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samedi 20 septembre 2014

Eastlink-S/T


Suivre l’actualité de la mirifique scène indépendante australienne étant un boulot à plein temps, on se contente d’attraper quelques albums à la volée. Aujourd’hui on revient sur cet excellent disque d’Eastlink, passé un peu inaperçu malgré une sortie, il y a quelques mois, chez les incontournables In The Red.


Premier point notable, la présence du petit génie de Melbourne, Al Montfort, dont le CV est de plus en plus vertigineux : UV Race, Dick Diver, Straightjacket Nation, Lower Plenty, Total Control, Snake... Pour la petite histoire, cette hyperactivité lui a même valu d’être embrigadé dans la course au titre de l’Australien de l’année 2013. Le deuxième élément qui a titillé notre curiosité c’est la formation atypique d’Eastlink : quatre guitares et une batterie, soit la recette parfaite pour produire une musique flinguée jusqu’à la moelle.

Et c’est le cas, puisque le quintette fait dans le rock psychédélique lo-fi, ambiance six cordes possédées et chant désabusé. La fabuleuse "Spring St", par exemple, qui engloutit un riff façon the Black Angels sous des couches de saturations acides, des chœurs terrifiants et autres solos sans queue ni tête. De la pure musique de groupe, au songwriting volontairement limité mais à l’assise et la puissance de frappe assourdissantes. On retient également la démoniaque "Overtime", l’instrumentale "Dinnerchat", parfaitement anxiogène, ou encore "What A Silly Day (Australia Day)", passage à tabac introductif totalement jouissif. Sans oublier le rouleau compresseur "Gina" qui nous conforte dans l’idée qu’Eastlink serait une sorte de réponse australienne aux Cosmonauts. À ceci près que les Américains, même s’ils ont d’autres qualités, ne pourront jamais atteindre ce second degré, ce détachement total, qui donnent une saveur si particulière à la musique d’Eastlink.
Punching Joe


jeudi 10 juillet 2014

Playlist : The Revelator fanzine




Alors qu’une adresse mail suffit pour créer un espace d’expression personnalisé (blog, tumblr, etc.), quelques irréductibles continuent à mettre les mains dans la colle UHU, les photocopieuses capricieuses et les agrafes. Et oui, le fanzine n’est pas mort et c’est tant mieux. Il n’y a qu’à faire un tour à l’excellent Salon du Fanzine, qui se tient chaque année à la Bibliothèque Marguerite Duras à Paris, pour se rendre compte que les passionnés de contre-cultures s’expriment toujours avec vivacité à l’intérieur des ces petites publications aux formes aléatoires.

Récemment, on a rencontré deux jeunes bricoleurs rouennais qui se sont lancés dans cette aventure DIY, créant le fanzine musical The Revelator, spécialisé, entre autres, dans le garage et le rock psychédélique. Constatant que l’on avait à peu près les mêmes goûts, on a demandé à Suzy et Julian de nous cuisiner une playlist avec pour thème la révélation, eux, les deux illuminés, qui ont décidé, en 2014, de passer leurs nuits à assembler de jolis bouts de papier au lieu de végéter devant leur ordinateur.

Pour se procurer un numéro de the Revelator il suffit de les contacter ici ou de se déplacer à Rouen du côté de chez De Bruit et d'Encre ou aux Mondes Perdus. Les fanzines devraient débarquer à Paris à la rentrée.


"Il y a dix ou quinze ans, nous pensions que la vraie musique c'était Corneille, Britney Spears et Nuttea. Heureusement, en grandissant, nous nous sommes rendus compte que la vérité était peut-être ailleurs. Beethoven (le compositeur, pas le chien) a dit : La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. C'est ce qui s'est passé pour nous, et nous avons laissé tomber Nuttea (enfin peut-être pas complètement quand même...). Après l'écoute de cette playlist, nul doute que vous saurez ce que Dieu a fait de mieux sur terre..." Suzy & Julian


Blind Willie Johnson "John the Revelator" 
Le re-noi qui nous a révélé le nom de notre fanzine



Blind Blake & the Victoria Royal Hotel Calypsos "Love, Love Alone"
L'aveugle qui nous a révélé qu'en fait Gilbert montagné à coté, c'était de la merde. Et que le calypso était un genre vraiment cool.



The Groupies "Primitive"
La chanson qui nous a révélé que les nuggets ce n'était pas que du poulet reconstitué, mais un truc bien meilleur.



Blue Cheer "Summertime Blues"
Le groupe qui nous a révélé qu'on pouvait faire de la musique couillue de malade mental même avec des cheveux longs



Ty Segall "Oh Mary"
Le mec qui nous a révélé la qualité du garage actuel...et il n'est pas le seul.



Spacemen 3 "Big City (Everybody I Know Can Be Found Here)"
Toutes leurs chansons sont une révélation cosmique.



Les Agamemnonz "Tristes Tropiques" 
Le héros grec qui nous a révélé le meilleur groupe de Rouen



The Capitols "We Got a Thing That's in the Groove" 
La chanson qui a révélé nos talents de danseurs un soir d'Halloween.



Sudden Death of Stars "Inside Out" 
Le groupe qui nous a révélé le tube de l'année.



The Myrrors "Warpainting"
La chanson qui nous a révélé à nous-mêmes (y a un jeu de mot avec miroir / Myrrors, tellement naze que nous nous sommes sentis obligés de l'expliquer...)


Propos recueillis par Punching Joe

lundi 23 juin 2014

Voyage dans l'espace avec Still Charon


Le duo limougeaud Still Charon compte déjà deux EP, HΩME (sorti l’année dernière) et Paved & With Good Intentions qu’ils viennent de partager gratuitement sur bandcamp. Leur musique mêle des mélodies aussi pop que psychédéliques, un son tantôt rugueux, tantôt gracile, le tout magnifié par la voix magnétique de Camille (ex Mountebank). Au petit jeu des références on peut tout aussi bien déceler certaines égratignures lo-fi propre au garage-rock moderne, qu'une décontraction façon indie-rock nineties ou encore un savoir-faire pop ancestral. Pourtant leur musique semble irréductible à ces simples étiquettes. En fait Still Charon ne fait rien d’autre qu’écrire de belles chansons et c’est déjà beaucoup.

On vous rappelle également que vous pouvez les retrouver sur l'excellente compilation Songs Of Nothing 2 du collectif Nothing.

   

Inspirés par leur nom qui fait référence à Charon, la lune de Pluton, on a demandé à Camille et Florian de concocter une playlist qui soit un vrai voyage intergalactique :

"L'espace, comme la nature, est un lieu infini et inconnu, propice à la contemplation et à la rêverie, une source intarissable d'inspiration pour les expérimentations musicales en tout genre. À un tel point, que le rock psychédélique ne va pas sans son petit frère le Space Rock.

L'image est vraiment bien choisie, puisqu’à l'évocation du genre on imagine déjà la reverbe infinie rouler-bouler dans l'espace comme Sandra Bullock dans Gravity; une sorte de Great Gig In The Sky qu'ils disaient, avec des technologies et des civilisations extraterrestres."

