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mardi 24 avril 2012

Australian Indie-rock mixtape

Vous l'avez peut-être remarqué, on aime bien l'Australie sur Walking with the beast. Récemment les chroniques sur des groupes Aussies se sont enchaînées, et à raison, puisque la qualité des disques écoutés nous a complètement enthousiasmés. Indie-pop, post-punk, punk-rock, garage sixties : l'indie-rock est bien roi aux antipodes !

C'est pour ça que l'idée nous est venue de faire une petite mixtape, histoire de partager les trucs cool qu'on aime écouter depuis quelques temps. Evidemment rien d'exhaustif, au contraire, une vision très subjective, alors n'hésitez pas à évoquer vos autres coups de coeurs.

Voici donc 9 chansons, pour 9 groupes différents, avec du groove, des riffs qui piquent les oreilles, des synthés qui dégoulinent, des rythmiques renversantes et plus encore... Et comme on est des coquins on a mis en bonus un pseudo "hidden track".

Enjoy !




Track list :

1.Royal Headache "Never again" (RIP Society)
3.UV Race "Inner north" (In the Red)
4.Total Control "One more tonight" (Iron Lung records)
5.Pond "Fantastic explosion of time" (Modular)
7.Twerps "Dreamin" (Underwater People)
8.Frowning Clouds "Time Wastin' Woman" (Saturno records)
9.Straight Arrows "Bad Temper" (Rice is nice)


Punching Joe

lundi 23 avril 2012

Animal Collective, Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished



J’ai cherché mais je n’ai pas trouvé. Non, Animal Collective n’a jamais était si beau que dans ce Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished, leur premier album sorti en 2000.

Pourtant l’accueil, tout en dithyrambes, qu’a reçu Merriweather Post Pavilion, leur dernier disque à ce jour (2009), aurait pu nous faire croire qu’on tenait là le sommet de leur discographie (10 LPs à ce jour). On parlait même de sauveurs de la pop moderne, de quintessence de la création musicale 2.0. Et pour tout vous avouer, je n’étais pas loin de penser ce genre de conneries. Pourtant, après 3 ans de maturation je suis revenu sur mon jugement : Merriweather Post Pavilion est certes un bon album mais il manque parfois de relief, pour ne pas dire d’âme. Et si, par ailleurs, j’ai beaucoup d’affection pour  Feels ou Strawberry Jams, je ne peux pas m’empêcher de penser que le groupe n’atteindra jamais ce qui a été accompli sur Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished.

Enfin, le groupe, c’est vite dit, puisqu’à l’époque Animal Collective n’est pas un quatuor mais le projet d’un seul homme, David Portner (aka Avey Tare) compositeur et chanteur, qui pour l’occasion s’est adjoint les services Noah Lennox (aka Panda Bear), venu apporter ses folles percussions. Autoproduit sur leur label Animal (futur Paw Tracks), le disque a fait l’objet d’une réédition Cd chez Fat Cat, accompagné de deuxième opus du groupe, l’obscure Danse Manatee. 

Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished n’est pas seulement l’album du commencement d’un groupe; ici les enjeux sont plus grands. Il semble même au contraire être une conclusion. La conclusion de l’enfance, que les vieux ados Avey Tare et Panda Bear mettent en musique dans une chambre lugubre. Pour cela le duo de Brooklyn malmène la pop en 11 chansons insouciances, noires et totalement fascinantes. Avey Tare étale ses tripes fraîches sur bande et entame une descente abrupte dans les tréfonds de son esprit. Jusqu’à un point de non retour, comme le répète cet enregistrement d’une voix d’enfant qui clôt la traversée : « My singin’ voice is gone, my singin’ voice is gone ».

Chocolate Girl

Mais avant d’en arriver là, l’auditeur doit se frayer un chemin au travers des ronces. Animal Collective crée son propre langage musical qui, s’il n’est pas complètement original (on aperçoit les silhouettes fantomatiques de Sonic Boom , Syd Barrett, Stephen Malkmus et bien sûr Robert Wyatt), déconcerte par sa liberté et son souffle acide. "Spirit they’ve vanished" ouvre l’oeuvre sur 5 minutes de bidouillages dronesque, d’où s’échappe une voix venue de l’au-delà. S’en suit "April and the Phantom" et son intro qui préfigure presque le Glitch (art visuel et/ou sonore qui met le bug au centre de la création), puis "Untitled" avec sa douce mélodie de piano étouffée par des interférences presque insupportables. Mais une fois ses limbes traversées, une lumière perce l’obscurité maladive. "Penny Dreadfuls" d’abord, écrite à 16 ans par Avey Tare, est une sublime balade déglinguée au piano, d’une simplicité et d’une justesse aberrante. "Chocolate Girls" enchaîne et monte encore le niveau. Chanson la plus rigoureuse formellement, elle voit pourtant deux musiciens s’en donner à cœur joie. Tare pose sa voix hantée par paroles inquiétantes sur des synthés directement sortis de Rock Bottom, tandis que Panda Bear martèle avec frénésie sa batterie poussiéreuse. A partir de là, impossible de décrocher. "Bat you’ll fly" fait une excursion magique dans le futur du groupe et "Someday I'll Grow To Be As Tall As The Giant" nous fait voir les étoiles avec sa ritournelle naïve. 

