penny qui brille par d’autres aspects, au-delà de son petit manque d’immédiateté.

Le disque commence parfaitement avec "Get a grip" où Louis Jones fait part de toute sa classe pour l’écriture de pop-songs délicates et mélancoliques. Une guitare cristalline et un chant de crooner adolescent (très proche de celui d’Alex Turner des Arctic Monkeys) font de la chanson un petit tube autiste imparable. Dans la foulée "Lockjaw" maintient le niveau avec une sensibilité et une pudeur magnifiques. Quelques notes de guitare slide viennent porter cette voix bâti pour chanter la tristesse. Passé ces deux perles inaugurales Bad Penny perd malheureusement de sa sincérité et de son expressivité à cause d’une production à côté de la plaque, où des instrumentalisations pas très subtiles relèguent l’émotion au second plan ("You don’t have to tell me", "Big Baby"). Mais très vite Jones revient à des cadences sereines et opère astucieusement un virage vers des ambiances plus joyeuses. Il se lâche même, et regagne instantanément notre attention. On pense par exemple à "Many Happy Return", un petit slow basique mais imparable, ou à "Doing Time", une chanson pop délicieusement ringarde avec son piano et ses chœurs enfantins. Il réussit même à allier ces sonorités sixities de la pop-sucrée avec la mélancolie du début de l’album, dans la superbe "Luck Is There To Be Pushed".

Vous l’aurez compris, sur ses 11 titres, Bad Penny ne possède que quelques moments véritablement marquants. Mais au-delà de ce manque de relief, Bad Penny confirme un compositeur talentueux qui avec une production plus léchée et quelques gimmick imparables serait capable de livrer un album pop parfait. En attendant, on peut tout de même se délecter de ce LP plus que correct et très touchant. 
Punching Joe
Retour sur les deux premiers volets du mini-dossier :



Le clip de "Get a grip"

jeudi 17 novembre 2011

Slumberland records 2/3, Big Troubles, Romantic Comedy


Deuxième étape (après Veronica Falls) dans l’exploration des sorties récentes de Slumberland Records avec Big Troubles, un quatuor originaire du New-Jersey. En activité depuis 2009, Big Troubles a d’abord publié sur des compilations avant de réaliser un premier LP, Worry (Olde English Spelling Bee). Cet album se caractérise par un enregistrement très lo-fi et des sonorités proches de la noise-pop, du shoegaze. L’influence de My Bloody Valentine est en effet flagrante. Avec Romantic Comedy ils délaissent ce son un peu brouillon et les ambiances éthérées pour livrer un album d’indie-pop plus classique mais de très bonne facture.


Romantic Comedy va en rebuter plus d’uns, c’est certain. Le son un brin ringard, très connoté années 80, est complètement assumé par le groupe. Mais le talent d’Alex Craig et de Ian Drennan pour composer de très bonnes chansons évite au disque de tomber dans la pâle copie. Leur force c’est justement de s’amuser à titiller la frontière du mauvais goût sans jamais la franchir. Cela passe, entre autres, par une production assez ronflante, avec la mise en avant d’un chant gorgé de spleen (avis aux fans de Girls et de Christopher Owens) et des guitares au son vaporeux, sans parler de l’omniprésence de la caisse claire. Et malgré tout ça, difficile de résister au charme de "She smiles for pictures" ou "Misery". Et que dire du chef d’œuvre de désuétude qu’est "Sad Girl". Avec son petit riff délicat, ses paroles cul-cul et son apothéose au xylophone, la chanson est un plaisir coupable irrésistible. Le genre de truc qu’on voudrait chanter avec son amoureux/se en s’empiffrant de chamallows roses, après avoir regardé une comédie indie avec Zooey Deschanel et/ou Michael Cera (oui j’assume).
Mais pour en revenir aux choses sérieuses, si l’on doit mettre quelques balises, voilà ce qu’on peut dire : les Sarah Records‘s addicts seront charmés par la fraîcheur affichée du groupe ("Softer than science"), les lads ne jurant que par la Brit-pop apprécieront des compo bien carrées ("Time Bomb") et enfin, les fans des Smiths succomberont à un certain romantisme exacerbé et délicieux ("Never mine"). Vous l’aurez compris ces petits yankees auraient bien aimé naître de l’autre côté de l’Atlantique.
Romantic Comedy est donc un bon disque, avec peu de déchets. Chaque chanson, au premier abord un peu boursoufflée, possède ce petit truc en plus indescriptible auquel il est difficile de résister. Pour abuser de l’imagerie sucrée, disons que c’est comme se retrouver devant un plateau de pâtisseries dégoulinantes : on feint d’abord l’écœurement en public, pour rester digne, après quoi, si on en vient à se retrouver seul, on avale tout, et même, on s’en lèche goulûment les doigts.
Enfin, pour conclure plus sobrement disons que seul le titre de cet album de Big Troubles en résume parfaitement le divin contenu. 
Punching Joe
La suite :
->Slumberland part 3