Spacemen 3 "Starship"
Tout est dans leur nom, un esprit qu'on pourrait résumer ainsi : taking drugs to make music about space to take drugs



Spiritualized "Ladies and Gentlemen We're Floating Into Space"
Jason Pierce, variation sur le thème.



Warlocks "He Looks Good in Space"
Depressing space song



Hawkwind "Space Is Deep"
Hawkwind inventeur de la space épopée avant George Lucas.



Robert Wyatt "Alien"
Prends ton ticket pour Venus



Slowdive "Soulvaki Space Station"
We are travelling at warp speed



Pink Floyd "Astronomy Domine"
Shiny Diamond synesthésique de Syd Barret gravitant autour de Jupiter Saturne Oberon, Miranda, Titania, Neptune Titan.



Yo La Tengo "Superstar Watcher"
Contemplation melody



Galaxie 500 "Leaving The Planet" 
You said that I could bring my guitar, you said it's time to leave the planet [...] time to leave the capsule if you can ?


Propos recueillis par Punching Joe  

vendredi 25 avril 2014

Interview : Inmybed



Attirés par son excellente compil' Embedded (sur laquelle on retrouve, entre autres, le psychédélisme de Sudden Death of Stars, fort apprécié en ces pages), nous avons voulu en savoir plus sur le label Inmybed, son équipe, sa ville (Rennes) et son catalogue alléchant (goût vinyle et papier).



Parlez-moi de la genèse d’Inmybed. L’histoire du label est très liée à celle du groupe Formica, c’est bien ça? Qui fait quoi ?

Matthieu : Inmybed est effectivement né autour de Formica. La structure servait à la base à l'organisation de concerts sur Rennes et à la gestion administrative du groupe. Lorsqu'on a enregistré notre premier EP avec Christophe Sourice (Les Thugs), aucun de nos labels favoris n'en ayant voulu, on a décidé de transformer Inmybed en label. Comme on ne voulait pas que ce soit un label à une seule référence, on a décidé de sortir un recueil des croquis de concerts de Nine Antico parus dans son fanzine Rock This Way. Et maintenant on en est à près de quinze références.

Lilian : Pour la répartition des rôles, les décisions sont collectives et interviennent en général au bout de plusieurs bouteilles de vin. Le dernier à tenir debout a gagné, la démocratie comme elle devrait se pratiquer!

Matthieu : On ne sort que trois à quatre références par an, du coup tout le monde participe à chacune des étapes, mais la maquette et la fabrication sont systématiquement supervisées par Sébastien Lumineau.

Jérémie : Et les aspects numériques sont assurés par Lilian.

Formica
(© Renphotographie)


Et ce nom « Inmybed » ?

J : Ça vient d'une abominable chanson de Gainsbourg sur le non moins abominable live au Zénith dans laquelle il y a un couplet qui fait : J'aime les p'tites skinheads / Elles n'sont pas si bad / De bonnes petites baiseuses / In my bed !

M : Ça nous avais paru tellement con qu'on a retenu le nom.

L : Mais notre acceptation de l'expression est probablement plus liée à la paresse qu 'à la libido. On peut le déplorer.

M : Ou pas.


L’idée de faire du « vinyl et du paper » vous l’aviez dès le départ ?

J : Ça correspond à ce qu'on aime, les livres et les vinyles. Ça nous semble plus noble comme support ; à l'époque où on a monté le label, le CD semblait encore être la norme et le vinyle plus un truc de puriste. Maintenant, avec la dématérialisation, on a deux écoles ; on se situe, à titre personnel, dans celle attachée à l'objet. Je reste toujours dubitatif face aux heureux possesseurs de Go de musiques, alors qu'une discothèque de vinyles ou une bibliothèque inconnues me donne toujours un petit frisson dans l'échine. L'ipod ne m'a jamais fait cet effet.

M : Surtout, on propose des pochettes et des couvertures sérigraphiées, une fabrication léchée et des tout petits tirages, le tout fabriqué à la main, on y prend vraiment du plaisir, le DIY est capital pour nous, le vinyle et le papier sont adaptés à cette politique. Et puis économiquement, ça nous paraissait être le bon choix.


Quels sont les autres labels français dont vous appréciez le travail ? Et les maisons d’édition ? 

M : En ce qui concerne les labels, nos modèles sont plutôt américains, K-Records pour le graphisme et le catalogue, Skin Graft pour ce qu'ils faisaient de l'objet.

J : A titre personnel, concernant les labels français, je suis plus attaché aux labels indés des 90's : Prohibited, les 7 Piliers, Closer, Vicious Circle, Black & Noir...Actuellement, nos apprécions nos concitoyens rennais des Disques Normals, de Kerviniou ou de Range Ta Chambre. Mais d'autres font aussi font du chouette boulot : Africantape, Kütu Folk, Talitres, Born Bad...Ce que j'apprécie chez ces labels, au-delà de la musique, c'est qu'ils sont identifiables immédiatement, peu de chance de trouver de la pop délicate sur la compilation Mauvaise Graine de Born Bad par exemple, même si elle est bien dégagée derrière les oreilles...

M : Pour les éditeurs, nous avons été très influencé par ce qui s'est passé en bande dessinée à la fin des années 90, notamment par la scène rennaise, très active à cette époque avec un esprit DIY et un regard politique sur l'édition. Peut-être l'équivalent pour la bande dessinée de ce qu'a été le punk pour la musique. Je pense à des auteurs regroupés autour de la revue Chez Jérôme Comix et de la librairie Alphagraph. Et pour les éditeurs, on peut citer La Chose, des frères Éric et Jacques Mahé, ou Les Taupes de l'Espace de Sébastien Lumineau qui s'occupe désormais de nos graphismes.

J : Malheureusement, comme les labels de musique, ce courant alternatif a été digéré par les majors qui se sont mises aussi à sortir une version insipide de la chose. Sad but true !


J’avoue un faible pour les compos de Prosperi Buri, parlez un peu de ce projet.

L : Que dire qui ne soit pas diffamatoire?

J : Déjà, il fait partie de la famille, au propre comme au figuré et d'Inmybed depuis sa création. Il exerce ses talents aussi bien dans le domaine du dessin et dans la musique, pour laquelle il s'entoure de requins de studio. Prosperi joue un rock neurasthénique très émouvant; ce que j'aime particulièrement chez lui, c'est qu'il ne cherche pas à sonner puissant, j'ai l’impression qu'il a gardé une part de candeur, un truc de l'adolescence qui fait que sa musique est imperméable aux modes.

M : Son Gloria E.P. est une des belles références de notre catalogue.

Prosperi Buri
(© Marc Blanchard)

Vous avez récemment sorti une très chouette compil de groupes rennais. Qu’est-ce que vous diriez de cette scène rennaise ? Comment elle évolue ? Qu’est-ce que vous aimez chez elle ? Qu'est-ce que vous aimez moins ?

