barre onglet

jeudi 14 février 2013

Le Chômage-s/t LP

On sait finalement peu de choses de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, cet agglomérat hétéroclite de groupes qui, depuis près de dix ans, sillonne les ténèbres du rock’n’roll. Et c’est peut-être aussi bien d’en rester au mythe, de fantasmer sur les noms de Phil Scrotum, Seb Normal ou Thurston Mourad, et d’être hypnotisé par ce fameux totem, une croix à trois branches parce qu’"on est de Gaulle et Jésus réunis." Côté groupes, difficile de dresser une liste exhaustive, mais on citera tout de même, pour les plus connus, Feeling of Love ou Cheveu et pour les plus confidentiels, the Dreams, AH Kraken, Ventre de Biche, Delacave, 1400 point de suture et Sida. Un florilège de noms géniaux dans lequel on a pioché Le Chômage qui a sorti son premier LP à l’automne 2012.

moche by sebnormal

Le groupe se fond parfaitement dans le moule de la secte en mettant en avant un univers déviant et malsain. Un rapide coup d’œil à la tracklist met la bave aux babines avec des titres comme "Moche", "Hémorragie", "Traître" ou encore "Amour Légionelle". Le délire se confirme dans les chansons de Chômage qui joue un post-punk glacial fleurant bon les cages d’escalier d’un hôpital psychiatrique hanté. Emmené par une basse taillée dans l’acier (tenue par Seb Normal, batteur de Feeling of Love) le quatuor développe toute sa personnalité sur les titres les plus longs. "Hémorragie" lance la machine dans le sang et les hurlements, suivie par la noise "Moche", sublimée par des paroles mémorables ("une embrouille toute foireuse où tu prends un coup de surin […] une soirée d’amoureux où ta meuf baise tes copains"). "Dorniek" ligote ensuite l’auditeur dans une cave humide et noire pour l’agresser avec sa batterie hystérique. A peine le temps de retrouver son souffle que le diptyque "Fanfare/Traître", toujours plus cramé et inquisiteur, nous plonge dans l’antre de la folie où nous attend "Amour Légionelle" qui se charge de nous faire enfiler une camisole de force. Plus fucked-up tu meurs. A l’Est, le renouveau.
Punching Joe
L'album est en écoute intégrale ci-dessous.
Le site de Grande Triple Alliance Internationale de l’Est.

jeudi 31 janvier 2013

The Great Unwashed-Clean Out Of Our Minds


L’année 2012 a gâté les amoureux de la galaxie Kilgour puisque ont été réédités Oddities de the Clean, le premier solo de David Kilgour, Here Come The Cars, et Clean Out Of Our Minds des Great Unwashed. Initialement sorti en 1983 sur Flyning Nun, ce dernier est le seul LP de the Great Unwashed, groupe que Hamish et David Kilgour ont formé après la première séparation de the Clean. Il a donc fallu attendre plus de trente ans pour qu’un label, en l’occurrence les américains Exiled, s’intéresse au sort de l’œuvre la plus intime et la plus étrange du duo.
"Obscurity Blues"

L’histoire des Great Unwashed débute par un déménagement, celui de Hamish quittant Dunedin, la ville d’origine de the Clean, pour s’installer seul à Christchurch avec son enregistreur quatre-pistes et quelques chansons en tête. Il est vite rejoint par son frère David et à deux, ils vont mettre en boîte ce qui deviendra Clean Out Of Our Minds.

Là où the Clean bâtissait les fondations de trente ans d’indie-rock à venir, la démarche des Great Unwashed s’assimile plus à une déconstruction. Insaisissables, les chansons se présentent sous forme de post-it pop, d’apparitions éphémères, d’idées musicales géniales, passés à la moulinette d’une production lo-fi faite maison. "Meanwhile", "Yesterday was", "Hold onto the rail", surgissent ainsi de nulle part et disparaissent aussitôt entre deux soupirs et des crépitements de cordes. Clean Out Of Our Minds est un pur disque de bedroom pop, aussi autiste et impénétrable que lumineux et fulgurant. Toujours hantés par le Velvet  Underground ("Quickstep") les frères Kilgour invitent également Syd Barrett pour quelques moments d’angoisse musicale obsédants ("Obscurity Blues"). Et comme lui, ils ont cette capacité à insinuer au milieu du désordre des moments de grâce suspendue où règne la perfection ("What you should be now", "Toadstool blues"). Au final, ce qui résume le mieux cette collection de chansons égratignées, ce sont sûrement ces paroles répétitives déclamées par Hamish : "It’s a day for staying inside".

