barre onglet

Affichage des articles dont le libellé est punk. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est punk. Afficher tous les articles

mardi 25 février 2014

Dusty Mush chez les dingos

Maxime Verret



Il y a presque un an, nous vous parlions des Dusty Mush ici même. À l’époque les fripouilles de Melun commençaient à peine à ramener leur fraise du côté de la capitale. Aujourd’hui le trio passe à la vitesse supérieure : leurs concerts sont désormais de vraies expériences hypnotiques et ils s’apprêtent à sortir leur première galette (après deux k7). Un EP chez Howlin’ Banana qui va servir de rampe de lancement pour le LP prévu au cours de l’année. Histoire de fêter dignement cette sortie, on leur a demandé de réaliser une playlist "les chansons pour se faire interner", sur le thème, vous l’aurez compris, de la folie, de la maladie mentale. Thème sur mesure, pour un groupe qui, au-delà des sonorités garage et punk, nous transmet une énergie indéniablement tourmentée et hallucinée. Voici ce qu’ils nous ont concocté :


Bienvenu dans notre programme d’aide à l’internement forcé. Toute résistance aux différentes phases du processus serait futile


Phase initiale : diffusion de fréquences produites par des patients présentant déjà un désordre mental prononcé.

Patient #1: GG Allin
Le patient semble être atteint du syndrome de la Tourette et de troubles mentaux complexes entraînant des périodes de nudité, d’automutilation et de déviance sexuelle.


Patient #2: Darby Crash
Chanteur du groupe The Germs. Incapacité à monter sur scène sans prise excessive de substances illicites afin de ne pas sentir les violences physiques reçues lors de ses prestations.


Patient #3: Nick Blinko
Leader du groupe Rudimentary Peni, hospitalisé pour trouble schizo-affectif.



Résultats de la phase initiale :
Vous semblez bien réagir au programme, les premiers signes apparaissent : hyperactivité, trouble de la répétition.





Phase intermédiaire : injection au patient de substances inconnues.

Substance #1 : Drogue électrique
Le sujet répond positivement à l’injection, ce dernier pense avoir un troisième œil.


Substance #2: Robitussin
Perte de cohérence du patient, il ne semble plus être en mesure de jouer correctement de la guitare de type électrique.



Résultats de la phase intermédiaire :
Vous semblez reconnaître votre folie naissante. Encourageant.





Phase finale : séances intensives d’électrochocs.

Séance #1: Fuzz hallucinée en intraveineuse.
Le patient prend peur. Augmentation de la dose. Acidité de la fuzz à son maximum.


Séance #2: Batterie sur-vitaminée.
Le sujet éprouve tour à tour excitation et sommeil profond.




Toutes mes félicitations, vous avez survécu au programme. Vous êtes prêt à être interné.

Profitez de votre nouvel état mental :


Propos recueillis par Punching Joe

dimanche 26 janvier 2014

Weed-Deserve


Après la décontraction de Purling Hiss et la pop musclée de Paws, on ouvre un nouveau volet dans l’exploration du revival nineties avec son versant punk, fièrement défendu par les Canadiens de Weed. 



Il semblerait que la ville de Vancouver soit une espèce de havre de paix pour la population slackers. Cette année on a notamment vu débarquer the Courtneys, trois filles bloquées en 1991, qui idolâtrent Keanu Reeves, MTV et le rock débraillé. On retrouve cette même esthétique "VHS et jeans troués" chez le quatuor Weed qui vient de sortir son premier LP, Deserve, chez Couple Skate Record. Ils osent même arborer un nom, aussi nul que génial, qui résume en quatre lettres l’état d’esprit d’une musique faite par des branleurs, pour des branleurs.

Si les Weed jouent aux petits malins, leur musique impressionne d’emblée avec "Heal", une chanson taillée dans l’acier qui dégueule des guitares fuzzées jusqu’à l’os. Les saintes chapelles indie-rock sont là (Mudhoney, Dinosaur Jr, Sebadoh, voire les Pixies) mais restent suffisamment en retrait pour éviter au groupe de tomber dans le simple exercice de style. On sent chez Weed une sorte de rage maladroite, tantôt débridée, tantôt précise, qui s’incarne dans des chansons puissantes et lourdes mais toujours un peu déglinguées, et même dispersées. "Set Me Back" galope vers l’inconnu, captant magnifiquement l’essence de cette musique qui réunit la pop et le rock’n’roll sans les soumettre à des schémas préétablis.


La première partie de ce Deverse est irréprochable et on peut encore retenir la noisy "Silent Partner" ou le mur punk "Gun Shy", sur lequel on vient buter avec un certain plaisir masochiste. Le reste de l’album est tout aussi bon, bien que moins percutant, ce qui confirme que le groupe semble plus à l’aise dans les cavalcades punk que dans l’indie-rock chaloupé. C’est d’ailleurs ce qu’on retient au final : un son énorme, avec le duo basse/batterie qui fait un chantier démesuré, laissant place à un rock qui ne s’embarrasse pas de détails mais qui garde tout de même son esprit joueur et insouciant.
Punching Joe

L'album s'écoute en intégralité ici.

vendredi 16 août 2013

The Readymades-I’m a Man, I’m a Flower

Made in Sacramento 2/2



Après un premier épisode consacré à l’histoire de Public Nuisance, les génies sixties oubliés, on effectue un bond dans le temps pour se retrouver à l’orée des années 2000 avec the Readymades. Une plongée au-delà du lo-fi en compagnie d’une bande de gamins bien trop timbrés pour se faire une place à l’époque du "garage Converse".

C’est par une orgie rock’n’roll débridée que se conclue l’unique album des Readymades de Sacramento I’m a man I’am a flower. Une reprise apocalyptique de "Wild Thing", de plus de dix minutes, sous forme d’un jam sur-saturé qui se perd rapidement dans un brouillard de larsens, et autres sons inidentifiables, fascinant. Et forcément on pense aux Hunches, référence des années 2000 dans la catégorie "garage de l’extrême", dont la musique, trop brûlante pour cette période tiède, était animée par la même furie.