Mais il semble encore manquer quelque chose pour lier tout ça, une étincelle. Elle arrive enfin avec "Alvin Row", monument de plus de 12 minutes qui synthétise toutes les idées avancées précédemment. L’écriture est limpide, à la fois zigzagante et complètement évidente. Les rythmiques, les bidouillages, sont insensés, venant travailler sur l’os les couches de piano et de guitare acoustique. Tout est là, et ne sera jamais dépassé par la suite.

Alvin Row

En composant ce Spirit they’re gone, spirit they’ve vanished, Animal Collective joue avec des sentiments enfouis, que l’on aurait jamais cru voir réapparaitre un jour. A l’aube du nouveau millénaire, ces conteurs pop indolents anticipent l’arrivée massive du mp3 et compressent sans retenue la musique qui a bercé leur enfance. La venue de nouveaux membres emmènera le groupe vers d’autres galaxies, pas complètement éloignées de cette chambre, mais où la mélancolie ne sera jamais aussi belle et prenante.

Punching Joe

vendredi 13 avril 2012

Woollen Kits, s/t LP



Les magazines ont beau essayé de nous faire croire le contraire, on le sait bien, le rock ce n’est pas du sérieux. Et les 3 membres de Woollen Kits l’ont bien compris. Sorti sur l’excellent label RIP Society (Royal Headache) et produit par Mikey Young d’Eddy Current Suppression Ring, leur premier LP séduit par un indie-rock déglingué qui sent bon la glande. 

Comme pour tous les groupes venus d’Australie on pourrait partir dans des métaphores sur le surf, l’océan et le soleil…Erreur. Les mecs de Woollen Kits doivent plutôt être du genre à garder leur jean sur la plage et à se taper des bières tièdes en se foutant de la gueule des gravures de mode qui font mumuse sur les rouleaux. Comment pourrait-il en être autrement quand on écrit une chanson aussi lascive que "I love you" ? Un seul mot d’ordre ici donc : relax.

Le clip de "Out of Whack"

Et question je m’en foutisme élevé au rang d’art, les Woollent Kits en connaissent semble-t-il  un rayon. Pavement, Modern Lovers, the Clean ou encore Beat Happening, autant d’ainés plus que respectables qui font irruption dans les compositions du trio originaire de Melbourne. Les riffs sont délicieusement basiques et noisy ("Sloan") et les refrains, cons comme la lune, à base de na na na na, restent immédiatement en tête (le fabuleux petit tube "University Narcolepsy"). En revenant à des choses simples les Woollen Kits parviennent à écrire de superbes chansons catchy et rock’n’roll, que l’on aime fredonner à longueur de journée en dandinant mollement le cou. Comme "Out of Whack" par exemple, sorte de cousin comateux de "Which way to go" de Eddy Current Suppression Ring ou encore "For You" toute de swing vêtue. Mais attention,  ils sont aussi capables de belles envolées, comme avec la pépite indie-pop "Always" qui nous scotche sous un déluge de guitares. 

Peut-être que ce disque s’adresse trop précisément à mon éternelle âme d’étudiant glandu et que je m’emballe un peu, mais n’empêche, c’est un des meilleurs trucs que j’ai entendu depuis ce début d’année et la bête n’est pas prête de quitter ma platine de si tôt…University Narcolepsy, Na na na na na…

jeudi 5 avril 2012

Croque Macadam : 45 tours mon amour




Si pour les éternels amoureux du microsillon il n’a jamais disparu, le 45 tours a eu du mal à séduire les nouvelles génération. Heureusement il repointe aujourd’hui le bout de son nez, profitant de la nouvelle ferveur autour du vinyle. Il faut avouer que ces petites galettes de 17 centimètres de diamètre possèdent un capital charme assez évident : pas chères, jolies et souvent collector, il est difficile de résister.

Mais au-delà de l’aspect plastique, les 45 tours permettent aussi la découverte de véritables pépites musicales. Si les artistes déjà en place s’en servent pour balancer des raretés ou des faces Z, ils sont pour beaucoup de jeunes groupes une formidable occasion de marquer les esprits en donnant le meilleur d’eux même sur une poignée de pistes.