M : Rennes a cette image un peu ridicule de « ville rock », ça fait partie de son « rayonnement » comme on dit vulgairement. C'est sûr qu'il s'y passe pas mal de choses mais je ne suis pas certain qu'on puisse parler de « scène » au singulier. Il y a des « scènes », en fonction des genres et des affinités.

J :  On aime tous les groupes présents sur cette compilation et pour certains depuis longtemps, ils ne sont pas présents parce qu'ils sont rennais mais parce qu'il nous semble que leur approche de la musique ressemble à la notre. En résumé, ils ne courent pas après le succès et joue une musique sincère et personnelle. Mais, je ne sais pas trop si on peut parler de « scène ». Certains sont des amis, d'autres des copains de bistrots, il n'y a que les « jeunes » Sudden Death of Stars que nous ne connaissions pas du tout. Pour la sortie de la compilation, nous avons organisé avec le Jardin Moderne une soirée où tous les groupes jouaient et la plupart n'avait jamais partagé l'affiche. J'ai le sentiment qu'une « scène » ne peut se créer que si les groupes jouent dans les mêmes lieux et ensemble. Enfin, c'est une vision un peu romantique mais chez Inmybed on est fleur bleue.

M : Après sur Rennes, il y a des groupes que l'on apprécie mais qui ne sont pas présents sur la compilation : Trunks, Fat Supper, We Only Said...

L : Et d'autres qu'on n'apprécie pas du tout... Du coup, j'espère qu'il n'y a pas de « scène rennaise » identifiée car il y a des personnes et des groupes avec lesquels on ne veut rien avoir à faire du tout !






Vous avez des projets en cours ou à venir dont vous aimeriez parler ? Des événements à annoncer ?

M : Côté papier, deux sorties sont prévues au printemps : une bande dessinée de Sébastien Lumineau sur le hard rock et la ruralité et une partition de Thomas Le Corre (guitariste génial du meilleur groupe rennais du monde, Moller Plesset) illustrée par Nylso. Il y a aussi un recueil des chroniques musicales dessinées d'Olivier Josso qui est dans les tuyaux.

L : Côté vinyle, on sort le 1er single de Cotton Buds en juin. Et puis Formica retournera au printemps en studio avec Christophe Sourice pour un L.P. à sortir cet automne.

J : Pour les projets, Chatterbox prépare son 1er EP, Prosperi Buri veut faire un album... Et puis on aimerait bien sortir un nouveau disque de Moller Plesset avant la fin du monde.


Propos recueillis par Hanemone

Une petite note finale pour indiquer que Philippe Dumez, auteur publié chez Inmybed, a récemment pris une excitante initiative en lançant son Philippe Dumez Book Club, pour en savoir plus allez faire un tour ici.



mardi 25 février 2014

Dusty Mush chez les dingos

Maxime Verret



Il y a presque un an, nous vous parlions des Dusty Mush ici même. À l’époque les fripouilles de Melun commençaient à peine à ramener leur fraise du côté de la capitale. Aujourd’hui le trio passe à la vitesse supérieure : leurs concerts sont désormais de vraies expériences hypnotiques et ils s’apprêtent à sortir leur première galette (après deux k7). Un EP chez Howlin’ Banana qui va servir de rampe de lancement pour le LP prévu au cours de l’année. Histoire de fêter dignement cette sortie, on leur a demandé de réaliser une playlist "les chansons pour se faire interner", sur le thème, vous l’aurez compris, de la folie, de la maladie mentale. Thème sur mesure, pour un groupe qui, au-delà des sonorités garage et punk, nous transmet une énergie indéniablement tourmentée et hallucinée. Voici ce qu’ils nous ont concocté :


Bienvenu dans notre programme d’aide à l’internement forcé. Toute résistance aux différentes phases du processus serait futile


Phase initiale : diffusion de fréquences produites par des patients présentant déjà un désordre mental prononcé.

Patient #1: GG Allin
Le patient semble être atteint du syndrome de la Tourette et de troubles mentaux complexes entraînant des périodes de nudité, d’automutilation et de déviance sexuelle.


Patient #2: Darby Crash
Chanteur du groupe The Germs. Incapacité à monter sur scène sans prise excessive de substances illicites afin de ne pas sentir les violences physiques reçues lors de ses prestations.


Patient #3: Nick Blinko
Leader du groupe Rudimentary Peni, hospitalisé pour trouble schizo-affectif.



Résultats de la phase initiale :
Vous semblez bien réagir au programme, les premiers signes apparaissent : hyperactivité, trouble de la répétition.





Phase intermédiaire : injection au patient de substances inconnues.

Substance #1 : Drogue électrique
Le sujet répond positivement à l’injection, ce dernier pense avoir un troisième œil.


Substance #2: Robitussin
Perte de cohérence du patient, il ne semble plus être en mesure de jouer correctement de la guitare de type électrique.



Résultats de la phase intermédiaire :
Vous semblez reconnaître votre folie naissante. Encourageant.





Phase finale : séances intensives d’électrochocs.

Séance #1: Fuzz hallucinée en intraveineuse.
Le patient prend peur. Augmentation de la dose. Acidité de la fuzz à son maximum.


Séance #2: Batterie sur-vitaminée.
Le sujet éprouve tour à tour excitation et sommeil profond.




Toutes mes félicitations, vous avez survécu au programme. Vous êtes prêt à être interné.

Profitez de votre nouvel état mental :


Propos recueillis par Punching Joe

dimanche 26 janvier 2014

Weed-Deserve


Après la décontraction de Purling Hiss et la pop musclée de Paws, on ouvre un nouveau volet dans l’exploration du revival nineties avec son versant punk, fièrement défendu par les Canadiens de Weed. 



Il semblerait que la ville de Vancouver soit une espèce de havre de paix pour la population slackers. Cette année on a notamment vu débarquer the Courtneys, trois filles bloquées en 1991, qui idolâtrent Keanu Reeves, MTV et le rock débraillé. On retrouve cette même esthétique "VHS et jeans troués" chez le quatuor Weed qui vient de sortir son premier LP, Deserve, chez Couple Skate Record. Ils osent même arborer un nom, aussi nul que génial, qui résume en quatre lettres l’état d’esprit d’une musique faite par des branleurs, pour des branleurs.

Si les Weed jouent aux petits malins, leur musique impressionne d’emblée avec "Heal", une chanson taillée dans l’acier qui dégueule des guitares fuzzées jusqu’à l’os. Les saintes chapelles indie-rock sont là (Mudhoney, Dinosaur Jr, Sebadoh, voire les Pixies) mais restent suffisamment en retrait pour éviter au groupe de tomber dans le simple exercice de style. On sent chez Weed une sorte de rage maladroite, tantôt débridée, tantôt précise, qui s’incarne dans des chansons puissantes et lourdes mais toujours un peu déglinguées, et même dispersées. "Set Me Back" galope vers l’inconnu, captant magnifiquement l’essence de cette musique qui réunit la pop et le rock’n’roll sans les soumettre à des schémas préétablis.