Pourtant, en bon groupe de lycée éphémère, les Readymades n’auraient jamais dû enregistrer de chansons. Le bassiste Charles Albright se souvient : "Nous étions trop jeunes pour penser à sortir un disque. En fait, les chansons ont été enregistrées après notre séparation. J’étais très attaché à ce groupe alors j’ai motivé tout le monde pour qu’on enregistre quelque chose, au cas où…j’ai bien fait finalement. On a aussi failli sortir deux 45 tours, un autoproduit et un sur le label de Scott Soriano, Moo-La-La Records, mais aucun n'a vu le jour." En effet, Charles a bien fait puisque douze ans plus tard le label de Los Angeles Mt.St.Mnt. (Mount Saint Mountain) vient d’éditer ces enregistrements inédits captés chez Chris Woodhouse, créant l’album I’m a Man, I’m a Flower, soit 13 titres garage-punk parfaitement amateurs et destructeurs.

Cette énergie folle, dénuée de considération pour le son, qu’on pourrait qualifier de no-fi, est le produit de la rencontre entres quatre ados désintéressés, qui voulaient simplement faire du bruit dans leur cave : "Le groupe s’est formé à la fin des années 90, poursuit Charles Albright, et était composé de moi-même à la basse, Candice Adams au tambourin, Jeff Melendez derrière les fûts et Sir Richard M. Haley au chant et à la guitare. On s’était rencontré dans un lycée de la banlieue de Sacramento. Avec Candice et Jeff on avait un groupe de punk hardcore, Milhouse SMF tandis que Richard jouait dans Wil Sweeties, un groupe fortement influencé par Billy Childish. On n’avait aucune ambition si ce n’est d’avoir un groupe ensemble et de tenter des choses. Je n’avais jamais joué de basse et Richard voulait s’essayer au chant."


De cette formation hasardeuse se dégage une tornade de spontanéité qui redonne foi dans le mot rock’n’roll. Cette immédiateté est d’ailleurs soulignée dans le nom même du groupe, en référence à Marcel Duchamps. Essentiellement composé d’éjaculations garage-punk d’1m30, I’m a Man, I’m a Flower, est un disque fracassé où rien ne tient debout, où tout dérive. On aperçoit donc les Hunches, mais aussi l’ombre titubante des Mummies tout comme le groove déchiré des Cramps. A côté de la plaque, les Readymades l’étaient donc forcément : "A l’époque on ne se sentait proche de personne. On jouait beaucoup avec les A-Frames, un super groupe. The Wizards aussi, des potes de Sacramento mais que personne ne connait. En fait on ne se retrouvait dans aucune scène garage à la mode à l’époque. Il y avait beaucoup de poseurs, ça ne nous correspondait pas. Finalement on avait plus de choses en commun avec des groupes actuels, comme Ty Segall, Thee Oh Sees ou toute la constellation Burger Records. Enfin je ne vais pas nous comparer à eux, ils sont bien meilleurs." 

Le groupe se sépare à l’amiable, les membres étant engagés dans d’autres formations (les Duchess of Saigon pour Richard M. Haley et une carrière solo pour Albright). Reste donc un disque, témoignage d’une période éphémère qui a cependant permis aux Readymades d’écumer les petites salles de concert de la côte Ouest : "Si l’on n'a rien sorti, on a quand même fait beaucoup de concerts. Je me rappelle de premières parties des Urinals, des High Fives. On a même dû ouvrir pour les White Stripes, mais je ne suis plus sûr. On ne faisait pas l’unanimité mais on rigolait bien quand on se rendait compte qu’on faisait fuir les gens. J’ai même fait une cassette avec les rires des spectateurs qui se foutaient de notre gueule lors d’un concert à San Jose." Pourtant, aujourd’hui, on n’a plus envie de rire, bien trop triste à l’idée qu’on ne pourra jamais voir Richard Albright et sa bande jouer "Ad Reinhardt Syndrome" ou la sublime "Pink". Tout comme on ne pourra probablement pas mettre la main sur le vinyle de Mt.St.Mnt., réédité à seulement 100 exemplaires ayant déjà trouvé leur propriétaire.

Quand à Sacramento, notre fil conducteur, Richard Albright nous en livre une vision loin des stéréotypes : "Sacramento est un ville attachante, qui mêle l’esprit de la Baie de San Francisco, toute proche, avec une ambiance Midwest. La vie y est très agréable et il ne faut pas la sous-estimer. Ma famille a ses racines là bas et je fais de mon mieux pour mettre en avant ses qualités et en faire un endroit cool. C’est facile d’y lancer un groupe et de commencer à répéter, même s’il manque la cohésion et la dynamique qu’on retrouve à San Francisco par exemple."

Propos recueillis par Punching Joe


♦Rappel : l'épisode 1 de notre mini-dossier "made in Sacramento" avec Public Nuisance.
♦Une playlist concoctée par Charles Albright, et le lien vers son bandcamp.

lundi 29 avril 2013

Thee Oh Sees-Floating Coffin

Quiconque a un jour croisé la route de Thee Oh Sees pourra témoigner de l’expérience incroyable que représente un de leurs concerts. Cristallisant toute leur folie au service d’une interprétation maniaque, les Californiens font partie de ces grands groupes capables de rendre une bonne chanson géniale une fois prise dans le tourbillon d’un face à face avec le public.


Ce clivage studio/live rend parfois l’écoute d’un album des Oh Sees frustrante. Les premiers enregistrements, bien qu’excellents, péchaient par manque d’homogénéité, notamment dans la production, tandis que les suivants n’arrivaient que par séquence, à restituer le climax si particulier de leurs prestations scéniques. Warm Slime en est l’exemple parfait. Si l’on met de côté les deux faux albums solo de John Dwyer que sont Putrifier II et Castlemania, la discographie de Thee Oh Sees est finalement assez bancale. Seul Carrion Crawler/The Dream (2011) a su franchir un cap. Le disque, en apparence casse-gueule (un double EP), s’est avéré être leur enregistrement le plus abouti, porteur d’un son kraut-punk unique. Une telle prestation jusqu’au-boutiste ouvrait la voie à Floating Coffin, qu’on imaginait encore plus radical et possédé.

