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vendredi 16 mars 2012

Royal Headache, s/t LP



A l’écoute d’un disque de garage, de punk ou de tout autre sous-genre rock’n’rollesque, on ne prête pas forcément une attention démesurée au chant. Au pire c’est un accessoire, au mieux un petit plus. Pourtant quand un grand vocaliste fait irruption, on comprend que sa seule présence peut transformer un bon disque en œuvre géniale. C’est un peu le cas avec le premier LP des australiens Royal Headache. Si leurs chansons,  mélangeant power-pop et punk, sont excellentes, elles prennent une autre dimension grâce à un certain Shogun, qui bouffe le mic avec un charisme incroyable. 
Sorti en 2011 sur R.I.P Society (Woollen Kits, Straight Arrows), on a découvert récemment le disque grâce au label français XVIII Records, chargé de distribuer la bête dans nos contrées. Et sur le papier le menu est alléchant : 12 chansons, à peine 30 minutes, le tout sous l’égide de Mikey Young (Eddy Current Suppression Ring) et Owen Penglis (Straight Arrows) à la production. Banco !

Les premières écoutes peuvent laisser perplexe : ça va vite, très vite, trop vite ? Une rickenbacker virevoltante met les radars dans le rouge. Un instant, on soupçonnerait presque une réincarnation de Jay Reatard. Heureusement, quand le palpitant se calme et que le cerveau finit par comprendre ce qui lui arrive, la musique de Royal Headache se déploie dans toute sa splendeur. Aussi concises et fulgurantes soient-elles, leurs chansons sont d’une fluidité incroyable. On croirait entendre Is this It des Strokes joué en 45 tours par minute ("Surprise") avec la section rythmique des Eddy Current Suppression Ring. Solide.

"Pity" live 
(Shogun ou l'anti-hipster)

Difficile de réduire le disque à un genre unique tant les compositions dévoilent petit à petit leurs multiples facettes. La face A fait la part belle au punk qui sent bon des aisselles ("Never again") et à la power-pop qui claque ("Girls"), tandis  que la face B s’oriente vers la pop anglaise ("Distant and vague"), le garage ("Pity") ou encore le surf ("Wilson street"). Le tout sublimé par ce fameux Shogun. Son timbre singulier, quelque part entre la délicatesse râpeuse de Julian Casablancas et les intonations désuètes de Morrissey, ne fera sans doute pas l’unanimité mais tout de même, voilà un type au charisme vocal bluffant ! Libres, brutales, démodées, touchantes, chacune de ses éructations, à la sincérité incontestable, donne épaisseur et fougue à cet album déjà indomptable.

Première grosse claque de l’année ce LP de Royal Headache ne devrait pas prendre la poussière de si tôt. Rares sont les disques qui provoquent une telle sensation de plénitude et marient si facilement l’urgence punk et vrai grand chanteur. Pas évident en effet de mettre de l’âme là où l’instantané prime. En ce sens il est impossible de ne pas penser aux sublimes Undertones, desquels Royal Headache se rapproche naturellement. Ouais, la classe on vous dit.
Punching Joe

vendredi 2 mars 2012

The Spyrals, s/t




Comme les Black Angels, the Spyrals n’existeraient probablement pas si, un jour de 1966, Roky Erickson du 13th Floor Elevators n’avait pas fait émerger de son cerveau malade le riff emblématique de "Rollercoaster". Heureusement pour l’histoire du rock, ces quelques notes obsédantes ont marqué plusieurs générations et, encore aujourd’hui, leur résonnance est capable de traumatiser n’importe quel musicien en herbe. 

Avec leur premier LP, les Spyrals font perdurer cet héritage psychédélique de manière assez habile. Basés à San Francisco, le trio avait déjà sorti un 45 tours en 2011. Si ce LP est disponible en mp3 et en CD depuis quelques semaines, il va falloir patienter jusqu’à cet été pour le voir publier en vinyle. En attendant on peut se laisser imprégner par ses sonorités qui, si elles ne réinventent pas le genre, attaquent sans retenue nos synapses.


