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lundi 10 juin 2013

Maria False-Death/Mary 7”


Il y a quelques jours on parlait du premier EP de future, un duo parisien adepte des sonorités shoegaze. Le groupe fait partie de l’excellent collectif Nøthing, qui rassemble d’autres formations au goût prononcé pour les mélodies noires et les ambiances vaporeuses. On y retrouve également : The Name Of The Band, Venera 4, Saintes, DEAD et Maria False. Aujourd’hui on s’intéresse à ces derniers qui viennent tout juste de sortir un 45 tours chez le Turc Mécanique.


Maria False n’en est pas à son coup d’essai puisqu’ils avaient déjà enregistré un EP l’année dernière, Artefact, caractérisé par un shoegaze violent et puriste, qui réhabilitait les guitares nucléaires. Sur ce 45 tours la formule n’a pas changé et le quatuor s’applique une nouvelle fois à tout raser sur son passage. Complémentaires, les deux chansons "Death" et "Mary" ne font presque qu’une, déployant ce fameux mur du son où seules les voix surnagent.

A noter que le Turc Mécanique a apporté un soin tout particulier à cette sortie au tirage très limité. Les titres de Maria False sont en effet gravés sur un superbe vinyle transparent. Une autre édition, malheureusement déjà épuisée, avait même été agrémentée d’une pochette psychédélique cousue main. Une jolie manière de militer pour ce format si attachant.
Punching Joe



mardi 14 mai 2013

future-Abyss EP

Si le garage français se porte on ne peut mieux ces temps-ci, les amateurs de saturations vaporeuses ne sont pas en reste grâce à une belle scène noise/shoegaze qui s’étoffe de jour en jour. On discutait il y a peu avec les Dead Mantra, mais on peut citer également des groupes comme Venera  4, Maria False, Dead Horse One, ou même feu Mountebank. Ici on s’intéresse au duo future, qui vient de sortir son premier EP : Abyss.


Dès "Skylights", future définit un périmètre d’action bien précis : ambiance glaciale, guitares brumeuses, boite à rythme martiale et chant lancinant. Le terrain est familier, un peu trop d’ailleurs et le morceau peine à se détacher de la filiation évidente qu’il entretient avec le son des New-Yorkais d’A Place To Bury Strangers…au point d’en devenir prévisible voire inoffensif.

Les trois autres chansons sont autrement plus cramées et dévoilent tout le potentiel de future. "Citizen" d’abord, sorte de transe rythmique transpercée par des nappes noise nocives. "Now", ensuite, qui  balance une grosse ligne de basse façon Pixies, idéale pour bâtir un mur des lamentations sonique où quelques esprits torturés viennent se recueillir. C’est clairement dans l’obscurité que future trouve le mieux ses marques et, malgré son titre mensonger, le dernier morceau "Colors" ne fait que confirmer les penchants dark du duo. Rencontre entre la répétitivité aliénante de Kraftwerk et l’électro droguée de Spectrum, ce final est un joli moment d’abandon sensoriel. Face au vide, il reste future.
Punching Joe

jeudi 14 février 2013

Le Chômage-s/t LP

On sait finalement peu de choses de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, cet agglomérat hétéroclite de groupes qui, depuis près de dix ans, sillonne les ténèbres du rock’n’roll. Et c’est peut-être aussi bien d’en rester au mythe, de fantasmer sur les noms de Phil Scrotum, Seb Normal ou Thurston Mourad, et d’être hypnotisé par ce fameux totem, une croix à trois branches parce qu’"on est de Gaulle et Jésus réunis." Côté groupes, difficile de dresser une liste exhaustive, mais on citera tout de même, pour les plus connus, Feeling of Love ou Cheveu et pour les plus confidentiels, the Dreams, AH Kraken, Ventre de Biche, Delacave, 1400 point de suture et Sida. Un florilège de noms géniaux dans lequel on a pioché Le Chômage qui a sorti son premier LP à l’automne 2012.

moche by sebnormal

Le groupe se fond parfaitement dans le moule de la secte en mettant en avant un univers déviant et malsain. Un rapide coup d’œil à la tracklist met la bave aux babines avec des titres comme "Moche", "Hémorragie", "Traître" ou encore "Amour Légionelle". Le délire se confirme dans les chansons de Chômage qui joue un post-punk glacial fleurant bon les cages d’escalier d’un hôpital psychiatrique hanté. Emmené par une basse taillée dans l’acier (tenue par Seb Normal, batteur de Feeling of Love) le quatuor développe toute sa personnalité sur les titres les plus longs. "Hémorragie" lance la machine dans le sang et les hurlements, suivie par la noise "Moche", sublimée par des paroles mémorables ("une embrouille toute foireuse où tu prends un coup de surin […] une soirée d’amoureux où ta meuf baise tes copains"). "Dorniek" ligote ensuite l’auditeur dans une cave humide et noire pour l’agresser avec sa batterie hystérique. A peine le temps de retrouver son souffle que le diptyque "Fanfare/Traître", toujours plus cramé et inquisiteur, nous plonge dans l’antre de la folie où nous attend "Amour Légionelle" qui se charge de nous faire enfiler une camisole de force. Plus fucked-up tu meurs. A l’Est, le renouveau.
Punching Joe
L'album est en écoute intégrale ci-dessous.
Le site de Grande Triple Alliance Internationale de l’Est.