Toadstool Blues- The Great Unwashed

Par la suite Great Unwashed publiera un double single qui, marqué par le retour de Peter Gutteridge (membre originel de the Clean) et l’arrivée Ross Humphries à la basse, sonnera plus clean. En 1984 le groupe se sépare, les deux frères s’impliquent dans de nouveaux projets, et laissent derrière eux ce disque qui trente ans plus tard bouleverse toujours.
Punching Joe

vendredi 25 janvier 2013

Bikini Gorge-Stranded



Découverts dans l’ambiance enfumée par les effluves de frites fraîches de l’Armony à Montreuil (le meilleur rade d’Ile de France), les Rennais de Bikini Gorge viennent de sortir un premier 45 tours chez les excellents Nantais de Kizmiaz Records.


A l’intérieur de ce duo guitare/batterie on note la présence de Charles, la moitié des fêlés Combomatix. Sans surprise, on retrouve donc cette même envie d’une musique primaire et corrosive, plus guidée par le rythme des pulsations sanguines que par les inflexions de l’esprit. Leur concert à l’Armony était d’ailleurs une belle démonstration de radicalité garage, éloignée de toute pose.

Stranded est un excellent EP qui confirme les impressions live puisque le groupe ne perd pas son côté instinctif et on ne peut s’empêcher de rapprocher leur garage rêche de celui des Gories de Mick Collins.
Punching Joe

jeudi 10 janvier 2013

Moondawg Jones-The Ascension of

Caverne d’Ali Baba ou boîte de Pandore, le web demeure un espace de diffusion complexe pour la musique. Là où les groupes fourmillent, combien de trucs sympas pour une vraie claque sonique qui nous accompagnera pendant des années ? Loin de moi pourtant l’idée de jouer au grincheux qui n’a pour raison de vivre que les "groupes qui comptent", car je ne cracherai jamais sur "un bon petit groupe", aussi éphémère soit-il. En fait ce qui m’interroge le plus dans la profusion de nouvelles formations c’est leur capacité à étonner. Comme moi, ils font partie de cette génération internet ayant acquis une culture musicale en farfouillant dans ces immenses archives de la musique, tout d’un coup disponibles à portée de clic. Rien de plus facile désormais, avec une petite étincelle de passion, que de devenir un érudit, un esthète en herbe. Le problème est que quand j’écoute tous ces groupes à la culture musicale de plus en plus pointue, justement, je n’entends que celle-ci. Un bien pour un mal en quelque sorte car, si la musique s’est toujours construite sur son passé, j’ai l’impression qu'à l'heure actuelle, plus que jamais, elle croule sous les références. Or, j’attends souvent autre chose de la musique qu’un étalage de ces dernières, aussi flatteuses et brillamment exécutées soient-elles. De là à dire que certains musiciens d’aujourd’hui seraient trop cultivés pour émouvoir…peut-être. En tout cas je comprends mieux pourquoi j’aime tant des Tim Cohen, Growlers ou autres Eddy Current Suppression Ring, qui transcendent selon moi toute filiation. Et c’est pourquoi également je suis assez fasciné par Moondawg Jones, dont la musique sulfureuse et  intrigante titille autre chose que ma, certes modeste, banque de données.

Le clip de "Duncing"

Il est pourtant difficile d’arrivée jusqu’à lui puisque Moondawg Jones reste tranquillement tapi dans les abysses du web. Une page bandcamp sans trop d’informations, une seule vidéo sur youtube (voir ci-dessus), un tumblr et une  petite poignée de « likes » sur facebook, c’est presque un fantôme. En creusant un peu, on apprend que Moondawg Jones est le projet de Joseph Still, apparemment vendeur de sandwichs à Springfield (Missouri) et membre de Ghost Dance et Chris Gnarly. De plus, il n’a aucune sortie physique pour l’instant mais sa page bandcamp (où tout est gratuit) est heureusement bien remplie. On y trouve notamment The Ascension Of, un enregistrement de onze titres qu’il a mis en ligne courant novembre 2012.