Peu habituée à se la jouer diesel, la machine se lance dans une explosion de nitroglycérine avec "They come from the mountain". Tendue et nerveuse, la chanson reprend les choses là où Carrion Crawler les avait laissées. Cette introduction galopante est dans la foulée écrasée par le char d’assaut "Toe Cutter-Thumb Buster", qui déploie un son heavy-dark complètement inattendu. Sur Putrifier II John Dwyer laissait entrevoir son côté sombre ; ici, pris dans la démence rythmique imprimée par sa bande, cet aspect explose au grand jour, plus puissant et anxiogène. Thee Oh Sees s’enfoncent alors dans les entrailles monstrueuses d’une bête cauchemardesque avec  "Stawberries 1+2" et "Night Crawler", avant de ressortir titubant pour balancer un "Minotaur" cabossé et magnifique.


Malheureusement le reste de Floating Coffin n’est jamais à la hauteur de cette poignée de chansons vénéneuses. "Tunnel Time" tente le coup le tube régressif à base de "lalalala" et de riff carnassier, mais paraît perdue dans cette ambiance enfumée. Les autres titres qui complètent la tracklist ("Floating Coffin", "Maze Francier"…) ne sont que des ébauches kraut-psyché appelant à une orgie entre épileptiques mais, finalement, ne font voir ni chair fraîche ni giclées de bave. Une situation d’autant plus frustrante qu’on retrouve un Petey Dammit au sommet de son art, décidé à faire tout péter à l'aide de sa basse. Le cul entre deux chaises, Floating Coffin s’aventure dans des territoires inexplorés, sans oser s’y perdre. Thee Oh Sees n’en sont plus à un suicide commercial prêt, alors remplir une face avec un trip germano-psyché-intergalactique était tout à fait à leur portée.
Punching Joe

mercredi 24 avril 2013

Dusty Mush, Pain Dimension : Melun Connection

Si vous vous baladez un jour du côté de Melun, vous croiserez peut-être, au détour d’un skate park, des jeunes gens qui vous parleront reverb, Back from the grave et Thee Oh Sees. Il s’agira probablement des membres de Dusty Mush et Pain Dimension, groupes locaux qui, entre deux kickflip, explorent les routes sinueuses d’un garage-rock sale et saturé.


L’année 2013 débute en trombe pour les Dusty Mush qui viennent de sortir deux K7. La première est un split en compagnie des Sud-Africains the Future Primitive, publié par le label américain Cheap Miami. Sur leur face, les Dusty Mush envoient un garage primitif et angoissant, porté par une rage toujours contenue. La tension est déjà palpable sur "Space Cat" et "Boogie Bogger" mais c’est grâce à "Cowboy Express" qu’elle s’exprime pleinement, dans une superbe chanson flinguée qui enrhume le cerveau. Cheap Miami a également réédité la première K7 du groupe (tirée à 15 exemplaires en 2012), agrémentée de deux nouveaux titres. On retient notamment de la face A "Tom Pitt’s Acid Trip", soit quatre minutes de déglingue sous anxiolytiques. La face B, elle, met en avant une très cool reprise de "Yeah" des Alarm Clocks.


De son côté Pain Dimension célèbre sa première sortie physique, une K7 trois-titres faite maison et tirée à 30 exemplaires. L’enregistrement dévoile tout le potentiel du jeune groupe qui s’avère capable de jouer sur plusieurs registres. "I’m a dreamcatcher" plaque un gros riff façon early-Black Keys tandis que "Seven Fingers Hand" éructe un garage maladif et grinçant. Mais c’est avec "Vacuum Head" qu’ils surprennent le plus en livrant une jolie balade cauchemardesque. Tout comme leurs potes Dusty Mush, les Pain Dimension se tiennent prêts à répandre leur fougue de banlieusards enragés à qui veut bien l’entendre.


Punching Joe

-N'hésitez pas à explorer les pages bandcamp des groupes et à vous procurer leurs cassettes : Pain Dimension et Dusty Mush.
-Pour en savoir plus sur eux, une seule solution : écouter Yummy, Radio Campus Paris.

lundi 4 mars 2013

The Tough Shits / Audacity

Comme il n’est jamais trop tard pour parler d’un bon disque, nous allons faire un petit retour en 2012 et évoquer deux excellentes sorties, passées un peu inaperçues, signées the Tough Shits et the Audacity. Deux groupes aux styles différents mais qui partagent, d’une part le même label (Burger Records) et d’autre part la même envie d’une musique immédiate, simple et décontractée.


Commençons par les poppeux : the Tough Shits. Arborant un nom débile et une pochette mettant en scène une bande de freaks qui foutent le boxon dans une fête foraine, the Tough Shits a en apparence tout du groupe punk bas du front. Erreur ! L’écoute de ce LP révèle une jolie collection de chansons pop grésillantes et catchy, qu’il est difficile de bouder. 

Sans rien révolutionner, le quatuor originaire de Philadelphie élève au contraire la banalité au rang d’Art. Les structures, tout comme les refrains, semblent familiers mais prennent une dimension casse-gueule délicieuse dans les mains des Tough Shits et de leurs paroles décalées. Du garage-pop ("Try not to laugh") au rock simplet ("Hombre de la Cocaina") en passant par la pop intemporelle ("Early Grave", "Security Blanket" et surtout la superbe "She’s a loner"), the Tough Shits livrent un de ces disques "mineurs" très attachants, réjouissants en toutes circonstances. 

On traverse maintenant les Etats-Unis pour trainer du côté de Fullerton, Californie, où sévit the Audacity et son punk débraillé. Repéré en 2009 grâce à leur premier LP Power Drowning, patate chaude garage-punk enregistrée dans des chiottes, le groupe repointe le bout de ses cheveux gras avec Mellow Cruisers, toujours chez Burger.