C’est ce qu’a bien compris le tout jeune label francilien Croque Macadam (Montrouge), crée il y a quelques mois. Mené par Alex Twist, de l’excellentissime blog Requiem pour un twister, Croque Macadam a déjà sorti quatre 45 tours, mettant en avant de jeunes musiciens prometteurs.

Les derniers en date viennent de Londres et s’appellent French Kissing. Les deux morceaux sortis sur Croque Macadam sont tout simplement exquis. Notamment "Wild woman" dont la guitare et la basse montées sur ressorts permettent quelques déhanchements syncopés exaltants. On invite fortement à suivre ce groupe qui compose de vrais bons morceaux de garage-surf détachés et cool, dans la lignée de leurs collègues d’outre atlantique, les Black Lips. 
Plus tôt dans l’année ce sont les ricains de Triptides qui ont eu droit à leur 2 titres sur Croque Macadam. Un bel objet (superbe pochette et vinyle blanc) qui reprend deux chansons extraites de l’excellent premier album du groupe que l’on n’avait pu écouter jusque là qu'en version digitale. 
Le catalogue compte aussi les Spadassins, groupe rennais dont certains membres font partis de Sudden Death of Stars, avec un 4 titres, toujours sublimé par un artwork léché. La face A, d’un charme désuet irrésistible, remet les 5 Gentlemen au goût de jour, tandis que la face B, chantée en anglais, verse avec coolitude dans le R&B et la soul.
Enfin, pour finir, nos petits préférés (également première référence du label) les magnifiques Guillotines. Voici quatre jeunes gens de la région parisienne dont les deux chansons tournent encore très régulièrement. "L’absinthe", toute de fuzz vêtue, éructe un rock’n’roll excité et suave, tandis que "L’aube" nous caresse langoureusement avec sa mélancolie psyché et ses paroles troublantes. Probablement une des meilleures chansons française entendue en 2011. 
Les Guillotines - l'absinthe (CRM001B) by Croque Macadam


Il ne vous reste plus qu’à vous procurer ces friandises. Rendez-vous donc chez les bons disquaires ou alors sur le site de Croque Macadam, en attendant la suite avec impatience.

Punching Joe

vendredi 23 mars 2012

The Feeling of Love/Ty Segall, Split tour 7"

L'artwork de la face the Feeling of love. Celui de Ty Segall est différent

Les split albums ça peut vraiment être cool mais aussi parfois un peu fourre tout et donc chiant (Cf le récent Total Control Vs Thee Oh Sees sur Castleface Records). Heureusement ici, la rencontre entre nos français préférés de the Feeling of Love et le valeureux Ty Segall s’est soldée par un single court et efficace. Le vinyle est distribué en un nombre assez limité d’exemplaires par le label de Chicago Permanent records (Cosmonauts, the Pizzaz).

Pressé à l’occasion de la tournée US printanière de Feeling of Love en compagnie, pour quelques dates, de Ty Segall, le disque est une petite merveille. En l’espace de deux chansons inédites, il concentre ce que les groupes ont fait de mieux récemment.

Sur la première face, the Feeling of Love travaille le microsillon au chalumeau avec la sulfureuse "I could be better than you but you don’t wanna change". Souvent entendue en live, cette tuerie se retrouve enfin sur disque et on est bien content de pouvoir se délecter  à nouveau du fameux Feeling of Love’sound : un clavier maniaque qui copule sans retenue avec une guitare suintante, elle-même écrasée par les coups de massue de Seb Crash, qui s’en donne à cœur joie derrière les fûts. Ouch !

On en oublierait presque que la seconde face est occupée par un certain Ty Segall, le prince de San Francisco. Avec "It’s a problem", il reprend la formule entendue sur Goodbye Bread, et pond une petite pépite aux accents Bolanesque, d’une fluidité déconcertante. La classe, comme d’hab’.
Punching Joe


Ecouter :

Feeling Of Love - I Could Be Better Than You But I Don't Wanna Change by permanentrecords

vendredi 16 mars 2012

Royal Headache, s/t LP



A l’écoute d’un disque de garage, de punk ou de tout autre sous-genre rock’n’rollesque, on ne prête pas forcément une attention démesurée au chant. Au pire c’est un accessoire, au mieux un petit plus. Pourtant quand un grand vocaliste fait irruption, on comprend que sa seule présence peut transformer un bon disque en œuvre géniale. C’est un peu le cas avec le premier LP des australiens Royal Headache. Si leurs chansons,  mélangeant power-pop et punk, sont excellentes, elles prennent une autre dimension grâce à un certain Shogun, qui bouffe le mic avec un charisme incroyable. 
Sorti en 2011 sur R.I.P Society (Woollen Kits, Straight Arrows), on a découvert récemment le disque grâce au label français XVIII Records, chargé de distribuer la bête dans nos contrées. Et sur le papier le menu est alléchant : 12 chansons, à peine 30 minutes, le tout sous l’égide de Mikey Young (Eddy Current Suppression Ring) et Owen Penglis (Straight Arrows) à la production. Banco !