Sur la forme, le disque est dans l’air du temps, et de prime abord Moondawg Jones ne fait que du garage-punk-noise ultra lo-fi. Mais c’est dans l’exécution que quelque chose se passe. Je ne sais pas ce qu’il avait à expier mais il met ses tripes sur la bande avec une sincérité saisissante. Dès "Winchusay" l’ambiance est pesante et une guitare écorchée fait face aux cris plaintifs d’un refrain terrifiant. The Ascension Of touche ainsi à  une intimité rare, Moondawg Jones nous invitant dans sa chambre lugubre où des fantômes tourmentés interfèrent avec sa musique possédée. Des chansons hantées donc, pour un disque qui atteint parfois des sommets d’angoisse, le genre de choses qu’on avait plus entendues depuis les Warlocks ou Jay Reatard. Pour rentrer dans le détail, The Ascension Of, bien que dense, est assez varié, entre pop vénéneuse ("Vunder", "Dick Trickle") et punk-noise décadent ("Zimmy", "Winchusay"). Il possède aussi quelques fulgurances mémorables comme "Duncing" et "Majic" qui vous pourchasseront jusque dans vos rêves.


Terré dans son coin, Moondawg Jones cristallise sur ce disque une énergie primaire qui fascine et obsède. Il ne cherche pas le vrai son, le bon goût, et toutes ces notions aux résonances plus religieuses que musicales, qui essayent de nous faire croire en l’existence de chapelles immuables et nous font perdre de vue l’essentiel frisson. C’est pour cela que sa musique dégage une fraîcheur vivifiante et exorcisante qu’il convient de s’imprégner sans modération.
Punching Joe

The Ascension of en écoute intégrale ci-dessous et en téléchargement gratuit sur la page bandcamp de Moondawg Jones, ainsi que tous ses autres enregistrements.

lundi 7 janvier 2013

The Museum of Everything, Exhibition #1

La génialissime expo itinérante du Museum of Everything, exhibition #1, installée en ce moment boulevard Raspail à Paris grâce à Chalet Society, prolonge son séjour jusqu’au 24 février*. 
Si vous n’avez pas encore tenté l’expérience...diantre courez-y !


Les amateurs d’art brut que nous sommes en sont restés bouche bée : 1000 m2 d’un bâtiment désaffecté dédiés à des œuvres hors normes. Des sculptures, peintures, dessins qui se répartissent dans les pièces, les couloirs, les escaliers, les sanitaires ! Prévoyez un large créneau horaire pour votre visite parce que l’exposition est foisonnante. The Museum of Everything, c’est le projet lancé par James Brett en 2009. Son but, énoncé dès l’entrée de l’exposition, est de mettre en avant l’art ignoré voire involontaire, celui qui n’a pas d’école, pas de marché. 
Impossible de vous décrire en détails toutes les merveilles/bizarreries/ingéniosités que contient le Museum of Everything mais histoire de vous donner un aperçu, revenons succinctement sur cinq artistes qui nous ont particulièrement marqués.

Henry Darger d’abord, bien connu en ces pages et c’est pourquoi nous avons été comblés de tomber, dès la première salle, sur plusieurs de ses vastes planches. Toutes sont extraites de l’épopée des Vivian Girls, ce conte glauque et obsessionnel où se mêlent les brides d’une enfance tourmentée et l’imagerie des livres de jeunesse.

Henry Darger

Le monde parallèle de Calvin et Ruby Black : Possum Trot. Le couple, installé dans le désert, avait bâti un véritable village d’automates chantant. L’expo montre plusieurs de ces poupées, mais aussi un petit film dans lequel on contemple cet univers en action. C’est Calvin Black qui assurait les enregistrements des voix claironnantes de ces personnages étranges…effet lo-fi garanti.

Calvin Black et ses automates




L’égo d’Aleksander Pavlovich Lobanov et son ostentatoire passion pour les armes à feu. Ce russe, sourd et muet, n’a eu de cesse de se mettre en scène à travers des montages photographiques le glorifiant à la manière d’un héros révolutionnaire. L’exposition dévoile aussi plusieurs de ses superbes représentations de scènes de chasse.

Montages photographiques d'Aleksander Pavlovich Lobanov

Les intrigants calendriers catastrophiques de Georges Widener et son système numérique complexe, détaillé sur de grandes nappes en papier, teintes avec du thé.