En trois ans the Audacity a étoffé son identité sonore et diversifié sa palette. Les compositions sont désormais plus sinueuses, avec des changements de rythmes bien sentis ainsi que l’ajout de gimmicks pop accrocheurs ("Garza Girls", "Extensions"). The Audacity n’a pas pour autant perdu son âme de slacker je-m’en-foutiste, ce qui permet à Mellow Cruisers de garder toute sa fougue adolescente ("Indian Chief", "Funspot"). Il ne manque qu’un gros tube.
Punching Joe

L'album Mellow Cruisers est en écoute ci-dessous. Il vient d'ailleurs d'être repressé par Burger Records.

jeudi 14 février 2013

Le Chômage-s/t LP

On sait finalement peu de choses de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, cet agglomérat hétéroclite de groupes qui, depuis près de dix ans, sillonne les ténèbres du rock’n’roll. Et c’est peut-être aussi bien d’en rester au mythe, de fantasmer sur les noms de Phil Scrotum, Seb Normal ou Thurston Mourad, et d’être hypnotisé par ce fameux totem, une croix à trois branches parce qu’"on est de Gaulle et Jésus réunis." Côté groupes, difficile de dresser une liste exhaustive, mais on citera tout de même, pour les plus connus, Feeling of Love ou Cheveu et pour les plus confidentiels, the Dreams, AH Kraken, Ventre de Biche, Delacave, 1400 point de suture et Sida. Un florilège de noms géniaux dans lequel on a pioché Le Chômage qui a sorti son premier LP à l’automne 2012.

moche by sebnormal

Le groupe se fond parfaitement dans le moule de la secte en mettant en avant un univers déviant et malsain. Un rapide coup d’œil à la tracklist met la bave aux babines avec des titres comme "Moche", "Hémorragie", "Traître" ou encore "Amour Légionelle". Le délire se confirme dans les chansons de Chômage qui joue un post-punk glacial fleurant bon les cages d’escalier d’un hôpital psychiatrique hanté. Emmené par une basse taillée dans l’acier (tenue par Seb Normal, batteur de Feeling of Love) le quatuor développe toute sa personnalité sur les titres les plus longs. "Hémorragie" lance la machine dans le sang et les hurlements, suivie par la noise "Moche", sublimée par des paroles mémorables ("une embrouille toute foireuse où tu prends un coup de surin […] une soirée d’amoureux où ta meuf baise tes copains"). "Dorniek" ligote ensuite l’auditeur dans une cave humide et noire pour l’agresser avec sa batterie hystérique. A peine le temps de retrouver son souffle que le diptyque "Fanfare/Traître", toujours plus cramé et inquisiteur, nous plonge dans l’antre de la folie où nous attend "Amour Légionelle" qui se charge de nous faire enfiler une camisole de force. Plus fucked-up tu meurs. A l’Est, le renouveau.
Punching Joe
L'album est en écoute intégrale ci-dessous.
Le site de Grande Triple Alliance Internationale de l’Est.

vendredi 25 janvier 2013

Bikini Gorge-Stranded



Découverts dans l’ambiance enfumée par les effluves de frites fraîches de l’Armony à Montreuil (le meilleur rade d’Ile de France), les Rennais de Bikini Gorge viennent de sortir un premier 45 tours chez les excellents Nantais de Kizmiaz Records.


A l’intérieur de ce duo guitare/batterie on note la présence de Charles, la moitié des fêlés Combomatix. Sans surprise, on retrouve donc cette même envie d’une musique primaire et corrosive, plus guidée par le rythme des pulsations sanguines que par les inflexions de l’esprit. Leur concert à l’Armony était d’ailleurs une belle démonstration de radicalité garage, éloignée de toute pose.

Stranded est un excellent EP qui confirme les impressions live puisque le groupe ne perd pas son côté instinctif et on ne peut s’empêcher de rapprocher leur garage rêche de celui des Gories de Mick Collins.
Punching Joe

jeudi 10 janvier 2013

Moondawg Jones-The Ascension of

Caverne d’Ali Baba ou boîte de Pandore, le web demeure un espace de diffusion complexe pour la musique. Là où les groupes fourmillent, combien de trucs sympas pour une vraie claque sonique qui nous accompagnera pendant des années ? Loin de moi pourtant l’idée de jouer au grincheux qui n’a pour raison de vivre que les "groupes qui comptent", car je ne cracherai jamais sur "un bon petit groupe", aussi éphémère soit-il. En fait ce qui m’interroge le plus dans la profusion de nouvelles formations c’est leur capacité à étonner. Comme moi, ils font partie de cette génération internet ayant acquis une culture musicale en farfouillant dans ces immenses archives de la musique, tout d’un coup disponibles à portée de clic. Rien de plus facile désormais, avec une petite étincelle de passion, que de devenir un érudit, un esthète en herbe. Le problème est que quand j’écoute tous ces groupes à la culture musicale de plus en plus pointue, justement, je n’entends que celle-ci. Un bien pour un mal en quelque sorte car, si la musique s’est toujours construite sur son passé, j’ai l’impression qu'à l'heure actuelle, plus que jamais, elle croule sous les références. Or, j’attends souvent autre chose de la musique qu’un étalage de ces dernières, aussi flatteuses et brillamment exécutées soient-elles. De là à dire que certains musiciens d’aujourd’hui seraient trop cultivés pour émouvoir…peut-être. En tout cas je comprends mieux pourquoi j’aime tant des Tim Cohen, Growlers ou autres Eddy Current Suppression Ring, qui transcendent selon moi toute filiation. Et c’est pourquoi également je suis assez fasciné par Moondawg Jones, dont la musique sulfureuse et  intrigante titille autre chose que ma, certes modeste, banque de données.

Le clip de "Duncing"

Il est pourtant difficile d’arrivée jusqu’à lui puisque Moondawg Jones reste tranquillement tapi dans les abysses du web. Une page bandcamp sans trop d’informations, une seule vidéo sur youtube (voir ci-dessus), un tumblr et une  petite poignée de « likes » sur facebook, c’est presque un fantôme. En creusant un peu, on apprend que Moondawg Jones est le projet de Joseph Still, apparemment vendeur de sandwichs à Springfield (Missouri) et membre de Ghost Dance et Chris Gnarly. De plus, il n’a aucune sortie physique pour l’instant mais sa page bandcamp (où tout est gratuit) est heureusement bien remplie. On y trouve notamment The Ascension Of, un enregistrement de onze titres qu’il a mis en ligne courant novembre 2012.

