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jeudi 17 novembre 2011

Slumberland records 2/3, Big Troubles, Romantic Comedy


Deuxième étape (après Veronica Falls) dans l’exploration des sorties récentes de Slumberland Records avec Big Troubles, un quatuor originaire du New-Jersey. En activité depuis 2009, Big Troubles a d’abord publié sur des compilations avant de réaliser un premier LP, Worry (Olde English Spelling Bee). Cet album se caractérise par un enregistrement très lo-fi et des sonorités proches de la noise-pop, du shoegaze. L’influence de My Bloody Valentine est en effet flagrante. Avec Romantic Comedy ils délaissent ce son un peu brouillon et les ambiances éthérées pour livrer un album d’indie-pop plus classique mais de très bonne facture.


Romantic Comedy va en rebuter plus d’uns, c’est certain. Le son un brin ringard, très connoté années 80, est complètement assumé par le groupe. Mais le talent d’Alex Craig et de Ian Drennan pour composer de très bonnes chansons évite au disque de tomber dans la pâle copie. Leur force c’est justement de s’amuser à titiller la frontière du mauvais goût sans jamais la franchir. Cela passe, entre autres, par une production assez ronflante, avec la mise en avant d’un chant gorgé de spleen (avis aux fans de Girls et de Christopher Owens) et des guitares au son vaporeux, sans parler de l’omniprésence de la caisse claire. Et malgré tout ça, difficile de résister au charme de "She smiles for pictures" ou "Misery". Et que dire du chef d’œuvre de désuétude qu’est "Sad Girl". Avec son petit riff délicat, ses paroles cul-cul et son apothéose au xylophone, la chanson est un plaisir coupable irrésistible. Le genre de truc qu’on voudrait chanter avec son amoureux/se en s’empiffrant de chamallows roses, après avoir regardé une comédie indie avec Zooey Deschanel et/ou Michael Cera (oui j’assume).
Mais pour en revenir aux choses sérieuses, si l’on doit mettre quelques balises, voilà ce qu’on peut dire : les Sarah Records‘s addicts seront charmés par la fraîcheur affichée du groupe ("Softer than science"), les lads ne jurant que par la Brit-pop apprécieront des compo bien carrées ("Time Bomb") et enfin, les fans des Smiths succomberont à un certain romantisme exacerbé et délicieux ("Never mine"). Vous l’aurez compris ces petits yankees auraient bien aimé naître de l’autre côté de l’Atlantique.
Romantic Comedy est donc un bon disque, avec peu de déchets. Chaque chanson, au premier abord un peu boursoufflée, possède ce petit truc en plus indescriptible auquel il est difficile de résister. Pour abuser de l’imagerie sucrée, disons que c’est comme se retrouver devant un plateau de pâtisseries dégoulinantes : on feint d’abord l’écœurement en public, pour rester digne, après quoi, si on en vient à se retrouver seul, on avale tout, et même, on s’en lèche goulûment les doigts.
Enfin, pour conclure plus sobrement disons que seul le titre de cet album de Big Troubles en résume parfaitement le divin contenu. 
Punching Joe
La suite :
->Slumberland part 3



Le clip de "Sad Girl"

dimanche 13 novembre 2011

Slumberland Records 1/3 : Veronica Falls


Remis à la mode il y a quelques années par Deerhunter et consorts, le revival indie-pop des 80’s-90’s n’a jamais semblé autant d’actualité. Malheureusement pour les nostalgiques de Sarah Records et du shoegaze, la balance semble plutôt pencher du côté de la quantité que de la qualité. Beaucoup de groupes semblent n’avoir gardé que les postures de leurs aînés. Sympa en apparence donc, mais pas très inspiré musicalement. Heureusement on peut se réjouir de l’existence de labels comme Slumberland (fondé au Etats-Unis, entre autres par Mike Schulman, guitariste de Black Tambourine) et de leur excellent catalogue en matière d’indie-pop contemporaine (à l’exception peut-être de the Pains of Being Pure at Heart qui rentrent plutôt dans la catégorie des groupes citée ci-dessus).

Pour vous donnez envie de mieux connaître le label on a décidé de lui consacrer une série de trois articles, chacun voué à une sortie récente : les magnifiques Veronica Falls, les sensibles Big Troubles et le bambin de Spectrals. Trois projets qui ont une envie en commun : opérer un retour à un songwriting pop, simple et catchy.


Première étape de ce triptyque avec les plus beaux, Veronica Falls. Après quelques singles fortement réjouissants, les quatre écossais installés à Londres ont enfin sorti leur premier album, s/t, en octobre dernier. Une écoute suffit pour être entièrement conquis par ce joyau de pop instantanée. On est d’abord surpris par l’impression de fraîcheur que dégage le groupe. Une sensation qui est apportée par un mélange parfait entre une écriture ciselée, up-tempo, avec des refrains entêtants, et des ambiances romantiques, voire gothiques, aux relents de crise existentielle d’adolescent. Si la tonalité globale de l’album rappelle des sonorités entendues à la fin des eighties (the Pastels, the Vaselines, Heavenly), les détails prouvent, eux, que les Veronica Falls prennent beaucoup de recul sur la manière dont ils composent et qu’ils n’hésitent pas à aller chercher un peu partout leur inspiration. La batterie frénétique et garage de Patrick Doyle par exemple, qui respecte le précepte Lou Reedien du « Cymbals eat guitars » tel un maniaque des fûts, ou encore la guitare rythmique galopante (très indie-rock US) qui ne peut nous empêcher de head-banger joyeusement ("Come on over"). Sans oublier des harmonies vocales irrésistibles, portées par la teinte immaculée de la voix de Roxane Clifford et les chœurs omniprésents de James Hoare, nous ramenant vers la pop sucrée et spontanée des sixties (la so cute "Stephen" ou encore "Misery"). Vous l’avez compris le songwriting est ici un cran au dessus de la concurrence et ce n’est pas des tubes comme "Found Love in a Graveyard", "Bad Feeling" ou "Beachy Head" qui nous feront dire le contraire.

Veronica Falls est un groupe précieux qui a la capacité d’allier délicatesse mélodique et âpreté rythmique comme personne. Dépourvue du moindre artifice (+1000 pour la production), leur musique n’en dégage pas moins une expressivité puissante, aussi bien efficace pour placer quelques pas de danse que pour se laisser aller à rêver éveillé. On attend la suite avec une grande impatience.
Punching Joe
La suite :