Le clip de "Sad Girl"

dimanche 13 novembre 2011

Slumberland Records 1/3 : Veronica Falls


Remis à la mode il y a quelques années par Deerhunter et consorts, le revival indie-pop des 80’s-90’s n’a jamais semblé autant d’actualité. Malheureusement pour les nostalgiques de Sarah Records et du shoegaze, la balance semble plutôt pencher du côté de la quantité que de la qualité. Beaucoup de groupes semblent n’avoir gardé que les postures de leurs aînés. Sympa en apparence donc, mais pas très inspiré musicalement. Heureusement on peut se réjouir de l’existence de labels comme Slumberland (fondé au Etats-Unis, entre autres par Mike Schulman, guitariste de Black Tambourine) et de leur excellent catalogue en matière d’indie-pop contemporaine (à l’exception peut-être de the Pains of Being Pure at Heart qui rentrent plutôt dans la catégorie des groupes citée ci-dessus).

Pour vous donnez envie de mieux connaître le label on a décidé de lui consacrer une série de trois articles, chacun voué à une sortie récente : les magnifiques Veronica Falls, les sensibles Big Troubles et le bambin de Spectrals. Trois projets qui ont une envie en commun : opérer un retour à un songwriting pop, simple et catchy.


Première étape de ce triptyque avec les plus beaux, Veronica Falls. Après quelques singles fortement réjouissants, les quatre écossais installés à Londres ont enfin sorti leur premier album, s/t, en octobre dernier. Une écoute suffit pour être entièrement conquis par ce joyau de pop instantanée. On est d’abord surpris par l’impression de fraîcheur que dégage le groupe. Une sensation qui est apportée par un mélange parfait entre une écriture ciselée, up-tempo, avec des refrains entêtants, et des ambiances romantiques, voire gothiques, aux relents de crise existentielle d’adolescent. Si la tonalité globale de l’album rappelle des sonorités entendues à la fin des eighties (the Pastels, the Vaselines, Heavenly), les détails prouvent, eux, que les Veronica Falls prennent beaucoup de recul sur la manière dont ils composent et qu’ils n’hésitent pas à aller chercher un peu partout leur inspiration. La batterie frénétique et garage de Patrick Doyle par exemple, qui respecte le précepte Lou Reedien du « Cymbals eat guitars » tel un maniaque des fûts, ou encore la guitare rythmique galopante (très indie-rock US) qui ne peut nous empêcher de head-banger joyeusement ("Come on over"). Sans oublier des harmonies vocales irrésistibles, portées par la teinte immaculée de la voix de Roxane Clifford et les chœurs omniprésents de James Hoare, nous ramenant vers la pop sucrée et spontanée des sixties (la so cute "Stephen" ou encore "Misery"). Vous l’avez compris le songwriting est ici un cran au dessus de la concurrence et ce n’est pas des tubes comme "Found Love in a Graveyard", "Bad Feeling" ou "Beachy Head" qui nous feront dire le contraire.

Veronica Falls est un groupe précieux qui a la capacité d’allier délicatesse mélodique et âpreté rythmique comme personne. Dépourvue du moindre artifice (+1000 pour la production), leur musique n’en dégage pas moins une expressivité puissante, aussi bien efficace pour placer quelques pas de danse que pour se laisser aller à rêver éveillé. On attend la suite avec une grande impatience.
Punching Joe
La suite :

samedi 11 juin 2011

Black Tambourine : What kind of heaven do you want ?