La première partie de ce Deverse est irréprochable et on peut encore retenir la noisy "Silent Partner" ou le mur punk "Gun Shy", sur lequel on vient buter avec un certain plaisir masochiste. Le reste de l’album est tout aussi bon, bien que moins percutant, ce qui confirme que le groupe semble plus à l’aise dans les cavalcades punk que dans l’indie-rock chaloupé. C’est d’ailleurs ce qu’on retient au final : un son énorme, avec le duo basse/batterie qui fait un chantier démesuré, laissant place à un rock qui ne s’embarrasse pas de détails mais qui garde tout de même son esprit joueur et insouciant.
Punching Joe

L'album s'écoute en intégralité ici.

vendredi 27 décembre 2013

Tomorrows Tulips-Experimental Jelly


Manifeste à la gloire de la paresse, Experimental Jelly aura bercé nos plus beaux moments de glande cette année. Dépourvu du moindre dynamisme, constamment à l’agonie, ce deuxième disque des Californiens Tomorrows Tulips a imposé petit à petit son romantisme déglingué, au point de devenir un indispensable disque de chevet.



Pour comprendre l’origine de ce romantisme illuminé, il convient de rappeler que Tomorows Tulips est le projet musical d’un certain Alex Knost, surfeur professionnel. Mais Alex Knost n’est pas de ces riders stéréotypés buveurs de redbull, loin de là. C’est un mec à l’ancienne, flottant les bras ballants sur sa longboard ; un mystique qui entretient un rapport presque religieux à l’océan, qu’il considère comme "une source d’illumination sur terre." Une philosophie de vie qui déteint forcément sur sa musique comme il le précise toujours dans la même interview : "Pour moi surfer et jouer de la musique sont des pratiques artistiques à mettre sur le même plan. C’est un peu comme être amoureux de deux filles en même temps."

Ces deux arts, il les aborde avec une décontraction presque indécente pour le commun des mortels. Mais la jalousie fait vite place à l’émerveillement quand on saisit la quiétude qu’il dégage et qui anime ce Experimental Jelly. Une sérénité ensoleillée qui prend pourtant place dans des pop-songs bordéliques, jouées au ralenti. Les premières écoutes du disque peuvent ainsi laisser dubitatif tant les repères manquent. Rappelons que Tomorrows Tulips fait dans la pop à trois accords, amatrice et lo-fi, pas accrocheuse pour un sou, encore moins efficace. Et si Alex Knost fait du surf de manière anachronique, la façon d'écouter sa musique l’est tout autant.


Experimental Jelly débute son voyage au cœur de la fatigue avec la magnifique "Flowers On The Wall", lancinante et traversée par des solos de guitare sans queue ni tête. Les influences sont à aller chercher chez des héros DIY comme Beat Happening ou Guided By Voices ("Dream Through", "A Waste"), parfois déclinées à la sauce californienne ("Vacation" ou "Wake Up", soit les Beach Boys sous sédatifs). La voix de Knost y est aussi pour beaucoup, épuisée et suppliante, non sans rappeler celle de Lou Reed comme sur "He Quits", monument de paresse avec son violoncelle ronronnant. Si l’on excepte la jam noisy "Misses Hash", l’album s’apparente à une collection de complaintes, recroquevillées sur elles-mêmes, qui trouvent leur beauté dans une constante instabilité. La fin d’Experimental Jelly est ainsi une chute libre : "Free" et "Mr. Sun" larguent définitivement les amarres, jouant une pop en perdition qui échoue finalement dans un rêve nommé "Internal Perm". Cette berceuse presque irréelle conclut parfaitement un disque sublime, car souvent insaisissable.
Punching Joe

Pour le plaisir (on appréciera à chaque fois la bande-son)



samedi 21 décembre 2013

Kevin Morby-Harlem River


C’est une bonne surprise de cette fin d’année, le New-Yorkais Kevin Morby livre son premier album solo, Harlem River, publié chez Woodsist. D’abord connu comme le bassiste de Woods, Kevin Morby a ensuite trusté le devant de la scène indie avec the Babies, groupe formé avec Cassie Ramone des Vivian Girls. Il y a un an les Babies sortaient d’ailleurs leur deuxième album Our House On The Hill où Kevin Morby s’affirmait un peu plus à travers des chansons à la mélancolie rock’n’roll irrésistible.



On est ainsi peu étonné de le voir se lancer en solitaire, armé d’un premier disque délicat et assez ambitieux. Il y a quelques semaines on croisait le chemin de Cassie Ramone à l’Espace B (elle aussi s’est lancée sous son propre nom), venue chantonner quelques unes de ses compositions, sympathiques mais un poil trop inoffensives. Kevin Morby évite lui l’écueil du gratouillage mignon en enrobant son Harlem River d’une production joliment travaillée. Les chansons  ne sont pas de simples ballades mais de belles pièces savamment pensées. "Harlem River" notamment qui, à l’aune d’un simple gimmick de guitare et d’une rythmique tâtonnante, déploie sur près de neuf minutes une ambiance lugubre. Le début de l’album est d’ailleurs parfait : "Miles, Miles, Miles" promène un arpège cristallin tout en pudeur, sur lequel la voix de Morby, d’une tristesse naturelle toujours bouleversante, plane sereinement. "Wild Side (On the Places You’ll Go)" est elle une des plus belles chansons entendues cette année, confirmant les talents de compositeur du New-Yorkais.

La suite du disque n’atteindra pas le niveau de ces trois premiers titres mais s’avère d’une qualité tout à fait respectable (si l’on excepte la plombante "Slow Train" en duo avec Cate Le Bon). Que ce soit dans un minimalisme folk ("If You Leave And If You Marry") ou dans la country western ("Reign"), Morby avance avec assurance. Si les chansons gardent cette fraîcheur qui caractérise son songwriting, on est assez loin de la spontanéité fougueuse du premier LP des Babies. L'écriture de Kevin Morby est aujourd'hui animée d’une sagesse tout aussi touchante, incarnée dans un Harlem River, lent et enchanteur, qui en fait un très beau disque de canapé.
Punching Joe

mardi 12 novembre 2013

Slumberland Records : premières années



Il y a longtemps nous vous parlions des recrues récentes de Slumberland comme Veronica Falls ou Big Troubles, pour constater que le label n’avait rien perdu de sa superbe. C’est justement cette superbe qui est à l’honneur dans ce billet ; ces sons qui ont bâti l’identité à la fois popeuse et bruitiste du label, et dont les petits nouveaux susnommés se sont joyeusement inspirés.
En 2009, Slumberland fêtait ses vingt années d’existence en concerts et certains anciens répondaient présents sur scène, comme Lorelei ou Henry’s Dress. Nous nous sommes plongés dans la discographie des premières années du label pour extraire douze merveilles, des morceaux de groupes phares et historiques comme Velocity Girl, et des pépites davantage oubliées comme celles de Jane Pow.
Longue vie à Slumberland !