Les premières écoutes peuvent laisser perplexe : ça va vite, très vite, trop vite ? Une rickenbacker virevoltante met les radars dans le rouge. Un instant, on soupçonnerait presque une réincarnation de Jay Reatard. Heureusement, quand le palpitant se calme et que le cerveau finit par comprendre ce qui lui arrive, la musique de Royal Headache se déploie dans toute sa splendeur. Aussi concises et fulgurantes soient-elles, leurs chansons sont d’une fluidité incroyable. On croirait entendre Is this It des Strokes joué en 45 tours par minute ("Surprise") avec la section rythmique des Eddy Current Suppression Ring. Solide.

"Pity" live 
(Shogun ou l'anti-hipster)

Difficile de réduire le disque à un genre unique tant les compositions dévoilent petit à petit leurs multiples facettes. La face A fait la part belle au punk qui sent bon des aisselles ("Never again") et à la power-pop qui claque ("Girls"), tandis  que la face B s’oriente vers la pop anglaise ("Distant and vague"), le garage ("Pity") ou encore le surf ("Wilson street"). Le tout sublimé par ce fameux Shogun. Son timbre singulier, quelque part entre la délicatesse râpeuse de Julian Casablancas et les intonations désuètes de Morrissey, ne fera sans doute pas l’unanimité mais tout de même, voilà un type au charisme vocal bluffant ! Libres, brutales, démodées, touchantes, chacune de ses éructations, à la sincérité incontestable, donne épaisseur et fougue à cet album déjà indomptable.

Première grosse claque de l’année ce LP de Royal Headache ne devrait pas prendre la poussière de si tôt. Rares sont les disques qui provoquent une telle sensation de plénitude et marient si facilement l’urgence punk et vrai grand chanteur. Pas évident en effet de mettre de l’âme là où l’instantané prime. En ce sens il est impossible de ne pas penser aux sublimes Undertones, desquels Royal Headache se rapproche naturellement. Ouais, la classe on vous dit.
Punching Joe

vendredi 2 mars 2012

The Spyrals, s/t




Comme les Black Angels, the Spyrals n’existeraient probablement pas si, un jour de 1966, Roky Erickson du 13th Floor Elevators n’avait pas fait émerger de son cerveau malade le riff emblématique de "Rollercoaster". Heureusement pour l’histoire du rock, ces quelques notes obsédantes ont marqué plusieurs générations et, encore aujourd’hui, leur résonnance est capable de traumatiser n’importe quel musicien en herbe. 

Avec leur premier LP, les Spyrals font perdurer cet héritage psychédélique de manière assez habile. Basés à San Francisco, le trio avait déjà sorti un 45 tours en 2011. Si ce LP est disponible en mp3 et en CD depuis quelques semaines, il va falloir patienter jusqu’à cet été pour le voir publier en vinyle. En attendant on peut se laisser imprégner par ses sonorités qui, si elles ne réinventent pas le genre, attaquent sans retenue nos synapses.


Clip de "Trying to Please"


"Lonely Eyes" ouvre les hostilités avec style. Dès sa première boucle, le riff colle à la peau et, les yeux mi-clos, on commence à se balancer lentement : gauche, droite, gauche, droite… On est bien là. Basse dodue, guitare spectrale qui claque et batterie rudimentaire, la formule est éculée mais quand c’est bien fait, on jouit vite. Les Spyrals se démarquent cependant des Black Angels (enfin pas sur "Long road out" et "Trying to please", où ils ne sont pas loin du copié-collé) par un son plus clair et sec où les effets n’arrivent qu’en second rideau. Ca ne les empêche pas pour autant de déployer des compos denses et pesantes comme sur la fabuleuse "Calling out your name". L’apothéose arrive avec "the Rain", LA chanson qui prouve que les Spyrals ont un vrai mojo et un sacré potentiel. Harmonica en reverb, voix à la Fogerty et progression effrénée, on déguste sévère pendant 3 minutes 46. 

Entre redite inspirée et uppercuts ravageurs, ces 9 titres révèlent un power-trio qui pourrait bien faire parler de lui dans le futur. Tout est là : un son typé, une voix charismatique et des chansons solides… Il ne manque plus que la petite étincelle qui fera sauter ce rock psyché hautement explosif.
Punching Joe


L'album en écoute ci-dessous et rendez-vous sur Bandcamp pour plus d'infos et plus de musique...