Black Tambourine
Parlons sweatshirt informe et veste en jean, parlons robe en velours et jupe en cuir…parlons 90’s bon sang ! Et quoi de mieux pour ça que de divaguer sur l’emblématique et neurasthénique courant shoegaze. Attention, une écoute prolongée et répétée peut conduire à la pendaison, la défenestration ou du moins à une intense migraine (cf les voix de tête à la Miki Berenyi ou les "wall of sound" façon My Bloody Valentine). Aussi cet avertissement d’usage étant fait je vous encourage tout de même à vous en foutre plein les oreilles de temps à autres. Et c’est ce que nous allons faire dès à présent en nous penchant sur le cas Black Tambourine, un des premiers spécimens de la vague.  
Actif de 1989 à 1991 seulement, le groupe produit peu de chansons mais néanmoins assez pour influencer son monde. On peut d’ailleurs supposer que nos Vivian et Dum Dum girls d’aujourd’hui en ont pris de la graine. Alors que la majorité des groupes shoegaze de l’époque sont européens (comme la plupart des sources dont ils s’inspirent),  tout débute ici dans le Maryland à Silver Spring. Le point de départ est un projet entre des membres de Velocity Girl et de Whorl : Archie Moore, Brian Nelson et Mike Schulman, tous réunis autour de la chanteuse Pam Berry. L’histoire du groupe est fortement liée à celle du label indépendant Slumberland Records puisque le guitariste Mike Schulman en est un des fondateurs. Ils apparaissent ainsi sur la toute première compil lancée par Slumberland, What kind of heaven do you want ?, qui en plus de leur morceau "Pam’s tan" contient un titre de Velocity Girl et un autre de Powderburns. Le groupe s’inspire des productions 60’s de Phil Spector mais aussi de Jesus and Mary Chain et de toute la flopée de groupes C86 (du nom de la cassette audio éditée par le NME en 86) comme Shop Asssitants ou The Pastels (avec le titre "Throw Aggi off the bridge" hommage est d’ailleurs rendu à Annabel Wright, alias Aggi, bassiste et chanteuse de la formation écossaise).

Pam Berry
Black Tambourine ne réalise pas d’albums à proprement parler, seulement des EPs ou titres lâchés par ci par là. Et c’est pour réunir l'ensemble de ces petits bijoux que Slumberland Records sort en 2010 la compilation Black Tambourine. Celle-ci fait suite à une première Complete Recordings de 99, à laquelle ont été ajoutées six nouvelles pistes dont certaines seulement jouées en concert à l’époque et enregistrées ici pour l’occasion. Parmi ces dernières on trouve entre autres une reprise de Buddy Holly ("Heartbeat") et une autre de Suicide ("Dream Baby Dream").
Et bien qu’on reconnaisse dans les morceaux de Black Tambourine la douce évanescence et la dissonance propre au mouvement shoegaze, pas question ici de trop de lenteur. Ceux-ci ne sont absolument pas dépourvus de rythme, on pourrait même dire pour quelques uns d’un certain punch ("We can’t be friend ", "Tears of joy") ! Aussi vous ne risquez pas l’assoupissement au volant à l’écoute de Black Tambourine sur l’autoroute (pour la sécurité de tous ne tentez pas l’expérience avec un album de Slowdive).

Compilation Black Tambourine, 2010
Quand la formation se dissout en 1991, la chanteuse Pam Berry poursuit son chemin à travers de nombreux groupes comme The Shapiros, Glo-worm, Castaway Stones…et crée avec Gail O’Hara  l’influent fanzine Chickfactor (édité sur papier de 1992 à 2002). Brian Nelson embarque avec Velocity Girl pour marquer la décennie 90, alors qu’Archie Moore abandonnera ceux-ci pour fonder Heartworms, au côté de sa girlfriend Trisha Roy. Mike Schulman quant à lui, continue le bon boulot amorcé avec Slumberland et jouera également au sein de Magpies and Candleman.
Mais trêve de blablatage, à présent il est grand temps pour vous d’enfiler votre salopette, votre cardigan le plus douillet et de planer…oooooh lovely 90’s !
Hanemone

Black tambourine, "I was wrong" :


Black Tambourine, "Black car" :


Black Tambourine, "We can't be friend" :


Black Tambourine, "Dream baby dream" (Suicide) :