Georges Widener

Enfin nous avons particulièrement été fascinés par les dessins au crayon du polonais Edmund Monsiel, des chefs d’œuvres minutieux à en perdre la vue.


Edmund Monsiel

Depuis cette exhibition # 1 qui a débuté son voyage à Londres il y a quatre ans, le Museum of Everything a mis en place plusieurs expositions. Pour la dernière en date, exhibition # 5, les organisateurs se sont baladés cet été à travers la Russie, à la recherche d’artistes inconnus et non traditionnels…Une vaste quête débutée à Yekateringbourg…le résultat final sera présenté à Moscou en avril 2013.

The Yekaterinbourg Movie of Everything :



Hanemone


* Note du 10/03/2013 : l'exposition est finalement prolongée jusqu'au 31 mars 2013

vendredi 4 janvier 2013

Woollen Kits-Four Girls


En privilégiant les sorties parcimonieuses et le défrichage de nouveaux talents, le label américain Trouble In Mind est en train de se construire un catalogue de grande qualité. On y trouve notamment Ty Segall, Night Beats, the Resonars, les Limiñanas, Mikal Cronin ou, leur dernier coup de maître, Jacco Gardner. Chacune de leur parution étant désormais guettée, c’est avec une joie non dissimulée que l’on a accueilli l’arrivée dans l’écurie des australiens Woollen Kits, accompagnés de leur deuxième disque, Four Girls. Remarqué à la sortie du premier LP, magnifique ode à l’indie rock débraillé et adolescent, le trio originaire de Melbourne prouve avec cette signature chez un ponte américain du rock alternatif que les espoirs qu'on avait mis sur eux n’étaient pas si irraisonnés.
Four Girls donc, pour quatre filles : "Sandra", "Cheryl", "Susannah" et "Shelley", qui correspondent à quatre chansons du LP. Un angle d’attaque pas si anodin quand on sait que Tom Hardisty, Tom Ridgewell et Leon Appelbee se sont rencontrés par l’intermédiaire de leurs copines. Quoi qu’il en soit, ces quatre titres servent de piliers (deux sur chaque face) à un disque où il est encore question d’indie-rock lascif. Dès "Back yo you" on retrouve ce son limpide à la Woollen Kits : une guitare sans le moindre effet qui, entraînée par le tempo d’une batterie minimale, cavale avec insouciance sur les ondulations boudinées de la basse. Woollen Kits ne se réinvente pas mais affine sa palette et gagne en pertinence (Mikey Young est toujours derrière les manettes). Sur des chansons comme "Sandra", faussement pantouflarde et vraiment obsédante, ou sur la jolie "So Cold", ils laissent se déployer leurs compos et s’affirment. Le reste de Four Girls fait étalage de tout le potentiel tubesque du groupe. "Susannah" est imparable et l’ajout d’un saxophone donne une dimension inattendue à la chanson. De même, "Shelley" est un pur moment de chill à l’australienne tandis que "All Sorts" cristallise toute la coolitude de l’indie-rock à la Beat Happening, Pavement, the Clean & Co.

Le clip de "Shelley"


En apposant le macaron Trouble in Mind sur sa galette Woollen Kits n’a pas tremblé. Moins bancal, le son du groupe continue de s’épaissir et si le charme boiteux du premier LP s’efface quelque peu, la maturité affichée par les Australiens fait plaisir à entendre, tout comme leur capacité à écrire des chansons toujours aussi efficaces et enivrantes.
Punching Joe

-A noter qu'en Australie Four Girls a été édité sur l'excellent label RIP Society, qui avait déjà sorti le premier LP de Woollen Kits ou encore celui de Royal Headache. 

dimanche 23 décembre 2012

Interview : Mesa Cosa

Pour leur dernière sortie les français de Casbah Records sont allés jusqu’aux Antipodes pour dénicher le groupe australien Mesa Cosa. Un choix cohérent puisque le son dévastateur du sextette basé à Melbourne est en parfaite adéquation avec le label qui arbore comme logo un rhinocéros à la charge. Sur Infernal Cakewalk les Mesa Cosa n’y vont pas par quatre chemins : poussées dans leurs retranchements, les guitares posent d'emblée les bases d’une orgie sonique qu’on imagine, dès l’intro de "666", bien salasse. Mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un saxo diabolique, hurlant à la mort, et, cerise sur le gâteau, d’un chant en espagnol totalement possédé. En l’espace de dix titres Mesa Cosa éructe des hymnes garage-punk à la gloire du diable et de la mort, avec tout le détachement et le fun hérités de leurs ancêtres sud-américains (d’ailleurs Infernal Cakewalk se clôt sur une reprise de Los Saicos). Pour saluer l’excellente initiative de Casbah qui a réédité en vinyle ce disque dingo, on a posé quelques questions à Pablo, le leader d’origine mexicaine de Mesa Cosa.