Sur la forme, le disque est dans l’air du temps, et de prime abord Moondawg Jones ne fait que du garage-punk-noise ultra lo-fi. Mais c’est dans l’exécution que quelque chose se passe. Je ne sais pas ce qu’il avait à expier mais il met ses tripes sur la bande avec une sincérité saisissante. Dès "Winchusay" l’ambiance est pesante et une guitare écorchée fait face aux cris plaintifs d’un refrain terrifiant. The Ascension Of touche ainsi à  une intimité rare, Moondawg Jones nous invitant dans sa chambre lugubre où des fantômes tourmentés interfèrent avec sa musique possédée. Des chansons hantées donc, pour un disque qui atteint parfois des sommets d’angoisse, le genre de choses qu’on avait plus entendues depuis les Warlocks ou Jay Reatard. Pour rentrer dans le détail, The Ascension Of, bien que dense, est assez varié, entre pop vénéneuse ("Vunder", "Dick Trickle") et punk-noise décadent ("Zimmy", "Winchusay"). Il possède aussi quelques fulgurances mémorables comme "Duncing" et "Majic" qui vous pourchasseront jusque dans vos rêves.


Terré dans son coin, Moondawg Jones cristallise sur ce disque une énergie primaire qui fascine et obsède. Il ne cherche pas le vrai son, le bon goût, et toutes ces notions aux résonances plus religieuses que musicales, qui essayent de nous faire croire en l’existence de chapelles immuables et nous font perdre de vue l’essentiel frisson. C’est pour cela que sa musique dégage une fraîcheur vivifiante et exorcisante qu’il convient de s’imprégner sans modération.
Punching Joe

The Ascension of en écoute intégrale ci-dessous et en téléchargement gratuit sur la page bandcamp de Moondawg Jones, ainsi que tous ses autres enregistrements.

dimanche 23 décembre 2012

Interview : Mesa Cosa

Pour leur dernière sortie les français de Casbah Records sont allés jusqu’aux Antipodes pour dénicher le groupe australien Mesa Cosa. Un choix cohérent puisque le son dévastateur du sextette basé à Melbourne est en parfaite adéquation avec le label qui arbore comme logo un rhinocéros à la charge. Sur Infernal Cakewalk les Mesa Cosa n’y vont pas par quatre chemins : poussées dans leurs retranchements, les guitares posent d'emblée les bases d’une orgie sonique qu’on imagine, dès l’intro de "666", bien salasse. Mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un saxo diabolique, hurlant à la mort, et, cerise sur le gâteau, d’un chant en espagnol totalement possédé. En l’espace de dix titres Mesa Cosa éructe des hymnes garage-punk à la gloire du diable et de la mort, avec tout le détachement et le fun hérités de leurs ancêtres sud-américains (d’ailleurs Infernal Cakewalk se clôt sur une reprise de Los Saicos). Pour saluer l’excellente initiative de Casbah qui a réédité en vinyle ce disque dingo, on a posé quelques questions à Pablo, le leader d’origine mexicaine de Mesa Cosa.

   
     Comment est né Mesa Cosa ?
J’étais dans un festival et je suis allé voir une diseuse de bonne aventure qui m’a dit de faire un groupe, alors je l’ai écoutée. On a commencé à former le groupe autour de Stewart (tambourins), un ami de longue date, et moi. On a tout de suite adoré le truc organique qui s’est dégagé. Une fois le line-up en place, un saxophoniste est venu se greffer (Llod), il se pointait à pas mal de nos concerts, jouait même avec nous, alors il est devenu un membre officiel. On est basés à Melbourne mais en fait personne n’est vraiment originaire de la ville, on s’est juste rencontrés là bas.

     Quelle est l’histoire de ce Infernal Cakewalk ?
C’est assez basique, on voulait faire des chansons fun et qui font du bruit, histoire d'avoir une excuse pour gueuler tout le temps. On a la chance d’avoir une maison où l’on peut jouer jusqu’à très tard dans la nuit, alors on a commencé à jammer et des chansons sont nées. Ensuite on a économisé de l’argent et on a enregistré tout ça dans le salon, en une journée.

     Pourquoi cette référence à Méliès dans le titre du disque ?
C’est marrant : une nuit je regardais des vidéos sur youtube et je suis tombé sur Infernal Cakewalk de Méliès. J’ai remarqué que le film fonctionne sur le même tempo que notre chanson "666", j’ai alors assemblé les deux et ça a donné le clip. De plus, j’adore tous les symboles, l’univers fantasmagorique et les représentations du diable chez Méliès, on s’est dit que ça serait une bonne idée d’intituler notre disque comme ça.

   
     Comment avez-vous rencontré les français de Casbah Records ?
Je crois que je leur ai envoyé un message une nuit où j’étais défoncé (peut-être la même où j’ai trouvé le film de Méliès) et puis j’ai complètement oublié. Sauf que deux mois plus tard ils m’ont répondu : "ok, on va sortir votre disque",  ça a été un choc !

     C’est important pour vous de le sortir en vinyle ?
Oui, je trouve que c’est un objet qui laisse une véritable trace. Aujourd’hui c’est trop facile de perdre, d’oublier, la musique avec les autres formats. Le Cd c’est fragile, les cassettes c’est chiant…le vinyle c’est le top. En plus on a la fierté de pouvoir dire "on a fait ce truc".

    Jay Reatard a dit un quelque chose comme : "Je peux faire des trucs pop quand je suis en studio, mais une fois sur scène c’est la guerre." Avec vous il semble que ce soit la guerre aussi bien sur scène qu’en studio, d’où vous vient toute cette puissance, cette hargne ?
On a formé ce groupe avec l’idée d’être authentiques. Je vois trop souvent des mecs qui se la pètent, qui essayent à tout prix d’être cool, je trouve ça chiant. Je me suis dit que six mecs qui hurlent dans des micros peuvent être meilleurs que tout ça, et c’est ce qu’on fait. Tu ne peux pas mentir avec l’énergie. Les gens veulent aussi de cette énergie quand ils viennent te voir. Etre capable de leur en mettre plein la gueule et de leur faire oublier un temps leur vie, leurs problèmes, en s’amusant, c’est bien. Voilà, si je devais résumer Mesa Cosa en quelques mots je dirais : de l’énergie, de l’honnêteté, de l’excitation, du bruit, du bordel, du fun.