Clip de "Trying to Please"


"Lonely Eyes" ouvre les hostilités avec style. Dès sa première boucle, le riff colle à la peau et, les yeux mi-clos, on commence à se balancer lentement : gauche, droite, gauche, droite… On est bien là. Basse dodue, guitare spectrale qui claque et batterie rudimentaire, la formule est éculée mais quand c’est bien fait, on jouit vite. Les Spyrals se démarquent cependant des Black Angels (enfin pas sur "Long road out" et "Trying to please", où ils ne sont pas loin du copié-collé) par un son plus clair et sec où les effets n’arrivent qu’en second rideau. Ca ne les empêche pas pour autant de déployer des compos denses et pesantes comme sur la fabuleuse "Calling out your name". L’apothéose arrive avec "the Rain", LA chanson qui prouve que les Spyrals ont un vrai mojo et un sacré potentiel. Harmonica en reverb, voix à la Fogerty et progression effrénée, on déguste sévère pendant 3 minutes 46. 

Entre redite inspirée et uppercuts ravageurs, ces 9 titres révèlent un power-trio qui pourrait bien faire parler de lui dans le futur. Tout est là : un son typé, une voix charismatique et des chansons solides… Il ne manque plus que la petite étincelle qui fera sauter ce rock psyché hautement explosif.
Punching Joe


L'album en écoute ci-dessous et rendez-vous sur Bandcamp pour plus d'infos et plus de musique...




mardi 21 février 2012

Marcel Storr au Pavillon Carré de Baudoin

" Vous savez, je suis un génie ! "


Un peu d’art brut au programme aujourd’hui grâce à l’expo vraiment cool, "Marcel Storr bâtisseur visionnaire", qu’on a vue au Pavillon Carré de Baudouin et qui joue les prolongations.
Le Pavillon Carré de Baudouin se situe dans le 20ème arrondissement de Paris, au croisement de la rue de Ménilmontant et de la rue des Pyrénées. L’endroit qui fut un haut lieu de fêtes au XVIIIème est ensuite repris par des bonnes sœurs pour y dorloter des orphelins avant d’être finalement, en 2003, racheté par la ville de Paris. Le lieu est entièrement géré par la mairie du 20ème et propose des expositions, toutes gratuites, mais aussi des conférences, des bureaux à usage des associations etc.

Depuis décembre, ce chouette endroit nous révèle l’œuvre fascinante de Marcel Storr, dessinateur rattaché au courant de l’art brut. Mort il y a plus de trente ans, l’artiste a mené son projet avec acharnement, de manière clandestine, jusqu’à ce qu’un couple d’amateurs d’art le découvre en 1971, quelques années avant sa disparition. Enfant abandonné, il avait été placé par l’assistance publique dans diverses familles où il était bien souvent battu. Illettré, devenu sourd, Marcel Storr était simple balayeur au bois de Boulogne.

Son œuvre représente exclusivement des constructions à l’architecture foisonnante et monumentale. L’exposition suit un parcours chronologique et révèle ainsi, de manière saisissante, la montée en puissance de son style.
On démarre au rez-de-chaussée par quelques façades d’églises et de cathédrales, dessinées avec une forme de rigueur réaliste, un souci de retranscrire les détails. Déjà une recherche sur les couleurs s’amorce avec l’utilisation de tons plutôt vifs et fantasques.

©Walking With The Beast

Puis son travail d’après guerre, un ensemble de grands polyptyques représentant d’immenses tours, annonce la mise en route d’une imagination bien plus vaste et ambitieuse.

©Walking With The Beast

En effet, à l’étage, on découvre ensuite une autre série de façades d’églises et de cathédrales dans laquelle le dessinateur semble s’affranchir des lois étouffantes du réel, tout en conservant l’obsession de la minutie des éléments, obsession qui ne le quittera jamais. Les monuments qu’il nous donne à voir, plus extravagants, revêtent des allures inattendues comme par exemple des formes végétales se fondant à l’environnement. On remarque aussi la sublime attention portée aux ciels dont les couleurs semblent directement émanées des bâtiments.

©Walking With The Beast


©Walking With The Beast

C’est avec ses derniers dessins que l’artiste acquiert une liberté totale. Les monuments religieux cessent d’être l’unique modèle et le point de vue frontal fait place à une vision aérienne. L’artiste imagine plusieurs mégalopoles aux aménagements les plus fous et devient l’architecte d’un monde à part. Si Marcel Storr fait preuve ici d’une certaine vision futuriste, celle-ci n’en est pas moins poétique, à l’image de certains détails attendrissants comme ces bateaux à voile qui s’immiscent parmi les buildings géants. On constate l’incroyable talent de coloriste dont Storr était pourvu avec des teintes multiples, toujours plus inventives.