   
     Comment est né Mesa Cosa ?
J’étais dans un festival et je suis allé voir une diseuse de bonne aventure qui m’a dit de faire un groupe, alors je l’ai écoutée. On a commencé à former le groupe autour de Stewart (tambourins), un ami de longue date, et moi. On a tout de suite adoré le truc organique qui s’est dégagé. Une fois le line-up en place, un saxophoniste est venu se greffer (Llod), il se pointait à pas mal de nos concerts, jouait même avec nous, alors il est devenu un membre officiel. On est basés à Melbourne mais en fait personne n’est vraiment originaire de la ville, on s’est juste rencontrés là bas.

     Quelle est l’histoire de ce Infernal Cakewalk ?
C’est assez basique, on voulait faire des chansons fun et qui font du bruit, histoire d'avoir une excuse pour gueuler tout le temps. On a la chance d’avoir une maison où l’on peut jouer jusqu’à très tard dans la nuit, alors on a commencé à jammer et des chansons sont nées. Ensuite on a économisé de l’argent et on a enregistré tout ça dans le salon, en une journée.

     Pourquoi cette référence à Méliès dans le titre du disque ?
C’est marrant : une nuit je regardais des vidéos sur youtube et je suis tombé sur Infernal Cakewalk de Méliès. J’ai remarqué que le film fonctionne sur le même tempo que notre chanson "666", j’ai alors assemblé les deux et ça a donné le clip. De plus, j’adore tous les symboles, l’univers fantasmagorique et les représentations du diable chez Méliès, on s’est dit que ça serait une bonne idée d’intituler notre disque comme ça.

   
     Comment avez-vous rencontré les français de Casbah Records ?
Je crois que je leur ai envoyé un message une nuit où j’étais défoncé (peut-être la même où j’ai trouvé le film de Méliès) et puis j’ai complètement oublié. Sauf que deux mois plus tard ils m’ont répondu : "ok, on va sortir votre disque",  ça a été un choc !

     C’est important pour vous de le sortir en vinyle ?
Oui, je trouve que c’est un objet qui laisse une véritable trace. Aujourd’hui c’est trop facile de perdre, d’oublier, la musique avec les autres formats. Le Cd c’est fragile, les cassettes c’est chiant…le vinyle c’est le top. En plus on a la fierté de pouvoir dire "on a fait ce truc".

    Jay Reatard a dit un quelque chose comme : "Je peux faire des trucs pop quand je suis en studio, mais une fois sur scène c’est la guerre." Avec vous il semble que ce soit la guerre aussi bien sur scène qu’en studio, d’où vous vient toute cette puissance, cette hargne ?
On a formé ce groupe avec l’idée d’être authentiques. Je vois trop souvent des mecs qui se la pètent, qui essayent à tout prix d’être cool, je trouve ça chiant. Je me suis dit que six mecs qui hurlent dans des micros peuvent être meilleurs que tout ça, et c’est ce qu’on fait. Tu ne peux pas mentir avec l’énergie. Les gens veulent aussi de cette énergie quand ils viennent te voir. Etre capable de leur en mettre plein la gueule et de leur faire oublier un temps leur vie, leurs problèmes, en s’amusant, c’est bien. Voilà, si je devais résumer Mesa Cosa en quelques mots je dirais : de l’énergie, de l’honnêteté, de l’excitation, du bruit, du bordel, du fun.

     

     Qu’est-ce qui te plaît tant dans le garage sud-américain ?
Tout ! J’aime la langue, les symboles utilisés, le son est sale, rêche, granuleux, bref, c’est quelque chose d’unique.

     Dans ta bouche, l’espagnol résonne vraiment comme une langue taillée pour le rock’n’roll…
Oui, il n’y a rien de mieux ! C’est des sons vraiment cool, du genre "moe sta-ca-ta-ma-cha-os". C’est fun à chanter et c’est surtout très rythmique, ça me plait beaucoup.