     

     Qu’est-ce qui te plaît tant dans le garage sud-américain ?
Tout ! J’aime la langue, les symboles utilisés, le son est sale, rêche, granuleux, bref, c’est quelque chose d’unique.

     Dans ta bouche, l’espagnol résonne vraiment comme une langue taillée pour le rock’n’roll…
Oui, il n’y a rien de mieux ! C’est des sons vraiment cool, du genre "moe sta-ca-ta-ma-cha-os". C’est fun à chanter et c’est surtout très rythmique, ça me plait beaucoup.

     Vous reprenez "Alcatraz" des Saicos, pourquoi ce groupe ?
C’est un groupe vraiment incroyable, toutes les chansons sur leur disque sont géniales. Ils ont vraiment un son particulier, un peu brumeux, sale et sombre mais aussi très mélodique. Je pense que c’est un groupe indispensable qui a eu beaucoup d’influence.

     Quelles sont alors vos grandes références ?
Je réponds toujours de la même manière : The B52’s et Los Saicos. Après il y a plein d’autres groupes que l’on adore : JC Satan, Wau y Los Arrrghs, the Zoobombs, Ty Segall, thee Oh Sees, Black Sabbath, Spaceman 3, Molotov, Beastie Boys, Brian Jonestown Massacre, etc. Mais les deux incontournables ça reste B52’s et Los Saicos.

     

     Vous utilisez un saxophone alors que les cuivres sont de plus en plus rares dans le revival garage, pourquoi ce choix ?
En fait ce n’est pas trop un choix ! On a rencontré notre saxophoniste à des fêtes, on était défoncé, on prenait des acides et on faisait des concerts vraiment bruitistes. Ça tombait bien, il adore tout ce qui est noise, il adore le métal, du coup au fur et à mesure des concerts avec lui on l’a intégré au groupe. Ça fonctionne bien.

     Dans vos textes vous êtes obsédés par le diable, l’enfer, la mort …
La mort et le diable sont des concepts que j’adore manipuler, ce sont des sources inépuisables d’idées et de symboles. Par exemple si l’on se place dans la perspective mexicaine, là bas les diables sont colorés, il y en a des bons, des mauvais. Pareil pour la mort, on peut la célébrer, se moquer d’elle. On évoque aussi parfois des choses plus légères, avec Dieu, Marie, etc. Ça me plaît vraiment de parler de tous ces trucs cosmiques, tribaux, mystiques, c’est beaucoup mieux que de chanter sur les filles.

     Qu’est-ce qu’on pense de Mesa Cosa en Australie ?
Justement je pense que les gens ne savent pas trop quoi en penser pour l’instant, on est un peu insaisissables. Mais ça s’améliore de semaines en semaines j’ai l’impression, ils s’habituent à notre manière de jouer, dure et en hurlant tout le temps. Mais je comprends qu’il puisse falloir du temps à apprécier des mecs qui gueulent des trucs sur le diable en espagnol.

     Il y a une scène incroyable à Melbourne, t’aimes vivre là bas ?
La scène musicale de Melbourne est juste dingue, il y a presque trop de bons groupes, à tel point que la compétition est acharnée. Il y a quand même pas mal de branleurs aussi, qui jouent à "qui sera le plus cool" avec tout ce que ça peut avoir de cynique, parce qu’il faut dire qu’à Melbourne c’est très facile de jouer, alors il y en a qui ne se foulent pas trop. Mais bon la plupart ce sont des groupes super comme Midnight Woolf, Baptism of Uzi, The Murlocs (en écoute ci dessous), King Gizzard, Royston Vasie, Damn Terran, ScotDrakula, et beaucoup d’autres.

   
     Quelles sont les meilleures conditions pour écouter du Mesa Cosa ?
En live, je dirais : bourré, un peu défoncé, dans une petite salle tard dans la nuit, avec plein de monde et un ampli cassé.
Le disque : au casque, vraiment défoncé et les yeux fermés.

     Vous semblez appliquer le “rock’n’roll way of life”…
Haha, ouais carrément !

     Vous allez tourner en dehors de l’Australie bientôt ?
On en a très envie ! On aime beaucoup la France et on adorerait venir et par la même occasion aller en Espagne et en Allemagne. On en a parlé avec Ben de Casbah Records, si on a assez d’argent une tournée est envisageable mi-2013 sinon il faudra attendre début 2014.
Punching Joe

Pour continuer :

-L'interview en anglais / For english readers
-Le site de Casbah Records
-Une chronique complète de Infernal Cakewalk
-A noter que la pochette de Infernal Cakewalk (ci-dessous) a été réalisée par CM Ruiz qui avait déjà travaillé avec Davila 666 et Dead Ghosts et que le disque a été masterisé par l'omniprésent Mickey Young des Eddy Current Suppression Ring.

lundi 19 novembre 2012

Paws-Cokefloat !

Même s’il apparaît finalement peu dans ces lignes, l’indie-rock est très apprécié par ici. Récemment est sorti le dernier Dinosaur Jr (Bet on Sky), et si je n’ai pas chroniqué cette nouvelle livraison du trio Mascis-Barlow-Murph, ça ne m’a pas empêché d’en penser beaucoup de bien. Et ouais, les riffs à la fois tendres et grossiers des années 90, c’est aussi mon truc. Alors, c’est avec une joie non dissimulée que j’ai accueilli Cokefloat !, le premier LP des écossais de Paws, qui transpire de tout son être le rock adolescent et décomplexé made in nineties.

Power-trio bien basique, Paws ne fait pas vraiment dans la dentelle. Cokefloat ! se constitue en grande partie de titres instantanés, en forme d’hymnes punk-rock à l’efficacité redoutable. Que ce soit sur le tubesque "Jellyfish", ou "Homecoming" et "Bloodline", ça joue vite et bien, sans vraiment s’encombrer de détails. Il faut dire qu’il y a ce son typique dont la spontanéité balourde et l’insouciance font forcément mouche : guitare à la fois musclée et délicate, basse ronflante et bien sûr caisse claire parfaitement surmixée : les bougres ont compris tout ce qui faisait le charme de l’esthétique sonore du genre. En plus, la production est de leur côté, avec un grain bien épais qui évite aux compos de franchir la ligne rouge les séparant du mauvais goût.