jeudi 10 janvier 2013

Moondawg Jones-The Ascension of

Caverne d’Ali Baba ou boîte de Pandore, le web demeure un espace de diffusion complexe pour la musique. Là où les groupes fourmillent, combien de trucs sympas pour une vraie claque sonique qui nous accompagnera pendant des années ? Loin de moi pourtant l’idée de jouer au grincheux qui n’a pour raison de vivre que les "groupes qui comptent", car je ne cracherai jamais sur "un bon petit groupe", aussi éphémère soit-il. En fait ce qui m’interroge le plus dans la profusion de nouvelles formations c’est leur capacité à étonner. Comme moi, ils font partie de cette génération internet ayant acquis une culture musicale en farfouillant dans ces immenses archives de la musique, tout d’un coup disponibles à portée de clic. Rien de plus facile désormais, avec une petite étincelle de passion, que de devenir un érudit, un esthète en herbe. Le problème est que quand j’écoute tous ces groupes à la culture musicale de plus en plus pointue, justement, je n’entends que celle-ci. Un bien pour un mal en quelque sorte car, si la musique s’est toujours construite sur son passé, j’ai l’impression qu'à l'heure actuelle, plus que jamais, elle croule sous les références. Or, j’attends souvent autre chose de la musique qu’un étalage de ces dernières, aussi flatteuses et brillamment exécutées soient-elles. De là à dire que certains musiciens d’aujourd’hui seraient trop cultivés pour émouvoir…peut-être. En tout cas je comprends mieux pourquoi j’aime tant des Tim Cohen, Growlers ou autres Eddy Current Suppression Ring, qui transcendent selon moi toute filiation. Et c’est pourquoi également je suis assez fasciné par Moondawg Jones, dont la musique sulfureuse et  intrigante titille autre chose que ma, certes modeste, banque de données.

Le clip de "Duncing"

Il est pourtant difficile d’arrivée jusqu’à lui puisque Moondawg Jones reste tranquillement tapi dans les abysses du web. Une page bandcamp sans trop d’informations, une seule vidéo sur youtube (voir ci-dessus), un tumblr et une  petite poignée de « likes » sur facebook, c’est presque un fantôme. En creusant un peu, on apprend que Moondawg Jones est le projet de Joseph Still, apparemment vendeur de sandwichs à Springfield (Missouri) et membre de Ghost Dance et Chris Gnarly. De plus, il n’a aucune sortie physique pour l’instant mais sa page bandcamp (où tout est gratuit) est heureusement bien remplie. On y trouve notamment The Ascension Of, un enregistrement de onze titres qu’il a mis en ligne courant novembre 2012.

Sur la forme, le disque est dans l’air du temps, et de prime abord Moondawg Jones ne fait que du garage-punk-noise ultra lo-fi. Mais c’est dans l’exécution que quelque chose se passe. Je ne sais pas ce qu’il avait à expier mais il met ses tripes sur la bande avec une sincérité saisissante. Dès "Winchusay" l’ambiance est pesante et une guitare écorchée fait face aux cris plaintifs d’un refrain terrifiant. The Ascension Of touche ainsi à  une intimité rare, Moondawg Jones nous invitant dans sa chambre lugubre où des fantômes tourmentés interfèrent avec sa musique possédée. Des chansons hantées donc, pour un disque qui atteint parfois des sommets d’angoisse, le genre de choses qu’on avait plus entendues depuis les Warlocks ou Jay Reatard. Pour rentrer dans le détail, The Ascension Of, bien que dense, est assez varié, entre pop vénéneuse ("Vunder", "Dick Trickle") et punk-noise décadent ("Zimmy", "Winchusay"). Il possède aussi quelques fulgurances mémorables comme "Duncing" et "Majic" qui vous pourchasseront jusque dans vos rêves.


Terré dans son coin, Moondawg Jones cristallise sur ce disque une énergie primaire qui fascine et obsède. Il ne cherche pas le vrai son, le bon goût, et toutes ces notions aux résonances plus religieuses que musicales, qui essayent de nous faire croire en l’existence de chapelles immuables et nous font perdre de vue l’essentiel frisson. C’est pour cela que sa musique dégage une fraîcheur vivifiante et exorcisante qu’il convient de s’imprégner sans modération.
Punching Joe

The Ascension of en écoute intégrale ci-dessous et en téléchargement gratuit sur la page bandcamp de Moondawg Jones, ainsi que tous ses autres enregistrements.