Deuxième étape (après Veronica Falls) dans l’exploration des sorties récentes de Slumberland Records avec Big Troubles, un quatuor originaire du New-Jersey. En activité depuis 2009, Big Troubles a d’abord publié sur des compilations avant de réaliser un premier LP, Worry (Olde English Spelling Bee). Cet album se caractérise par un enregistrement très lo-fi et des sonorités proches de la noise-pop, du shoegaze. L’influence de My Bloody Valentine est en effet flagrante. Avec Romantic Comedy ils délaissent ce son un peu brouillon et les ambiances éthérées pour livrer un album d’indie-pop plus classique mais de très bonne facture.
Romantic Comedy va en rebuter plus d’uns, c’est certain. Le son un brin ringard, très connoté années 80, est complètement assumé par le groupe. Mais le talent d’Alex Craig et de Ian Drennan pour composer de très bonnes chansons évite au disque de tomber dans la pâle copie. Leur force c’est justement de s’amuser à titiller la frontière du mauvais goût sans jamais la franchir. Cela passe, entre autres, par une production assez ronflante, avec la mise en avant d’un chant gorgé de spleen (avis aux fans de Girls et de Christopher Owens) et des guitares au son vaporeux, sans parler de l’omniprésence de la caisse claire. Et malgré tout ça, difficile de résister au charme de "She smiles for pictures" ou "Misery". Et que dire du chef d’œuvre de désuétude qu’est "Sad Girl". Avec son petit riff délicat, ses paroles cul-cul et son apothéose au xylophone, la chanson est un plaisir coupable irrésistible. Le genre de truc qu’on voudrait chanter avec son amoureux/se en s’empiffrant de chamallows roses, après avoir regardé une comédie indie avec Zooey Deschanel et/ou Michael Cera (oui j’assume).
Mais pour en revenir aux choses sérieuses, si l’on doit mettre quelques balises, voilà ce qu’on peut dire : les Sarah Records‘s addicts seront charmés par la fraîcheur affichée du groupe ("Softer than science"), les lads ne jurant que par la Brit-pop apprécieront des compo bien carrées ("Time Bomb") et enfin, les fans des Smiths succomberont à un certain romantisme exacerbé et délicieux ("Never mine"). Vous l’aurez compris ces petits yankees auraient bien aimé naître de l’autre côté de l’Atlantique.
Romantic Comedy est donc un bon disque, avec peu de déchets. Chaque chanson, au premier abord un peu boursoufflée, possède ce petit truc en plus indescriptible auquel il est difficile de résister. Pour abuser de l’imagerie sucrée, disons que c’est comme se retrouver devant un plateau de pâtisseries dégoulinantes : on feint d’abord l’écœurement en public, pour rester digne, après quoi, si on en vient à se retrouver seul, on avale tout, et même, on s’en lèche goulûment les doigts.
Enfin, pour conclure plus sobrement disons que seul le titre de cet album de Big Troubles en résume parfaitement le divin contenu.
->Slumberland part 3
Punching Joe
La suite :->Slumberland part 3
Le clip de "Sad Girl"