©Walking With The Beast

L’exposition nous permet de lire, entre autres, des commentaires de celui qui découvrit l’artiste avec sa femme, Bertrand Kempf, mais aussi les mots du dessinateur lui-même, ceux qu’il confia au couple et aussi à son psychiatre, lorsqu’il fut interné à la fin de sa vie à Ville-Evrard. L’artiste souffrait en effet de divers troubles dus à une existence majoritairement chaotique et misérable.
Il est également mis à la vue du public de vastes agrandissements de certaines parties des dessins qui, s’ils ne gâchent évidemment pas l’exposition, ne lui apportent rien, surtout lorsqu’on considère la qualité d’image logiquement peu élevée.

Ce qui frappe à travers l’œuvre de Marcel Storr c’est cette minutie maladive, maniaque, ces détails répétés encore et encore de manière vertigineuse. L’artiste, peu gâté par le monde réel, s’était confectionné une dimension parallèle en laquelle il avait véritablement foi. En parlant de ses bâtiments il disait : "on y naît, on y vit, on y meurt".

©Walking With The Beast

Ce qui me fascine vraiment chez Storr et dans l’art brut en général (je pense ici au bien aimé Henry Darger, père de l’épopée des Vivian Girls) c’est la dimension hallucinante que prend la création dans l’existence même du créateur. Une vraie obsession, une nécessité qui ne dépend d’absolument aucune reconnaissance, aucun encouragement. Marcel Storr, balayeur au bois de Boulogne, ignorant l’histoire de l’art et des savoirs, a porté son projet toute sa vie durant et ce dans l’indifférence totale, sans que cela constitue une entrave à sa poursuite. Comme une manière si singulière de porter sa croix. Quelle explication pouvait-il bien se donnait à lui-même de cette activité délirante ? Tout ça a quelque chose de mystérieux et même d’absolument mystique.

Je vous encourage donc vivement à vous rendre au Pavillon Carré de Baudoin pour élever votre âme à la hauteur des constructions exaltées de Storr. Vous avez de la chance, l’expo est prolongée jusqu’au 31 Mars.
Hanemone

Marcel Storr

jeudi 16 février 2012

Habibi, s/t 7"




Exilées de Detroit, Rahill Jamalifard et Lenaya Lynch forment Habibi ("mon cheri" en arabe) du côté de Brooklyn pendant l’été 2011. Elles enrôlent dans la foulée Erin Campbell (basse) et Karen Isabel (batterie) et se mettent à composer. Début 2012 sort leur premier 45 tours chez les français de Born Bad.

Alors que les Dum Dum Girls se sont transformées en vendeuses H&M, avec des choix musicaux moins intéressants que ceux de leurs collants, on se retrouvait en mal de girls-bands cool, directement venus des sixties.

Heureusement, les Habibi viennent occuper cette place laissée vacante, et ce avec une jolie nonchalance. Car si le groupe est signé chez les teigneux parisiens de Bord Bad Records, ici point d’éructations alcoolisées ou de larsens schizophrènes. Au contraire, Habibi préfère le garage élégant, doucement porté par des riffs arrondis, des vocalises charmeuses et des rythmiques feutrées. En découle un rock’n’roll intimiste qu’on croirait échappé des murs épais d’une chambre d’adolescente.



Le clip de "Sweetest talk" réalisé par les Weirdettes


Ainsi, "Sweetest talk" accueille en douceur l’auditeur avant que "Far from night" ne le bouscule amicalement à coup de riff sixties délicieusement basiques. Le 45 tours se clôt sur la parfaite "Sunsets", un petit joyau de garage presque acoustique, où les voix de Jamalifard et Lynch planent avec volupté.

Il ne reste plus qu’à attendre le LP, pour voir si les filles de Brooklyn confirment ce très bel essai. To be continued…
Punching Joe



Ecouter :






jeudi 9 février 2012

Summer Twins, s/t




En ce début d’année frileux, le label Burger Records a eu la bonne idée de réchauffer nos miches flétries en publiant le chaleureux disque de Summer Twins. Le quatuor est axé autour des sœurs Brown, Justine et Chelsea, qui, du haut de leur vingtaine toute fraîche, aiment laisser planer leur pop candide au dessus de paysages brumeux de Californie, à Riverside plus précisément. Après un EP, the Good Thing, publié sur leur Bandcamp (et toujours en écoute gratuite), Summer Twins livre ici son premier LP.