     Vous reprenez "Alcatraz" des Saicos, pourquoi ce groupe ?
C’est un groupe vraiment incroyable, toutes les chansons sur leur disque sont géniales. Ils ont vraiment un son particulier, un peu brumeux, sale et sombre mais aussi très mélodique. Je pense que c’est un groupe indispensable qui a eu beaucoup d’influence.

     Quelles sont alors vos grandes références ?
Je réponds toujours de la même manière : The B52’s et Los Saicos. Après il y a plein d’autres groupes que l’on adore : JC Satan, Wau y Los Arrrghs, the Zoobombs, Ty Segall, thee Oh Sees, Black Sabbath, Spaceman 3, Molotov, Beastie Boys, Brian Jonestown Massacre, etc. Mais les deux incontournables ça reste B52’s et Los Saicos.

     

     Vous utilisez un saxophone alors que les cuivres sont de plus en plus rares dans le revival garage, pourquoi ce choix ?
En fait ce n’est pas trop un choix ! On a rencontré notre saxophoniste à des fêtes, on était défoncé, on prenait des acides et on faisait des concerts vraiment bruitistes. Ça tombait bien, il adore tout ce qui est noise, il adore le métal, du coup au fur et à mesure des concerts avec lui on l’a intégré au groupe. Ça fonctionne bien.

     Dans vos textes vous êtes obsédés par le diable, l’enfer, la mort …
La mort et le diable sont des concepts que j’adore manipuler, ce sont des sources inépuisables d’idées et de symboles. Par exemple si l’on se place dans la perspective mexicaine, là bas les diables sont colorés, il y en a des bons, des mauvais. Pareil pour la mort, on peut la célébrer, se moquer d’elle. On évoque aussi parfois des choses plus légères, avec Dieu, Marie, etc. Ça me plaît vraiment de parler de tous ces trucs cosmiques, tribaux, mystiques, c’est beaucoup mieux que de chanter sur les filles.

     Qu’est-ce qu’on pense de Mesa Cosa en Australie ?
Justement je pense que les gens ne savent pas trop quoi en penser pour l’instant, on est un peu insaisissables. Mais ça s’améliore de semaines en semaines j’ai l’impression, ils s’habituent à notre manière de jouer, dure et en hurlant tout le temps. Mais je comprends qu’il puisse falloir du temps à apprécier des mecs qui gueulent des trucs sur le diable en espagnol.

     Il y a une scène incroyable à Melbourne, t’aimes vivre là bas ?
La scène musicale de Melbourne est juste dingue, il y a presque trop de bons groupes, à tel point que la compétition est acharnée. Il y a quand même pas mal de branleurs aussi, qui jouent à "qui sera le plus cool" avec tout ce que ça peut avoir de cynique, parce qu’il faut dire qu’à Melbourne c’est très facile de jouer, alors il y en a qui ne se foulent pas trop. Mais bon la plupart ce sont des groupes super comme Midnight Woolf, Baptism of Uzi, The Murlocs (en écoute ci dessous), King Gizzard, Royston Vasie, Damn Terran, ScotDrakula, et beaucoup d’autres.

   
     Quelles sont les meilleures conditions pour écouter du Mesa Cosa ?
En live, je dirais : bourré, un peu défoncé, dans une petite salle tard dans la nuit, avec plein de monde et un ampli cassé.
Le disque : au casque, vraiment défoncé et les yeux fermés.

     Vous semblez appliquer le “rock’n’roll way of life”…
Haha, ouais carrément !

     Vous allez tourner en dehors de l’Australie bientôt ?
On en a très envie ! On aime beaucoup la France et on adorerait venir et par la même occasion aller en Espagne et en Allemagne. On en a parlé avec Ben de Casbah Records, si on a assez d’argent une tournée est envisageable mi-2013 sinon il faudra attendre début 2014.
Punching Joe

Pour continuer :

-L'interview en anglais / For english readers
-Le site de Casbah Records
-Une chronique complète de Infernal Cakewalk
-A noter que la pochette de Infernal Cakewalk (ci-dessous) a été réalisée par CM Ruiz qui avait déjà travaillé avec Davila 666 et Dead Ghosts et que le disque a été masterisé par l'omniprésent Mickey Young des Eddy Current Suppression Ring.