1. Black Tambourine, Throw Aggi off the bridge (Complete Recordings, SLR, 1999)
2. Velocity Girl, Why should I be nice to you ? (My Forgotten Favorite, SLR, 1992)
3. Jane Pow, Shut Down (Warm Room, 1991)
4. Whorl, Maybe it’s better (Maybe It’s Better, SLR, 1992)
5. Rocketchip, I love you like the way I used to (A Certain Smile, A Certain Sadness, SLR, 1996) 
6. Lorelei, The bitter air (The Bitter Air, SLR, 1992)
7. The Ropers, Cool self (The Ropers, SLR, 1994)
8. Swirlies, Sarah Sitting (Didn’t Understand, SLR, 1992)
9. Henry’s Dress, Target Practice (Bust’Em Green, SLR, 1996)
10. Honeybunch, Mine your own business (Mine Your Own Business, SLR, 1992)
11. Stereolab, John cage bubblegum (John Cage Bubblegum, SLR, 1993)
12. Lilys, Elizabeth colour wheel (In The Presence Of Nothing, SLR, 1992)

Hanemone

mardi 29 octobre 2013

Introduction to Kelley Stoltz


Après trois albums chez Sub Pop, le résident de San Francisco Kelley Stoltz signe Double Exposure sur Third Man Records, label avec lequel il partage une même origine, le Michigan. Dans le circuit depuis près de 15 ans il n’en reste pas moins un éternel outsider, injustement méconnu de ce côté de l’Atlantique, alors que sa discographie regorge de grandes chansons pop. Multi-instrumentiste génial, orfèvre du son analogique et producteur inspiré (the Mantles, Sonny & the Sunsets…), il était là avant que la scène de San Francisco ne prenne la fière allure qu’on lui connaît aujourd’hui. Pour tous ces musiciens il reste d’ailleurs une figure tutélaire, souvent cité comme influence, notamment pour sa manière de penser la musique et de magnifier le Do It Yourself, gage de liberté créatrice. 

Grand fan du songwriting immatriculé années 60, de Brian Wilson aux Beatles, en passant par Syd Barrett, les Zombies ou Nick Drake, Kelley Stoltz en a gardé le savoir-faire dans l’approche de la pop-song, tout en mettant en avant sa sensibilité à travers des arrangements fouillés, remplis de bidouillages et de boucles étranges. 

Pour s’y retrouver dans cette discographie abondante, on a décidé de faire une playlist qui donne un large aperçu de sa carrière. Dès débuts lo-fi de The Past Was Faster (1999) et Antique Glow (2001) jusqu’au brillant Double Exposure (2013) en passant par la période Sub Pop (To Dreamers, Circular Sounds, Below the Branches) ou encore son album de reprises d’Echo & the Bunnymen, voici 12 chansons qui, on l’espère, serviront de porte d’entrée pour ceux peu familiers du monde merveilleux de Kelley Stoltz.





1-Popular Diseases (The Past Was Faster, Telegraph Compagny, 1999)
2-Vapour Trail (The Past Was Faster, Telegraph Compagny, 1999)
3-Underwater's Where The Action Is (Antique Glow, self-released, 2001)
4-The Sun Comes Through (Below the Branches, Sub Pop, 2006)
5-Prank Calls (Below the Branches, Sub Pop, 2006)
6-Stars Are Stars (Echo & the Bunnymen cover) (Crockodials, Beautiful Hapiness, 2006)
7-Your Reverie (Circular Sounds, Sub Pop, 2008)
8-I Nearly Lost My Mind (Circular Sounds, Sub Pop, 2008)
9-Pinecone (To Dreamers, Sub Pop, 2010)
10-I Remember, You Were Wild (To Dreamers, Sub Pop, 2010)
11-Marcy (Two Imaginary Girls, Les Disques Steak, 2012)
12-Kim Chee Taco Man (Double Exposure, Third Man, 2013)
13-Interview
Punching Joe

vendredi 18 octobre 2013

The Fresh & Onlys-Soothsayer EP


Au même titre que Thee Oh Sees et Ty Segall, les Fresh & Onlys étaient présents dans l’épicentre du séisme sonique survenu autour de la Baie de San Francisco. Pourtant ils se sont rapidement mis à l’écart de ce fracas, contrairement à leurs collègues qui, eux, plus que jamais, surfent sur le raz-de-marée rock’n’roll. Il est vrai que la troupe de Tim Cohen a toujours préféré les mélodies bien troussées aux riffs sanguinolents. Au point de signer l’an passé Long Slow Dance, un disque lorgnant clairement vers la pop 80s, édité par le label new-yorkais Mexican Summer, figure de proue de l’indie actuel. Et si l’album était encore une fois porté par un songwriting irréprochable et une classe à toute épreuve, il a définitivement expédié les Fresh & Onlys sur une autre orbite, puisqu’au même moment Ty Segall sortait l’explosif Slaughterhouse et Thee Oh Sees préparait le rutilant Floating Coffin. Quel avenir alors pour les Fresh & Onlys ? Vont-ils devenir un fabuleux groupe pop qui serait enfin récompensé pour son génie, ou au contraire une formation indie lambda, au son pépère et aux chansons rassurantes ?


Ce nouvel EP, toujours chez Mexican Summer, donne quelques éléments de réponse. Soothsayer est clairement dans la lignée de Long Slow Dance. La chanson titre ouvre le disque dans un nuage de reverb étiquetée années 80, où la voix de Tim Cohen résonne magnifiquement. Et si des synthés viennent aérer un peu plus la composition, on reconnait la patte Fresh & Onlys grâce à une rythmique atypique et marquée. Ensuite "God of Suez" susurre un riff jangly à tomber par terre, prolongeant la longue liste des grands morceaux écrits par le groupe. Le reste de Soothsayer est malheureusement bien en dessous des attentes. "Glass Bottom Boat" sonne vaguement comme du Gun Club de la fin des années 80, mais au moment où la chanson devrait décoller (ce que sait très bien faire le groupe d’habitude), seules des trompettes mollassonnes viennent étirer le tout. "Deluge of War" souffre d’un mal encore plus grave, celui de ces titres à la production gonflée qui sonnent fatalement creux. En ce sens elle se rapproche de la vacuité romantique exposée par Wymond Miles sur son nouvel album Cut Yourself Free. "Forest Down Annie" ne fait guère mieux avec ses six minutes de pop étrange mais ronronnante, non sans rappeler Magic Trick, la magie en moins. Enfin, "Drugs" sauve un peu la mise, sans être pour autant mémorable.