Si leur album est empreint d’une touche west-coast reconnaissable immédiatement, les deux sœurettes prennent néanmoins leurs distances avec la sunshine pop béate, préférant jouer sur une palette de couleurs plus variée, des pastels doux de la dream-pop jusqu'au rouge plombé du rock new-yorkais.

Pourtant la tâche n’est pas aisée quand on produit une musique aussi simple et spontanée. Heureusement, les filles savent décliner leur musique innocente à merveille, dans des compos, qui, si elles ne brillent pas par leur maestria, font preuve d’une sincérité à toute épreuve. Une innocence qui rime souvent avec inoffensif, mais dont la caresse duveteuse et réconfortante ne peut être rejetée avec dédain.



Summer Twins "I will love you", live


D’emblée "I don’t care" prouve que Summer Twins peut accoucher de petits singles pop imparables et réjouissants. Le ton est donné, d’autant que dans la foulée "Got Some one to dream about" confirme, dans un registre presque plus garage, non loin des contrées empruntées par les Vivian Girls. La voix de Chelsea se dévoile petit à petit, jusqu’à se sublimer sur la dernière piste, l’ensorcelante et mélancolique "Worryhead". Le groupe se révèle, lui, plus efficace quand les rythmiques s’accélèrent, comme sur "Apple Orchards" ou "Pickin' Daisies", où Justine, derrière ses fûts, décide, à raison, de tenir un peu plus fermement ses baguettes. Si l’on n’atteint pas une alchimie digne des Veronica Falls, on découvre néanmoins un groupe aux ressources multiples. Car comme leurs cousins britanniques, Summer Twins joue juste, et dose parfaitement les éléments pop de ses compositions (pas trop de chœurs, des guitares précises, une production sans fioritures). Plus proche d’eux, géographiquement parlant, on pense également à Little Joy (le groupe de Fabrizio Moretti, batteur des Strokes) dont le premier, et seul, album avait trouvé sa voie dans une pop minimaliste, doucement éclairée par un soleil couchant.

En ne perdant pas de vue l’essentiel, jouer de la pop avec son cœur plutôt qu’avec sa tête, Summer Twins livre un premier album réussit. Simple, fun, touchante, la formule des sœurs Brown fait mouche, gommant les moments plus anodins. Reste une brise calme, aussi fraiche qu'enivrante, au souffle éphémère mais ressurant.
Punching Joe


L'album en écoute :

mercredi 1 février 2012

Total Control, Henge Beat




Après avoir évoqué le cas Eddy Current Suppression Ring dans la dernière chronique, on a décidé de prolonger notre séjour en Australie et de s’intéresser aux Total Control, dont le premier album Henge Beat est sorti à l’automne dernier chez Iron Lung. Super-groupe dont les membres sont issus de UV Race (In the Red) et Eddy Current Suppression Ring (forcément), Total Control livre un album schizophrène, mêlant urgence punk et new-wave mélancolique. A la fois perturbant et fascinant.


Entre la brutale immédiateté du punk originel et les langoureuses pulsions de mort de la new wave, Total Control a décidé de ne pas choisir. Leur Henge Beat crée des ponts improbables entre ces deux périodes, qui, si elles sont issues de la même dynamique, diffèrent souvent radicalement sur la forme. Ainsi, au premier abord, cet album parait bordélique. Evidemment, on se prosterne devant la fabuleuse rage destructrice de "Retiree" ou "Stonehenge", mais on reste par ailleurs sceptiques quant à leur place aux côtés de "Love Performance", directement échappée du tombeau de Ian Curtis, ou de "Meds II", obsédant et lent délire noise. 



Un sauna en Australie, really guys ?



Quelques écoutes plus tard, il faut avouer que cette schizophrénie fait mouche. Tout simplement parce que Henge Beat propose un niveau d’écriture très élevé. Que ce soit dans ses moments plus abstraits (l’excellente "See More Glass" qu’on aurait pu retrouver sur le Drum's not dead des Liars) ou dans ces compositions plus "classiques". On pense notamment à la transcendante "Carpet Rash", chanson pivot de l’album et incroyable leçon de post-punk aux résonnances kraut. Des compositions qui s’appuient notamment sur une section rythmique à la puissance imperturbable et un chant pesant, qui appelle à la baston. Il y a aussi ce sens du break tout à fait génial, toujours amené au bon moment, et qui permet à chaque chanson de trouver un second souffle ("One More Tonight"). La présence de Mikey Young n’y est sans doute pas pour rien, puisque on retrouve ce même talent chez Eddy Current Suppression Ring. 