 "Jellyfish", live

Mais il ne faut pas se fier à ce premier degré assumé par Cokefloat ! car le disque possède d’autres facettes. Derrière leurs dégaines dumb’n’dumber, les Paws sont en effet capables d’écrire de vraies belles chansons qui élèvent le disque à un autre niveau. La délicatesse gauche de "Pony" par exemple est très touchante,  tout comme la mélancolie irradiante de "Catherine 1956" qui ouvre le disque avec grande classe.

Et, toujours à la manière des bons disques nineties, Cokefloat ! est un peu trop rempli. Il aurait sûrement gagné à n’être composé que de dix morceaux au lieu de treize. Mais bon, c’est la tradition et c’est ce qui fait aussi tout le charme de la démarche, pleine d’envie, de fraîcheur et d’ondes positives. 
Punching Joe

L'album, sorti sur Fat Cat Records est en écoute intégrale ci-dessous :


mercredi 7 novembre 2012

Ty Segall et les reprises



L’art de la reprise. Si elle est parfois peu excitante et inutile, elle reste pourtant essentielle dans l’histoire de certains courants musicaux contemporains. Le garage sixties par exemple, qui a construit son identité en réinterprétant avec fureur certains standards du rock’n’roll et du RnB. La tradition ayant perduré, les jeunes pousses d’aujourd’hui n’hésitent pas, à leur tour, à faire parler leur imagination et à se frotter à la discographie des aïeux. 

Et si quelqu’un fait figure de maître en la matière, c’est bien Ty Segall. En plus de construire une discographie colossale, il nous gratifie à intervalles réguliers de reprises dont il a le secret, que ce soit sur LP, 45 tours ou split album. Une manière de se défouler et de rendre hommage aux groupes qui ont compté pour lui. Ainsi il n’y a rien de mieux que de jeter une oreille à ses covers pour en apprendre un peu plus sur le personnage. Sans surprise on découvre un Ty Segall aux références qui dépassent largement les frontières du garage : punk (Chain Gang, Ramones, GG Allin…), glam (Bowie, T-Rex), psyché (Pink Floyd, Captain Beefheart), ou des classiques (Velvet, Brian Eno), Ty n’oublie personne. On a eu envie de regrouper dans une même playlist toutes ses reprises ayant été gravées sur du microsillon depuis qu’il exerce en solo. On a essayé d’être exhaustif mais il est fort probable qu’on en ait oubliées quelques unes, cachées au fin fond d’une collaboration ou d’un 45 tours pressé à 50 exemplaires (de la même manière on n’a pas mis le Ty Rex en entier). 

Vingt-trois reprises, plus de quarante minutes de musique : Enjoy !


 Ty Segall covers

Le Tracklisting complet avec un lien vers les versions originales :

>"Son of sam" - It, Chocolate Covered. (l'originale de Chain Gang)
>"You Should Never Have Opened That Door" - S/T LP, Castle Face (l'originale des Ramones)
>"Bike" - Horn the Unicorn, HBSP (l'originale de Pink Floyd)
>"Be a caveman" - Ty Segall / Black Time, Telephone Explosion ‎(celle des Avengers aussi reprise par les Dwarves, dont Segall semble s'être directement inspiré)
>"Do it clean" - My sunshine, Trouble in Mind (l'originale d'Echo & the bunnymen)
>"Take Up Thy Stethescope And Walk" - Reverse shark attack, Kill Shaman (l'originale de Pink Floyd)
>"Dropout Boogie" - Lemons, Goner (l'originale de Captain Beefheart)
>"Maria Stacks" - Ty Segall / thee Oh Sees, Castle Face (l'originale des Oh Sees)
>"Bulletproof nothing" - Caesar, Goner (l'originale de Simply Saucer)
>"Pretty Woman" - Our Boy Roy, Telephone Explosion (l'originale de Roy Orbison)
>"Buick Mackane" & "Salamanda Palaganda" - Ty Rex, Goner (Celles de T-Rex ici et là)
>"2+2=?" - Split 45t, Trouble in Mind (l'originale de Bob Seger)
>"Don’t talk to me" & "Baby baby baby" - Live In Aisle 5, Southpaw (GG Allin et the Vibrators)
>"Cherry Red" - Spiders, Drag City (l'originale de Groundhogs)
>"Fame" & "Suffragette City" (with Mikal Cronin) - Group Flex, Castle Face (celles de Bowie ici et là)
>"I think I’ve had it" - Singles 2007/2010, Goner (l'originale des Gories)
>"Needles In The Camel's Eye" (with Dillon Watson) - I Hate the kids 7", Nashville's dead (l'originale de Brian eno)
>"The Bag I'm In" & "Diddy Wah Diddy" - Slaughterhouse, In the Red (Fred Neil et Bo Diddley)
>"Femme Fatale" - Velvet Underground & Nico Tribute, Castle Face (l'originale du Velvet)

mercredi 5 septembre 2012

The Bad Lovers, Actin’ Strange


Originaires d’Austin, Texas, The Bad Lovers ont égayé notre été grâce à Actin’ Strange, un premier LP brillant et rafraîchissant. Derrière leurs apparats de routiers peu commodes, veste en jean badgée et barbe à l’appui, se cachent en fait des garçons au cœur tendre, aussi à l’aise pour tisser un rock’n’roll exaltant que pour déclarer leur flamme à des pin-up aux courbes généreuses. 

Actin’ Strange est un album instantané comme on les aime. Puissantes, fougueuses, fun, touchantes, les chansons des Bad Lovers rayonnent par leur simplicité et leur spontanéité. Il faut dire qu’en termes d’écriture, les Texans  n’ont plus grand-chose à apprendre, faisant preuve d’une inspiration, dans chaque riff, dans chaque break, assez bluffante. Ainsi le début du disque saute aux oreilles, enchaînant quatre rock’n’roll songs à un rythme fou. Entre boogie coupé au punk, décontraction power-pop, et garage régressif, la mayonnaise prend instantanément, nous laissant seul face à notre capacité à remuer les hanches et hocher du front en cadence. Ils jouent juste aussi sur la production, celle-ci étant propre et impeccable, pas lisse hein, propre, parce que ces mauvais amants n’ont rien à cacher derrière des saturations.