Les Fresh & Onlys sont donc à un carrefour important de leur carrière : toujours à l’aise pour composer des chansons sublimes, ils sont aussi capables de s’enfoncer tête baissée dans une pop maniérée sans grande inspiration. Et, pour la première fois, des doutes s’installent en vue du prochain album. En attendant, Magic Trick semblerait être de retour et ça c’est une excellente nouvelle.
Punching Joe

mercredi 2 octobre 2013

The Everywheres-s/t LP + Slow Friends K7

The Everywheres sont arrivés ici par une porte dérobée. Après une première écoute, leur musique m’apparaissait comme l’archétype d’une certaine pop psychédélique, joliment enrobée dans un son analogique et lo-fi, mais finalement sans sève. Ils ont été sauvés par une pulsion d’exotisme, lorsque j’ai découvert leur ville d’origine, Halifax en Nouvelle-Ecosse. Quelques clics plus tard je me promenais sur cette péninsule canadienne inconnue pour moi, porté par le son de leur premier LP. La balade sur StreetView, dans des paysages intrigants où l’océan côtoie la forêt, s’est terminée dans un cul-de-sac, quelque part au nord, avec la magique "What It Grow" qui semblait faire onduler l’eau à l’horizon. J’ai alors pris toute la mesure de la musique des Everywheres, taillée pour l’errance.


Ce premier LP a été pressé en nombre limité par le label US Father / Daughter. Les huit chansons qui le composent s’inscrivent dans la lignée sonique de plusieurs groupes actuels, comme White Fence, Blackfeet Mystic Braves ou les Young Sinclairs ; ceux-là même qui aiment manipuler la pop psychédélique avec la plus grande délicatesse. Si des titres comme "Other State", "Watch it Grow" ou "Strangers Below the Wire" se détachent, le disque fait tout de même preuve d’une certaine linéarité, tissant des ambiances qui devraient laisser de côté les plus hargneux, insensibles aux mélodies cristallines envoûtantes. Pour les autres, il n’y a qu’à s’abandonner dans ces nappes de guitares gavées de reverb, extraites d’un rêve étrange et nébuleux.


Je vous conseille également leur première cassette, Slow Friends, d’une volupté égale, mais où le son des Everywheres prend une tournure plus folk et indie-pop, quelque part entre Real Estate et Campfires. On y retrouve quelques superbes chansons comme "Slow Friends", "Tripping", "Frightened Face" ou encore "Breeze Friends", jouées avec une décontraction tellement communicative qu’elles se transforment en ode à la glande.
Punching Joe

vendredi 13 septembre 2013

Scott & Charlene’s Wedding-Any Port in a Storm


Craig Dermody a formé Scott & Charlene’s Wedding à Melbourne, avant de déménager pour New York, ville qu'il a toujours fantasmée. Après quelques galères, le temps de trouver un nouveau groupe et de se familiariser avec la grosse pomme, il enregistre Any Port in a Storm, qui succède à l’excellent Para Vista Social Club. Désormais moins saturé, son indie-rock se pare de contours plus pop à travers 11 chansons habitées par la personnalité sensible de leur auteur.

La musique de Scott & Charlene’s Wedding a quelque chose de fondamentalement ordinaire et spontanée. Graig Dermody ne s’en cache pas d’ailleurs, il écrit et chante comme ça vient; sur la vie, ses pensées, ses angoisses. C’est un songwriter dans l’âme, qui pense d’abord à ses chansons, avant d’en imaginer le son. Sur Para Vista Social Club il cachait néanmoins son jeu de guitare, qu’il jugeait approximatif, derrière des distorsions qui donnaient une tonalité velvetienne à sa musique. Avec Any Port in a Storm il a confié l’enregistrement à Jarvis Taveniere de Woods, qui a clarifié tout ça et donné une patine indie-pop à ces titres délicats.


Il n’a pas pour autant perdu sa nonchalance indie-rock. Un détachement qui n'est pas sans rappeler celui de Pavement et de leurs mélodies universelles. Car Craig Dermody est un pur produit des années 90 et ne manque pas de le souligner. Il intitule même une des ses chansons "1993" pour y conter la folie des playoffs NBA cette année là. La base de toutes les compositions est élémentaire : raconter des histoires, et souvent son histoire, à l’aide de trois accords convaincus et d’une voix bavarde. La formule est simple, efficace,  et semble pouvoir être répétée à l’infini, sans lasser.

Même s’il est très homogène, Any Port In a Storm alterne habilement les passages accrocheurs ("Jackie Boy", "Downtown", "Charlie’s in the gutter") et ceux plus aériens ("Lesbian Wife", "Junk Shop", ou la belle balade "Spring St"). On retiendra l’excellent travail de Michael Caterer à la guitare solo qui tapisse le disque des ses riffs indie-pop scintillants. Une élégance seyant parfaitement aux compositions de Dermody qui trouvent ici un écrin idéal pour se déployer. Sans fard, la musique de l’Australien brille dans sa fragilité, toujours tiraillée entre insouciance et désenchantement.
Punching Joe

mercredi 4 septembre 2013

Interview : Theo Verney


En avril dernier, le label londonien Italian Beach Babes a sorti le premier E.P de Theo Verney sous format cassette. Sobrement nommé T.V E.P, celui-ci n’a rien pour déplaire. Par doses exquises et bien mesurées vous pourrez goûter des notes psyché et indie suaves, des riffs garage enjoués, des poussées grunges charnues, peut-être même quelques intonations prog et stoner capiteuses. Bref un breuvage incroyablement doux et percutant à la fois. Quand, en traînant sur le site du label, j’ai appris que le jeune homme (22 ans), résident de Brighton, avait tout enregistré seul chez lui, j’ai été d’autant plus bluffée. J’ai voulu en savoir plus.


  Explique-moi comment tu travailles et quelle est la genèse de T.V E.P ?
T.V E.P est le résultat de mon projet solo après mon départ du groupe dans lequel je jouais avant (dont il ne tient pas à parler). J’enregistre et je joue tous les instruments moi-même. Je commence avec quelques idées à la guitare et puis je construis la chanson en y ajoutant des couches successives. 

  Qu'est-ce que tes paroles racontent ?
Généralement elles reflètent mes sentiments et mes pensées au moment où j’écris. Certaines peuvent être très abstraites.




  Comment ta collaboration avec Italian Beach Babes Records a démarré ?
Mes potes Boneyards ont sorti un de leurs EP avec eux, alors je leur ai envoyé un email, tout simplement.

  T.V E.P est disponible seulement sur cassette, qu’est-ce que tu penses de ce support ?
Les cassettes c’est génial. C’est peu cher à produire et en même temps ça permet d’avoir quelque chose de physique à posséder.

  Peux-tu me dire quelques mots sur l’artwork de T.V E.P ?
Le dessin est de Tatiana Kartomten. Je voulais que ça représente l’ennui, la frustration et je trouve qu’elle sait capturer ces sentiments d’une très belle façon. Les chansons de l’E.P tournent autour de ces sujets.




  Les dessins de Tatiana Kartomten sont aussi sur des pochettes de projets de Ty Segall (Sloughterhouse et Fuzz). Tu te sens proche de ce qu’il est, de sa musique ?
Ty est un type super. J’ai joué avec lui l’année dernière, c’est un très bon souvenir, un des meilleurs concerts où j’ai pu aller. J’aime bien sa philosophie d’enregistrer beaucoup de musique, à tour de bras, j’essaye de faire pareil.