Avec Henge Beat, Total Control prouve qu’il n’est pas un énième super-groupe inutile. Cet album, perturbant, inquiétant, montre au contraire que ces gars ont un tas de trucs à dire. On attend leur prochain délire avec impatience, en espérant qu’ils arrêtent de se servir de Paint pour faire leurs futures pochettes.
Punching Joe



  One More Tonight by Total Control




"Retiree", live


A noter : Tout de suite après Henge Beat, Total Control a enchaîné une autre sortie, un  split-album de 8 titres avec le crew de John Dwyer, Thee Oh Sees. 

mercredi 11 janvier 2012

Eddy Current Suppression Ring, Primary Colours


“Sunday’s come like a kick in the face, sunday’s come like a kick in the jaw” éructe Brendan Suppression, tout en résistant aux agressions soniques de ses trois copains barges qui s’agitent dans son dos. Sauf que de notre côté, frêles popeux à la peau tendre que nous sommes, le coup de savate on se le ramasse en pleine tronche. KO. Puis on revient à la charge, parce qu’on a aimé ça, faut pas croire. Le cuire endurci, on se joint à eux et on découvre qu’au-delà des coups de pied, les Eddy Current Suppression Ring sont des mecs attachants et cool, capables de pondre des chansons immenses.
Originaires de Melbourne, Australie, les quatre membres d’Eddy Current Suppression Ring se seraient rencontrés au boulot, dans une usine de pressage de vinyle. Le genre d’anecdote plutôt classe apte à créer un mythe. Après quelques 45 tours en 2004 et 2005, le groupe lâche un premier LP (Eddy Current Suppression Ring) sur Dropkick Records. Une petite bombe freak-punk imparable, aussi immédiate que décalée. Oui, car en plus d’être un cran au dessus de la concurrence en matière de songwriting, les gonz ne sont pas du genre à se prendre au sérieux (il suffit d’écouter "Cool Ice-Cream"). Puis en 2008 arrive Primary Colours, chez Aarght !, qui leur assure un certain (et improbable) succès commercial dans leurs contrées. Malheureusement le groupe reste encore aujourd’hui relativement inconnu chez nous (malgré une nouvelle livraison en 2010, Rush to Relax, tout aussi géniale), et c’est bien dommage…


Primary Colors n’est pas un énième disque de punk qu’on oublie en deux jours. Bien au contraire, il est de ceux qui ne prennent pas la poussière sur l'étagère et qui nous provoquent toujours un petit frisson dès les premières notes. Tout d’abord le groupe dégage une alchimie parfaite : une section rythmique basse/batterie qui insuffle un tempo étouffant, survolée par la guitare tranchante et précise d’Eddy Current, qui explose parfois en mille morceaux sur des solos insensés. Le tout est porté au pinacle du rock’n’roll par le chant/phrasé possédé de Brendan Suppression. Avec ses intonations monocordes, appuyées par un accent Aussie à couper au couteau, le gars s’inscrit dans la lignée de Mark E. Smith de the Fall (en sympa) ou de Gary Burger des Monks (en sobre) ; là où l’amateurisme confine au génie. La production est quant à elle parfaite : pas trop lisse pour que ça sente encore la bière et le kangourou grillé et pas trop crade pour ne pas brouiller la limpidité des compos. En découle dix titres indispensables où se croisent du punk de brute ("Sunday’s Coming"), de l’indie-garage flamboyant ("Wrapped Up", "We’ll Be Turned On") ou du post-punk décadent ("I Admit My Faults"). Et puis il y a les chefs d’œuvres : "Memory Lane" avec son riff punk joué en slow motion, "Colour Televsion", obsédante et maniaque, qui nous réduit à l’état de zombie, et enfin "Which Way To Go", tube intergalactique dans un monde idéal, ou 3 minutes 16 d’orgasme rock’n’roll.
En plus, cet émerveillement ne cesse de grandir au fil des écoutes, comme si l’usure de la galette amenait de nouveaux sons, toujours plus addictifs. Le souffle qui porte la musique d’Eddy Current Suppression Ring semble ainsi éternel, faisant de ce disque un petit classique en puissance, comme peuvent l’être Bang Bang Rock’N’Roll d’Art Brut et le premier Soft Pack, dans un registre et une époque à peu près similaires. Rendez-vous dans 30 ans...
Punching Joe




Le clip de "Which way to go"