"Back away from me", live

Après un "Nightlife" intense, nous rappelant fortement les feu Bare Wire, "The Price You Pay" vient titiller la corde sensible et nous faire pleurer des larmes de bière avec son joli refrain. Une chanson aux étonnants accents british ; sensation que confirme "Back Away From Me" qui sonne carrément comme du Libertines. En effet, Actin’ Strange est également très varié, tout en gardant une belle cohérence, et après les fulgurances initiales on ne crache pas sur un slow alcoolisé comme "Playin’ the fool", parfaitement chaloupé et qui permet de respirer un peu. L’album se termine de la meilleure des manières, avec délicatesse, d’abord avec la douce-amer "Pieces", où on retrouve encore une fois un chant flamboyant. Puis avec "You and I", love-song exutoire, ambiance fin de soirée, qui donne envie de s’enlacer pour chanter et postillonner son refrain aussi bête qu’imparable : « You aaaand I will neeeever diiiiiie ». 

Ce premier LP des Bad Lovers, un peu comme le dernier King Tuff, est une parenthèse salutaire dans le paysage garage-rock actuel. Les quatre Texans allient parfaitement riffs saignants et sensibilité, balançant 12 chansons évidentes, qui touchent autant les tripes que le cœur. A faire tourner en boucle.
Punching Joe

En plus :
L'album est paru sur un tout nouveau label texan, Burger City Rock'n'Roll
On peut également le choper sur la boutique de Bachelor Records

L'album en écoute ci-dessous :

dimanche 8 juillet 2012

Slutever, Pretend to be nice, EP



A l’honneur dans ce billet, des meufs qui en ont une sacrée paire : le duo Slutever. Il semble qu’on ait loupé un truc vraiment cool en 2011, en passant à côté de leur EP Pretend to be nice...il est donc temps d'en parler. 

Nicole Snyder et Rachel Gagliardi sont deux amies adeptes de la weed et des burgers mcdo qui vivent à Philadelphie. Elles qualifient elles-mêmes leur musique de "bratpunk", comprenez punk de morveux, de sales gosses. Et c’est exactement de ça qu’il s’agit car s’il y a bien une chose que Slutever n’est pas, c’est un groupe de jolies poupées aux voix surfaites et aux allures de pubs ambulantes pour American Apparel. Des vraies de vraies je vous dis. Dignes héritières du riot grrrl. D’ailleurs leur musique peut clairement rappeler certains riffs hargneux des grandes Bikini Kill.


En 2010 elles ont enregistré un premier EP maison, au chouette titre Sorry I’m not sorry et au son totalement lo-fi. Elles récidivent en 2011, avec Pretend to be nice, en se faisant aider cette fois par Bantic Media (qui, si j’ai bien pigé, est une sorte de label de leur fac). Le son des quatre pistes est alors plus en place, moins dégueulasse. Certains morceaux, comme mon petit préféré "No offense", déjà présents sur le premier EP, révèlent avec le nouvel enregistrement davantage leur potentiel pop. Les pistes s’en tiennent à leurs bases juteuses garage-punk mais les mélodies se font entendre, appuyées par les voix. Rachel et Nicole se succèdent tour à tour à la batterie, à la guitare et au chant ce qui produit pas mal de variété en seulement quatre chansons, peu commun pour du punk. Quand on leur demande quels sont les groupes cool du moment, Slutever cite volontiers Dum Dum Girls (entre autres) et d'ailleurs le lien entre les deux girls bands est faisable puisque le son des premières est aussi marqué par cette espèce d’évanescence saturée qu’on trouve chez Dee Dee et ses cops (et chez les groupes du même genre). La différence c’est que Slutever est clairement plus radical, ancré de manière évidente dans une boue punk et attaché à un esprit grunge.

Les deux amies sont aussi à la base d’un autre projet, un groupe de punk rock pour enfants (si si), The Weenies dont le premier EP, I can’t like it, comporte des titres aussi significatifs que "I wanna stay up all night" ou "No more veggies". Et puis tout récemment, Rachel a lancé le label Bratty Records (dont l’esthétique du site internet vaut le détour), l’occasion pour les deux amies de sortir un single en cassette, leur dernier morceau "Pussycat"…évidemment.
Hanemone

"Pussycat"



mercredi 27 juin 2012

Eddy Current Suppression Ring, 7'' Demon's demands / I'm Guilty



Si vous ne l’avez pas encore compris, ou si vous êtes nouveau (coucou dans ce cas là !), Eddy Current Suppression Ring est un de mes groupes actuels préférés. En trois albums indispensables et une bonne dizaine de 45 tours, ils se sont imposés comme les maîtres du punk-rock schizo et flamboyant, toujours prêt à t’arracher la mâchoire au détour d'un riff. Alors quand je suis tombé sur ce 45 tours de chez Iron Lung, je me suis jeté dessus. 

Sortie en 2008, cette galette est un bel exercice de style sur le thème du kraut-punk raide comme l’acier. Il marque d’ailleurs très bien la transition entre le fabuleux LP Primary Colours qui  m'avait traumatisé par sa densité et Rush to relax, tout aussi bon, mais plus débridé et perché. 

Sur la face A, "Demon’s demands", le duo basse / batterie nous prend à la gorge tel un pitt' enragé pour ne lâcher sa proie que six minutes plus tard. Et comme ils ne sont pas du genre à faire le boulot à moitié, la guitare de Mickey Young vient régulièrement transpercer les chaires de ses lames acérées, tandis que ce bon Brendan Huntley s'acharne sur nous avec pour seule arme ses éructations possédées. S’il vous reste encore des forces pour tourner le vinyle, ne vous attendez pas à être ménagé, au contraire. La face B, "I’m guilty", est une exécution simple et efficace, façon Ghost Dog le samouraï. Le groupe nous envoûte avec un de ses breaks dont il a le secret pour mieux venir nous cueillir une fois vulnérable. Imparable.

Un 45 indispensable pour les fans, et sur ordonnance du docteur Rock’n’Roll pour les moins préparés.

Punching Joe

(NB : Les deux chansons sont également présentes sur la compilation So many thing, récemment sortie chez Goner records)

Demon's Demands