  Qui joue avec toi sur scène ?
Mes meilleurs amis : Joe "le Humble" et Alex "batterie saignante Murphy". 

  Comment est la scène musicale à Brighton en ce moment ?
Je trouve que la scène là-bas craint plutôt. Il n’y a pas grand monde qui va aux concerts. Mais il y a de bons groupes, comme Birdskulls que je produis et qui sont de bons amis. Le Green Door Store est probablement le meilleur endroit où aller.

  Tu produis d’autres groupes ? 
Je suis producteur, c’est mon job. C’est cool parce que je travaille souvent  avec des amis et ça me permet aussi de m’ouvrir à un large éventail de genres.

  Plus généralement qu’est-ce que tu penses de la scène rock anglaise aujourd’hui ?
Je pense que de manière générale elle va de mieux en mieux, sans aucun doute. Il y a beaucoup de petits labels qui sortent de très bonnes choses comme Art Is Hard, Italian Beach Babes, Hate Hate Hate…

  Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
En ce moment j’écoute surtout Black Sabbath qui est mon groupe préféré depuis que je suis enfant, et aussi Uncle Acid et les Deadbeats. Des trucs assez heavy en fait, des groupes comme Sleep et Electric Wizard.

  T’as écouté le dernier Black Sabbath d’ailleurs ?
Il est super cool. De toute façon un truc impliquant Rick Rubin et Sabbath ne pouvait être qu’une tuerie. 

  Est-ce que tu as des influences cachées ? Des trucs que tu aimes écouter mais qu’on n’entend pas vraiment dans ta musique.
J’adore le hip hop, Mobb Deep, Nas et M.O.P font partie des trucs que j’aime le plus écouter.

  Comment tu décrirais ton propre son ?
Du grunge garage psychédélique ?

  Quelle est la dernière œuvre que tu as vraiment aimé, qui t’a touché ? Ça peut être un album, un film, un roman, un dessin, n’importe quoi.
Je n’arrive pas vraiment à me souvenir de quelque chose qui m’ait touché…Je pense que voyager dans des endroits cool m’aide à me renouveler, à m’inspirer.

  Quels sont tes futurs projets ?
De grandes choses !



 Hanemone

dimanche 1 septembre 2013

Bande à part

La cassette à la rescousse
D’abord raillée pour son côté ringard et sa qualité sonore peu sûre, la cassette revient en force depuis quelques temps, soi-disant sous l’impulsion de la fameuse retromania ambiante. Pourtant, bien plus qu’une mode, c’est aussi, et surtout, un objet pas cher à produire, qui permet aux groupes lassés du tout numérique de pouvoir laisser une trace, quelque chose de palpable et d’insolite.

Il est difficile de ne pas associer le retour de la cassette audio au label californien Burger Records qui dès 2007 s’est lancé dans ce business alors considéré comme obsolète. Il aura pourtant fallu attendre quelques années supplémentaires pour que des gros médias US, de Pitchfork jusqu’au Los Angeles Times, mettent vraiment en avant cette petite structure de passionnés. On se souvient notamment de la Kitty Comp parue à l’été 2012 qui avait permis à Burger d’attirer l’attention. Pour rappel, Burger avait fait une compilation de charité pour opérer un chaton que les employés avaient retrouvé écrasé devant les locaux du label. Une initiative façon Trente Millions d’Amis qui a même été réitérée quelques mois plus tard, cette fois pour opérer un teckel, avec la the Wiener Comp, épuisée en quelques jours. Aujourd’hui, avec son catalogue foisonnant, Burger Records est donc mondialement connu et jouit d’une notoriété non négligeable dans la sphère des indépendants, sans pour autant lâcher ses précieuses cassettes, son esprit branleur et son savoir-faire DIY.

Ce format désuet, symbole des années 80, est en effet en vogue ces derniers temps et il est de moins en moins rare de voir des musiciens, issus des scènes indépendantes, avoir recours à la bande magnétique pour enregistrer et diffuser leurs chansons. A tel point que les articles fleurissent désormais, essayant de comprendre cette "tendance" et n’hésitant pas à s’imaginer un revival de la cassette, à la manière du vinyle. Un documentaire sur le sujet va même voir le jour, tandis qu’un Cassette store day se tiendra le 7 septembre prochain. A cette différence près, que si l’utilisation du support vinyle est marqué d'un cérémonial et de codes assez similaires à il y a 60 ans (sauf peut-être pour les hipsters qui n’écoutent pas les vinyles qu’ils achètent), celle de la cassette n’est plus tout à fait la même que lors de sa popularisation.


La cassette commence à se répandre au début des années 80 grâce aux nouvelles possibilités qu’elle apporte : la mixtape, la copie, les compilations et bien sûr son aspect nomade avec l’arrivé du baladeur K7. Sans la mixtape, le hip-hop n’aurait sans doute pas pu quitter les quartiers défavorisés du Bronx et être diffusé dans ceux plus branchés de Manhattan, puis à travers le monde. De même pour de nombreux groupes confidentiels qui sans la compilation et la copie n’auraient pu trouver un public, à l’époque où le web n’en était qu’à ses balbutiements. Avec le fameux Walkman les jeunes ont enfin pu s’affranchir du salon familial et écouter dans la rue les musiques qui les faisaient vraiment vibrer. Mais de tous ces avantages, la cassette en 2013 n’en possède plus aucun. Blogs, I-pod, playlist Spotify, échange de disque dur, Cloud, sont les nouvelles pratiques qui ont supplanté les innovations de la cassette et qui, de part leur facilité d’utilisation et leur immatérialité, s’imposent comme les meilleurs moyens de diffuser et partager la musique.

« La cassette, c’est un bon moyen de commencer, en gérant vraiment l'ensemble du processus, sans intermédiaire » Paul du groupe Volage

Pourtant, il y a bien une caractéristique propre à la cassette qui a su traverser les décennies : son appartenance à l’esthétique Do it yourself. Des marques de matériel audio comme Tascam vont par exemple mettre sur le marché des enregistreurs cassette, 4 ou 8 pistes, qui vont faire le bonheur des groupes fauchés. Alexandre, à la tête du label Croque Macadam et très attaché à la cassette, nous rappelle d’ailleurs l’importance qu’ont pu avoir ces pratiques : La cassette était vitale dans les milieux DIY des années 80. Il y avait une énorme scène cassette. D'ailleurs un certain nombre de volumes des Messthetics (compilations sur les scènes indés DIY) sont consacrés aux cassettes DIY. On y trouve des choses très intéressantes et hors du commun. Globalement c'est de la musique expérimentale mais on pouvait aussi trouver de la super pop comme les Cleaners from Venus ! On pense également à Daniel Johnston qui utilisait la bande magnétique pour enregistrer et dupliquer ses premiers disques, chez lui, dans son garage.



C’est cet esprit que de nombreux groupes reprennent aujourd’hui, souvent aidés par du matériel d’époque (alors que Sony a arrêté fin 2012 sa production d’enregistreurs cassette) et poussés par l’envie de produire quelque chose de personnel. Glenn Brigman du groupe indie-pop américain Triptides avoue sans détour son attachement à ce matériel bon marché : On bosse toujours sur notre Tascam 8 pistes. C’est simple, efficace, et ça apporte un charme rétro qu’on aime beaucoup. Avec ce matériel on peut vraiment produire le son qu’on veut, c'est-à-dire quelque chose d’épais mais aussi d’énergique. Le genre de sensation qu’on ne retrouve pas dans le numérique, où tout semble fragile. 

Paul du groupe français Volage, qui a sorti son premier EP sur cassette, explique lui aussi en quoi cela a été une évidence : La cassette c'est le support analogique le plus cool qu'on ait trouvé. Pour nous c'était un bon moyen de commencer, en gérant vraiment l'ensemble, sans intermédiaire. Et ça permettait en plus de travailler un peu le packaging sans trop de frais. Il y a l’idée du bel objet. Le vinyle c’est un super objet, c’est un vrai choix dans un shop. La cassette c'est pareil, c’est ludique et souvent en petits tirages, donc assez rares. On voulait être contents du tout. On s’est même amusés à faire des pochettes hyper débiles. C’est aussi le premier support qu'on ait connu enfants. On continue même à enregistrer sur des 4 pistes.

Il est vrai qu’en terme de coût de production la cassette est le support le plus cheap. Entre 40 centimes et 2 euros pour l’objet, 30 centimes et 2 euros pour le boitier, l’impression des covers souvent faite maison, il est assez facile de sortir une petite centaine de cassettes et de les vendre à la fin des concerts. D’ailleurs Alexandre, bien qu’amoureux du microsillon, n’exclut pas de sortir des cassettes sur Croque Macadam : Je comprends ce retour de la cassette quand je vois ce que ça coûte de faire un vinyle, ça douille ! Quand tu es un petit label vendre 300 ou 500 copies en vinyle c'est un vrai sacerdoce. Alors que faire 100 copies en cassette c’est un investissement bien moindre donc tu peux prendre plus de risques et t’as moins de quantité à écouler. Beaucoup de labels choisissent cette solution à cause de sa facilité de mise en œuvre, et je les comprends totalement !



Il reste néanmoins que l’objet est souvent pointé du doigt pour ses qualités sonores médiocres. Et ce n’est pas Guilhem, journaliste musical, aimant le son diffusé en 33 tours par minutes qui défendra ce support qu’il juge parfois gadget : La cassette a pour seul avantage le fait qu'elle soit facile à transporter (et encore, les nouvelles voiture ne peuvent plus lire une cassette aujourd’hui). En dehors de ça, la qualité de son est médiocre, il y a un souffle horrible et les aigus passent très mal. Sans parler de la bande qu'on a peur de casser à chaque fois que l'on rembobine, crayon à papier en main, ou qui peut se dérouler d'un coup sans prévenir en pleine lecture. Même pour un groupe que j’adore, je ne me vois pas du tout acheter une cassette, ce qui rend ses sorties exclusives sur ce support extrêmement frustrantes. Et là je pense notamment au coffret de the Go que Burger a fait paraître sur cassette l’année dernière. Malgré tout, je reconnais que c’est un support utile et qui doit exister, car sans lui des sorties, et donc des groupes, ne verraient pas le jour.

De ces critiques, Paul de Volage préfère y voir des qualités : D'un point de vue purement technique il est clair que la qualité sonore est bien meilleure avec un CD par exemple, il y a une dynamique beaucoup plus grande que celle de la bande magnétique. Mais j’ai tendance à dire que les défauts des cassettes sont en fait ses avantages. Pour les amoureux, comme nous, du son analogique, il y a sur ce petit support un peu cheap cette chaleur propre qu’on ne retrouve pas sur du numérique. Par exemple la saturation produite par la bande est très recherchée, c’est presque inimitable numériquement. Moi  par exemple je pousse volontairement un tout petit peu les niveaux lorsque je les duplique pour créer cette saturation de la bande. C'est tout simplement un autre langage, précise-t-il.

« La cassette est plus désirable. C’est un non-sens technologique et c’est ça qui la rend intéressante. » Alexandre
Erika Iris Simmons
Un autre langage qui traduit, comme le retour du vinyle, l’écœurement de beaucoup pour le tout numérique et cette irrépressible envie de pouvoir tenir quelque chose entre ses mains. La montée actuelle de la cassette est en partie liée à la dématérialisation, ça participe à un état d'esprit général de "slow technology", d’autant qu’il y a un côté désuet qui parle à beaucoup de nos jours, précise Alexandre avant de poursuivre : la cassette est plus désirable, c’est un non-sens technologique et j'imagine que ça la rend intéressante ! Le label Burger a aujourd’hui un petit succès car il s'est mis tôt sur le créneau, quand ça n'intéressait personne. Ils ont profité de ce désintérêt pour sortir des gros disques et quand le truc a commencé à prendre, ils étaient bien déjà bien installés.

Cette pulsion de la "re-matérialisation" de la musique a néanmoins peu de chances avec la cassette d’atteindre les grands circuits de distribution et les majors, comme peut le faire actuellement le vinyle. A priori donc, on n’est pas prêt de retrouver une K7 du dernier David Guetta à 15 euros dans les rayons de la Fnac, même si des "gros" indépendants commencent à s’y mettre (Domino, Bella Union, 4AD avec le Cassette store day notamment). En attendant elle bourgeonne sur les étals des disquaires indépendants, comme à Pop Culture Shop, rue Keller à Paris, où Fred vend depuis quelques temps des cassettes, un format, selon lui,  à la qualité aléatoire mais qui reste démocratique, grâce à un prix jusqu’à trois fois moins cher que le vinyle, tout en étant limité, donc rare, à cause de son faible tirage. 

Paul est de cet avis : Dans le contexte actuel, elle a d'abord un rôle marketing pour les petits groupes. Rendre le produit final sympa avec un coté très cool. Face à l’ampleur de la révolution numérique elle est finalement peu de chose. Si Alexandre croit en la cassette, il reste prudent et réaliste, préférant profiter du moment présent : Son rôle est assez mineur, c’est une charmante anomalie. J'ai tendance à dire que le phénomène cassette ne va pas prendre d'ampleur, mais il ne faut jurer de rien. Le vinyle est plus noble, plus intemporel en un sens. Les groupes, comme les auditeurs, qui veulent retrouver un format physique se tourne naturellement vers celui-ci. C’est pour ça que j’ai le sentiment que les disques tiendront mieux dans le temps, alors que ça me semble plus fragile pour la cassette. Une fragilité dans laquelle de nombreux groupes sans-le-sou sont obligés de se réfugier s’ils veulent laisser une trace de leur passage.
Punching Joe